‹ Traité de la pneumonieChapitre 8 sur 157 · HH · texte numérisé non relu

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ABCliS DU POUMON.

mon, je dois indiquer, en terminant, quelques lésions qui en ont mposé parfois aux médecins en leur faisant admettre à tort que des collections purulentes s’étaient formées dans les poumons, tandis que leur siège était souvent très-différent.

Ainsi que je l’ai déjà dit, on a pris très-souvent pour des abcès des poumons de simples épanchements développés entre les lobes de ces organes; il suffit d’être prévenu de cette possibilité pour éviter facilement l’erreur; car, en incisant le poumon de haut en bas, en vidant le foyer et en détachant les fausses membranes qui tapissent la plèvre interlobaire enflammée, il sera aisé de reconnaître que le tissu du poumon a été simplement comprimé, mais qu’il n'a subi aucune altération. Est-il besoin aujourd’hui de prémunir les observateurs contre une erreur plus grossière encore que la précédente: ce serait de prendre pour un abcès du poumon certaines formes de dilatation des bronches, la dilatation en ampoule. Dans ce cas, si l’on incise la bronche dans toute sa longueur, on verra qu’il existe une continuité parfaite de tissu entre le point dilaté et ceux où la bronche a conservé son calibre.

Une caverne tuberculeuse pourrait-elle simuler un abcès du poumon, et réciproquement? Nul doute qu’on ait souvent commis cette méprise. Je crois, en effet, que cette suppuration des poumons, que Dazile a décrite comme particulière aux nègres, n’est autre chose que la phthisie pulmonaire (1). Une pareille erreur est impossible aujourd'hui. Pour l’éviter, il suffirait de remarquer que, dans les cas de cavernes, les parois sont indurées, farcies de tubercules à divers degrés d’évolution, et tapissées par une membrane d’une date évidemment ancienne. Mais si, comme M. Louis en rapporte un exemple (2), il n’existe qu’une seule excavation dans le poumon, sans trace de tubercules ou de granulations, le problème pourrait être difficile à juger; pour le résoudre, on devrait rechercher les lésions concomitantes, et s’éclairer souvent par la marche de la maladie et par la nature des symptômes observés pendant la vie. Signalons encore comme dernière source d’erreur les abcès qu’on produit artificiellement après la mort lorsqu’on exerce sur certains points du poumon très-ramollis une pression un peu forte, comme lorsqu’en cas d’adhérence de la plèvre, on est obligé de faire des efforts afin d’extraire les organes de la cavité thoracique. Ces collections ainsi artificiellement formées ne sont jamais entourées de fausses membranes, et elles contiennent à la

(1) Observations sur les maladies des ucgrcs. Paris, 177G, p. 132

(2) Recherches sur la phthisie , p. 23, obs. Ili, 2e édit.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

fois du pus et delà substance pulmonaire réduite en détritus. Elles occupent d’ailleurs le point précis sur lequel les doigts ont appuyé fortement. Enfin, en cas de doute, il est souvent possible, en exerçant une semblable pression sur une autre portion du poumon affectée au même degré, d’y déterminer une collection purulente tout à fait semblable à la précédente. J’ai trouvé plusieurs fois des abcès du poumon qui avaient été certainement produits suivant le mécanisme que je viens d’indiquer.

Abcès pulmonaires consécutifs ou par perforation. — Les archives de la science contiennent un assez grand nombre d’exemples d’abcès des poumons, qui sont symptomatiques de l’altération d’un organe plus ou moins éloigné. C’est ainsi qu’on a vu des abcès primitivement formés dans le foie, dans la rate, dans les reins, dans les épiploons, dans les parois abdominales ou dans les médiastins; on a vu des abcès enfin produits par une carie vertébrale se faire jour dans les poumons et y creuser des excavations plus ou moins nombreuses et profondes. J’ai réuni quatorze faits de ce genre, épars dans les auteurs, et voici les considérations anatomiques qui résultent de leur étude et de leur comparaison.

