‹ Traité de la pneumonieChapitre 79 sur 157 · COMPLICATIONS VERS LES ORGANES BILIAIRES · texte numérisé non relu

COMPLICATIONS VERS LES ORGANES BILIAIRES

et de l’état inflammatoire du sang, qui rendait ce fluide plus facilement concrescible au moindre obstacle apporté à son cours régulier. Si la malade eût vécu, il est probable que le caillot eût produit une oblitération ou un rétrécissement considérable de l’aorte thoracique.

Le diagnostic d’une complication du côté de l’aorte est extrêmement difficile. Dans le fait rapporté par M. Bouillaud, ce professeur annonça la formation d’un caillot dans l’aorte, d’après l’existence d’un bruit de souffle très-fort, qui existait sur le trajet de ce vaisseau, c’est-à-dire vers le bord gauche du sternum, en haut et en dedans du sein, et se propageant jusque vers la clavicule. Avant de hasarder un pareil diagnostic dans des cas pareils, il faut être bien certain qu’antérieurement à la pneumonie, il n’existait aucune maladie organique de l’aorte.

§ 5. — Complications du côté des organes biliaires.

1° Ictère. ■ — L’ictère est la seule complication que j’ai vue survenir du côté de l’appareil biliaire. Je l’ai observé 20 fois sur 277 malades, chez lesquels je l’ai recherché avec soin. Si l’on excepte le typhus d’Amérique, dans lequel l’ictère forme un des éléments essentiels de la maladie, il n’est aucune autre affection aiguë dans laquelle on observe aussi souvent que dans la pneumonie la couleur jaune ictérique de la sclérotique et de la peau (1).

L’ictère est un accident infiniment rare, je devrais même dire presque inconnu dans les pneumonies de l’enfance ; on le constate spécialement dans la pneumonie de la jeunesse et de l’àge adulte. Presque tous les malades qui en furent atteints avaient moins de cinquante an&. L’ictère a été proportionnellement quatre fois plus fréquent chez l’homme que chez la femme. Je l’ai vu survenir spécialement pendant le printemps et durant l’été ; plus des deux tiers des malades dont la pneumonie se compliqua d’ictère furent observés pendant les mois de mai, de juin, et surtout en mars et en avril. L’ictère s’est toujours montré d’une manière sporadique.

Tous les observateurs sont unanimes pour reconnaître que la complication dont je parle survenait plus souvent dans le cours ' des pneumonies droites que des pneumonies gauches; ou a noté également que l’ictère était plus fréquent lorsque l’inflammation occupait le lobe inférieur que lorsqu’elle siégeait au sommet de

(1) Je veux parler seulement des fièvres éruptives, typhoïdes, intermittentes, puerpérales, des angines simples, de l’érysipèle de la face, de la pleurésie, de la bronchite, des affections cérébrales et utérines et des rhumatismes articulaires.

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l’organe. Les laits que j’ai observés confirment cette opinion. Puisque sur les 20 pneumonies compliquées d’ictère que j’analyse, il y en a 16 où l’inflammation affectait le poumon droit, chez k seulement, elle siégeait à gauche. Il ne faudrait pas pourtant conclure de là que l’ictère est quatre fois plus fréquent dans les pneumonies droites que dans les pneumonies gauches, car il faut tenir compte ici du nombre naturellement plus considérable des premières.

Si nous étudions maintenant l’influence comparative qu’exerce dans la production de l’ictère la pneumonie de la base et celle du sommet, je trouve que dans les seize cas de pneumonie droite qui I se compliquèrent d’ictère, la phlegmasie occupait exactement dans la même proportion le lobe supérieur et le lobe inférieur. 11 en fut de même pour les k malades chez lesquels l’ictère coïncidait avec une pneumonie gauche. En conclurons-nous que le siège de la pneumonie au sommet ou à la base de l’organe est sans influence sur la production de l’ictère? Je crois que les faits que je viens d’analyser sont trop peu nombreux pour pouvoir encore émettre sur ce point aucune proposition générale.

Il a été impossible chez la plupart des malades de déterminer avec rigueur l’époque précise à laquelle l’ictère commença de paraître. Cependant je crois pouvoir affirmer que dans aucun cas ce symptôme n’a précédé la pneumonie ou même n'a débuté avec elle. Chez 12 malades, la couleur jaune des sclérotiques et celle de la peau a pu être constatée de la fin du premier jour au quatrième; chez les autres, l’ictère n’a pu se déclarer que du cinquième au huitième ou neuvième jour. La couleur jaune commençait à être visible aux sclérotiques ; elle s’étendait bientôt à la face , au cou et au tronc, parties qu’elle occupait exclusivement dans la plupart des cas. Ce n’est, en effet, que chez un tiers des malades qu’elle devint générale ; elle était alors le plus souvent en raison directe de l’étendue et de la gravité de la pneumonie. L’ictère compliquant la pneumonie ne présente presque jamais une teinte bien foncée.

Chez les six septièmes des malades, l’ictère était le seul symptôme qui indiquait un trouble du côté de l’appareil biliaire; ce ne fut guère que chez un septième des sujets qu’indépendamment de la ! couleur jaune de la peau, on observait en outre des vomissements, des nausées, de l’amertume à la bouche, et cette série de sym- : ptômes propres aux pneumonies bilieuses. L’ictère arrivait con- i stamment à son summum d’intensilé au bout de un à trois jours; dans la plupart des cas , il suivait dans sa marche les mêmes phases que la pneumonie elle-même. Ainsi, parmi les 11 malades

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