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CHAPITRE VH

TERMINAISONS

La pneumonie peut avoir plusieurs modes de terminaisons. La plupart des auteurs admettent que l’inflammation pulmonaire peut se terminer : 1° par résolution ; 2° par suppuration ; 3° par gangrène; U° par induration ou par son passage à l’état chronique; 5° enfin, la pneumonie peut se terminer par une autre affection. Afin d’éviter des répétitions , je n’étudierai ce dernier mode de terminaison que dans le chapitre où je rechercherai d’une manière spéciale l’influence que la pneumonie ‘exerce sur la production et sur la marche des autres maladies.

ARTICLE PREMIER

TERMINAISON PAR RÉSOLUTION

Lorsque la pneumonie se termine par résolution, on voit les symptômes généraux et locaux diminuer, puis cesser tout à fait. La fièvre tombe, la respiration est moins gênée, la toux plus rare et les crachats, blancs, muqueux, de moins en moins abondants, ressemblent à ceux des bronchites ordinaires ; le râle crépitant,

TJÎ U MIN .VISONS.

qui avait été remplacé par le souffle tubaire, revient avec des caractères nouveaux ; bientôt le bruit respiratoire lui succède; le son du thorax s’éclaircit aussi par degrés ; l’appétit et les forces renaissent, en même temps que la physionomie reprend son expression naturelle. Cette amélioration coïncide souvent avec des phénomènes critiques très-variés que j’étudierai plus tard. 11 est extrêmement important de connaître comment s’opère la résolution de l’engorgement pneumonique; l’auscultation nous permet de suivre, pour ainsi dire, pas à pas ce travail réparateur. C’est ce que nous allons exposer.

Lorsque Phépatisation vient à diminuer, la respiration bronchique, qui était devenue sèche, rude, aride, ou dont le timbre métallique était très-retentissant, surtout pendant l’inspiration, perd peu à peu de sa force et de sa rudesse; elle finit bientôt par cesser tout à fait pendant l’inspiration, et n’être plus perceptible que pendant le temps de l’expiration. Dans la presque totalité des cas de pneumonie, c’est dans l’expiration que le souffle commence à être perçu, et c’est aussi dans le même temps qu’il cesse presque toujours d’être entendu lorsque la maladie a une heureuse terminaison. 11 peut arriver pourtant que chez des malades qui ont, pendant un ou plusieurs jours, une respiration bronchique dans l’inspiration, on voie le souffle disparaître rapidementou peu à peu, sans pourtant que l’expiration soit jamais devenue soufflante, pas même prolongée; mais ce sont là des faits rares et très-exceptionnels. C’est ainsi que sur 39 malades ayant tous présenté de la respiration bronchique pendant l’inspiration, je vis chez là le souffle diminuer à l’époque de la résolution, puis disparaître pendant le premier temps de la respiration, tandis qu’il persistait encore plusieurs jours de suite pendant l’expiration. Chez 13 autres individus, l’expiration n’était point précisément bronchique, mais seulement plus ou moins prolongée, et quelquefois un peu rude. Parmi les 3 malades qui restent, il y en a 2 chez lesquels le souffle, également marqué pendant l’inspiration et l’expiration, diminua, puis disparut à la fois dans les deux temps de la respiration; enfin chez un seul malade, qui avait du souffle bronchique dans un point circonscrit pendant l’inspiration seulement, ne me présenta plus, au bout de vingt-quatre heures, qu’une diminution dans l’expansion vésiculaire, l’oreille ne percevant aucun bruit morbide pendant l’expiration.

Ces faits sont très-importants à connaître, et il est aisé de voir combien ils peuvent être utiles pour établir le pronostic de l’affection.