Le poumon, au niveau de l’abcès, a contracté des adhérences avec les parties voisines, dans une étendue plus ou moins considérable. Lorsque c’est un abcès du foie qui s’est fait jour dans les bronches, on trouve le lobe inférieur du poumon droit uni au diaphragme par des adhérences plus ou moins anciennes (1). Si l’abcès est l’effet d’une maladie de la rate ou des reins, il siégera dans le lobe inférieur du poumon gauche, qui aura contracté avec le diaphragme les mêmes adhérences que précédemment (2). Les abcès des médiastins, ceux qui sont symptomatiques d’une carie vertébrale, peuvent s’ouvrir indifféremment dans l’un ou l’autre lobe, suivant la hauteur à laquelle est placée l'altération organique qui les a produits (3).

Le lobe du poumon dans lequel l’abcès intérieur s’est ouvert peut présenter une fluctuation manifeste si ia collection purulente

(1) Voyez entre autres exemples, dans Stokes, Diss . oflheChest, p. 362 et 366. — Kunde (de Berlin), Gaz. méd. 1837, p. 358. — Pepper, The americ. Journ., febr. 1838. — Idem, 1837. — Haspel, Maladies de l’Algérie, t. I, p. 166.

(2) Lepneveu, thèse inaugurale, 1841. — DdHaen, Pral. med., cent. I, § 5, p. 9. — Othmarheer, Dissertalio de rerum morbis. ilalæ, 1790, in-4. — Journ. de Vandcrmondc, 1761.

(3) Froriep (de Berlin), Medizinische Z eilung, july 1834; et Dublin Jour., t. VII. — Jour n. hebd., 1829, t. XI, p. 99, par Sabatier. — Slannius, Wochenschrift fur die gemmwle Heilltunde, 1836, n° 8.

ABCES DU POUMON.

est placée superficiellement ou seulement à un travers de doigt de la surface, comme dans le cas rapporté par le docteur Kunde. D’autres fois, le lobe est hépatisé en totalité ou en partie. Cette induration est tantôt de date récente, et présente les caractères du deuxième ou du troisième degré de la pneumonie; d’autres fois, comme dans une des observations de Stokes, le tissu pulmonaire induré est grisâtre, non granulé; altération qui indique que la maladie du poumon remonte déjà à une époque plus ou moins éloignée. L’abcès a une étendue variable. On a vu un lobe presque entier être converti en une vaste caverne. D’autres fois la cavité est moins ample; elle pourrait loger une pomme ou un œuf seulement. Elle contient une plus ou moins grande quantité de pus, dont les propriétés varient suivant une foule de circonstances et surtout d’après l’organe primitivement affecté et la cause qui a présidé au développement de l’abcès. Indépendamment de la matière purulente, on peut encore trouver dans le foyer des débris d’hydatides, des fragments d’os nécrosés, etc. Les parois de la caverne pulmonaire sont plus ou moins irrégulières, quatre fois sur six elles ont été tapissées par une fausse membrane épaisse, résistante et même demi - cartilagineuse. On y voit des ouvertures en nombre plus ou moins considérable : les unes sont l’orifice des bronches, qui ont permis au pus de l’abcès de s’évacuer au dehors pendant la vie ; les autres sont les pertuis des trajets lîstuleux, qui de l’intérieur des poumons vont aboutir aux organes où la suppuration a commencé ; il suffit de les suivre pour découvrir la lésion qui a été le point de départ de tous les accidents. En général, il existe une large communication entre la caverne pulmonaire et l’abcès primitif; qu’il y ait une ou plusieurs ouvertures, il est généralement facile de s’en assurer. Mais, dans les cas où l’état des tissus ou bien la ténuité des trajets fisluleux ne permettrait pas de les suivre dans tous leurs détours, on pourrait s’assurer que les doux cavités communiquent entre elles, par l’injection d’un liquide ou par l’insufflation. Dans le fait si remarquable rapporté par M. Lepneveu , où un abcès du rein gauche s’était ouvert dans le poumon correspondant, il suffisait d’introduire une sonde dans l’uretère, et de souffler ensuite, pour fàire à l’instant jaillir du pus par la bronche du même côté. Si après avoir versé de l’eau dans cette bronche, on continuait l’insufflation, on voyait aussitôt bouillonner le liquide qui était chassé

du tu va u aérien.

