PASSAGE DE LA PNEUMONIE A L’ÉTAT CHRONIQUE
Lorsque la pneumonie passe de l’état aigu à la chronicité, on voit les symptômes de la maladie s’amender et décroître, comme si la résolution allait s’opérer; la fièvre, en effet, diminue, elle peut même cesser tout à fait lorsque depuis plus ou moins longtemps déjà la douleur de côté a disparu, lorsque les crachats ont perdu leur viscosité, leur coloration jaune ou rouge, et que souvent aussi l’appétit a semblé renaître. Mais, malgré cette amélioration, les forces et l’embonpoint, loin de reprendre, continuent plutôt à diminuer, et si l’on explore alors la poitrine, on trouve que la résolution ne fait aucun progrès, et que le poumon reste induré, imperméable à l’air; le son, en effet, continue à rester mat, et à l’auscultation on entend la même respiration bronchique, la même bronchophonie, avec ou sans mélange d’une crépitation humide et grosse, c’est-à-dire les symptômes qu’on observe à l’état aigu lorsque la maladie, après être parvenue au deuxième degré, commence à rétrograder et présente un commencement de résolution.
Ces symptômes persistent les mêmes pendant quelques jours ; puis ils décroissent sensiblement pour reprendre souvent avec une sorte d’acuité. Si la fièvre, à peu près éteinte, se rallume alors, si les crachats acquièrent plus de viscosité et une coloration rougeâtre ou rouillée, on croit assister à une sorte de rechute. C’est après des alternatives plus ou moins nombreuses en bien et en mal, qui durent quelques jours, une semaine parfois, c’est après des exacerbations plus ou moins fréquentes, et que rien n’explique le plus souvent, qu’on voit tantôt la résolution se faire très-lentement, ailleurs l’état chronique se constituer en quelque sorte définitivement. Ce qui frappe alors, ou plutôt ce qui préoccupe le plus, c’est moins l’état local que les symptômes généraux, que l’état fébrile, qui devient continu chez les uns, offrant seulement des exacerbations nocturnes, parfois irrégulières et présentant une acuité très-grande, telle qu’on la voit dans certaines formes de phthisie aiguë. La dyspnée est alors toujours assez considérable, l’émaciation est rapide, et en quelques mois la maladie se termine fatalement. On le voit ici, la pneumonie, quoique chronique, a véritablement les allures d’une affection assez aiguë.
Le plus souvent, surtout lorsque la pneumonie est chronique d’emblée, ou bien lorsqu’elle est consécutive à un état aigu, qui n’a eu qu’une faible intensité, l’état fébrile ressemble assez à celui qui accompagne la période de ramollissement des tubercules. 11 est presque toujours continu, pouvant manquer dans la première moitié de la journée, mais apparaissant le soir par un redoublement qui se juge par des sueurs nocturnes. Celles-ci toutefois peu-
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TERMINAISONS
vent manquer tout à fait; c’est ce j’ai noté sur le premier malade atteint de pneumonie, dont je recueillis l’histoire il y a vingt-cinq ans. Lorsque les sueurs existent, elles peuvent, exceptionnellement, être abondantes, profuses même; le plus souvent elles sont partielles et moins abondantes qu’elles ne sont dans la tuberculisation. Si je me fiais seulement à ce que j’ai vu moi-même, je dirais que les sueurs font défaut ou qu’elles sont peu marquées lorsque le tissu pulmonaire est seulement induré, tandis qu’elles se montrent plus communément lorsque le poumon est érodé, et qu’il existe une suppuration plus ou moins abondante. La sueur serait donc un signe de fonte purulente, analogue par conséquent à celle qu'on rencontre si habituellement dans les deux dernières périodes de la phthisie.
De quelque manière que la pneumonie chronique ait débuté, il est rare qu’elle s’accompagne de douleur thoracique. Quelques malades ont une dyspnée notable, ce symptôme peut même être porté à un haut degré, dans les cas où la lésion est très-étendue ou bien lorsque la maladie a dans sa marche quelque chose qui rappelle l’état aigu.
Bien différente de ce qu’elle est dans cette dernière forme, l’expectoration qu’on observe dans la pneumonie chronique n’est jamais caractéristique, elle est ordinairement catarrhale et peu abondante. Elle peut devenir purulente si un abcès se forme, et être aussi infecte que l’haleine si quelques points se sphacèlent. Mais, je le répète, les crachats n’offrent communément rien de remarquable, et dans les cas rares où ils deviennent visqueux et colorés en rouge ou en jaune, il faut supposer bien moins un retour vers Bacuité qu’une extension de la maladie à des surfaces nouvelles et s’y révélant sous une forme plus ou moins aiguë. M. Charcot dit que des hémoptysies répétées se sont montrées dans plusieurs cas. Cet accident toutefois doit être rare; il ne se lie guère qu’à la forme ulcéreuse, d’ailleurs lorsqu’on le constate, il doit toujours être tenu pour suspect, car l’hémorrhagie est rarement symptomatique d’une phlegmasie, tandis qu’elle l’est habituellement de la présence de produits hétéromorphes.
Je ne parle ici que de la pneumonie chronique simple; il n’en est peut-être pas de même de celle qui, quoique succédant à des congestions répétées, reconnaît surtout pour cause première la présence dans les poumons de corps étrangers venus du dehors. C'est ainsi que dans la pneumonie chronique observée à la manufacture de Châtellerault, le docteur Desayvres signale la fréquence d’hémoptysies souvent effroyables par la quantité de sang expulsé, ce qui s’explique aisément lorsque les tubercules manquent, par l’ulcé-
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