TERMINAISON PaR RÉSOLUTION. SOI

Lorsque l’induration pulmonaire commence à se résoudre, la crépitation qui avait cessé reparaît ; mais les bulles sont, en général, plus humides et plus grosses. D’abord peu abondantes, rares, perçues seulement pendant la toux ou pendant une inspiration profonde, elles finissent, à mesure que la résolution fait des progrès, par être entendues très-manifestement pendant les inspirations ordinaires. Laennec a appelé ce râle, crépitation de retour , ou râle crépitons redux. 11 a généralement les caractères que je viens de signaler, et qui sont ceux que Laennec lui attribue; toutefois il n’est pas très-rare de trouver les bulles aussi petites et aussi sèches qu’elles l’étaient dans le premier degré. Il peut môme arriver, dans quelques cas fort rares, que le râle crépitons redux soit plus fin que la crépitation qui avait existé dans le premier degré de la maladie. C’est ce que j’ai noté plusieurs fois dans mes observations. Le râle crépitant de retour, comme celui qui est primitif, existe exclusivement pendant l’inspiration; ce n’est que dans quelques cas extrêmement rares, que quelques bulles peuvent aussi être entendues pendant l’expiration.

Quelques personnes semblent penser que la crépitation de retour est un phénomène constant dans les pneumonies qui rétrogradent du deuxième au premier degré. Cette opinion ne me semble pas absolument vraie. J’ai vu, en effet, quatre malades chez lesquels une respiration bronchique des plus intenses fut, du matin au soir, ou du jour au lendemain, remplacée complètement par de la faiblesse du bruit respiratoire, sans aucun vestige de crépitation ou autre bruit morbide. Toutefois je ne suis pas très-convaincu que, dans ces cas, il n’y ait pas eu une crépitation de retour dans l’intervalle des deux visites. La chose est possible, car il ne faut pas oublier que souvent les signes fournis par l’auscultation sont trèsfugaces, et qu’ils se succèdent rapidement. 11 m’est arrivé plusieurs fois de voiu chez le même individu dans l’espace d’une demiheure, le souffle remplacer la crépitation, et réciproquement. J’ai vu, pendant que j’étais chef de clinique de Chôme], trois malades qui, â la visite du matin, présentaient à l’auscultation un souffle tubaire pur, tandis que le soir la respiration bronchique était déjà mêlée à de la crépitation de retour, laquelle avait cessé tout à fait d’être perceptible, même pendant la toux, dès la visite du lendemain. Certes, voilà trois observations dans lesquelles ou aurait cru sans doute que le râle crépitant de retour avait manqué, si les malades n’avaient été explorés avec soin dans l’intervalle des visites du professeur, et si les résultats n’avaient pas été consignés sur le papier.

TERMINAISONS

Si un habile observateur, le docteur Stokes, a cru avoir fréquemment observé des pneumonies dont la résolution se serait opérée sans qu’il y ait eu de la crépitation de retour (1), il est permis de supposer que ce médecin n’a rencontré un si grand nombre d’hépatisations pulmonaires sans crépitation de retour, que parce qu’il a mis un temps trop long entre chacune de ses explorations. Les faits que j’ai rapportés précédemment prouvent combien l’erreur est facile. Dans les cas très-rares où la pneumonie passe du deuxième au premier degré sans offrir de crépitation , ii ne faudrait pas en inférer que la résolution est plus rapide : fréquemment, en effet, il s’est écoulé plusieurs semaines encore avant que le poumon eût repris toute sa perméabilité.

La crépitation, dont la durée peut varier depuis quelques heures jusqu’à un et deux mois, diminue bientôt d’abondance; ses bulles deviennent plus rares, moins distinctes; elles ne sont plus entendues que lorsque le malade tousse, ou lorsqu’il inspire profondément. Bientôt le murmure naturel de la respiration commence à être perçu; le souffle de l’expiration diminue progressivement, il n’y a plus ensuite qu’un peu de prolongation; enfin, le murmure vésiculaire reprend sa force et son moelleux après être resté faible plus ou moins longtemps ; car on peut établir en règle générale et comme souffrant à peine d’exceptions, que de tous les phénomènes stéthoscopiques observés dans la pneumonie, la faiblesse du bruit respiratoire est celui qui disparaît le plus tard.