En résume, les abcès pulmonaires par perforation diffèrent des abcès idiopathiques ou primitifs: 1° par leur volume, généralement

ANATOMIE l’ATUOLOGlQUE.

plus considérable; 2° par leur communication presque constante avec les bronches; 3° par la présence peut-être plus fréquente d’une fausse membrane qui est remarquable par sa consistance et son épaisseur; U° par les matières contenues ; le pus est rarement phlegmoneux et l’on peut trouver en outre dans le foyer divers débris organiques ; 5° enfin, par leur siège, car ils occupent plus rarement le lobe inférieur de l’un et l’autre poumon que le lobe supérieur.

ARTICLE III

DES LÉSIONS DÉSIGNÉES SOUS LES NOMS DE SPLÉNISATION, CARNIFICATION, ÉTAT FOETAL, PNEUMONIE LOBULAIRE, BRONCHO-PNEUMONIE, PNEUMONIE HYPOSTATIQIJE.

Les lésions que je viens d’étudier caractérisent la pneumonie franche, légitime. Nul doute ne saurait s’élever sur leur valeur ; il n’en est pas de même de plusieurs autres altérations du parenchyme pulmonaire dont nous allons nous occuper.

Chez des individus succombant avec de la fièvre et avec des symptômes plus ou moins tranchés de pneumonie, on trouve parfois une partie d’un et plus souvent des deux poumons, en général les lobes inférieurs à leur partie postérieure, d’un rouge vineux ou violacé; le tissu plus résistant que d'habitude est néanmoins flasque, si on le compare à l’hépatisation ; le doigt le pénètre avec facilité; incisé, il s’en écoule une quantité variable de sérosité rougeâtre peu ou point aérée ; mais ni à la coupe ni à la déchirure, ce tissu ne présente les granulations que nous avons signalées plus haut comme constantes dans les hépatisations rouge et grise. Le poumon ainsi altéré est encore perméable en grande partie ; si on le met dans l’eau, il surnage plus ou moins complètement, et alors même qu’il semble être le plus vide d’air, on peut néanmoins l’insuffler et lui rendre à peu près sa perméabilité normale, mais non sa consistance qui reste toujours plus ou moins altérée; c’est à tort . que quelques personnes ont soutenu le contraire.

C’est cette altération facile à reconnaître à laquelle on a donné le nom de splénisation. En effet, la partie du poumon qui en est le siège présente avec le tissu de la rate la plus frappante analogie.

Il importe de remarquer que la splénisation n’est pas toujours aussi uniforme que nous le supposons ici ; en examinant, en effet, avec attention une surface qui présente cette altération, on trouver communément réunies des lésions assez complexes. Dans un tissu

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DEGRÉS. — SPLÉNISATION.

splcnisé, on peut trouver des points où la couleur est plus foncée, où le tissu est plus ramolli et complètement imperméable, ailleurs le sang est extravasé et l’on découvre de petits noyaux apoplectiques, ou bien le tissu pulmonaire offre de loin en loin des noyaux d’induration véritable, rouge ou grise, ou bien encore la surface est granitée, grisâtre, manifestement infiltrée de pus, mais cette dernière lésion est peut-être la plus rare. Quoi qu’il en soit, c’est cette multiplicité d’altérations qu’on peut trouver dans un poumon splénisé qui fait que la coupe du tissu n’est presque jamais uniforme, mais qu’elle présente des nuances très-différentes.

