‹ Traité de la pneumonieChapitre 81 sur 157 · COMPLICATIONS CÉRÉBRALES · texte numérisé non relu

COMPLICATIONS CÉRÉBRALES

i ment inflammatoires, était plutôt l’effet du mouvement fébrile, qu’il ne serait la conséquence d’une action sympathique de l’organe i malade, bien que cette action, d’après le même auteur, n’y soit pas i étrangère. M. Louis fait observer que dans les maladies aiguës qui ! se compliquent de délire, la fièvre est la seule circonstance comi mune à tous les sujets, et qu’il est rationnel de ne pas recourir à des i causes différentes pour l’intelligence d’un phénomène, plus ou i moins exactement toujours le même.

Le raisonnement de l’illustre observateur que je me plais tant à i citer est tout à fait logique; cependant ce que j'ai dit précédemment une fait douter encore si l’on doit faire jouer à l’appareil fébrile le rôle ique M. Louis lui attribue. Je ne sais s’il convient de considérer la fflèvre comme étant le lien sympathique qui mettrait en rapport le (cerveau et l’organe souffrant; car je crois que dans la manifestation des troubles intellectuels, il faut non-seulement faire la part de la I fièvre, mais reconnaître encore l’influence que jouent les prédispositions individuelles des sujets, les habitudes, l’état moral qui a précédé ou accompagné le développement de la maladie actuelle. 111 faut reconnaître enfin, dans un grand nombre de cas, que les (causes productrices du délire nous échappent; nous le voyons quelquefois coïncider avec le développement d’un état général, .grave, comme dans certaines pneumonies typhoïdes ou malignes,

■ et peut-être alors en trouve-t-on l’explication dans l’infection générale des liquides. Quoi qu’il en soit, je pense que dans un grand inombre de cas on ne saurait donner aucune raison plausible pour (expliquer la production du délire; prétendre que cet accident est mu effet sympathique de la maladie du poumon, c’est voiler souvent notre ignoranee par un mot, dont on abuse beaucoup, et dont peu < de personnes connaissent la valeur.

Quelle est la nature du délire qu’on observe si fréquemment (chez les ivrognes atteints de pneumonie, et comment en expliquer le développement? Si on se rappelle l’intensité du délire, la violence des emportements qui sont quelquefois poussés jusqu’à la fureur, l’insomnie, l’absence d’altération matérielle dans les centres nerveux après la mort ; si on réfléchit que ces troubles se déclarent surtout chez des individus qui abusent des liqueurs alcooliques, on ne pourra s’empêcher de reconnaître dans ces accidents une forme du delirium tremenS. D’ailleurs, nous verrons plus tard, à l’article du traitement, que les bons effets qu’on obtient quelquefois dans ces cas, de l’usage combiné du vin et de l’opium, viennent confirmer mon opinion sur la nature de la maladie. L’invasion du delirium Iremens dans le cours d’une pneumonie, s’explique par l’in-

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terruption brusque des liqueurs alcooliques. 11 résulte, en effet des travaux importants, publiés en Angleterre et en Amérique, par les docteurs Blacke (1) et Ware (2), qu’un ivrogne ne peut être atteint d’une maladie quelconque, sans être sous l’imminence du delirium tremens. L’usage abusif des liqueurs alcooliques constitue la cause prédisposante, tandis que la cause occasionnelle paraît être la brusque interruption de ce stimulant du système nerveux, interruption qui a généralement lieu dès que ces individus sont atteints d’une affection grave.

2° Coma , état apoplectique. — Presque tous les individus qui succombent après avoir déliré tombent avant de mourir dans un état de somnolence et de coma, qui peut durer de quelques heures à plusieurs jours ; mais le coma est parfois un état primitif. Il peut n’y avoir d’abord que de la somnolence, le sommeil devient ensuite plus profond, plus continu, il se déclare enfin un véritable état apoplectique avec résolution des membres et insensibilité plus ou moins complète. Le coma comme accident cérébral primitif a été observé chez cinq malades parvenus du cinquième au douzième jour delà pneumonie; quatre avaient dépassé soixante ans, tous succombèrent ; le cinquième n’avait que vingt-huit ans, il guérit, bien qu’il parût plus gravement atteint ; pendant vingt-six heures, en effet, il resta insensible et sans mouvement. Comme nous l’avons vu pour les cas de délire, l’examen anatomique n’explique pas toujours les troubles de dépression cérébrale. Une araclinitis a parfois rendu compte des symptômes apoplectiques notés les derniers jours delà vie; mais chez presque tous, on ne constata aucune lésion dans les méninges, ni dans la substance cérébrale; c’est à peine si l’on a noté exceptionnellement un peu d’infiltration séreuse dans les mailles de la pie-mère, phénomène le plus souvent ultime, en rapport avec le plus ou moins de durée de l’agonie.

Le coma, l’état apoplectique peuvent compliquer toutes les pneumonies, mais ce sont des accidents surtout communs dans la pneumonie de l’enfance et de la vieillesse. Il importe beaucoup de remarquer ici que ces accidents sont souvent primitifs, qu’ils débutent avec la fièvre, et si les phénomènes thoraciques sont alors mal accusés, ou si l’attention est un peu distraite on commet aisément une erreur de diagnostic, presque toujours fort préjudiciable. Comme l’observent avec raison MM. Rilliet et Barthez, il n’est pas rare que les enfants dont nous parlons offrent un peu de strabisme

(1) Praclical essay on delirium Iremens. London, 1830.

(2) Remaries on lhe history and trcalment of delirium Iremens. Boston, 1831.

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