SUR L'ÉTAT SOCIAL
^ l", — Du ioeerdoee. — Cireonstances qui ont priiidé à ton or gaàuation et préparé se§ rapporté avec le pouvoir gouverné'- «cRfa/. — Ecarte inévitables. — NéeeeêUé de la vigilance»
Lorsque Jésus-Christ eut accompli sur la terre le sacrifice tant prédit par les prophètes, lorsque TexpiatioQ sanglante eut complété cette magnifique figure de TÂocien Testament, ce symbole qui couvrait de ses voiles ie pardon accordé aux générations passées, la réhabilitation et le salut promis au monde à venir, les cieux se refermèrent sur le fils de Dieu et Tœuvre des disciples commença. Le maitre divin avait choisi quelques hommes simples et purs ; il remit entre leurs mains ie précieux dépôt de ses doctrines, le Soin de répandre k sffl[ience, de la faire germer en fécondant sans cesse le sol qui la recevait. Leur mission , dont la fin des temps devait seule marquer le terme, fut de cultiver I9
champ du père de famille et d'entretenir à son foyer la foi y cette flamme divine, cet emblème plus vrai que le feu de ProméthéCy qui devait illuminer Tentendement humain obscurci par le culte des dieux païens, réchauffer les mains engourdies par les fers de Tesclavage, guider dans leurs transformations les sociétés vieillies.
« Allez, dit-il, enseignez toutes les nations (1). » lis partirent alors, animés par l'esprit, ces héritiers du Verbe, pour redire de toutes parts, pour annoncer à rhumanité doucement ravie, la bonne nouvelle que le peuple de la Judée connaissait seul encore.
L'heure était propice, les voies étaient préparées, car wn grand silence et une étrange anxiété tenaient les nations attentives ; les armées s'étaient arrêtées après de longues guerres comme au signe d'une main invisible ; les idoles s'en allèrent à l'approche du Dieu vivant devenu désormais secourable aux fils d'Adam , et une voix mystérieuse sortie des profondeurs du temple en avertit leurs adorateurs. U sembla donc qu'une divine aurore apparaissait à l'orient avant que la lumière vint remplacer l'ombre , et de sourdes rumeurs commençaient à s'agiter quand les lettres du proconsul annoncèrent les prodiges qui avaient accompagné la mort du crucifié de Jérusalem. Les philosophes, demeurés seuls dans leurs écoles désertes, se taisaient comme les oracles et,mélancoliquementappuyéssurdesœuvresqueledoute frappait de stérilité, ils attendaient aussi la révélation de cette sagesse meilleure que le divin Platon seul avait pressentie (2).
<1) lu êê lÊotêU omneff çfnUi : Ev. suiv. sainl liaubiett, disp. 28, T. J9.
(2) Vi mihi non hominis ingenio^ sedquodam delphico viâeaturora*
fWp imttnftuê, iQuinHtien, liv. %, cfaap* 1%)
Le monde ancien pliait d'ailleurs sous le poids des maux, et présentait partout des plaies à guérir, des douleurs à consoler. Outre la déplorable race vouée à la servitude i Tempire regorgeait de proscrits et d'exilés , de princes détrônés, de vaincus trainés après les chars de triomphes, d'ambitions blasées ou déçues, d'âmes tiinides qui ne connaissaient plus d'autre culte, d'autres autels que ceux de la Peur ou de César, et aussi de nobles cœurs qui regrettaient amèrement la vieille liberté io-« maine et aspiraient à trouver quelques célestes régions pour y échapper à la tyrannie, tout en nourrissant de mâles pensers. Cette^ multitude désolée, appauvrie, errante, courut s'abreuver avec ardeur aux sources vives* Ils y burent Toubli des maux, l'espérance et la charité.
Quelle consolation auraient-ils demandée, en effet, à la ss^esse humaine de ce temps 7 Gomment les (Hrécepteura de l'humanité expliquaient*ils le problème de sa miserai Où découvrir son principe et sa fin? Par quels enchan-^ tements conjurer le mal qu'ils avaient reconnu dans notre nature?
Tous étaient arrivés à une manifeste impuissance. Quelques-uns, les Stoïciens, croyaient, en niant la douleur physique» en repoussant loin de chacun d'eux le mal moral qu'ils ne songeaient point à déplorer ni à léformer chez leurs semblables, s'affranchir de cette honteuse servitude. Plusieurs ne donnaient d'autre soloti(m à la destinée hun^aine que les arrêts d'un fatalisme aveugle dont les êtres sont le misérable jouet. Le culte chéri de Rome, maîtresse du monde, était celui dont Epicure fut le grand prêtre et l'apôtre. Glorifiant le ^ce, il exaltait les jouissances des sens et conseillait de ^re des efforts pour écarter de sa tête la souffrance û&portune , de repousser l'attristant spectacle des cala*'
Qités d'autrui , d'accueillîr le plaisir et de bannir It
i POLICE EXTERIEURE DES CïJLTfô.
mémoire des maux. Jouir sans cesse, voilà le but de toutes les facultés humaines. La philosophie et la religion ne montraient rien au-dessus, rien au delà; sous la fastueuse vertu des disciples de Zenon, comme au fond des doctrines épicuriennes, Tégoïsme apparaissait toujours. Pour le malheur, nulle consolation dans le présent, nulle réhabilitation dans l'avenir, nul espoir dans une justice égale et inévitable ; pour la force, rien d'illégitime, point de crainte ni de remords, car on croyait le ciel vide ; Pluton et Jupiter étaient relégués au rang des fables par les sages comme par les puissants^ et on se demandait quels géraient les bénéfices de la vertu.
Le christianisme seul apportait le mot de l'énigme douloureuse et le remède propre aux blessures. A cette race infortunée que gouvernaient l'orgueil et la luxure, il apportait des lois destinées à contenir la chair et l'es* prit ; en expliquant l'infériorité de notre nature par sa déchéance , ses destinées par la loi de l'expiation et le mystère sublime de la rédemption, il lui révélait une haute origine et lui ouvrait en même temps un avenir d'espoir inépuisable comme la bonté du Seigneur, brillant sans cesse comme la clarté des cieux. Le christianisme sanctifia aussi la misère; à côté des douleurs il plaça la résignation , la douce conscience du sacrifice accompli, du sacrifice méritant, et enfin la charité qui répand sur les plaies un baume divin !
