PNEUMONIES LATENTES
états morbides indépendants l’un de l’autre; il y a une phlcgmasie avec son cortège ordinaire, et, de plus, un élément intermittent se caractérisant par la périodicité de l’exacerbation fébrile, et ayant presque toujours, plus ou moins bien accusés, les trois stades des accès intermittents. Le traitement prouve, d’ailleurs, l’indépendance à peu près absolue des deux états morbides accidentellement unis l’un à l’autre. En effet, les antiphlogistiques, sous toutes les formes, ne modifient point la périodicité, tandis que le sulfate de quinine en fait promptement justice, sans modifier très-sensiblement la phlegmasie pulmonaire. Ce n’est pas à dire pourtant que celle-ci, délivrée de l’état morbide qui la compliquait, ne puisse dès lors avoir des allures plus franches, et suivre une marche plus décidée vers le bien; mais on ne voit jamais le quinquina, administré dans ces conditions, exercer sur la phlegmasie cette action prompte et décisive qu’il a lorsque l’altération pulmonaire existe au même titre que la pyrexie qui l'accompagne , c’està-dire lorsqu’elle est la conséquence de l’infection miasmatique, comme nous l’avons vu plus haut pour la pneumonie qui est réellement rémittente, et à plus forte raison pour celle qui est franchement intermittente.
§ 5. — - Pneumonies latentes.
On dit que la pneumonie est latente, lorsque les symptômes propres à déceler la maladie sont tellement obscurs qu’ils peuvent échapper facilement à l’attention du médecin. Avant l’immortelle découverte de Laennec, toute pneumonie qui ne provoquait ni douleur de côté, ni expectoration sanguinolente ou rouillée, était regardée comme latente ; elle était donc presque nécessairement méconnue. Aujourd’hui, pour qu’une pneumonie soit véritablement latente, il faut non-seulement que la douleur et que les caractères de l’expectoration manquent, mais il doit y avoir aussi absence complète de^tous les symptômes fournis par l’auscultation et par la percussion.
Il est excessivement rare que dans une pneumonie, si toutefois on en excepte les pneumonies lobulaires, on voie manquer à la fois tous les symptômes fournis par les troubles fonctionnels et par l’examen physique, cela ne peut guère avoir lieu qu’au début. Pour peu que la maladie ait eu une certaine durée, on finit presque toujours par découvrir quelques-uns des phénomènes qui la caractérisent ordinairement. A part quelques rares exceptions, on peut établir qu’une pneumonie n’est latente que parce que le malade n’a pas été suffisamment exploré, ou qu’il l’a été par un
FORMES
médecin peu attentif, ou peu versé clans les recherches cliniques. Je vais indiquer sommairement ici les conditions qui font qu’un grand nombre de pneumonies passent inaperçues et ne sont reconnues qu’à l’ouverture des cadavres.
1° La pneumonie pourra être latente si, dès son début, au lieu de déterminer les symptômes qui la caractérisent communément, elle s’accompagne de phénomènes insolites et si elle réveille de trop vives sympathies du côté d’un organe important. C’est ainsi que beaucoup de pneumonies passent inaperçues parce qu’elles excitent dès le premier jour un délire violent ou bien un état comateux ; c’est ce qui arrive notamment dans le jeune âge. Chez d’autres, surtout s’il s’agit d’un adulte ou d’un vieillard, c’est une prostration, une résolution des forces, un état général tel qu’on le voit dans les fièvres graves, qui fait croire aisément à une pyrexie. Celte erreur est fort commune.
2° D’autres fois, par contre, la pneumonie est complètement latente, parce que la maladie n’excite dans l’économie presque aucun trouble sympathique. Tous ceux qui ont fréquenté les hospices consacrés à‘ la vieillesse ont vu des individus qui, après quelques jours de simple malaise, d’un peu d’inappétence, s’affaissent tout à coup, meurent subitement, et, à l’ouverture du cadavre, on est étonné de trouver une hépatisation grise d’un ou de plusieurs lobes, parfois même des deux poumons. Prus a vu, à Bicêtre, un vieillard que l’on ne croyait pas malade et qui tomba mort dans la cour. A l’autopsie, on l’econnut qu’il n’existait plus qu’un quart des poumons qui fût perméable, tout le reste était frappé d’induration grise. Aussi la pneumonie est-elle regardée à juste titre comme une cause de ces morts subites si communes dans les asiles de la vieillesse.
On conçoit que des faits pareils ne sauraient être invoqués précisément comme des exemples de pneumonie latente, puisque les malades n’ont pas été examinés; s’ils l’avaient été, on n’aurait pu méconnaître la lésion pulmonaire. Ils n’en sont pas moins pour nous d’un puissant intérêt et d’un haut enseignement : ils nous prouvent que, chez les vieillards, les troubles sympathiques sont moins nombreux, moins variés, plus difficilement produits qu’aux autres âges. Chez des sujets plus jeunes, une phlegmasie d’un organe important, comme le poumon, excite des réactions organiques, provoque de nombreuses sympathies ; mais à un âge avancé, ces mêmes organes semblent vivre et souffrir isolément, leur sphère d’activité paraît plus restreinte. Concluons que, chez le vieillard, la sollicitude du médecin devra être particulièrement éveillée; quelque