Lorsque la pneumonie a envahi un poumon dans une grande étendue, la résolution ne s’opère pas en même temps et avec une égale rapidité sur tous les points affectés. Laennec a dit que les parties qui avaient été prises les dernières étaient ordinairement celles dans lesquelles la résolution se faisait tout d’abord; que quelquefois cependant le contraire avait lieu (2). Ce dernier cas ne me semble pas être fort rare. Ayant, en effet, étudié la marche de la résolution sur 90 pneumonies arrivées au second degré, et qui avaient envahi de proche en proche une partie plus ou moins considérable de l’un ou l’autre poumon, j’ai trouvé que chez 60 les parties qui avaient été affectées les dernières furent celles où se montrèrent les premiers signes de résolution. Chez 18, au contraire, la résolution s’opérait suivant un ordre inverse, c’est-à-dire que la crépitation de retour commença à être perçue au niveau des points qui avaient été envahis les premiers par la phlegmasie; enfin chez

(1) Loc. cit., p. 325.

(2) Tome I, p. 528.

TERMINAISON PAH RÉSOLUTION

12 malades chez lesquels la pneumonie n'occupait pas une grande étendue, les signes de résolution se manifestèrent simultanément

Issur toute la surface malade du poumon. Dans la pneumonie double, -si j’en excepte un seul individu, la résolution a commencé par l’orcgane qui avait été envahi le dernier, ou bien elle s’est faite simultanément dans les deux poumons. Même dans ce dernier cas, le (travail de résolution a rp^rché inégalement, puisque le plus souvent lie poumon envahi en dernier lieu avait repris toute sa perméabillité, tandis que l’autre présentait encore quelque phénomène morlbide à l’auscultation et a la percussion. Ceci s’explique facilement, ssi l’on se rappelle ce que nous avons déjà dit, que dans les cas de [pneumonie double, le poumon qui est affecté en dernier lieu, l’est (dans une moindre étendue que celui qui a été pris le premier, et i que chez celui-là la phlegmasie arrive généralement à un degré ! moins avancé que dans l’autre.

Dans la résolution de la pneumonie, et pour en calculer la imarche, il faut donc avoir égard à la manière dont les parties ont ' été successivement envahies. Lorsqu’une pneumonie cheminant de bas en haut aura envahi le poumon tout entier, il est probable ■ que la résolution se fera successivement d’après le même ordre, il faudrait bien se garder de conclure alors avec M. Walshe à une présomption de tubercule (1). On pourrait pourtant avoir celte crainte si la pneumonie ayant débuté par le sommet, et s’étant étendue jusqu'à la base, la résolution suivait une marche inverse. On a vu toutefois qu’il ne faudrait pas encore ici se hâter de conclure, puisque les cas où la résolution commence par les parties qui ont été envahies les dernières ne sont pas très-rares.

M. le docteur Fournet a prétendu (2) que lorsque la résolution de la pneumonie se lait d’une manière successive d’un lieu à un autre, on entend ordinairement une respiration puérile dans les points où la résolution est devenue complète, quelle y persiste avec ' le même caractère jusqu’à ce que la résolution se soit prononcée dans le point voisin; celui-ci, à son tour, deviendrait le siège d’une respiration puérile, tandis que dans les autres parties, le bruit respiratoire reviendrait peu à peu à son état normal. Ce phénomène n’aurait point lieu, d’après M. Fournet, lorsque ia résolution s’opère par un mouvement uniforme et simultané dans toute l’étendue de la portion hépatisée. En consultant les observations recueillies il y a plusieurs années, et dans lesquelles les phénomènes d’auseuita-

(1) Praclical Treatise on Diseases of thelungs, p. 372.

(2) liccherches sur l’auscultation , lre partie, p. 91.

