COMPLICATIONS VERS LES ORGANES CIRCULATOIRES
compliquant beaucoup plus souvent la pneumonie gauche que celle du côté droit. Les deux faits de péricardite recueillis par M. Bouillaud sur les vingt-six observations consignées dans sa clinique, sont, il est vrai, survenus dans le cours d’une pneumonie gauche ; mais on ne saurait encore émettre à cet égard une proposition générale, et il est également impossible de dire si ces complications ont eu lieu par la propagation ou l’irradiation de l’intlammalion du poumon gauche aux parties voisines, ou bien si elles sont survenues suivant un autre mécanisme.
Chez huit malades (les trois affectés de péricardite non compris) j’ai constaté une modification dans le timbre des battements du cœur. Deux fois ceux-ci étaient devenus bruyants, éclatants et semblables au bruit auriculo- métallique; chez tous les autres, au contraire, ils étaient voilés, étouffés, obscurs, sans pourtant qu’ils parussent se passer plus profondément que d’habitude. Chez un malade, le deuxième bruit était seul altéré dans son timbre; mais chez tous les autres, les deux bruits du cœur étaient à la fois modifiés et ils l’étaient cà peu près au même degré. Ces phénomènes d’auscultation s’accompagnèrent, dans la moitié des cas, d’une augmentation d’impulsion; le volume me parut être un peu accru chez deux, mais jamais je n’ai constaté de palpitations ni aucune douleur à la région précordiale. Enfin, un malade chez lequel on avait largement employé le traitement antiphlogistique, eut dans les deux jours qui précédèrent la mort, un bruit de souille au premier temps, vers le bord gauche du sternum, à 6 centimètres du mamelon. L’ouverture du cadavre, qui fut pratiquée avec le plus grand soin, ne fit découvrir, ni dans le cœur, ni dans le péricarde, ni ailleurs „ aucune lésion à laquelle on put rapporter le bruit morbide qui avait été constaté dans les deux derniers jours de l’existence; c’était manifestement un souille anémique.
2° Concrétions sanguines. — Nous avons prouvé, à Y Anatomie pathologique (p. 01) , qu’il n’était pas rare de voir se former, dans le cours de la pneumonie, des concrétions dans les cavités cardiaques, adhérant aux valvules, les empêchant de fonctionner d’une manière convenable, et devenant la cause de troubles graves dans les fonctions du cœur. J’ai cité, dans la première édition de ce livre, l’histoire d’un malade qui, succombant à une pneumonie, après avoir eu les deux bruits du cœur extrêmement sourds et voilés, me présenta à l’autopsie des caillots denses et fibrineux, élastiques, remplissant toutes les cavités du cœur, entortillés autour des colonnes charnues et des valvules et se prolongeant dans les gros vaisseaux; plusieurs adhéraient assez fortement aux parois des
COMPLICATIONS
oreillettes ou des ventricules, sans pourtant qu’on pût découvrir aucune modification de couleur, de consistance ou d’épaisseur dans l’endocarde. Depuis vingt-cinq ans, j’ai rencontré plusieurs faits analogues , M. Bouillaud en avait reconnu déjà une douzaine dans le mémoire qu’il a publié sur ce sujet (1). Les caillots cardiaques, lorsqu’ils sont peu volumineux et lorsqu’ils n’obstruent pas beaucoup les orifices, peuvent ne produire d’autre trouble qu’une altération dans le timbre des bruits du cœur; c’est ce que M. Bouillaud a constaté trois fois sur dix ; on peut même percevoir des bruits de souffle surtout au premier temps. Les caillots sont-ils plus volumineux, on constate un désordre plus ou moins considérable dans les contractions cardiaques : les battements sont tumultueux, irréguliers; le pouls est faible, parfois filiforme, inégal, intermittent, comme il l’est dans les altérations valvulaires les plus graves. Je n’ai jamais vu, comme dans celles-ci, les membres s’infiltrer; mais le malade a parfois de l’orthopnée, la face est violacée, les extrémités sont froides, tout indique enfin une grande gêne dans la circulation.
Nonobstant des symptômes aussi fâcheux, j’ai toujours vu, au bout de peu de jours et parfois même en vingt-quatre heures, les désordres s’amender. On comprend pourtant que la mort puisse être la conséquence d’une pareille complication. Je renvoie, d’ailleurs, pour plus amples renseignements à ce que j’en ai dit ailleurs (2).
2° Maladies de l'aorte. — Quelques faits épars dans la science prouvent que la pneumonie a été compliquée plusieurs fois de diverses altérations de l’aorte. On a dit depuis longtemps que, dans les violentes inflammations de poitrine, la phlegmasie pouvait se propager jusqu’à l’aorte, et affecter surtout sa membrane interne. Portai a cité (3) l’histoire d’un jeune homme qui mourut dans le cours d’une rougeole, après avoir présenté une violente suffocation ; on trouva à l’autopsie les poumons rouges et indurés ; l’aorte, dans presque toute son étendue, était également rouge; ses parois étaient gonflées, molles, surtout dans la région thoracique, près du diaphragme où elles étaient couvertes de vaisseaux variqueux ; enfin la membrane interne était gonflée et ramollie. Hodgson paraît aussi avoir observé deux fois l’inflammation du même vaisseau, déve-
(1) L’Expérience, t. III, p. 537. — Traité clinique des maladies du cœur, 2e édition. Paris, 1840, t. II, p. 710.
(2) Traité de pathologie inlerne, t. II.
(3) Anatomie médicale. Paris, 1804, t. III, p. 127.