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VIBRATION DES PAROIS THORACIQUES

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lement opposée à la mienne, demander encore la solation du différend à une expérimentation nouvelle.

Depuis quelques années j’ai donc recherché de nouveau quel était l’état du frémissement des parois thoraciques au niveau des parties phlogosées. Mes expériences ont été faites sur seize malades chez lesquels la pneumonie était parvenue au deuxième degré, le plus souvent complet, parfois un peu mélangé encore du premier. J’ai choisi des pneumonies qui m’ont paru simples sans pleurésie concomitante, du moins sans épanchement pleural notable. Je pouvais en avoir la certitude lorsque la percussion ne me donnait point ce son si complètement mat qu’on obtient au niveau des épanchements pleuraux, lorsque j’avais bien la conscience que le souffle et la crépitation se passaient superficiellement, en quelque sorte sous l’oreille et lorsque la voix enfin n’était point égophone. Or, sur ces seize malades on a constaté une augmentation des vibrations au niveau de la pneumonie, à peine chez sept. La pneumonie siégeait trois fois à gauche et quatre fois à droite; la différence avec le point correspondant du côté opposé n’était jamais bien considérable, et plusieurs fois la nuance était si faible, si douteuse, qu’il fallait en quelque sorte de la réflexion pour la bien ; saisir, le phénomène, en un mot, n’était pas tout de suite net et aisément perceptible. Chez cinq (dont deux avaient une pneumonie ' droite), il était incontestable que le frémissement thoracique était amoindri au niveau de l’altération pulmonaire et il l’était parfois 1 considérablement. Enfin chez quatre malades (dont trois avaient une pneumonie gauche), il n’existait aucune différence sensible ' entre le côté droit et entre le côté gauche. Crainte d’erreur de ma part, les résultats obtenus étaient toujours contrôlés par mon in- I terne, souvent, aussi par d’autres personnes m’inspirant toute conl fiance, et je ne les acceptais comme exacts que lorsque nous étions I tous parfaitement d’accord.

On voit que les faits nouveaux ont confirmé ceux que j’avais rei cueillis pour la première édition de ce livre. Tous s’accordent pour 0 prouver que le frémissement des parois thoraciques est très-variable ! i dans la pneumonie. Tantôt nul, tantôt légèrement augmenté, tantôt i diminué, il ne saurait donc avoir aucune espèce de valeur dans la ‘| pneumonie de l’adulte et du vieillard.

Skoda est arrivé longtemps après moi à une conclusion sem- : blable; et M. Walshe, bien qu’il établisse, comme règle générale, que les vibrations vocales sont augmentées en intensité dans la pneumonie, reconnaît pourtant que parfois elles ne sont pas modifiées, et que dans quelques cas très-rares elles peuvent même être

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diminuées (1). Nous avons vu plus haut que ces faits n’étaient pas aussi exceptionnels que le dit notre distingué confrère de Londres.

Si l’on croit si généralement que dans la pneumonie il y a toujours exagération du frémissement des parois, c’est parce qu’on a regardé le poumon hépatisé comme un meilleur conducteur des ondes sonores qu’un poumon perméable et rempli d’air. Mais on ne saurait établir aucune parité entre les poumons et les corps solides ordinaires; ceux-ci non-seulement conduisent les sons, mais souvent aussi ils les renforcent. Ce sont, en effet, des corps homogènes et qui ne changent pas d’un instant à un autre. Les poumons enflammés, par contre, sont des corps très-variables, non-seulement d’un individu à un autre, mais il est aisé de s’assurer aussi en fendant un poumon hépatisé que, d’un point à un autre même très-voisin, il y a des différences aisément appréciables; il n’y a pas, en un mot, homogénéité parfaite. On comprend ainsi sans peine que le plus ou moins de sang et de liquides extravasés, que la quantité variable de matière plastique qui est déposée, que le plus ou moins d’air encore contenu dans le parenchyme, que le degré plus ou moins marqué de cohésion du tissu feront que deux poumons ou deux portions d’un même poumon qui seront hépatisés ne seront pas pourtant absolument identiques. On comprend, par conséquent, que lorsqu’on choisit de pareils tissus comme conducteurs de sons, on n’arrive point à ces résultats nets et constants qu’on obtient quand on expérimente avec des corps d’une composition bien définie et invariable. Il est d’ailleurs aisé de se convaincre par une expérience fort simple, que les poumons hépatisés ont un degré de conductibilité très-variable. Si, en effet, à l’exemple de Skoda, une personne parle dans un stéthoscope appliqué sur un poumon hépatisé placé sur une table d’amphithéâtre, et que quelqu’un armé d’un autre stéthoscope ausculte en se plaçant à diverses distances, il pourra avoir la mesure du degré de conductibilité du :j poumon ; or, en procédant ainsi, on arrive à des résultats très-dif- ’j férents. Sur des poumons hépatisés et qui ont la même apparence,! on en trouve qui transmettent et renforcent les bruits; il en est J d’autres qui transmettent moins bien les ondes sonores que ne le J ferait un poumon sain. Skoda dit même (2) que des expériences { répétées lui ont donné cette conviction que le son s’entend à une j distance un peu plus grande à travers un poumon sain qu’à tra- I