Tels furent les titres rendus à l'humanité. La religion chrétienne, en lui montrant le ciel, lui rendit un céleste courage. Elle reprit sa marche, les yeux levés vers des astres propices (t\ et cette parole de l'Ecriture se trouva justifiée.
(I) Os homini sublime dédit, c0los^ lueri
JussiL el erectos ad sidéra (ollere vullus. (Ovn)E, Uéiaméj liv. t)
INTROBUGTIOM. 5
« Eq vérité» en vérité, je vous dû que l'heure vient et « qu'elle est dé|à venue où les morts entendront la < voix du Fils de Dieu , et où ceux qui l'entendront « ¥ivit>ntl (1). »
« .... Je suis la lumière du monde ; celui qui me ^ suit ne marche point dans les ténèbreSi mais il aura la « lomièrede vie (2). »
Tout s'émut donc i la voix des apdtreset leur moisson fot immense. Providence imprévue de tous ceux qui loiiffiraient , ils virent accourir les affligés de toutes les classes ; apr^s les victimes vinrent les oppresseurs troublés par le remords ; après les faibles, les puissants saisis du dégoût de leurs grandeurs ; après les ignorants, les inteU ligences qui avaient connu la vanité du savoir; après les pauvres, les riches surpris par l'amertume et la satiété au milieu de leurs plaisirs , conduits à un immense découragement, à un amour insensé du néant, par l'abus des ^olapiés inouïes que le luxe antique multipliait sous iniOe formes. Le vieil empire romain se plongea peu à peo dans cette piscine régénératrice, les extrémités d'abord, puis le cœur, puis la tête. Deux siècles ne s'étaient pas encore écoulés, et déjà les chrétiens se trouvaient partout, suivant l'énergique expression de l'un d'eux (3); dans le peuple, dans l'armée, dans le sénat. Ils se trouvérent bientôt jusque dans la &niille impériale et sur le trône des Césars, recevant ainsi le pouvoir venu spontané* ment dans leurs mains.
Durant ce temps, toutefois, le culte et le sacerdoce t'étaient constitués; les ministres de l'autel avaient, dans
(I). Évang. selon saint Jean» chap. v, v. 35. &) Jdem, cbap. vui, v. 12.
(3) Tertullien, Apologétique,
6 POLICE EXTéRtEURE DES CULTES.
le ieîd de k communauté chrétienûe, leur hiérarchie et leurs fonctions. Comment les circonstances dans lesquelles cette organisation eut lieu, comment la nature même du dogme qu'ils étaient chargés de maintenir et de propager, devaient-belles influer sur leur caractère , sur leur autorité, sur leur avenir?
Jamais le corps des prêtres de la religion païenne ne put prétendre à l'unité, ni atteindre la double conséquence qui en résulte , la force et l'influence sur l'état social. Le nombre des cultes rivaux s'y opposait d'abord* Un dieu présidait à chacune des passions ou des nécessités humaines, et recevait à ce titre des vœux ou des offrandes; chaque prêtre était jaloux des dons qui af« fluaient au temple voisin et du crédit de ses oracles ; il s'en plaignait à sa divinité envieuse comme lui. Les limites de l'enceinte sacrée étaient aussi le terme de son pouvoir et de son ambition. Le pontife païen n'était point le juge des actions humaines; il ne liait, ni ne déliait ; il n'avait ni la chaire dans le temple, ni la mis** sion sur la place publique, ni l'enseignement dans l'é* cote; son rôle stérile se bornait à parer l'autel, à offrir les sacrifices, ou à murmurer de menteuses prédictions. Le culte se confondait d'ailleurs étroitement avec la nationalité» et ne s'étendait point au delà. Chaque peuple avait ses dieux protecteurs qui partageaient sa haine contre les dieux ennemis (1); il leur donnait des servi*» teurs qui leur présentaient l'encens et les victimes, gage de l'alliance, tribut de la reconnaissance publique. Ces vaines idoles, soumises à l'aveugle destin qui s'agitait
(1) Chez quelques-uns , le souverain pontificat se confondait avec le souverain commandement, comme à Rome où l'empereur était de droit poMi/tx maximui.
iorla tête des enfénts de la terre^ subissaient, elles aussi, k$ Ticissitudes humaines. Lorsqu'une peuplade était TBiiiGoe, et son territoire envahi, le culte et ses ministres suivaient la loi du vainqueur. Les augures lui devenaient propices, sa victoire était une marque de la faveur des dieu ; c'était désormais en son honneur, et pour conserver sa prospérité, qu'on chantait les hymnes et qu'on remerciait le maître du tonnerre, toujours d'accord avec les maîtres de la terre; il fallait souffrir l'introduction des divinités victorieuses^ heureux quand le culte nonveau ae détrônait pas le culte ancien. Les oracles obéissaient aussi à la puissance comme à la richesse, et lorsqua la pythie phU^ptsait^ suivant Ténergiqiie reproche de Démotthènes, cette prêtresse d'Apollon obéissait à la menace autant qu'à l'or du roi de Macédoine.
L'histoire nous signale seulement deux exceptions parmi les peuples antiques, et elles s'expliquent par la différence des &its et des constitutions* Che2 les Jui& die procède de l'unité de Dieu, se reflétant dans l'unité du culte. Une tribu entière, resserrée par les liens de la parenté en même temps que par l'esprit du sacerdoce, est consacrée au service des autels. Chargé de transmettre, aux rois comme au peuple, la parole et les ordres du Seigneur, le pontife est le gardien et l'interprète des livres de la loi. Dans de telles conditions le gouvernement ne pouvait être qu'une théocratie* Chez les Egyptiens un autre système conduit au même but. Les prêtres forment une association mystérieuse dont ils interdisen t l'entrée au profane en se couvrant des voiles du mythe et de l'initiation. Us étendent en même temps leur domaine, s'emparent du dépôt sacré des sciences et se réservent le droit de dispenser la lumière. L'enseignement de la morale et de la philosophie, l'agriculture et tous le arts utiles sont professés par eux seuls , sans qu'ils épp
sent jamais l'arcane saint dont ils se prétendent posses* seurs. Ils gouvernent ainsi, car l'âge mûr des rois dont la jeunesse a été confiée à leurs soins, ne peut manquer de leur appartenir.
