PNEUMONIES RHUMATISMALES
très-rapidement arrivée au deuxième degré. Mais ce qui fut plus remarquable encore que celte marche ascendante, si exceptionnellement rapide, ce furent les alternatives qu’on remarqua dans la lésion locale. Du matin au soir, on voyait le souffle être remplacé par la crépitation et réciproquement. Jamais pourtant dans l’intervalle de ces sortes de crises le poumon ne recouvrait sa perméabilité, il restait toujours un son obscur et un bruit respiratoire affaibli, mais de temps en temps et presque toujours, pendant une recrudescence des douleurs articulaires, on voyait le lobe inférieur du poumon gauche se prendre à son tour. C’était d’abord une crépitation fine et nombreuse, puis, au bout de quelques heures, survenait du souille et de la bronchophonie. Ces crises, qui duraient chaque fois trois ou quatre jours, se sont reproduites en trois mois dix à douze fois ; à aucune des crises il n’y eut d’expectoration caractéristique. Dans une autre attaque de rhumatisme qui eut lieu chez la môme personne pendant l’été de 18àS, j’observai du côté des poumons des phénomènes identiques avec ceux que je viens dé décrire; mais ils n’eurent qu’une durée de deux septénaires.
C’est là, j’en conviens, un fait bien insolite, et je me suis bien souvent demandé si nous n’avions pas commis une erreur de diagnostic ; si au lieu d’une pneumonie nous n'avions pas eu à traiter une pleurésie, un épanchement plutôt séreux encore que plastique ; je me suis demandé si cette crépitation line, nombreuse, qui précédait le souffle ne pouvait pas être seulement un de ces froissements, un de ces frottements pleuraux, ayant quelque ressemblance avec la crépitation. Vraiment je ne le crois pas; et je répète encore ce que j’ai dit plus haut, savoir, que pour M. Louis comme pour moimôme, il n’y eut jamais de doute ; à chacune des crises dont nous fûmes témoins, jamais nous n’hésilàmes à croire à l’existence d’une induration pulmonaire comme lésion, sinon unique, du moins comme lésion prédominante.
En résumé, je crois qu’il y a une pneumonie qui peut être provoquée par le rhumatisme. Je pense que, sous l’influence de la diathèse rhumatismale, il peut se former, dans une étendue plus ou moins considérable des poumons, des fluxions, des exsudations à marche rapide et offrant la mobilité des autres manifestations du rhumatisme. Je regarde ce fait toutefois comme étant excessivement rare; c’est ce qui explique le silence de la plupart des auteurs. Si quelques-uns, comme Grimaud, ont parlé de pneumonies rhumalirjues (1), ils ont néanmoins assigné à l’affection des caractères dont
(1) Traité des fièvres, 1. II, p. 95.
FOKMES.
il serait presque oiseux de discuter ici le peu de valeur. D’ailleurs, ces pneumonies rhumatiques différaient, dans les classifications des anciens nosographes, de celles que Musgrave et Barthez nommaient arthritiques. Il est vraiment impossible d’être fixé sur la nature des affections, certainement fort différentes, qu’on a décrites sous ces diverses dénominations. Les modernes n’ont guère été plus explicites. On pourra s’en convaincre en lisant la discussion qui s’est élevée sur ce point à la Société médicale des hôpitaux, à l’occasion d’une observation lue par un de nos collègues les plus estimés, M. le docteur Bourdon (!). Dans ce fait, d’ailleurs, l’existence d’une pneumonie est même fort problématique pour moi ; je n’y vois en effet qu’un exemple de ces congestions passives qui se font si communément dans les poumons pendant le cours des maladies graves. Il m’a paru en outre évident que les caractères que plusieurs assignent à la pneumonie rhumatismale appartiennent tout à fait à la broncho-pneumonie, à cette affection plus congestive que réellement inflammatoire, remarquable par l’absence d’expectoration caractéristique, par des crachats muqueux, parfois hémoptoïques, et par une remarquable mobilité des signes fournis par l’auscultation; or tout cela arrive communément en dehors de toute atteinte rhumatismale, et plus spécialement, comme nous l’avons dit, chez le vieillard et dans le jeune âge.
2° Pneumonies puerpérales. — Les médecins et les accoucheurs de la fin du dernier siècle, ceux même qui écrivaient au commencement du xixe, ont décrit une pneumonie très-grave, presque toujours mortelle et extrêmement rapide dans sa marche, qui affecterait les femmes dans la période puerpérale. Mauriceau (2), Delamotte (3) en citent des exemples ; Astruc (U) la regardait comme pouvant être une lésion secondaire de la fièvre de lait, lorsque celle-ci était vive ; Levret (5) en donne une description succincte ; Deleurye (6), Chambon (7), Gastelller (8), etc. , ont plus encore insisté sur ses caractères. Cependant si on lit attentivement les rares observations de pneumonies survenues pendant le cours de l’état
(1) Union médicale, année 1860.
(2) Observations sur la grossesse et l’accouchement. Paris, 1794 , obs. 476e, p. 394.
(3) Tome II, p. 1199 et 1202.
(4) Maladies des femmes. Paris, 1770, 2e édit., t. V, p. 158, in-12.
(5) L’art des accouchements. Paris, 1766, 3e édit., p. 168.
(6) Traité des accouchements. Paris, 1777, § 1183.
(7) Maladies des femmes, 2° édit. Paris, an VII, t. II, p. 150.
(8) Maladies aigues des femmes en couches. Paris, 1812, p. 15.