Ceux qui considèrent à tort la splénisation comme une forme, une variété anatomique de l’hépalisation rouge, sont forcés de convenir qu’on ne voit pas dans la première le passage fréquent de la maladie à un degré plus avancé, caractérisé par l’infiltration plastique, plus tard par l’accumulation du pus.

La splénisation serait-elle plutôt une variété du premier degré? Dans cette supposition , il faudrait admettre que nonobstant les conditions fâcheuses dans lesquelles les individus se trouvent, la même lésion qui dans la pneumonie légitime n’a qu’une durée éphémère, qui passe en peu de jours au deuxième degré, soit en partie, soit en totalité, pourrait persister ici jusqu’à trois, quatre, cinq et six semaines avec les mêmes caractères. Or, cela seul répugne à l’esprit, cela ne peut être, aussi est-on forcément conduit à admettre une différence radicale dans la nature de deux lésions si identiques en apparence.

S’appuyant sur celte marche différente des altérations que nous avons comparées; sur ce que dans la splénisation le poumon est encore perméable ou susceptible de le devenir par l’insufflation ; reconnaissant que pendant la vie, il existe une sorte d’intermittence ou pjutôt une grande mobilité dans les signes physiques qui peuvent cesser et revenir alternativement, et cela en quelques heures , on peut avec plus de raison considérer la splénisation comme étant une forme de congestion plutôt que comme une variété, soit du premier degré, soit de l’hépatisation rouge. Cette doctrine me paraît être la seule vraie. Il est facile d’ailleurs de prouver que dans la splénisation simple le caractère anatomique essentiel de l’état phlegmasique, c’est-à-dire l’exsudation plastique manque. 11 n’existe, en effet, dans les parties splénisées à l’œil nu comme au microscope, que des globules sanguins, de l’épithélium, d’autres portions de tissu normal et parfois un peu de pus provenant des bronches (Gairdner).

Mais si, d’après les raisons exposées plus haut, il est incontestable

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ANATOMIE PATHOLOGIQUE

que la splénisation n’est pas une forme de congestion, nous devons convenir pourtant qu’elle coexiste souvent avec d’autres lésions qu’elle favorise, qu’elle provoque tôt ou tard. Une de celles qui coexiste le plus souvent avec la splénisation, consiste en noyaux d’induration qui ont la structure de l’hépatisation rouge ou de l 'hépatisation grise; ils sont disséminés en nombre plus ou moins considérable à la surface et dans l’épaisseur d’un poumon ou bien des deux à la fois ; c’est cette lésion qui a été décrite sous les noms de pneumonie mamelonnée , partielle, disséminée, et surtout sous celui de pneumonie lobulaire.

La pneumonie lobulaire est caractérisée extérieurement par des taches rouges ou violacées, le plus souvent circulaires ou hémisphériques, parfois allongées, en général bien circonscrites, disséminées sur une étendue plus ou moins considérable, et formant un peu de relief à la surface des poumons. Si on les touche, elles résistent comme le ferait une portion de poumon hépatisée; elles conservent leur volume lorsqu’on ouvre la poitrine, et elles ne s’affaissent pas comme le fait le tissu pulmonaire qui les environne. Ces taches peuvent se montrer indistinctement dans tous les points du poumon; mais on les rencontre préférablement vers le bord postérieur de l’organe. Si la pneumonie lobulaire occupe des parties profondes, le poumon n’offre plus de taches à sa surface et paraît tout à fait sain; mais il suffit de le presser entre les doigts pour sentir qu’il existe dans son tissu des noyaux d’induration. Si on incise l’organe, on trouve que les taches et les points indurés dont je parle, sont formés par un tissu rouge, friable, imperméable, impénétrable à l’insufflation, gagnant le fond du vase quand on le met dans l’eau, et grenu à la déchirure. Ces caractères de l’hépati— sation sont généralement plus tranchés au centre du noyau qu’à sa périphérie. Dans le premier, en effet, le tissu est plus friable, et il est d’un rouge plus obscur; le liquide qui s’en échappe par la pression est sanieux, non aéré. Dans les parties les plus extérieures, au contraire, le liquide est plus ou moins aéré, et le tissu crépite encore plus ou moins. Plongé dans l’eau, souvent il surnage en partie ou ne gagne que lentement le fond du vase. Ces noyaux d’induration ont un volume qui varie entre celui d’un grain de chènevis et celui d’un œuf de pigeon, mais la plupart sont gros comme une aveline ou tout au plus comme une petite noix. En nombre variable, il est rare de n’en trouver qu’un ou deux : communément il y en a douze ou quinze, et parfois il y en a plus de trente. Le relief qu’ils forment, ainsi que leur coloration tranchent parfaitement sur ceuxdu tissu qui les entoure, quand même celui-ci