Ainsi, dans le monde ancien, le culte et ses ministres présentent deux ordres de relations avec la puissance publique. Suivant le premier et le "plus ordinaire, ils sont créés, installés ou dirigés par le pouvoir. Suivant le second, ils sont confondus en lui et avec lui.
La condition des prêtres chrétiens dans le monde mo^ derne offre un caractère de spécialité qui n'avait pas de précédents, et qui ne comporte point d'équivalent*
Leur discipline et leur hiérarchie s'organisèrent hors de la sphère du pouvoir, hors de son intervention qui n'élait qu'hostile et menaçante. Ni concours ni protection ne viennent pour eux de ce côté, et c'est le pouvoir qui plus tard subira leur influence avant de leur avoir imposé la sienne. Ils protestent que leur royaume pacifique ne s'étend que dans les limites abstraites de la foi et de l'iu** tcUigence, se déclarent dégagés du soin des intérêts temporels, et s'efforcent de rassurer ainsi la jyiissance jalouse des Césars. En échange d'une obéissance qu'ils savent pratiquer mieux que tous autres, ils ne réclament de l'autorité du prince ni privilèges ni encouragements, ils demandent seulement qu'on leur permette de se réunir, de prier ensemble, et qu'on ne les contraigne point au culte des idoles.
Ils s'isolaient ainsi volontairement et demeuraient effranchis de tous liens de reconnaissance ou de patronage vis-à-vis de la puissance publique. Les rigueurs exercées contre eux, au nom de cette puissance, resserrent davantage le cercle étroit dans lequel ils s'agitent et se constituent. Réduits à se dérober aux supplices, c'est df ns la profonde nuit des catacombes, dans les secrètesi
réanions des fidèles voués au martyre, que la direction et la discipline de leur société naissante furent confiées à de sages mains. Institués librement par leurs frères, en rai* 800 de la part de foi et de zèle qu'ils apportaient à l'œuvre commune, prêts à braver des persécutions auxquelles ce stérile honneur ne foisait que les mieux désigner, ces Iidmmes furent donc dès l'abord indépendants dans leurs œuvres comme dans leur croyance.
Ce n'était pas assez de se trouver en dehors du pouvoir public et de la société légale. Détachés par la force des circonstances, autant que par les préceptes de leurs lois^ de toute ambition terrestre , ils songèrent à se détacher aussi de toutes les affections humaines. On les vit dès le principe conseiller, exalter le célibat dont ils font l'objet de leurs prédilections avant de l'ériger en décret ab8olu^(l). Ils louent et encouragent aussi la retraite et Tanlour de la solitude qui doivent peupler les monas* tères.
A quelles destinées, à quelles œuvres, n'étaient-ils point préparés par de tels moyens !
En vouant le clergé au célibat et à l'ascétisme, on se proposa de le rendre plus pariait ; on ne manqua point de le rendre plus puissant. Ce nouveau et suprême mode d'isolement compléta le caractère du prêtre. Parmi ces honmies condamnés à un perpétuel veuvage, affranchis
(1) Conseillé par le CJirisl et les apôtres, le célibat des prêtres eooimeoça d'être érigé en précepte des le quairicmc siècle. Dans les conciles d*Ancyre et de Néocésarce, en 314, on déft^ndit sons peine de destitution d'ofTice, aux cTêqucs, aui prêtres et aux sons-diacres de se marier >près l'ordinalion reçue, et, s'ils étaient déjà mariés avant rordinatioOy de continuer les relations conjugales. Méconnue pendant la barbarie da moyen âge, l'obligation du célibat fut rendue rigoureuse et absolue, par Grégoire VII, en 1091. Le concile de Trente renonvela et sanctionna ces décreu«
des liens qui rattachent tous les autres au culte de la famille, et qui enferment leurs affections dans le cercle étroit du foyer domestique, l'esprit de corps devait grandir sans cesse. Le redoutable égoisme de caste devait nattre et s'alimenter de Tégoïsme individuel» Si la voca* tion pour les choses saintes s'augmenta dans leurs âmes de toutes les forces que n'énervait point Tabandon des sens, les désirs qui poussent à la domination et l'énergie des fecultés qui parviennent à l'atteindre s'accrurent aussi. Les passions ne s'éteignit point ; elles chatigent d'objet. On les distrait plus qu'on ne les anéantit. L'ombre mysté* rieuse du dottre, la sévérité de la retraite, la garde des âmes, les pratiques religieuses ne leur imposèrent point ailence; le fanatisme et l'ambition prirent la place du terrestre amour, et combien d'exaltation dana ces têtes où fermentait la virginité ! Combien d'ardeur et de dévouement parmi ces légions dont les soldats repoussaient volontairement tout ce qui attache à la terre, tout ce qui feit aimer la vie, les baisers de l'épouse, les caresses de l'enfant et son doux sourire ! De ce jour l'Eglise corn* mença d'avoir une véritable milice.
