‹ Traité de la pneumonieChapitre 78 sur 157 · COMPLICATIONS VERS LES ORGANES CIRCULATOIRES · texte numérisé non relu

COMPLICATIONS VERS LES ORGANES CIRCULATOIRES

loppée dans le cours d’une pneumonie aiguë. Cet auteur a rapporté, dans son excellent ouvrage (1), l’observation d’un homme qui succomba en quelques jours à une violente péripneumonie; on trouva l’aorte d’un rouge foncé, présentant à sa face ijiterneun épanchement lymphatique considérable; cette concrétion adhérait d’une manière intime à la membrane interne, et arrivait jusqu’à la sous-clavière qu’elle oblitérait complètement.

M. Bouillaud dit également avoir observé et diagnostiqué une inflammation de l’aorte sous-sternale survenue chez un malade qui succomba avec une pneumonie gauche. M. Bouillaud décrit ainsi (2) l’état que présentait l’aorte à l’autopsie : « La partie supérieure de l’aorte, là où ce vaisseau est en contact avec le poumon enflammé, offre extérieurement une belle rougeur qui contraste avec la couleur de ses autres portions. Né dans l’aorte thoracique descendante, un caillot parcourt tout le trajet de l’aorte ascendante, s’épaississant et s’organisant de plus en plus, à mesure qu’on s’approche de la crosse aortique, où il est élastique, glutineux, d’un blanc parfait, du volume du petit doigt, assez semblable pour la forme et la couleur au cordon de la moelle épinière dépouillé de ses enveloppes. Il est adhérent aux parois dont on ne le détache que par une assez forte traction; il s’élargit considérablement et s’épanouit en quelque sorte en pénétrant dans le ventricule gauche, qu’il remplit aux trois quarts, laissant seulement vers la région externe de ce ventricule un assez étroit passage au sang. La membrane interne de la crosse de l’aorte présente une teinte rosée uniforme, laquelle, sur les valvules aortiques, se change en une vive rougeur qui ne s’efface pas par le lavage. »

Je ne saurais être aussi convaincu que l’est M. Bouillaud de l’existence d’une aortite dans le cas actuel. 11 est aujourd’hui reconnu que la coloration rouge, et à plus forte raison la couleur 7'osée de la face interne des artères, n’a aucune valeur lorsqu’elle existe seule; elle ne doit être regardée comme une lésion phlegmasique que dans les cas où elle s’accompagne d’une exsudation albumineuse à sa surface, ou d’un changement dans son épaisseur et dans sa consistance. La couleur rouge de la tunique celluleuse n’est également d’aucune valeur ; on sait, en effet, et l’expérience de tous les jours le prouve, que la phlegmasie des organes qui entourent un vaisseau peut produire dans celui-ci des colorations

(1) Maladies des artères, traduit de l’anglais par G. Breschet, 1. 1, observ. première, p. 5 .

(2) Clinique médicale, t . II, observation deuxième.

COMPLICATIONS

diverses. Les tissus contenant, en effet, une plus grande quantité de sang, les vaisseaux qui les avoisinent ou qui les traversent sont alors plus exposés à l’imbibition. Dans le l'ait cité par M. Bouillaud, je ne vois aucun indice d’artérite, mais seulement un exemple fort curieux, fort remarquable, de concrétions fibrineuses formées pendant la vie, et que ce professeur a diagnostiquées avec beaucoup de bonheur.

Ce caillot s’est probablement organisé sous l’influence de la même cause qui préside ordinairement à la formation des caillots glutineux, élastiques, adhérents que nous avons vus se former assez souvent dans les cavités du cœur. 11 semble également résulter d’une observation très-curieuse, publiée par le regrettable observateur Dalmas et communiquée à l'Académie impériale de médecine, que la compression exercée par un poumon enflammé sur l’aorte peut favoriser la formation d’un caillot dans la portion correspondante de ce vaisseau.

Dalmas (1) rapporte qu’une vieille femme de l’hospice de la Salpêtrière mourut avec un commencement de gangrène sénile. A l’autopsie, on trouva une oblitération avec épaississement et friabilité des artères du membre malade; mais, en outre, il existait à la partie supérieure de la portion descendante de l’aorte, au niveau du point où s’insère le canal artériel, un caillot long de 6 centimètres, remplissant tout le calibre du vaisseau, et y adhérant assez fortement. Ces adhérences, interrompues en dehors et en arrière, point où il existait un passage libre pour le sang, n’offraient aucune trace d’organisation. Le péricarde était rempli d’une quantité considérable de sérosité albumineuse, la plèvre gauche était aussi le siège d’un énorme épanchement. Le lobe supérieur de ce poumon infiltré de pus avait acquis une densité extrême, et un volume au moins égal à celui des deux poings : il remplissait tout le sommet de la poitrine, déjà si pleine, et devait nécessairement comprimer tout ce qui l’avoisinait. Or l’aorte, après son passage de droite à gauche, pour descendre le long des vertèbres dorsales, devait trouver dans la résistance et dans la densité du tissu pulmonaire un grand obstacle à sa dilatation, et cela d’autant plus que le poumon était refoulé en haut par le double épanchement qui existait. La circulation devait donc y être très-difficile; de là la formation d’un caillot ; il n’y avait aucun vestige d’artérite. Je pense avec Dalmas que la formation du caillot dépendait ici d’une cause tout à fait mécanique; il faut pourtant tenir compte aussi de la plasticité

(1) L' Expérience, t. I, n° 31, p, 493,

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