TERMINAISONS

tion avaient été soigneusement décrits, je n’ai retrouvé la respiration puérile pendant la résolution que trois fois sur 90 malades. Craignant de n’avoir pas noté ce phénomène aussi souvent qu’il avait réellement existé, j’ai fait une nouvelle série de recherches et j’ai vu que sur 63 malades, la respiration puérile n’a été entendue, dans les parties entrées en résolution, que chez trois sujets seulement. Chez aucun, d’ailleurs, je n’ai observé la succession de phénomènes indiqués par M. Fournet. Dans la moitié des cas que

j’ai vus, la respiration puérile était perçue seulement dans une partie des points envahis par la pneumonie ; chez les autres, on en constatait l’existence dans toute l’étendue du poumon qui avait été malade. Si M. Fournet a cru entendre la respiration puérile aussi souvent qu’il le dit, c'est qu’il aura probablement pris pour telle cette respiration rude et sèche, s’accompagnant en général d’une expiration soufflante ou prolongée qui succède en effet assez souvent à la respiration tubaire, pendant la résolution de la pneumonie.

Le travail de résolution suit une marche plus ou moins lente, surtout chez les vieillards et chez les sujets débiles, quelle que soit d'ailleurs la méthode de traitement qui a été employée. Il en est de même chez les ivrognes, ainsi que Magnus IIuss l’a plus spécialement noté. M. Andral (1) dit avoir remarqué quelquefois, six semaines au moins après la disparition de tous les symptômes aigus de la pneumonie, qu’il existait encore du râle crépitant dans une étendue souvent très -grande, bien que ces individus eussent recouvré des forces, bien qu’ils fussent sans fièvre, que leur appétit fût bon, et qu’ils pussent le satisfaire sans inconvénient ; ils toussaient à peine et ne semblaient pas avoir de dyspnée. Le fait dont parle M. Andral est beaucoup plus fréquent qu'on ne le croit communément. Des observations nombreuses m’ont même démontré que la plupart des malades qui sortent de l’hôpital dans un état de santé tel qu’ils peuvent immédiatement reprendre leurs pénibles travaux, présentent néanmoins à l’auscultation des signes indiquant que le poumon n’a pas repris toute sa perméabilité.

Ainsi, sur 103 malades qui quittèrent nos salles du vingtième au cinquante-cinquième jour, à dater du début de la maladie, 37 seulement ne présentaient plus, ni à l’auscultation, ni à la percussion, aucun phénomène morbide. Chez 36, il n’y avait aucun bruit anormal, mais le murmure respiratoire était beaucoup plus faible que celui qu'on entendait du côté sain dans les points correspondants.

(i) Clinique médicale, édit., t. III, p. 518.

TERMINAISON PAU RÉSOLUTION

Chez 14, indépendamment (le cette faiblesse du bruit respiratoire, l’inspiration qui était prolongée offrait , en outre , à l’oreille un timbre souillant plus ou moins énergique. Chez 11 il y avait, soit pendant l’inspiration, soit pendant la toux seulement, de la crépitation ou du râle sous-crépitant plus ou moins nombreux ; les bulles étaient en général rares, disséminées, et il existait aussi une expansion incomplète; chez 5, outre ce défaut d’expansion vésiculaire, on voyait en outre prédominer les râles caractéristiques de la bronchite.