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serait engoué. On a constaté que parfois ces noyaux d’hépatisation sont limités ou circonscrits par un cercle ou plutôt par une sphère blanche résistante d’un demi-millimètre environ d’épaisseur et d’un aspect fibreux ou plutôt fibrineux. Est-ce là, comme le croyait Legendre (1), une transformation de tissu? ou bien faut-il, avec MM. Rilliet et Barthez (2), y voir une forme anatomique spéciale résultant d’un mélange d’hépatisation, et d’apoplexie pulmonaire? Ne serait-ce pas plutôt une fausse membrane analogue à celle qui se forme si promptement dans les collections purulentes des poumons? C’est cette opinion que j’ai adoptée, après avoir examiné plusieurs noyaux offrant la disposition dont je parle.

Dans certains cas, la phlegmasie pulmonaire, au lieu de se montrer sous forme de noyaux, pourrait, dit-on, être plus circonscrite encore; elle pourrait être bornée en effet à quelques vésicules; on verrait alors disséminées en plus ou moins grand nombre dans un tissu pulmonaire sain en apparence une certaine quantité de granulations rouges : c’est la pneumonie vésiculaire de M. Andral (3). La lésion dont il s’agit ici est réelle, mais on ne l’observe jamais que concurremment avec une bronchite intense, et elle caractérise non une pneumonie, mais une phlegmasie des bronches terminales. Ce qui le prouve, c’est que l’insufflation modifie les parties malades qui restent perméables; si, en outre, on pique avec une épingle ces granulations, on en fait suinter un fluide grisâtre, purulent, puis elles s’affaissent. Bien de semblable n’a lieu dans l’hépatisation vraie. Ces cavités, généralement très-ténues, peuvent quelquefois acquérir des dimensions deux, trois, quatre fois plus grandes, soit à la superficie de l’organe, soit dans sa profondeur. 11 est probable qu’il y a eu rupture par excès de distension et par suite d’un véritable emphysème, on y trouve alors une mucosité puriforme mêlée à de l’air. Cette lésion a été souvent mal interprétée, car on l’a considérée comme n’étant rien autre qu’une collection purulente; une inspection plus attentive ne permet pas de partager cette opinion.

Dans la description que je viens de donner de la pneumonie lobulaire, j'ai supposé que la phlegmasie était arrivée au degré d’hépatisation rouge. C’est, en effet, ce qu’on constate dans la plupart des cas. Néanmoins, lorsque les noyaux sont multiples, on peut en trouver qui représentent les trois degrés de la pneumonie

(1) Recherches anatomo-pathologiques , p. 184.

(2) Maladies de l’enfance, t. I, p. 43G, 2e édit',

(3) Anatomie pathologique, t. Il, p. 509.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

franche. C’est ainsi que dans quelques-uns la pneumonie n’ayant pas franchi la période d’engouement, cette portion du poumon, d’une couleur rouge ou violacée, se laisse pénétrer facilement par le doigt ; si on l’incise ou si on la comprime, on en fait suinter un liquide rougeâtre et aéré; enfin comme pour le premier degré de la pneumonie lohaire, ces noyaux enflammés ne sont point imperméables, l’insufflation les pénètre plus ou moins complètement, et mis dans l’eau ils surnagent en partie.

