PNEUMONIE CATARRHALE
cédation. Mais ce qui caractérise surtout l’anatomie pathologique de la broncho-pneumonie, ce n’est pas une lésion unique, ce sont des lésions multiples : phlegmasie des petites bronches, congestions à divers degrés du tissu pulmonaire, imperméabilité d’un nombre plus ou moins grand de lobules par simple affaissement de tissu, ailleurs par phlegmasie véritable; il importe de rappeler encore ces faits pour bien comprendre la signification des symptômes locaux et l’apparente bizarrerie que leur marche présente.
En continuant d’observer, on ne, tarda pas pourtant à reconnaître que les lésions dont je parle n’étaient pas spéciales à la première enfance, et qu’à l’autre extrême de l’existence, chez les vieillards et souvent aussi a tout âge chez des individus souffreteux ou malades, on les observait fréquemment et qu’elles se rattachaient à la même expression symptomatique; c’est ce qu’ont parfaitement démontré Gillette (1) et M. Roccas (2). Dans certaines constitutions médicales, celte forme de la phlegmasie pulmonaire peut se montrer également dans l'àge adulte, c’est ce que j’ai vu en 1837. Pendant l’épidémie de grippe qui, à cette époque, régna à Paris, les pneumonies accrurent tout à coup en nombre, et présentèrent en même temps une physionomie spéciale sur laquelle j’attirai le premier l’attention (3).
Symptômes. — Le début de la broncho-pneumonie n’est pas, en général, brusque et franc comme l’est celui de la pneumonie légitime. Il est souvent d’autant plus difficile de le fixer d’une manière précise, que les individus, si ce sont des vieillards, sont souvent atteints, depuis un temps plus ou moins long, d’affections catarrhales. Quoi qu’il en soit, au début de la maladie, il y a souvent des frissons, mais presque jamais on ne constate ce frisson violent avec claquement de dents, qui marque si communément le début de la pneumonie primitive; presque toujours ce ne sont que des horripilations pouvant se montrer plusieurs fois dans les vingtquatre heures, et durant plusieurs jours sans régularité bien accusée. Il survient aussitôt un état fébrile plus ou moins intensç, moindre pourtant que dans la plupart des pneumonies primitives. Le malade tousse et accuse ces douleurs sternales qu’on observe si souvent dans les bronchites un peu intenses ; il n’est pas rare aussi de voir en même temps un état tluxionnaire analogue vers d’autres
(1) Supplém. au Dictionnaire des dictionnaires, art. Maladies des vieillards,
(2) Thèses de Paris, année 1850.
(3) Presse médicale du 15 février.
FORMES
muqueuses : rougeur des yeux, coryza, ardeur à la gorge, enrouement, céphalalgie frontale vive, que la toux redouble. Il y a aussi un état de courbature générale, parfois des douleurs musculaires ; le mouvement fébrile s’accompagne d’exacerbation et d’agitation nocturnes. L’inappétence est complète, la langue présente un enduit épais, blanchâtre; les urines sont rares, rouges, ou bien sans changements notables. En un mot, il n’existe d’abord qu’un état catarrhal prouvé d’ailleurs par l’examen de la poitrine, qui offre partout sa sonorité normale; partout aussi existent des râles sibilants et ronflants et un plus ou moins grand nombre de bulles de râles sous-crépitants prédominant surtout à la base des deux poumons. La toux est quinteuse, parfois sèche, amenant le plus souvent des crachats muqueux, en général plus visqueux qu’ils ne sont dans les bronchites ordinaires, pouvant être même plus suspects encore lorsqu’ils présentent partiellement une très-légère teinte rouillée.
En somme, dans la majorité des cas, il n’existe au début que des symptômes d’une affection catarrhale bénigne, et l’idée de pneumonie ne vient à l’esprit que lorsque, à part les crachats rouillés toujours caractéristiques, il existe un appareil fébrile plus considérable disproportionné avec l’état local, et qui doit en effet donner l’idée d’une maladie plus grave; or, une pneumonie latente est la supposition qui doit être faite aussitôt.
Cet état peut rester stationnaire pendant quelques jours, puis on voit, même lorsque l’état général ne s’aggrave point, les phénomènes locaux accuser beaucoup mieux une lésion plus ou moins profonde du parenchyme lui-même.
La percussion ne donne nulle part de la matité, mais l’élasticité et la sonorité sont moindres, elles peuvent être diminuées partout; le plus souvent elles ne le sont qu’à la base et presque toujours des deux côtés à la fois, ce qui fait qu’on manque alors d’un point de comparaison ; mais en percutant, ou plus haut ou latéralement, on saisira aisément la nuance qui existe, et qui d’ailleurs se révélera facilement à une main exercée.
À l’auscultation, disions-nous tantôt, on n’entend que les râles caractéristiques de la bronchite, c’est-à-dire des râles sibilants et ronflants plus ou moins généralisés, parfois si bruyants qu'ils masquent les râles bullaires qui existent toujours, c’est-à-dire les râles muqueux et surtout sous-crépitanls qui ont pour siège de prédilection à peu près constant la base des deux poumons, mais qu’on trouve également disséminés un peu partout, prédominant pourtant dans certains points qui varient communément d’un jour à l’autre, souvent du matin au soir. Presque jamais on ne constate