DURÉE
La pneumonie n’étanl pas une maladie à périodes fixes, doit avoir nécessairement une durée variable. Celle-ci est en outre beaucoup influencée par la forme anatomique ou symptomatique de l’alïection, par les conditions au milieu desquelles elle se déclare, par le traitement employé et le plus ou moins de promptitude qu’on a mis à intervenir, etc., etc. Aussi, dans la première édition , j’avais cru convenable de ne parler de la durée de l’attèction qu’à l’occasion des méthodes de traitement; c’est ce que je ferai encore; mais cependant nous pouvons dès à présent indiquer d’une manière générale quelle est la durée de la maladie, qui doit être mesurée depuis le frisson d’invasion et le début de la fièvre jusqu’au moment où celle-ci est complètement éteinte. La durée de la pneumonie doit en effet être calculée par la considération des phénomènes généraux, sans faire intervenir les phénomènes locaux, qui ne sont pas toujours trèsappréciables au début, et qui persistent ensuite beaucoup au delà de la fièvre, pendant la convalescence, et même bien au delà, ainsi que nous l’avons exposé plus haut.
En calculant comme nous le disons ici, on peut établir que la pneumonie dans l’àge adulte est une maladie qui se juge le plus communément dans le cours du deuxième septénaire, c’est-à-dire entre le neuvième et le quatorzième jour; ce n’est que très-exceptionnellement que la pneumonie se termine, soit dans le premier septénaire, soit à la fin, et, à plus forte raison, au delà du troisième-
Ces termes extrêmes se retrouvent aux autres âges. Si chez l’enfant à la mamelle et chez le vieillard on peut voir la pneumonie se terminer en peu de jours, d’une manière en quelque sorte foudroyante, on peut dire pourtant que lorsque la maladie a une heureuse issue, sa solution se fait à peu près dans les mêmes limites que chez l’adulte.
Dans les cas où la maladie, bénigne et prompte dans son évolution, se juge spontanément, souvent par crises et dans les mêmes limites que la fièvre synoque, faut-il considérer la pneumonie comme n’étant qu’un épiphénomène, qu’un accident, même sans importance, essentiellement lié à la pyrexie, qui la gouvernerait en quelque sorte? Cette idée paraîtra fort étrange aux pathologistes, et
COMPLICATIONS
je l’eüsse passée sous silence si elle n’eût été défendue, dans ces derniers temps, par un médecin des plus distingués, M. le docteur Marrotte. Et cependant quoi de moins concluant, quoi de plus opposé même, à cette doctrine que les dix observations rapportées par ce médecin (1). Début brusque cIipz tous les malades, spontané dans un cas, succédant chez neuf à l’impression du froid; frisson constant, généralement peu intense, parce que ce symptôme ( la fièvre intermittente exceptée) est généralement proportionné à la gravité des affections où on le rencontre; tout de suite, au bout de quelques instants, ou peu d’heures après, le siège du mal se caractérise par la douleur pleurétique, et bientôt par les signes ordinaires des pneumonies. Que trouve-t-on ici d’étrange? N’est-ce pas de la sorte que la pneumonie débute presque toujours? La lésion locale et l’état général ne sont-ils pas communément simultanés? Pourquoi voir quelque chose de mystérieux là où tout est si clair? Pourquoi transformer, pour les besoins de la cause, une pyrexie qui n'a pas de caractère anatomique connu en une pyrexie ayant une manifestation vers un organe important. Ce n’est certes pas que je conteste la possibilité d’une pblegmasie survenant dans le cours d’une synoque; mais ce n’est alors qu’une complication. Dans les cas très-exceptionnels d’ailleurs où elle se déclare, ce n’est pas au début qu’elle survient, mais c’est beaucoup plus tard. On ne saurait donc voir dans les faits que je cite autre chose qu’une pneumonie légitime, n’offrant rien d insolite, si 'ce n’est une bénignité très-grande; il n’y a là rien de merveilleux. Marchant au rebours des autres sciences, on voudrait pousser aujourd’hui la médecine vers le mystérieux, on se croit obligé à tout propos de jeter sa petite pierre aux idées organiciennes ; perdant de vue ce qui est positif, on préfère se lancer dans les nuages, on complique tout sans besoin; partout on cherche des mystères; nous marchons, hélas ! à grands pas vers le mysticisme.