PNEUMONIES PÉRIODIQUES
ciques diminuent dans la même proportion, enfin une abondante diaphorèse juge l’accès. L’intermission peut être complète, c’està-dire qu’indépendamment de la fièvre, on voit cesser entièrement tous les accidents locaux, et là où naguère l’auscultation révélait de la crépitation, on trouve un bruit respiratoire tout à fait physiologique; c'est ce qui a généralement lieu après le premier ou le deuxième accès. Cependant assez souvent, pendant l’apyrexie, l’exploration démontre que le poumon n’a pas repris complètement ses propriétés normales. C’est ainsi qu'on peut trouver encore une crépitation rare, grosse, humide, ou bien la respiration est plus rude ou seulement plus faible, ou bien encore on constate une expiration prolongée et même souillante; la sonorité de la poitrine dans les points correspondants, peut être plus ou moins altérée. 11 est donc certain que la lésion pulmonaire peut persister à divers degrés pendant l’apyrexie; mais ce qui prouve qu’elle ne constitue qu’un élément secondaire de l’affection, c’est son impuissance à exciter la fièvre ; celle-ci lui est subordonnée à peu près au même titre que l’engouement splénique. C’est ainsi que dans une des observations de M. Catteloup, nous voyons la fièvre cesser pendant deux jours, nonobstant la persistance du souille bronchique et de la matité dans les deux tiers inferieurs du côté gauche de la poitrine, et, comme l’autopsie le démontra plus tard, ces signes révélaient bien et révélaient uniquement l’existence d’une hépatisation rouge. En général, la fièvre pernicieuse pneumonique affecte le type tierce ou quotidien, plus rarement le type double quotidien ; en se renouvelant, les accès deviennent plus graves et plus longs, et l’intermission est d’autant plus courte et moins complète que les accès se reproduisent un plus grand nombre de fois; la pneumonie devient alors rémittente.
Tels sont les principaux symptômes qui caractérisent les fièvres pernicieuses pneumoniques; telle est aussi la marche suivant laquelle se succèdent les divers accidents qu’on observe. Toutefois il est plusieurs points qui exigent encore quelques développements.
J’ai dit que les signes locaux de la pneumonie révélés par l’auscultation et par la percussion pouvaient disparaître complètement pendant l’apyrexie; c’est a tort qu’on a contesté ce fait dans plusieurs écrits contemporains; les observations des docteurs Grégoire, Rouxeau et Maillot le démontrent. Ceci pourtant n’a pas toujours lieu, et souvent après le deuxième accès, bien que le point de côté ait cessé, que les crachats soient spumeux, on peut constater 'encore, durant l’apyrexie, une obscurité du son, une faiblesse du bruit respiratoire, et même quelques râles humides. Mais si dans
FORMES
un des accès, la pneumonie a franchi le premier degré, on pourra bien, dans l’accès suivant, ne plus trouver les signes de l’hépatisalion ; mais le poumon n’aura pas repris sa perméabilité, la pneumonie aura seulement rétrogradé; au lieu du souffle et de la broncophonie, l’oreille ne fera découvrir qu’une crépitation humide, qu’un râle crépitant de retour. Peut-être même n’y aurait-il plus que de la faiblesse du bruit respiratoire, mais il y aura encore assez de signes physiques pour démontrer que le poumon n’est pas revenu, du jour au lendemain, à son état normal. 11 est presque inutile de faire observer que les lésions pulmonaires cesseront d’autant plus complètement que les accès se seront moins répétés, et que la durée de l’apyrexie sera plus longue. C’est ainsi que, dans le type tierce, les lésions pulmonaires cesseront plus souvent et plus complètement que dans le type quotidien, tandis qu’elles pourraient être sensiblement modifiées dans les cas de fièvre pneumonique double quotidienne dont les accès sont si souvent subintrants.
Lorsque le caractère de la maladie est méconnu, ou que la médication est insuffisante, les accès sont de plus en plus violents, la douleur devient atroce, la dyspnée suffocante, la lésion pulmonaire gagne en étendue et elle s’aggrave, souvent les deux poumons sont envahis à la fois; au trouble de la respiration, il se joint parfois des troubles cérébraux, délire ou coma, et c’est au milieu de cet appareil symptomatique que les malades succombent communément vers le troisième ou le quatrième accès.
Ce qu’il y a de remarquable dans la forme de pneumonie que nous étudions, ce sont les accidents subitement graves. Souvent, du moins, dans les deux premiers accès, il y a défaut de proportion entre la pyrexie et la lésion locale ; la marche de celle-ci est rapidement envahissante, elle passe promptement d’un degré à un autre, le pouls même, chez les sujets primitivement forts, est presque toujours mou, dépressible, et souvent plus fréquent qu’il n’est dans les pneumonies légitimes. Le sang n’offre rien de caractéristique, comme on l’a dit ; cependant il se présente communément avec un aspect différent de celui qu’il a dans les pneumonies franches. Ce fluide est souvent, en effet, remarquable par une teinte comme bleuâtre, appréciable surtout quand il est au repos; au lieu de se prendre en un caillot dense, recouvert d’une couenne épaisse, comme on le voit dans la plupart des pneumonies simples, il reste communément d ifflaent, du moins, il se prend lentement en un caillot mou, non couenneux, ou recouvert seulement d’une concrétion mollasse, et la sérosité reste plus ou moins infiltrée dans le caillot (1). Toutes
(1) Il serait à désirer qu’on eût sur les qualités physiques du sangdes rensei-
'il
SI
et
PNEUMONIES PlilWODIQUES.
