CHALEUR, SUEURS, ÉTAT FÉBRILE
ration du pouls et à la fréquence de la respiration; il n’était pas très-rare pourtant de voir des individus chez lesquels il n’existait aucun rapport entre l’excitation du pouls et la chaleur fébrile ; celle-ci a offert d’ailleurs peu de différence chez les individus qui ont guéri et chez ceux dont la maladie eut une issue funeste. Dans les deux cas, la chaleur n’est restée sèche, âcre, qu’exceptionnellement et pendant quelques jours seulement; presque toujours la peau s’est promptement humectée.
Des recherches thermométriques nombreuses entreprises surtout par M. H. Roger (1), ont prouvé que.de toutes les affections aiguës de poitrine, aucune ne donnait lieu à un aussi grand développement de chaleur animale que la pneumonie. Chez les deux tiers des malades le thermomètre a atteint ou dépassé Z»0 degrés; la chaleur est vive à toutes les époques. Ce qui prouve, dit M. Roger, que le progrès de la maladie et le degré plus ou moins avancé des lésions anatomiques ne sont pas la cause du développement plus ou moins considérable de la chaleur, c’est que les maxima ont été obtenus quinze fois sur dix-sept dès le début, dès la première expérience. Il est digne de remarque aussi que lorsque la maladie marche vers une terminaison fatale, la température s’abaisse un peu; la moyenne de trois expériences faites le jour même de la mort est de 39°, 33. C’est là en quelque sorte la seule circonstance qui modifie la chaleur animale, car l’étendue de la pneumonie, son siège, ses formes, sa gravité même ne paraissent pas avoir plus d’influence sur la production de la chaleur que le degré des lésions pulmonaires. C’est sur des enfants que M. Roger a institué ses expériences, mais ses résultats concordent parfaitement avec ceux obtenus par M. Andral (2) qui indique pour moyenne de température chez les individus adultes atteints de pneumonie, 39°, 65.
Quelle qu’ait été la terminaison delà pneumonie, des sueurs plus ou moins copieuses ont été notées chez la plupart des malades dès les premiers jours de l’affection ; l’abondance de ces sueurs, indépendantes de la température extérieure, ainsi que du siège et de l’étenduede la pneumonie, ont été notées un peu plus fréquemment chez les sujets qui avaient moins de cinquante ans que chez ceux qui avaient dépassé cet âge. J’ai également observé que les sueurs qui avaient lieu au début de la maladie n’apportaient presque jamais de soulagement, et ne modifiaient aucun des symptômes de la pneumonie: elles étaient symptomatiques et nullement critiques.
(1) Archives générales de médecine, 6° série, t. VI.
(2) Cours professé à la Faculté en 1841.
SYMPTOMATOLOGIE DE LA PNEUMONIE AIGUE
Elles diminuaient ou cessaient souvent pour revenir plus tard, lorsque la fièvre déclinait; c’est alors pendant le repos de la nuit, qu’elles sont, en général, le plus copieuses et qu elles deviennent assez considérables pour forcer les malades à changer une ou plusieurs lois de linge. Je regrette de n’avoir jamais recherché, dans ces cas, l’existence des sudamina ; toutefois il est probable qu’il n’en existait sinon jamais, du moins fort rarement, puisque de toutes les maladies aiguës, la pneumonie est une de celles dans laquelle M. Louis (1) n’en a point rencontré; il a vu surtout cette éruption manquer tout à fait dans six cas de pneumonie où les sueurs ont été le plus copieuses. Ce que je viens de dire de l’adulte s’applique aux autres âges.
Chez les enfants, l’invasion de la pneumonie est marquée par une chaleur vive, quelquefois excessive ; c’est chez eux qu’on trouve le plus souvent les maxima, comme âO et même âl degrés. Chez les nouveau-nés, si la pneumonie est simple, la chaleur de la peau sera, avec l’accélération de la respiration, un de ses premiers symptômes; mais dès que la maladie est arrivée à une certaine période, onia voit parfois diminuer, décroître jusqu’à la mort ; elle finit même par être remplacée par le froid des extrémités et par une chaleur trèslàible du tronc, tandis que, contrairement à ce qu’on a dit, le pouls s'accélère de plus en plus et n’est jamais aussi fréquent que lorsque la mort est prochaine.
Chez les personnes très-âgées, la chaleur cutanée paraît présenter de plus grandes variations que chez l’adulte. En général, la peau est chaude et sèche, et peut offrir ces caractères jusqu’à la mort, ou bien elle se refroidit en restant sèche ; d’autres fois elle se couvre d’une sueur humide et poisseuse ; enfin, dans quelques cas rares, la peau peut présenter une chaleur normale dans tout le cours de la maladie, ou bien être moite sans que la transpiration paraisse augmentée (2). Des recherches thermométriques, aussi exactes que celles qui ont été faites chez l’enfant et chez l’adulte, manquent pour le vieillard. Toutefois il est légitime de conclure de ce qui précède, que chez les sujets âgés, comme d’ailleurs chez les entants les plus jeunes, et généralement aussi dans les pneumonies consécutives, on doit trouver les minima, c’est-à-dire une température oscillant entre 38 et 39 degrés.
En résumé, la fièvre, qui est spécialement caractérisée par 1 élévation delà température et par l’accélération du pouls, est un sym-
(1) Loc. cit., 2° édition, t. II, p. 3.
(2) Archives générales de médecine, 2e série, t. XII, p. 168.