Quel est l’état du tissu pulmonaire dans ces résolutions incomplètes ou tardives de la pneumonie? La science ne possède pas jusqu’à présent des faits assez nombreux pour résoudre complètement cette question. On pense généralement que la faiblesse consécutive du bruit respiratoire et que le râle crépitant ou sous-crépitant dépendent d’un œdème pulmonaire qui aurait succédé à la pneumonie. Guidé par l’analogie, j’avais moi-même adopté d'abord cette opinion (1). De même, disais-je, que les parties du corps qui ont été frappées d’érysipèle restent plus ou moins longtemps tuméfiées et œdémateuses, de même aussi on peut voir le tissu pulmonaire, après certaines phlegmasies, présenter un état anatomique plus ou moins analogue. Cependant un fait dont j’ai déjà parlé a dû modifier mon opinion. On se rappelle cette jeune fille de dixsept ans atteinte d’un rhumatisme articulaire et d’une pneumonie gauche, qui succomba à une péricardite intercurrente, à une époque où la pneumonie, déjà terminée par résolution, ne donnait plus d’autre phénomène stéthoscopique qu’un peu de râle sous-crépitant rare et disséminé, uni à un bruit respiratoire rude dans quelques points et affaibli dans d’autres. J’ai dit qu’à l’autopsie je trouvai le tissu pulmonaire d’un rouge foncé ou noirâtre, encore un peu friable dans quelques points; il n’y avait plus d’aspect granulé; mais l’organe’élait moins souple, il semblait plus sec, il surnageait moins complètement quand on le plongeait dans l’eau, et ne présentait nulle part de trace d’œdème. Ainsi le râle sous-crépitant qui avait existé dans les derniers jours de la vie s’expliquait naturellement par un reste d’engouement des cellules pulmonaires. J’avoue même que s’il y avait eu de l’œdème, cette lésion n’aurait pu me rendre compte du râle, car je ne vois pas comment une sérosité infiltrée dans le tissu cellulaire intervésiculaire pourrait être la cause d’un râle humide qui se passe dans la cavité des cellules elles-mêmes. Le souffle bronchique et la bronchophonie qui

(1) Voyez mon Mémoire sur la pneumonie (J ourn. hebdom., -183G, t. III). grisolle. 20

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persistent dans la convalescence, dépendent parfois d’une induration de tissu, mais plus souvent encore ces phénomènes sont dus à la formation d’un épanchement pleurétique consécutif. Enfin, quelques fausses membranes plus ou moins bien organisées au niveau des points affectés peuvent expliquer également la faiblesse persistante du bruit respiratoire et l’obscurité du son ; c’est dans ces cas, en outre, qu’on voit apparaître à une période avancée un bruit de frottement.

Si la pneumonie est simple, je ne pense pas qu’il puisse y avoir un rétrécissement consécutif de la cavité thoracique; mais en Amérique et en Angleterre, des observateurs distingués ont émis une opinion contraire. Ainsi, Forbes dit que la mensuration du thorax, faite dans les cas de pneumonie, faisait reconnaître d’abord une tuméfaction de l’organe, et plus tard une atrophie consécutive. Walslie (1), Flint (2) , ont soutenu la même opinion. Stok.es (3) affirme aussi avoir observé ce rétrécissement; il le signale surtout comme fréquent à la suite des pneumonies typhoïdes, dans lesquelles la résolution se fait lentement, ainsi qu’après 1 es pneumonies chroniques. L’auteur dit avoir vu un cas de pneumonie asthénique qui avait duré trois mois, et à la suite de laquelle on avait observé une rétraction thoracique aussi considérable que celle qu’on peut trouver après un empyème. Stokes dit positivement que son malade n’avait pas la moindre apparence d’épanchement. Cependant malgré cette déclaration, et quelque confiance que m’inspire le savant professeur de Dublin, je ne puis m'empêcher de croire que dans tous les cas de pneumonie où l’on a constaté un rétrécissement thoracique consécutif, la maladie du poumon a dû se compliquer d’un épanchement pleurétique plus ou moins considérable. Lorsqu’il en est ainsi, on peut, comme lorsque la pleurésie est simple, trouver un rétrécissement partiel de la poitrine aussitôt que le liquide a été résorbé. C’est ce que j’ai vu deux fois à la suite d’une pleuro-pneumonie du lobe inférieur ; on remarquait chez ces deux malades un aplatissement de la partie antérieure et latérale, correspondant au siège de la pneumonie et de l’épanchement. Je suis d’autant plus autorisé à regarder dans ces cas le rétrécissement de la poitrine comme étant plutôt l’effet de la résorption du liquide que d’une atrophie que le poumon aurait subie consécutivement à la pneumonie, qu’ayant plus tard mesuré avec le ruban et avec le compas

(1) Loc. cit.

(2) Lectures, p. 420.

(3) Loc. cil., p. 335.

