PNEUMONIE CATARRHALE
la crépitation fine, sèche, nombreuse, caractéristique de la pneumonie au premier degré.
Ce sont là, bien souvent, les seuls signes stéthoscopiques que l’on trouve pendant plusieurs jours et même pendant une ou plusieurs semaines; cependant, presque toujours, il existe tôt ou tard, mêlée aux râles, une respiration plus ou moins soufflante, mais qui n’acquiert jamais la rudesse du souffle produit par la pneumonie vraie. 11 en est de même de la voix qui retentit davantage en ce point, sans offrir pourtant jamais le caractère bronchophonique qu’elle a dans la pneumonie phlegmoneuse. De même que les râles, le souffle et le retentissement de la voix sont remarquables par leur inconstance et par leur mobilité, c’est-à-dire qu’on les voit cesser, puis revenir d’un jour à l’autre et exister dans des points divers du poumon. Pendant presque toute la durée de l’affection, les malades conservent une toux quinteuse, plus ou moins fatigante, qui provoque l’expulsion de crachats non homogènes; les uns sont grisâtres, muqueux; d’autres purulents, souvent trèsvisqueux ; ils sont mêlés, dans un tiers des cas, à des crachats franchement pneumoniques; ceux-ci, d’ailleurs, existent toujours en proportion beaucoup moindre que les crachats fournis par les bronches, de manière que si ces derniers sont très-abondants, ils peuvent aisément masquer les autres, et il faut souvent agiter le crachoir pour les découvrir.
Les malades n’ont presque jamais de point de côté, mais seulement des douleurs vagues, contusives dans la poitrine; ils ont plus ou moins d’oppression; celle-ci peut être extrême; dans tous les cas, ce symptôme est plus accusé qu’il ne l’est dans la plupart des pneumonies légitimes. Cette différence s’explique aisément, si l’on réfléchit que dans la pneumonie phlegmoneuse il n’y a qu’une portion de poumon qui soit imperméable, tandis que dans la bronchopneumonie, si l’altération est moins profonde, elle est en revanche très-étendue j elle est, en un mot, plus ou moins généralisée.
La broncho-pneumonie est toujours fébrile, mais elle l’est ordinairement à un degré moindre que la pneumonie franche. Le pouls est ordinairement mou; on a dit qu’il était fréquemment intermittent : cela n’est vrai que pour la broncho-pneumonie du vieillard, et cela s’explique moins par le caractère de l’affection que par les complications cardiaques fort communes à cet âge. La chaleur de la peau est plus ou moins vive; elle est souvent assez âcre au toucher. Les uns ont avancé que le sang était couenneux, d’autres ont prétendu le contraire; il n’y a rien d’absolu à cet égard. A supposer qu’aucune circonstance extérieure n’ait exercé d’influence sur la
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coagulation du sang, on peut dire que le sang est généralement peu couenneux dans la broncho-pneumonie, et qu’il n'y a aucune comparaison à établir avec la couenne épaisse qu’on trouve sur les caillots des saignées faites pour une pneumonie légitime ou pldegmoneuse.
Les voies digestives participent toujours plus ou moins à ce trouble général de l’économie : la soif est variable, mais l’inappétence est à peu près complète; la langue, humide, recouverte d’un enduit épais blanchâtre, devient, le plus communément, aride, sèche, raboteuse, souvent noirâtre chez les vieillards; la plupart de ces derniers sont constipés.
La céphalalgie vive qui existe au début ne persiste guère, du moins aussi intense, au delà de quelques jours ; beaucoup ont de l’insomnie.
Il y a parfois du délire ; mais il a rarement une grande violence ; c’est plutôt un subdelirium fugace, quelquefois continu Toutes les forces se prostrent rapidement, et l’on voit se développer plus ou moins vite l’appareil symptomatique qu’on trouve dans les maladies à forme «dynamique.
La broncho-pneumonie, une fois établie, n’a pas une marche régulière, c’est même là un trait presque caractéristique de cette affection -, nous avons vu, en effet, combien les phénomènes locaux offraient de mobilité et d’inconstance. Il en est de même de l’état fébrile qui diminue, puis qui redouble pour diminuer encore, enfin pour cesser presque complètement, de manière à faire espérer une coifvalescence prochaine. Mais combien souvent cet espoir est promptement déçu ! Il suffit en effet, souvent, d’une demi-journée ou de vingt-quatre heures pour que tout à coup et sans cause appréciable la fièvre redouble, sans acquérir pourtant la violence qu’elle a souvent dans la pneumonie aiguë; la dyspnée augmente, en même temps que la sécrétion des crachats diminue, les traits s’altèrent, l’intelligence s’obscurcit ; il survient du délire, de la somnolence, et les malades succombent lentement asphyxiés.
Chez ceux qui guérissent, on voit les accidents généraux diminuer, les phénomènes locaux s’amender, mais persister longtemps encore, d’autant plus que souvent la maladie est venue s’enter sur un catarrhe ancien que l’affection n’a le plus communément point amendé. En somme, dans les cas qui on. une heureuse issue, la maladie est un peu plus longue et la convalescence moins franche que dans la pneumonie légitime.