A côté de ces noyaux, il en est d’autres qui sont arrivés à l’état d’hépatisation rouge ou grise; et même dans quelques cas rares, le pus peut être réuni en foyer et former alors un véritable abcès.

Ces abcès ne diffèrent que par leur volume et par leur nombre de ceux qui succèdent à la pneumonie lobaire (voyez plus bas). Leur volume varie depuis celui d’un pois jusqu’à celui d’une noisette. Rarement isolés, on en compte ordinairement plusieurs, et leur nombre est parfois considérable. On les trouve dans toutes les parties des poumons, mais plus souvent dans le lobe inférieur. Us semblent plus fréquents à la surface que dans l’épaisseur du viscère; aussi est-il ordinaire de voir la plèvre être enflammée à leur voisinage; mais des adhérences protectrices entre les deux feuillets préviennent l’épanchement du pus dans la cavité séreuse. Cet accident peut pourtant avoir lieu; MM. Rilliet et Barthez ont vu deux fois un pneumo-thorax ayant cette origine (1). 11 est presque inutile de faire observer que l’abcès doit alors communiquer préalablement avec les bronches.

Les abcès consécutifs à la pneumonie lobulaire contiennent un pus jaunâtre, épais, non aéré, parfois sanieux. Les parois du foyer sont souvent tapissées par une fausse membrane dense, ou bien elles sont, constituées par une lame de tissu pulmonaire hépatisé.

Ces noyaux d’hépatisation sont le plus souvent isolés, mais ils peuvent converger les uns vers les autres, se réunir et former alors une masse plus ou moins considérable. On a donné à cette variété anatomique le nom d ’ hépatisation généralisée. On pourrait la confondre avec la pneumonie lobaire, cependant il est le plus souvent facile de l’en distinguer. Car dans la pneumonie lobaire, le poumon ayant été envahi progressivement de bas en haut, je suppose, on trouvera à l’incision des parties malades une hépatisation grise ou rouge et dans les parties les plus supérieures envahies en dernier lieu , il n’existera que l’altération caractéristique du premier degré. Dans la pneumonie généralisée , par contre, dans laquelle plu-

(1) Maladies des enfants, t. t, p. i38, 2° édition.

DhliKÜS. — SPLENISATION.

sieurs lobules se sont réunis, les degrés caractérisant l’inflammation ne sont plus disposés aussi régulièrement, ils sont entremêlés, ou bien l’altération est plus avancée vers la périphérie qu’au centre qui a été le point envahi le dernier. La distinction n’est possible qu’autant que dans la portion du poumon malade on trouve réunis les trois degrés ou au moins deux des degrés de l’inflammation. Dans les cas rares où la pneumonie partielle en se généralisant reste partout à l’état d'hépatisation rouge, il est à peu près impossible par la seule inspection anatomique de la distinguer de la pneumonie lobaire.

Pendant longtemps la pneumonie lobulaire était regardée comme fort commune et comme étant spéciale à la première enfance. Cependant, dans ces derniers temps, un judicieux observateur, mort prématurément, le docteur Legendre, a soutenu que la pneumonie lobulaire était une affection rare, et que si, jusqu’à lui, on l’avait considérée comme fréquente, c’était uniquement parce qu’on avait confondu entre eux plusieurs états anatomiques, et qu’on avait rapporté à l’inflammation du parenchyme une lésion spéciale du poumon fort commune chez les enfants qui succombent aux affections catarrhales, mais qui n’a aucun rapport avec l’hépatisation, et qui même n’a pas une origine inflammatoire. C’est cet état que Legendre et M. Bailly ont décrit sous le nom d'état fœtal (1), parce que les parties du poumon qui présentent cette lésion ressemblent tout à fait au poumon du fœtus, c’est-à-dire au poumon qui n’a pas encore respiré.