(1) A praclical trealise on the diseuses of lhe Lungs, p. 358. 1860, 3e édit.

(2) Traité de percussion et d'auscultation, traduit par Aran, p. 60.

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vers un poumon hépatisé. On serait plus dans le vrai en disant avec Walshe, qui a aussi répété les mêmes expériences, que le tissu pulmonaire hépatisé peut à peu près indifféremment conduire les vibrations sonores tantôt plus, tantôt moins ou tantôt autant que le tissu pulmonaire normal. Le médecin anglais reconnaît, comme moi, que ces résultats différents et contradictoires peuvent être obtenus en opérant sur des poumons que l’on jugerait à la vue se trouver exactement dans les mêmes conditions sous le rapport de la quantité d’air, de liquides et de matériaux plastiques qu’ils contiennent. Il est évident pourtant que sous le rapport de l’acoustique ces poumons ne sont pas dans le même état physique. Ces portions du parenchyme pulmonaire, en apparence identiques, sont dans des états différents, aussi pour l’estimation de la puissance conductrice des poumons faut-il , quand ces organes sont enflammés, prendre en plus grande considération l’homogénéité du tissu que la solidification appréciable ; c’est, en effet, dans la diversité d’homogénéité de ces différentes portions du poumon que se trouve probablement la clef de la difficulté (1).

Les faits cliniques comme l’expérimentation sur le cadavre démontrent donc que dans la pneumonie la vibration vocale des parois thoraciques est plus souvent diminuée qu’augmentée. Ce phénomène d’ailleurs est si variable qu’on ne saurait lui accorder aucune valeur pour le diagnostic. Il doit paraître étrange que le frémissement vocal des parois soit diminué ou éteint dans le point même où à l’auscultation on entend un souffle rude, et lorsque le malade parle, une bronchophonie des plus retentissantes. On s’est trop habitué depuis Laennec à regarder ces phénomènes comme étant de même ordre et liés en quelque sorte les uns aux autres ; il n’en est riep. Ne voyons-nous pas tous les jours dans les épanchements pleurétiques une égophonie aigre et très-criarde sortir de la poitrine à travers le liquide sans que les parois soient en rien ébranlées, car la cessation du frémissement thoracique est alors un fait constant. Pourquoi dès lors s’étonner que dans l’hépatisation lobaire, si l’on réfléchit aux conditions nouvelles de structure du poumon, la voix bourdonnante et diffuse qui se répand dans les bronches n’imprime pas nécessairement des vibrations analogues aux parois thoraciques? Les choses sont bien differentes dans les indurations fermes, dures, chroniques adhérant intimement aux parois, comme le sont les indurations tuberculeuses. Si, en outre, une cavité peu spacieuse se trouve creusée dans la masse, et si une

(1) Traité de percussion et d’auscultation, traduction d’Aran, p. 60, en note.

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bronche volumineuse s’y ouvre, la voix du malade y retentira, elle s’y renforcera et elle traversera plus ou moins articulée la paroi thoracique en imprimant alors à celle-ci un frémissement énergique. Mais on voit aisément ici que les conditions physiques sont bien différentes de celles qu’on trouve dans la pneumonie parvenue au deuxième ou au troisième degré.

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