TERMINAISON PAR RÉSOLUTION

d’épaisseur le thorax de neuf individus qui étaient convalescents d’une pneumonie simple, je ne pus constater aucun rétrécissement dans le côté de la poitrine qui avait été le siège de la maladie. M. Woillez(l), qui a également observé plusieurs fois un aplatissement partiel de la poitrine à la suite de la pneumonie, est porté à regarder aussi ce rétrécissement comme étant plutôt l 'effet de l’absorption du liquide pleurétique que de la pneumonie ellemême. Il l’a toujours vu être partiel, et il s’est opéré suivant des lois semblables, mais plus simples encore que celles qui président aux rétrécissements partiels produits par la pleurésie. Ainsi dans les pleuro pneumonies droites, c’est la région antérieure du côté droit qui s’est rétrécie seule ; dans les pleuro-pneumonies gauches, c’est au contraire uniquement au niveau de la région postérieure du côté gauche que le rétrécissement s’est opéré. iM. Woillez n’a jamais vu l’irrégularité et l’inclinaison des côtes au niveau de la région rétrécie. Le rétrécissement n’était sans doute pas assez considérable pour produire cet effet.

J’ai voulu déterminer par l’analyse de 192 faits si l’amélioration commençait à se faire par les symptômes généraux ou bien par les symptômes locaux. Voici ce que j’ai observé. Sur ces 192 malades, j’ai vu 94 fois une diminution considérable dans l’appareil fébrile, coïncider avec une amélioration du côté des phénomènes stéthoscopiques : l’amendement de ces deux ordres de symptômes m’a paru être, dans ces cas, tout à fait simultané. Chez 72 autres malades, une diminution notable dans l’appareil fébrile a précédé de un ou plusieurs jours les changements favorables qui sont survenus plus tard dans les symptômes stéthoscopiques. Enfin chez 26 malades les phénomènes d’auscultation se sont amendés d’une manière sensible, tandis que la fièvre conservait à peu près toute son intensité.

On s’explique sans peine pourquoi l’état fébrile diminue en même temps que les symptômes locaux s’amendent; car nous avons dit précédemment que la fièvre, dans la pneumonie, était symptomatique de l’altération pulmonaire; elle doit donc s’accroître et diminuer à mesure que celle-ci s’aggrave ou se résout . Les nombreuses exceptions à celte règle ne sont probablement qu’apparentes. Si, en effet, chez 72 malades nous avons vu la fièvre diminuer avant qu’on pût constater aucune amélioration appréciable dans l’étendue et dans le degré de l’inflammation pulmonaire, il est pourtant certain que celle-ci devait être moins considérable; il est probable

(1) Recherches sur l’inspection et la mensuration de la poitrine, p. 388 et 461.

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que, dans ces cas, la résolution s’est opérée de dedans en dehors, c’est-à-dire des parties profondes vers les parties superficielles: or c’est ce que l’auscultation ne peut pas démontrer d’une manière absolue. Chez 7 malades, j’ai constaté une extension des phénomènes stéthoscopiques le jour où la fièvre avait considérablement diminué; de même on voit quelquefois à l’extérieur, un érysipèle s’étendre encore un peu, tandis que l’appareil fébrile s’amende. Mais dans ces cas même il était facile de s’assurer que si la phlegmasie tendait encore à s’irradier par un dernier effort, elle offrait néanmoins sur tous les points qu’elle avait envahis primitivement, une intensité beaucoup moindre: or c’est ce qui expliquait la diminution qu’on a observée dans l’appareil fébrile. Lors donc que dans une pneumonie, on voit la fièvre diminuer beaucoup, tandis que la crépitation s'est étendue sur une plus grande surface, il est rationnel de croire que la phlegmasie a diminué dans les parties qu’elle avait envahies primitivement. L’amendement qu’on observe dans les symptômes généraux, s’il est considérable, fait présumer qu’une amélioration a dû survenir aussi dans l’état local, quoique cependant les moyens d’exploration soient insuffisants pour nous en donner la certitude. J’ai dit enfin , que chez 26 malades j’avais observé une diminution considérable des phénomènes stéthoscopiques, chez 8 même ils avaient complètement cessé, du moins on n’entendait plus dans les points envahis par la pneumonie, qu’un peu de râle sibilant, quelques bulles de râle sous-crépitant, rare, disséminé avec un brui trespiratoire un peu faible ; cependant chez eux la fièvre persistait à un degré encore assez intense. Fallait-il croireque dans ces cas la pneumonie, s’étant terminée par résolution à la surface du poumon, avait continué de s’étendre et de s’accroître dans les parties profondes de l'organe? La chose était probable pour la plupart des malades, mais chez plusieurs d’entre eux, la diminution de la dyspnée et des mouvements respiratoires, les phénomènes négatifs fournis par l’exploration, ne me permettaient pas d’admettre cette supposition. De même, l’examen attentif de tous les autres viscères ne me faisant découvrir aucune complication inflammatoire, la cause excitante de la fièvre restait tout à fait inconnue.