Dans l’état fœtal, on trouve, connue dans la pneumonie lobulaire, des îlots de poumon où le tissu de l’organe, devenu dense, compacte et plus ou moins imperméable, cesse de crépiter quand on le comprime et gagne plus ou moins rapidement le fond du vase lorsqu’on le met dans l’eau. La coloration du tissu est modifiée, tantôt noirâtre, plus souvent d’un rouge violet, suivant la nature et la quantité de sang qui l’engoue. Lorsque la partie malade est fortement engouée, la consistance est diminuée, mais, le plus souvent, elle est normale et même augmentée.

Si, à l’aspect, cet état offre de l’analogie avec l’hépatisation, il s’en distingue aisément par plus d’un caractère des plus importants. Dans l’état fœtal, en effet, le tissu pulmonaire peut être plus ou moins pénétré de fluide séro- sanguinolent, mais il est susceptible d’être insufflé. Incisé, on y reconnaît la structure propre de

(1) Recherches analomo~palholologiqv.es , p. 159. Paris, 18&6. — Archives rjcner. de médecine, hc série, t. IV.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

l’organe, ce (jui n’a plus lieu dans l’hépatisation . En raclant avec le scalpel une portion de poumon hépatisée, on en détache de la sanie, de la matière plastique et l’on détruit vite le parenchyme. [Il n’en est pas de même dans l’état fœtal, où l’on voit le tissu résister à la pression de l’instrument; et, quelque compacte qu’il soit devenu, il reste pourtant toujours un peu mou; il a la flaccidité du muscle, et jamais la résistance, la dureté du poumon enflammé, qui acquiert la fermeté et la consistance du foie. Soit qu’on incise, soit que l’on déchire une portion du poumon offrant l’état fœtal, jamais on ne trouve les granulations, qui sont si constantes dans l’hépatisation, qu’elles en constituent un des caractères anatomiques les plus importants. Cette différence dans la texture des parties explique pourquoi^ dans la pneumonie lobulaire vraie, les portions hépatisées peuvent former une très-légère saillie lorsqu’elles occupent la surface de l’organe; tandis que, dans l’état dit fœtal, les noyaux sont généralement déprimés et au-dessous du niveau des parties voisines restées saines. La plèvre, toujours intacte dans ce dernier cas, peut être, par contre, plus ou moins enflammée dans le premier.

L’état fœtal est une lésion fort ordinaire de l’affection catarrhale des bronches ; elle survient dans le cours des bronchites capillaires, surtout dans le cours de celles qui atteignent les enfants débiles. Legendre croit que cette lésion se forme lorsque, par suite du ralentissement des forces respiratoires, surtout dans les cas de bronchite et de broncho-pneumonie, l’air ne pénètre plus avec assez d’énergie et assez avant dans le parenchyme, ce qui fait que certaines parties cessant d’être perméables, les vésicules s’affaissent eu vertu de leur élasticité propre. Bien que celte lésion puisse exister dans toutes les parties des poumons, on l’observe pourtant plus spécialement à la périphérie de l’organe, sur son bord tranchant, au pourtour de la base et le long du bord postérieur.

On a donné sur le mécanisme de la production de l’état fœtal plusieurs autres explications plus ou moins analogues à la précédente. Traube (1) a supposé que cette lésion était l’effet de l’oblitération des bronches par le muco-pus qui les remplit. Celui-ci, empêchant l’air de pénétrer dans les vésicules et de s’y renouveler, celui qui est emprisonné dans ces petites cavités, finissant par être résorbé, le retrait des vésicules pulmonaires devrait en être la conséquence inévitable.

Cette explication ne diffère pas beaucoup de celle que Gairdner

(1) France médicale, 26 juillet 1856.