Lorsqu'il leur fut donné de réagir sur le monde et sur les puissances qui les avaient si longtemps repoussés, ils se trouvèrent donc tout prêts pour exercer une irrésistible action, revêtus d'une égale force d'attaque et de résistance, puisque ce double isolement, dont nous venons d'énoncer les causes, devait produire et avait enfanté en effet l'esprit de corps le mieux cimenté qui ait jamais existé. La suite des temps n'a pu le détruire et Ta peu modifié parmi ces ministres d'un culte unique qui avaient vu se resserrer les liens de leur première fraternité dans les étreintes de la persécution. L'orthodoxie sévèrement gardée le continua ; il n'est pas jusqu'aux schismes dont fut déchiré le sein de l'Eglise, qui n'aient contribué à
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rapprocher étroitement ces ^rdiens d'une foi jalouse. Aussi quand Tunité ne sera nulle part ailleurs, vous la retrouverez toujours là, longtemps protectrice de la civilintioo, quelquefois oubliant ce rôle pour servir des haines ou des intérêts terrestres. L'intolérance doit aussi babiter parmi eux, et il faut le pardonnc»r, car c'est une des plus sures garanties, non^seulement de leur perpélojté, maïs encore de leur force et de leur sincérité. Ce n'est pas vainement que le Christ avait dit : a Croyez* c TOUS que je suis venu pour apporter la paix sur la « terre? Non, je vous assure, mais la division. •• Le père ■ 8^11 en division avec le fils et le fils avec le père; la « mère ayec la fille et la fille avec la mère (1). » Les con* victions vives^ portées à l'extrême et fécondées à toute lieure par rimagination, ne sont jamais tolérantes, parce qu'elles voient un ennemi ou un fourbe dans quiconque ne subit pas la même persuasion , parce que l'esprit de prosély tismeestd^ailleurspropre et inhérent au sentiment religieux* Il tend toujours à se répandre et à déborder le oœur qui en est plein. Celui qui veut feire partager son culte à tout prix obéit ainsi à une impulsion entraînante, et acquiert en même temps un mérite précieux dans la pratique de ce culte, car les missionnaires sont les élus et les saints de toutes les religions (2).
Le catholicisme, jusqu'à l'approche du pouvoir, jusqu'au moment où il prit sa part de l'influence, de l'ambitien et des ressentiments politiques, l'emporta sur toutes les religions par sa tolérance. Elevé à l'école de la persécution, il trouvait d'ailleurs la loi de mansuétude et de cha-
(1) Évang. suiv. saint Luc, chap. xm, v. 51 et 52.
(2) On y applique le vers du poêle :
La foi qui n*a|it poini est-ce une foi sincère ?
rite écrite à chaque page dans la doctrine léguée par son divin fondateur; mais quelle institution^ pure dans son principe, ne subit tôt ou tard l'empreinte des passions de ceux qui l'appliquent ou la conservent, et surtout des temps qu'elle traverse?
L'histoire, en même temps qu'elle apprend à déplorer et à détester le £anatisme, enlève cependant aux peuples^ aux partis, aux dogmes, aux cultes divers, le droit de s'accuser, le droit de se lancer Fanathème. Lequel d'entre eux n'a pas eu ses heures de délire? Quelle croyance portée à l'excès n'a pas eu ses bourreaux et ses martyrs ? Combien de malheureux torturés et brûlés au nom de la religion, mais combien , hélas ! égorgés nu nom de la liberté ! Que feut-il faire» si ce n'est conserver pour ces causes sacrées du respect et de l'amour, en essayant de les concilier toutes deux, en rejetant sur l'infirmité humaine les crimes dont elles furent le prétexte?
Sans entrer plus avant dans cet ordre d'idées, nous pouvons désormais reconnaître comme un point hors de doute, que l'organisation du sacerdoce chrétien, les premières lois et les circonstances qui présidèrent à sesdéve* loppements, devaient indiquer d'avance l'esprit de ses membres et l'étendue de leur influence, la portée possible de leurs actes. Voués à une propagande étemelle, le prosélytisme devenait l'unique but de leurs efforts. Animés par ce zèle ardent que ravive la menace même des persécutions, ils se proposèrent d'agir sans cesse sur les consciences, et, pour les agiter à leur gré, ils eurent recours au levier le plus puissant , la parole et l'enseignement adressés aux hommes assemblés; c'gst à l'aide de cette force qu'ils changèrent peu à peu la face du monde.
Est-il besoin maintenant d'examiner la seconde question que nous avons posée et de rechercher si le culte même, si le dogme, dont ils furent les ipissionoaires, n'a
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point créé et ne perpétue point cetie force d'eipansion benfiiiniite à beaucoup de titres, dangereuse et menaçante à tant d'autres?
Par tous les points, il touche à l'ordre social, et se trouve de nature à le vivifier ou à le transformer par son inflaenoe.
L'Evangile ne parait positivement et principalement destiné ni à régler les détails d'un culte, ni à formuler an dogme religieux proprement dit ; c'est avant tout un Gode de morale qui peut et doit, peut-être, servir de préambule ou d'introduction philosophique à tous les fecaeils de législations positives qui seront promulgués après lui. Tout y tend, ses préceptes aussi bien que les <njets qu'il envisage; la doctrine enfermée dans ce livre, eommentée et répandue par l'apostolat, s'infiltra, pour ainsi dire, dans chaque veine du corps social, comme la ^e dans toutes les fibres de l'arbre. En le purifiant, elle kianima; en le régénérant, elle changea son mode d'exis* leooe, et la rapidité merveilleuse avec laquelle cette révobtioa s'opéra, subjuguant sur son passage les peuples et Jei rois, suffit pour prouver combien une telle croyance parlait irrésistiblement aux sympathies de l'humanité !
Peat-il se rencontrer, en effet, dans Tordre moral, on ^ contraint de le reconnaître , une seule des affaires humaines à laquelle le dogme chrétien, à la fois philosopkiqueet religieux, demeure complètement étranger? Les droits et les devoirs , dont se compose la réciprocité des rapports qui constituent la vie des sociétés, ne trouvent-ils point, soit directement, soit indirectement dans ^ préceptes, leur oiâgine la plus certaine, leur sanction b plus formelle, leur règle la plus sûre?
Gomment échapper, d'ailleurs, à celui qui est chargé d'appliquer cette loi ? L'action qu'il n'a pu prescrire ou conaeiller, il la juge après son accomplissement. Arbitre
institué par Dieu lui-même à qui seul, dit-il, on peut ea appeler, il prétend régner souverainement sur le domaine de la conscience, et après avoir pénétré dans ce fort inexpugnable où nul contrôle profene, nulle critique ne doit ïç suivre, il y pèse les actes et les pensées. Si tout ne procède point de ce pouvoir régulateur, tout y aboutit, et on conçoit qu'il a pu arriver que le ^premier soin et le plus important devoir des ministres de certains rois absolus, ait été le choix du confesseur de ceê toute* puissantes majestés.
Les gardiens du culte, gardiens du dogme en même temps, ont donc à leur discrétion, on ne peut le méconnaître, un rôle important dans l'État, quand une libre action leur est laissée. Us peuvent appliquer le conseil ou la c^isure, l'éloge ou la réprobation à tous les actes publics et privés, si la loi le tolère ou si elle est impuis^ santé à le défendre.