Al 7
ccs circonstances, même lorsqu’elles sont réunies, ne peuvent fournir que des présomptions, surtout lorsqu’on observe clans quelques localités et pendant certaines saisons; mais on ne peut être édifié sur le caractère de l’affection que par la marche qu’elle suit. En effet, la cessation brusque de la fièvre, et la disparition ou l’amendement considérable des symptômes locaux survenant après six à douze heures d’une acuité extrême, devront vivement fixer l’attention , et porter le médecin à prescrire d’emblée et sans autre avertissement le sulfate de quinine. 11 ne faut pas attendre un second accès qui donnerait, il est vrai, au diagnostic une complète certitude, mais en faisant courir le risque de voir cet accès plus violent que le second, et pouvant mettre la vie en péril. Le traitement spécifique, d’ailleurs, ne peut avoir aucun i inconvénient, et il est parfaitement justifié par la clinique. Une I pneumonie franche, légitime, ayant le début et l’acuité que nous supposions tantôt, produisant une anxiété, une dyspnée aussi grande, :se caractérisant par un point de côté aussi intense, par des crachats irouillés, par la crépitation et parfois par du souille, ne s’arrêterait ipas d’elle-même ni par aucun traitement connu, au bout de quelques heures. Lorsqu’on est témoin d’une pareille marche si inso- Uite, je devrais plutôt dire si inconnue, il faut soupçonner un caractère , pernicieux à la maladie, et le soupçon est ici suffisant pour instituer lune médication antipériodique. Pourrait-on trouver dans l’exploiration delà rate une indication précieuse pour révéler l’existence d’une infection marématique? Je l’ignore. On a le plus souvent i négligé de la faire ; parfois on l’a faite et l’on n’a rien trouvé. Il est tulile pourtant de rechercher toujours si l’organe splénique est ou mon tuméfié, l’augmentation de ce viscère pouvant, en effet, mettre îSur la voie de la maladie dans les cas d’accès doubles quotidiens ou ssubinlrants.
Les détails qui précèdent prouvent surabondamment, je pense, que la pneumonie intermittente n’est pas une phlegmasie pulmonaire ccompliquée d'une fièvre d’accès; ce sont réellement deux états cconnexes liés intimement l’un a l’autre, procédante^ la même cause imiasmalique ; c’est là précisément ce qui caractérise l’affect ion. S'il
ygnement^ plus précis. 11 n’existe encore, je crois, aucune analyse chimique de ce (lfluide. Le docteur Constant a plus qu’un autre, sans doute, ilxé l’attention sur les (altérations du fluide sanguin dans la pneumonie intermittente ( Bulletin de théra- ; peutique, t. XLIII, p. 481) ; mais ses observations manquent de précision, et lorsqu'on le voit affirmer sans preuve ce fait considérable que le sang, au moment de sa sortie de la veine, est manifestement au-dessous de la température normale, non reste peut-être un peu fâcheusement prévenu.
POLIMES.
/il 8
n’y avait que complication d’une maladie par l’autre, on n’aurait pas une affection, à proprement parler, pernicieuse, le pronostic serait moins grave, et le quinquina, au lieu d’agir simultanément sur la pyrexie et sur la plilegmasie, ne triompherait que de l’élément intermittent, tandis que dans la forme de pneumonie dont je parle, l’antîpériodique, s’il est administré convenablement, fait justice promptement de l’état local comme de l’état général. Ce succès si rapide du quinquina contre la lésion pulmonaire a fait douter qu’il y eût alors une pneumonie véritable. Beaucoup n’ont voulu voir, dans ces accidents thoraciques, que le résultat d’une congestion. Je veux bien croire que, dans quelques cas, en effet, il y ait eu plutôt les caractères anatomiques de la broncho-pneumonie que ceux de la pneumonie lobaire; mais nous ne saurions admettre qu’il en soit toujours ainsi. Cette supposition serait d’ailleurs démentie par quelques autopsies qu’on a faites et qui ont révélé l’existence de lésions pulmonaires identiques avec celles qu’on trouve dans les pneumonies légitimes. Mais les résultats nécroscopiques feraient-ils complètement défaut, que nous pourrions suppléer à ce silence de l’anatomie pathologique par l’examen clinique. En effet, des crachats visqueux et rouillés, une crépitation fine et sèche, remplacée parfois par du souffle-, une matité plus ou moins complète révèlent aussi sûrement l’état du poumon que pourrait le faire un examen avec le scalpel sur la table de l’amphithéâtre (1).
2° Pneumonie rémittente. — Cette forme est beaucoup plus commune que la précédente ; on en trouve de nombreux exemples dans les auteurs anciens comme dans les écrits des modernes.
11 paraît établi que la célèbre épidémie catarrhale qui régna en Europe en 17Û3 se compliqua souvent de pneumonie rémittente, quotidienne ou tierce. Il semble aussi que Lautter (2) a observé une fièvre rémittente tierce pneumonique. Sarcone(3), dans l’épidémie de Naples dont il a été l’historien, a vu fréquemment des maladies aiguës de poitrine présenter un caractère périodique. Strack (h), dans la belle relation qu’il donne des 'lièvres intermit-
(1) L’idée que les pneumonies à forme intermittente ne seraient qu’une maladie compliquée par une autre, a été soutenue dans un volumineux écrit publié en 1854, à Philadelphie, par le docteur La Roche, et intitulé Pneumonia ; ils supposed connection pathological and etiological with automnal fevers; including an inquiry i»to lhe existence and morbid agency of malaria. Ce livre, qu'un jeune médecin des plus distingués, M. le docteur Ollivier, a bien voulu lire et annoter pour moi, ne renferme rien d’intéressant.
(2) Jlisl. med. morb., p. 196.
(3) Maladies de Naples, Irad. de Bellay. Lyon, 180Ô , t. I, p. 203.
(4) Obs. med. de febribus bit., p. 74. Tincini, 1792.