SPLENISATION.

avait proposée déjà (1). Pour ce médecin, les mucosités des bronches formeraient une sorte de soupape s’ouvrant facilement dans le sens de l’expiration, et se fermant, au contraire, lors de l’inspiration. A chaque expiration, les bronches et les vésicules situées en deçà des mucosités étant comprimées, l’air qu’elles contiennent ferait effort contre le mucus et s’ouvrirait un passage, bientôt fermé pendant l’inspiration ; ce phénomène se renouvelant plusieurs fois de suite, et étant aidé par les brusques et violentes expirations de la toux, les bronches et les vésicules en question finiraient par se vider complètement et par s’affaisser ; de là l’état fœtal ou Yatelectasis de Jœrg.

La lésion que nous venons de décrire correspondrait, d’après MM. Legendre et Bailly, Rilliet et Barthez, à celle qui est décrite depuis Laennec, sous le nom de carnification. Dans celle-ci, en effet, le tissu pulmonaire, d’un rouge bleuâtre ou vineux, dur, lourd, vide d’air, gagnant par conséquent le fond du vase lorsqu’on le plonge dans l’eau, laisse écouler, quand on l’incise, une petite quantité d’un liquide séro-sanguinolent, nullement aéré; le tissu est ferme et se laisse difficilement pénétrer par le doigt; soit qu’on le coupe, soit qu’on le déchire, il ne présente jamais de granulations. On voit que le poumon ainsi altéré a la plus grande analogie avec le tissu musculaire; il en a la consistance; il ressemble encore au tissu du poumon comprimé par un épanchement. Cependant j’hésite encore à penser que les diverses lésions décrites chez le vieillard, chez l’adulte et l’enfant, sous le nom de carnification , soient identiques. MM. Ch. Robin et Isambert ont exprimé les mêmes doutes que moi (2). Ces auteurs ont établi que la carnification consistait : 1° essentiellement dans l’interposition entre les éléments normaux du tissu pulmonaire d’une matière amorphe de nouvelle production ; 2° et successivement dans la présence de granulations d’hématoïdine, provenant d’hémorrhagies interstitielles antérieures, granulations qui peuvent présenter deux dispositions principales: a. une infiltration générale; b. une disposition en amas ou mamelons séparés par des interstices presque à l’état normal. Cette description ne saurait évidemment s’appliquer à l’état fœtal , dans lequel nous voyons un poumon n’être qu’affaissé et simplement congestionné. Quoi qu’il en soit, la carnification se distingue par

(1) On the palh. anal of bronch'Us. Edimbourg, 1850. — Vulpian, Pneumonies scondaircs , thèse d’agrégation, 1860, p. 11 et 12.

(2) Gazelte médicale, année 1855, p. 482.

ANATOMIE PATUÜLOGIQUE.

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de trop nombreux caractères de l’hépatisation pour que ces deux lésions ne puissent jamais être confondues.

Chez l’adulte comme chez le vieillard, la carnification trahit un état chronique plutôt qu’un état aigu ; on l’observe dans des poumons longtemps congestionnés ; c’est ce qu’on remarque chez les sujets atteints de rétrécissements organiques du cœur. Je l’ai vue accompagner fréquemment la gangrène, et elle constitue souvent chez des vieillards atteints de catarrhe le dernier vestige d’une pneumonie dont la résolution a été incomplète.

En résumé, les diverses lésions que nous venons de décrire dans cet article peuvent se réunir, se confondre, se succéder ; c’est ainsi que la pneumonie partielle lobulaire existe rarement isolée, mais presque toujours on la rencontre soit avec la splénisation ou avec les lésions caractéristiques de la pneumonie franche ; mais dans ce cas, celles-ci sont modifiées, dans leur forme, dans leur aspect, par la congestion au milieu de laquelle elles sont survenues; joignez-y, en outre, une bronchite intense caractérisée par la rougeur des tissus et par la grande quantité des mucosités secrétées, et l’on aura ainsi, par l’anatomie, l’explication de ces anomalies que présentent souvent dans leur marche, dans leur expression symptomatique, cesphlegmasies thoraciques, décrites sous le nom de broncho-pneumonies, et qui sont surtout fréquentes aux deux extrêmes de la vie.

ARTICLE IV

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