La morale du gouvernement ne leur est pas plus étran* gère en effet que la morale publique. Ouvrez Tœuvre des premiers pères de TEglise ; lisez ces discours qui ont clos si brillanmient pour la chaire firançaise la période du dix-<septième siècle; partout ils donnent des leçons au% rois, ûUs quijudicant terram^ avec la même sagesse et la même fermeté qu'à leurs sujets.
Qu'on songe combien, durant le moyen âge et jus* qu'à nos jours, dut être nombreux , actif et puissant un corps qui ne comptait pas seulement dans son sein les membres qu'exige le desservissement des métropoles et des paroisses, et qui s'élèvent enoore de nos jours dans la France seule à plus de cinquante mille, mais s'adjoignait encore comme auxiliaire tout un peuple engagé par Les vœux monastiques, multitude incalculable, catéchisant et enseignant au besoin. Joignez, dans ce passé,
Tufliienoe q[ae b puissance tenpordle et leraii0 ttodal
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ftjoQtaient anx grandeurs ecclériastiques des hauts mein^ hm du clergé. Quel concert résultait d'ailleurs de la otmimiuiauté de croyance qui n'avait point égard aux dimons de territoire, car la foi chrétienne et Torgani* cation de l'Eglise ne suivirent point, dès le principe, les ciitoiiscriptions des royaumes ni celles que les nationa<» )ités établissent. Hors de ces liens imposés, soit par des Kmites arbitraires, soit par des coutumes ou des lois di?er8es, il y avait plus d'indépendance. L'usage même de la langue latine, langue universelle (1), affectée sacra-» meotellement, dans tout le monde oocidiental, à la liturgie, à la rédaction des canons et des lettres apostoliques, contribua incontestablement à maintenir l'unité des corps ecclésiastiques et de leur discipline, en même temps qu'à ttuv^arder l'intégrité de la foi. Elle devança, sous ce rapport, et facilita la mission de la papauté.
lorsque ce réseau s'étendait sur l'Europe, un signal pouvait tout soulever, un choc tout embraser. Qu'on ne
(i) « Quelle idée sublime que celle d'une langue universelle ! d'un ' p6!e k l'autre, le calhoHqne qui entre dans une église de son rit, est ■ cbet hii, et rien D'est étranger h ses yeux. En arrivant» il entend ce
* qo'il entendit toute sa vie ; il peut mêler sa voix à celle de ses frères;
* il les comprend -, il en est compris, il peut s'écrier :
Rome est toute en tous lieux *, elle est toute où je «uis.
" La fraternité qui résulte d'une langue commune est un lien mysté- «rienx d'une force immense. Dans le ix* siècle, Jean VIII, pontife trop « belle, avait aeoordé aux Slaves la permission de célébrer l'ofOec divin •dans leur langue; Grégoire VII retira cette permission, mais il ne fut « plus temps ^ l'égard des Russes, et l'on sait ce qu'il en a coûte à ce " grand peuple. Si la langue latine se fût assise h Kief, h Moskon, h Novo-
* C<MrQd, jamais elle n'eût été détHhiée. » (J.DB>AiSTn, du Pape^ liv. I, chap. XX, p. 135.)
L'usage de la langue grecque eu Orient, fut assurément une des causes <loi concoururent avec la séparation des deux empires à former le *diiine f elfe coAtrilms surtout k le rendre irréparable.
s'étonne donc point de ces grands mouvements suscités dans le moyen âge à la voix de Termite Pierre ou du pape Urbain. Quel ascendant laissaient prendre à un homme doué de foi, d'habileté ou de génie, des siècles que leur ignorance et leur simplicité rendaient si dociles, si accessibles à toutes les séductions du caractère ou de la parole ! On en trouve la mesure dans un passage du pré* sident Hénaultqui parle en ces termes de la popularité de saint Bernard, fondateur de Tordre de Clairvaux, en 1115:
Cl Nul homme n'a exercé sur son siècle un empire si a extraordinaire. Entraîné vers la vie solitaire et reli-- « gieuse par un de ces sentiments impérieux qui n'en lais« « sent pas d'autres dans Tàme, il alla pi^ndre sur l'autel « toute la puissance de la religion. Lorsque, sortant de « son désert, il paraissait au milieu des peuples et des « cours, les austérités de sa vie empreintes sur ses traits « où la nature avait répandu la grâce et la force, rem* a plissaient toutes les âmes d'amour et de respect. EIoc( quent dans un siècle où le pouvoir et les charmes de « la parole étaient absolument inconnus, il triomphait a de toutes les hérésies dans les conciles. Il faisait fondre « en larmes le peuple au milieu des places publiques ; a son éloquence paraissait un des miracles de la religion <( qu'il prêchait. Enfin l'Eglise, dont il était la lumière, « semblait recevoir les volontés divines par son entre- « mise. Les rois et les ministres auxquels il ne pardonna « jamais ni un vice, ni un malheur public, s'humiliaient « sous ses réprimandes comme sous la main de Dieu c< même, et les peuples, dans leurs calamités, allaient se « ranger autour de lui comme ils vont se jeter aux pieds a des autels. »
Quelles royautés ! notre âge ne les comporte plus^ et nous sommes loin du douzième siècle, ^'éanmoins , les
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liommes d'Ëtat ont encore à méditer cette pensée de Montesquieu :
« Il y a pourtant une chose que Ton peut quelquefois « opposer à la volonté du prince ; c'est la religion*. • Les « lois de la religion sont d'un précepte supérieur, parce « qu'elles sont données sur la tête du prince comme sur « celle des sujets (1). »
L'influence directe et légale peut être refusée. Elle doit Tétre dans tout royaume où les cultes reçoivent une égale protection. L'inQuence indirecte et morale existera toujours. Il appartient au pouvoir de la res* treindre dans de justes bornes, et cette tâche est la plus digne de toute l'attention des législateurs.