D’après ce qui précède, on voit que la résolution de la pneumonie se fait toujours plus ou moins lentement. Jusqu’à présent je ne connais aucun fait qui puisse faire soupçonner que les inflammations du poumon puissent se terminer par délitescence; cette terminaison ne pourrait guère être possible que lorsque la maladie n’a pas encore dépassé le premier degré, car lorsque le tissu est plus

TERMINAISON P A K RESOLUTION

profondément altéré, lorsqu’il est hépatisé, il est certain qu’il ne peut reprendre sa perméabilité que par un travail organique qui exige toujours un temps plus ou moins long pour s’effectuer. Toutefois il est quelques circonstances, par exemple l’invasion brusque de certaines maladies graves, qui peuvent arrêter la marche d’une pneumonie et lui permettre alors de se terminer en peu de jours d’une manière favorable. M. Andral rapporte, dans sa Clinique médicale , l’observation d’un jeune homme de vingt-deux ans, atteint d’une pneumonie double qui paraissait devoir être fort grave à raison de son intensité et de l’étendue qu’elle occupait, plusieurs émissions sanguines avaient été impuissantes pour en arrêter les progrès ; un pronostic fâcheux était déjà porté, lorsque vers la fin du quatrième jour, une éruption varioleuse se montrant simultanément à la face, sur la poitrine et les bras, on vit aussitôt les symptômes thoraciques diminuer, disparaître bientôt, et douze heures s’étaient à peine écoulées depuis l’apparition des premières pustules que la respiration avait repris sa liberté, les crachats rouillés avaient été remplacés par une expectoration catarrhale, et la crépitation avait fait place presque partout au murmure vésiculaire (1).

11 est évident -que, dans ce cas, le travail inflammatoire dont le poumon était le siège a été brusquement arrêté dans son développement et dans sa marche par l’apparition d’une autre phlegmasie qui, occupant une large surface, a été assez puissante pour enrayer la pneumonie. Je ne puis pourtant m’empêcher de faire observer ici que l’état fâcheux du malade, que la gravité des symptômes généraux, dépendaient non-seulement de la pneumonie, mais encore des prodromes de la fièvre éruptive ; l’amélioration qui a succédé à l’éruption se remarque dans la plupart des cas analogues. Cependant il est incontestable que la variole a eu ici une action révulsive par rapport à la pneumonie. C’est encore de la même manière et par un mécanisme analogue qu’il faut expliquer le fait rapporté par Graves, d’une pneumonie parvenue au deuxième degré et qui fut brusquement enrayée par une attaque de choléra indien : en trente-six heures tous les phénomènes morbides qui existaient du côté de la poitrine disparurent, et cette pneumonie grave fut ainsi enlevée avec une rapidité dont Graves n’avait jamais vu aucun autre exemple (2). Des faits semblables sont excessivement rares. Il est au contraire assez commun de voir la résolution de la

(1) Tome III, 4e édit., p. 433, obs. 60.

(2) The London medical and surgical Journal, 1833.

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pneumonie coïncider avec l’apparition de certains phénomènes, que l’on regarde généralement comme critiques , et qui vont être étudiés en détail dans l’article suivant.

ARTICLE II

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