Douzième
On sera fra’ppé, en lisant ce tableau, du petit nombre de pneumonies qui ont présenté quelque évacuation salutaire, dans les jours qu’Hippocrate a signalés comme essentiellement critiques (1). Ces résultats sont peu favorables à la doctrine d’Hippocrate, puisque le plus grand nombre de pneumonies (20) ont eu leurs phénomènes critiques dans les jours qu’on a nommés intercalaires ou provocateurs (2), pendant lesquels on a dit que les crises étaient moins fréquentes et moins complètes, mais qui néanmoins ont été regardés par les médecins hippocratiques comme pouvant rem-
(1) Les septième, quatorzième, vingtième, etc., nommés principaux ou radicaux par les Arabes.
(2) Troisième, cinquième, neuvième, treizième, dix-neuvième.
316 TERMINAISONS
placer les jours critiques. 8 malades ont eu leurs crises pendant les jours vides (1) ( vacui seu médicinales ); h d’entre eux ont même présenté des crises favorables le sixième jour, qui était regardé comme étant le plus pernicieux (2). Il faut conclure de ce qui précède que la doctrine des jours critiques est très-incertaine, et qu’on ne saurait l’admettre avec confiance en ce qui concerne la pneumonie. Cependant M. le professeur Andral a rapporté des faits qui lui sont favorables (3). C’est ainsi que, d’après un résumé de 112 cas, il a trouvé que chez la moitié des malades, la terminaison de la pneumonie s’est faite les septième, quatorzième et vingtième jours, qui sont notés au nombre des jours critiques ou indicateurs. Toutefois, il est à regretter que M. Andral n’ait pas dit comment il avait compté, et à quelle époque il avait regardé la maladie comme terminée. Quant à moi, ayant réuni tous les laits de pneumonie dans lesquels le début de la maladie avait pu être très-exactement déterminé, j’ai noté ensuite le moment précis où les symptômes ont commencé à décroître, puis j’ai fixé avec le même soin le jour où les accidents s’étaient tellement amendés, que le malade pouvait être regardé par tout le monde comme commençant actuellement sa convalescence : or, dans ces deux manières de compter, je me suis assuré que la maladie n’avait aucune tendance naturelle à se terminer au bout de certains jours, et j’ai vu la pneumonie commencer à décroître, ou la convalescence se déclarer à peu près aussi souvent pendant les jours dits critiques et intercalaires , que pendant ceux qu’on a nommés vides ou non décrétoires. Je dirai enfin que chez les 10 individus dont la maladie fut abandonnée aux forces de la nature, chez lesquels, par conséquent, nul traitement actif ne vint contrarier les mouvements organiques, plus de la moitié des crises eurent lieu pendant les jours vides; c’est aussi pendant ces mêmes jours que la convalescence commença chez 6 d’entre eux, tandis que chez k seulement elle débuta pendant les jours dits critiques , décrétoires et indicateurs. Ces résultats viennent donc démontrer encore le peu de fondement de la doctrine des jours dits critiques , du moins en ce qui concerne la pneumonie.
J’ai à dessein insisté sur ces faits, parce que jusqu’à présent on n’avait pas recherché, à l’aide d’une méthode exacte, ce qu’il fallait penser des crises et des jours critiques. Nous avons vu que chez un
(1) C’est le sixième que Galien nommait tyran.
(2) Sixième, huitième, dixième, douzième, seizième, dix-huitième.
(3) Clinique médicale, 4e édit., t. III, p. 516.