C'est dans les contacts de la société civile avec la société feligîeuseque tous les Froissements sont vivement ressentis, qu'ils sont dangereux dans leurs effets. Les animosités qui naissent d'un tel choc sont longues et implacables ; elles se replient dans les profondeurs de la conscience» et y grandissent pour éclater soudainement avec plus de force. 11 est difficile, comme l'indique Montesquieu, de r^er ^à*vis de l'Etat, vis-à-vis des intérêts temporels, les relations de ceux qui règlent eux-mêmes les rapports de l'homme avec la Divinité, qui réagissent sur la société même qui prétend les régir, sur les gouvernés et par une conséquence nécessaire sur les gouvernants. Il est délicat de déterminer dans quelles limites ils maintiendront le sentiment qui se dompte le moins, qui est le moins saisis* nble, parce qu'il est le plus impérieux, le plus jaloux et le plus indépendant, le sentiment religieux en un niot#. Il est également téméraire de lui trop concéder et de lui trop refuser. Le sentimcAt religieux, quand les agentt
(1) Homesqiiiea, J7ipHl 0$$ <oif , Uf • m, oiiap« 10*
*ll3 POLICE EXTéRIEURE DtS CULTES.
politiques savent s'en emparer, les sert mieux sans doute et les pousse plus avant que toute autre passion, que le jMtriotisme^ que Tamour de la gloire, que i'intérét même de la conservation; mais nul n'a dominé à son gré un tel auxiliaire, après l'avoir fait d'abord servir à ses desseins, n ne connaît de maître ni de guide que ceux qu'il lui plaît de s'imposer. Les gouvernements peuvent donc puiser dans son appui une force irrésistible de progrès dans Tattaque, de résistance dans le péril; mais la confusion de cet élément avec ceux qui soutiennent naturellement le pouvoir, entraîne des conséquences dangereuses à ce point qu'il est cent fois plus sage de tenir toujours en dehors et dans la dépendance de la loi politique cet allié impatient; Vainement espérerait-on trouver en Iui-.méme le frein qui doit FanNlter! La loi de soumission aux puissances^ qui ressort des préceptes de l'Evangile et du principe de l'humilité chrétienne, semble empêcher que la reti^ gion ne contribue au renversement des lois civiles, mais il ne feut pas compter trop sur une abnégation ai ahscdue. Cette soumission suppose des conventions, des eonces^ ftiong r6ci(m)ques qui ne furent jamais écrites, et peuvent sans cesse conduire à la discorde par l'ambiguïté. Si les puissances prétendent, dans des limites mal définie» e( directement ou indirectement, étendre leur domination jusque sur le domaine de la conscience^ alors commence une révolte permanente» difficile à comprimer.
Les cultes naissants et leurs fondateurs se sont peut^ être inclinés, dans le ptindpe, devant des exigences pMsa. gèi^ plus que dewnt une vérité absolue et furent stns doute plus [Mmdents que sincères en |m>mettant des'abste- Air de toute interventiim dans le tempordi. Le culte ckré* IjLen demandait à s'organiser, à enseigner, à croire et à prier sans être inquiété par le pouvoir. Lui était-il donné, nous l'avoiu dit, d*obt6ttir ûeimtokbrmoBàA'nntnêwùi^^
mrROlHICTiON. 19
qo'Aceflede ne ))oiiit inquiéter le pouvoir? C'est là ce qui cipliqae la lottminion des apôtres, le précepte posé par inn^Ghtist lui-même, comme aussi le danger et la pot^ libibté des restrioliona qm devaient suggérer d'autres drooastances. Lorvque Jésus^Ghrist est interrogé sur ToUigation de p^y^r ou sur la liberté de refuser le tribut à César, <x Jésus-Christ n'examine pas, dit Bossuet, com^ « mentéoiit établie la puissance des Césars. C'est assez « qa'il les trmivàt étaÙlis et régnants ; il voulait qu'on « respectât dans leur a«iori«é Tonlre de Dieu et le fbn« « dément dn repos publftc. »
Mais alors il était interrogé par des hypocrites, il avait uo piège à éviter; il ne veut point juger la puissance de César, parce qu'il prélénd à un autre empire que celui de César ; il ne veut point déterminer non plus jusqu'où va la puissance de César, éternelle question, étemel débst laissé aux siècles à venir ! H ^e contente de demander quelle est l'effigie du denier, et il dit : I%yez à Tempercur ce qui est à l'empereur. Saint Paul, en parlant des puissances de la terre, affirme quMl n^y a pas de puissance qui ne vienne de Dieu; que résister à cette puissance, c^est résister aux décrets de Dieu même, et il écrivait ainsi sous le règne de Néron. Ce principe si peu restreint ne parut, aux yeux de ses successeurs, qu'une transaction ; l'avenir devait le prouver. Ce n'était qu'une religion proscrite qui acceptait les usurpations, les tyrannies, les persécutions, en attendant qu'elle pût^ au nom de Dieu, protéger Thumanité, mettre la Providence et ses lois étemelles au-dessus des rois. Ainsi Tentendirent les papes, quand vint le moyen égc, et que le clergé fut tout puissant. Us anathématisent les prifaces, ils s'adressent à tous avec l'autorité du commandement j s'ils acceptent la protection de quelques-uns, ils ne prétendent subir la loi d'aocon.
20 POLICK KKTÉRIEURR DES CULTES.
Ces grands faits , rangés désormais par riiistoire dans un passé qui ne peut renaître, n'auraient plus Tezcuse qui servait à les légitimer alors, la justice ou la nécessité. De moindres agitations peuvent se produire de nos jours; les prévoir et les prévenir doit être Tobjet des règleùients qui garantissent la stabilité et la paix intérieure de chaque gouvernement.
Jetons maintenant un coup d*cà\ rapide, conmie pour produire les preuves de la puissance d'action que nous reconnaissons au culte et à ses ministres vis-â-vis de l'état social, sur quelques formes particulières imprimées à la civilisation européenne par l'influence religieuse.
$ n*.'— Influence iur la légUlatUm eipile.
Si le droit civil, pris dans sa plus haute et sa plus large acception , peut être défini ^ suivant l'expression d'un publiciste moderne (1) : V association laborieuse de la liberté Immaine et de la vie ciifile auec la justice et la raison^ il appartenait sans doute au christianisme de consommer une telle alliance.