Je viens de décrire la broncho-pneumonie vulgaire , si je puis parler ainsi; mais, en ayant égard à la marche seule de l'afluction, on
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doit admettre encore une forme lente , quasi chronique; et une forme suraiguë , nommée, par quelques-uns, asphyxique.
En elfet, la maladie, au lieu de se terminer favorablement ou d’une manière funeste dans l’espace indiqué plus haut, se prolonge souvent bien an delà, c’est-à-dire pendant vingt, trente jours, davantage même, et cela quel que soit l’âge des individus, présentant alors d’un jour à l’autre des changements considérables dans l’état local et dans l’état général, changements tels, que souvent on croit toucher à la convalescence; mais des accidents nouveaux ne tardent pas à faire perdre celte illusion. C'est après ces intermittences, qui n’offrent d’ailleurs aucune régularité, que les forces déclinent peu à peu, une teinte bleuâtre asphyxique se montre à la face et sur les membres, puis les malades s’éteignent en quelque sorte, ou bien ils sont emportés violemment en quelques heures, en moins de temps encore, par une aggravation subite des symptômes.
Il arrive, parfois, qu’au lieu de cette marche lente, la maladie en a une rapide, presque foudroyante; c’est en quelques jours, et chez quelques vieillards c’est en peu d’heures, que la mort survient au milieu d’une anxiété très-grande, d’une orthopnée considérable; la gravité insolite de la maladie, la marche foudroyante qu’elle a, s’expliquent par l’étendue, sinon par la profondeur des lésions. Ici c’est la bronchite qui prédomine; les bronches dans toute leur étendue sans affectées; elles le sont surtout dans leurs ramifications les plus ténues; le boursouflement de la muqueuse, plus loin les mucosités accumulées, empêchent l’air d’avancer dans les vésicules, aussi les malades meurent-ils asphyxiés. C’est bien la bronchite capillaire qui tue les malades ; mais on trouve çà et là, dans les poumons, qui sont universellement engoués, des points ramollis, signes anatomiques d’une pneumonie qui s’est révélée souvent, pendant la vie, par une expectoration caractéristique.
Le tableau que je viens de tracer de la maladie, de ses formes principales, est à peu de choses près le même aux différents âges de la vie, ah point de vue anatomique comme sous le rapport symptomatique.
§ k. — Pneumonies périodiques.
Dans la première édition de ce livre, me fondant sur des faits irrécusables, j’avais établi, contrairement à l’opinion commune, que la pneumonie, au lieu de suivre une marche continue, pouvait se montrer avec un des types des fièvres palustres, reconnaître pour cause la même infection miasmatique, et céder promptement à
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ld meme médication spécifique. C est à tort que quelques-uns de nos contemporains émettent encore des doutes à cet égard.
Comme je 1 avais tait déjà, je décrirai une forme intermittente et une forme rémittente.
1° Pneumonie intermittente. - Plusieurs des médecins qui ont écrit sur les fièvres périodiques, surtout sur les fièvres pernicieuses, ont rapporté un certain nombre d’observations pour prouver que, dans quelques cas, la pneumonie a pu se montrer avec un des types propres aux fièvres intermittentes. Ainsi Morton (1) dit avoir vu fréquemment que la fièvre intermittente pernicieuse se masquait sous la forme d’une pneumonie ou d’une pleurésie extrêmement grave. J. Frank (2) rapporte qu’il a observé assez souvent des pneumonies périodiques dont les accès étaient séparés par des apyrexies de six, huit et quelquefois vingt-quatre heures. Le même auteur ajoute qu’un de ses malades, atteint d’une fièvre tierce doublée, avait des accès qui étaient marqués tous les deux jours par des symptômes de pneumonie. En France, un assez grand nombre d’auteurs ont signalé des faits analogues; Mouton a publié (3) une observation qu’il a intitulée : Pneumonie intermittente, affectant le type quotidien. Arloing a également rapporté (4) l’histoire de deux pneumonies intermittentes, dont l’une aurait affecté le type tierce, l’autre, d’une authenticité fort contestable, aurait été l’exemple unique d’une pneumonie intermittente quintane. Parmi les médecins plus modernes, nous trouvons Laennec, qui a vu deux fois au moins la pneumonie constituant le symptôme prédominant d’une fièvre pernicieuse ; dans ces cas, la maladie était caractérisée par du râle crépitant très-intense et par des crachats glutineux (5). Alibert (6) admettait aussi l’existence de fièvres pernicieuses intermittentes, pneumoniques ou pleurétiques, moins sans doute d’après son expérience personnelle que d’après l’autorité des auteurs qui l’avaient précédé. Fleury dit avoir vu assez fréquemment cette forme de la pneumonie à Rochefort, et il en rapporte une observation détaillée (7). Le docteur Chauffard père a noté que dans le midi de la France on observait beaucoup de fièvres
(1) Rich. Morton, Opéra med. hist., XXI. Lugdini, 1737.
(2) Loc. cil., t. II, p. 352.
(3) Annales cliniques de Montpellier, t. XXYII, p. 133, année 1812.
(U) Journal général de médecine, t. LVIII.
(5) Auscultation, t. I, p. 591, 4e édition.
(6) Traité des fièvres pernicieuses. Paris, 1820, p. 57.
(7) Journal général, t. LIV, p. 354.