Le droit romain qui présentait dans ses règles ce que la raison et la justice humaine avaient pu suggérer de ' plus parfait durant les siècles écoulés, et le christianisme qui devait si fort dépasser cette magnifique formule, se sentirent dès l'abord attirés par un penchant mutuel.
TertuUieUy avant de prendre la défense de l'Église, était jurisconsulte, et les formes vigoureuses de sa dialec-^ tique annoncent un athlète exercé aux luttes du barreau. Saint Jérôme fait dans ses œuvres l'éloge de Pa« pinien qu'il compare à saint Paul.
(1) M. Larerrière» HUioiu du Jhoii français.
Dans les arbitrages que leur déléguaient la piété des fidèles, et plus tard, le vœu même de la loi , les évéques empruntèrent au droit romain les motifs de leurs décilions, et FÊglise établit dès le cinquième siècle, près des tribanaux séculiers ^ des clercs chargés de représenter <^de défendre les gens pauvres ou abandonnés (1).
Lorsque le clergé fut appelé au conseil des rois barbares, il aida de son pouvoir l'introduction de la loi romaine. On lit en effet dans la préface du Bre^iarium ronumum^ rédigé en 506, par ordre à^j^laricll^ roi des Yisigoths :
« Avec l'aide de Dieu , occupé des intérêts de notre «|)eup1e, nous avons corrigé, après mûre délibération, « ce qui semblait défectueux dans les lois, de telle sorte « que, par le travail despr^tre^et autres nobles hommes» « toute obscurité des lois romaines et du droit antique «soit dissipée... Toutes ces lois étant donc expliquées «•et réunies en un seul livre par le choix d'hommes
* sages , Y assentiment des vénérables eWques et de nos «sujets provinciaux élus à cet effet, a confirmé ledit
* recueil (2;. »
Avant le complet développement du droit canonique^ l^Êglise suppléait volontiers au silence ou à l'insuffisance de sa législation propre en recourant à la législation romaine. Un capitulaire de Louis le Débonnaire, au ixe siècle, reconnaît et ordonne « que tous les ordres « de r Église doii^ent vi^re selon la loi romaine dans toute « f étendue de V empire. » Au xi* siècle, en 1095, Yves de Cliartres, s'opposant au mariage illégitime de Philippe P%
(1) Cette mesure fut ordonnée par le concile de Carthage (an 416), 1. X, «an. xxin, quest. 3.
(^ Foy. M. Guizot, Tratte de la Civilisaiion en Europe, tom. 1'^
2ft POLICE EXTÉaifiUU jaS CULTES.
rod de France* avec Bertrade, cite dans soa décret le li* vre des Pandecte$ (1).
De cette prédilection dea fidèles et du diei||é pour la loi romaine, naquit donc un accord tacite entre les deux droits^ accord dont le résultat fut un perfectioaneaieQt manifeste et progressifs Le christianisme apporta |x>ur tribut et fit peu à peu passer dans les lois civiles comme dans les mceurs ces principes d'équité, de morale et d'humanité que Cicéron semblait désirer et prédire lorsqu'il écrivait, en critiquant la justice et le droit civil de son temps : « Est quidem vera lex, recta raUo, natwrœ u congruenSf diffusa in oirnies, constans^sempUerna (2) . v
Les modifications les plus importantes portèrent sur le droit public des Romains, sur la constitution de la famille, sur le droit des personnes (3).
Aux yeux du philosophe et de rbistorien qui consi* dèrent l'organisation de la cité romaine, même dans les derniers temps de la république^ il semble que ce peuple ait toujours gardé le souv^r de la destinée qui lui était promise par Toracle.
« Tu regere împerio populos romsno meonf nto. »
Égoïste et fier, il a tout fait pour Taccomplir j les intérêts, les droits, les besoins individuels, tout est sacrifié pour maintenir au dedans des institutions d*ou procède
(1) Lsfbrrièrê, EUMn i» Droit finmçaU, tome f-*, p. 47 el 53.
(2) Cie.RHpub.j\.m,
(3) au
avait »«..<>.« ^ r r— »
Codt Théodosien, publié en 438, fut longtemps le recueil le plus généfa-
lement usité dan& les Gaules.
mXROHiliCTXOK. 2d
Tordre et la force, pour aisurer au dehors la puûwof^e et la conquête.
A rUitérîeur , tout ce qui a'est point sounûi à «ei armei le trouve rangé «ou$ la dénomination commune de bm^ btw; oeux qui tout soumia ne participent jamaisi sur la pied de Tégalités aux honneurs ni aux prlvi%fs des habitants de la métropole (1). Distingués des enfants de la mère-* patrie, dans les veines desquels coule le sang romain» par le nom d'étrangers, ^xtranei^ ils sont traités à beaucoup d'^rds comme une race ennemie, et tou* jours comme une race inférieure. La loi de la dté ro^ maincy jus romamun^ n'est point écrite pour eux ; ils ne peuvent invoquer que le Jus gentiumy Jus peregrinorum^. et cette conquête même fut lente. Ils ne peuvent obtenir le droit de propriété dans toute sa plénitude sur le territoire romain, i^er romanus^ terre sacrée qui porte, elle aussi, l'empreinte du génie exclusif, immuable et persévérant du peuple*roi. Au citoyen seul appartient la propriété, ex Jure quiritiuni^ sur ce patrimoine spécial placé parmi les choses nec maneipii; elle lui est transférée avec l'intervention de l'autorité publique et le concours de solennités religieuses. Rien, pas même la plus longue possession, ne pouvait transférer ce droit de propriété absolue au provincial ou à l'étranger; il n'avait que l'u* sufiruit, la propriété naturelle.
A l'intérieur et dans le sein même de la cité, on ne trouve encore que despotisme et servitude ; la loi ne re^ connaît, ne protège et n'honore que le citoyen chef de £Euaille« La direction de la chose publique est à la fois
(i) lux yein deRome victorieuse, dit M. Laferrlère (tome 1, p. 17), il I avait deux peuples sur la terre, le peuple vaiaqueur et le peuple tûnçu.
plus simplifiée et mieux garantie par ce moyen; seul in-* termédiaire entre sa femille et la société, ce chef reçoit une d^égation de souveraineté. Magistrat suprême parmi les siens, il ne rend cependant pas compte à l'État de cette administration comme d'un gouvernement qui lui serait confié, il en dispose plutôt comme d'un bien dont il serait le possesseur et le gérant. La puissance paternelle ou maritale confère, en effet, sur la postérité, l'épouse ou la parenté, des droits presque identiques à ceux qui assurent la propriété des choses. Les termes mêmes de la loi indiquent ce servage. Vis-à-vis du père de famille, les enfants et petits enfants qui composent sa postérité, .sont à quelques égards dans la même condition que ses serviteurs; il a sur eux la manus; ils acquièrent pour lui seul par l'hérédité ou la donation. Bien plus, il peut se constituer leur juge et dispose des châtiments que la loi inQige aux coupables, sans excepter le plus terrible. La fdculté d'exhérédation absolue vient encore sanctionner son autorité. La femme, tombée sous la puissance du mari, in manu mantij perdait souvent pour jamais l'espoir de l'affranchissement ; si son mari était encore sous îd puissance paternelle, son beau-père était investi à son égard des mêmes droits que ceux qui s'étendaient sur ses propres enfants ; veuve, elle tombait sous la puissance des agnats.
L'humanité, le droit et l'intérêt individuel étaient ainsi sacrifiés à l'avantage de la chose publique.
Le christianisme admettait au contraire tous les hommes au droit de cité dont les Romains furent si avares dispensateurs. Destiné^ d'ailleurs, à étendre le pouvoir de cette nation par le prosélytisme mieux qu'il ne l'avait été par les armes, et à reculer les limites de Rome régulatrice de la foi , reine des intelligences , plus loin que celles de Rome, maîtresse par le droit de la guerre, le
iNTROûucnœv. 25
cbristianisine embrassait Thumanité tout entière , et devait préférer rhumanité à la cité. Sous Tempire des idéei nouvelles répandues par le dogme nouveau fut reoda Fédic qui appelait tous les sujets de l'empire à la joaûsance des droits civiques , en Tan 291 , c'est-à-dire vingt années avant Tédit de 311 qui autorisa le premier le coite des chrétiens (1).
A regard de l'émancipation de la famille, quant à la personne et quant aux biens, il continua ce que le droit prétorien avait commencé dès le temps de Gioèron, Mos l'inspiration d'une philosophie plus douce et plus éclairée. L'inflexibilité de l'ancien droit cédait déjà par de^«. Modifiant sa rudesse, le droit prétorien avait enlevé aux pères le droit d'exhérédation complète ; il considérait cet acte dénaturé comme une preuve de démence, et refiisait d'en appliquer les dispositions (2). l^ loi Falcidie détermina la portion qu'on ne pourrait élever aux héritiers du sang, et le bénéfice des dispositions testamentaires fut étendu aux étrangers et aux femmes.
1^ christianisme, favorisant ce mouvement, multiplia les restrictions apportées aux excès de l'autorité pateriteOeet de l'autorité maritale. Il fit d'abord disparaître le reste barbare des anciennes lois qui attribuait encore *u père de famille le droit de vie et de mort sur ses enfants. Le premier des empereurs chrétiens, Constantin, e^çaut jusque dans la lettre ce qui n'avait jamais existé feeliement dans les mœurs (3), punit comme homicide
(I) Yo^. Laferrière, tome 1", p. 39.
l^ L. n, de Inoffy lestam.
(3) Lliorrear inspirée aux premiers temps de la république par la cnauté mUiine de Brutus, en est une preuve.
S6 POUCE £XTWl^UikC PK9 CULTES.
U père qui f^it mourïr ^o fila pour quelque cau$e que ce soU ({), Il défendit aussi l'e^positioa des eu&nu nouveau^uésy manifestation plus ordinaire de ce prétendu droit (2).
Sous le droit païen ce n'était point la réupîou des liens du saug et de la légitimité qui donnait à Tenfont leyW hœredîsj mais bien le lien civil dans lequel il était enferméi et qui le maintenait sous lautorité paternelle comme tous les agnat^. S'il sortait de la famille par Témancipation, il abdiquait tous ses droits, quoique le lien du sang n'eut pas cessé de subsister ; on le considérait désormais comme étranger \ car let richesses demeuraient inféodées à la famille groupée autour du père dont elles étaient destinées à soutenir Timportance, le rang et la puissance. Des dispositions successive leur avaient assuré une indépendance relative en leur ouvrant des droits sur la succession de leurs mères, en leur garantissant la pos^ session du pécule que le travail ou d'heureuses circonstances leur avaient acquis. Justinien compléta la plupart de ces réformes. Il établit d'abord (3) un système succès-* soral basé sur la proximité et le degré d'affection , idée éminemment chrétienne. Il mit la parenté féminine {cognationem^ sur la même ligne que la parenté masculine, et lui attribua les mêmes privilèges. En garantissant les droits des fils de famille, il étendit le bénéfice de la réserve aux filles et aux descendants du second degré qui furent comme leurs pères protégés contre une exhéréaation arbitraire.
La condition des femmes subit une amélioration plus
(1) L. I, Cod. Theod., de Parricidiù.
(2) L. lïf Cad. Theod.. de Ea^positis.
(3) NoY. 118.
omiooucmoN. mr
^bla (1). Gûmtantin , lei arrachant à la tutdle ilUiQîtée dd agnatSj li» égala formellement aux hommes à portif da leur majorité* Il fèoonda plus tard cette éman^ ci|Nitiaii en leur reconnaissant des droits à la sacoession ^ levrs enfants. Justinien , à son tour, garantit par l'iiypotbèque légale la consenratioB de la dot (2).
Le christianisme donna surtout au mariage la garantie ^t h dignité d^un sacrement. H en fit & la fds un lien religieux, an lien indissoluble. Chez les Romains, le mariage pv^ûcédsit do consentement mutuel, mais il se cimentait P&r la cc^abltation, Tusage^ la possession; il était soumis iQx mêmes modes d'existence et de preuves que la propriété des choses. Le divorce en détruisait d'ailleurs la moinlité, en même temps qu'il éloignaitdela femille toute ^uiité. La réaction chrétienne, en apportant la stabilité ^Q8 les mariages, y apporta aussi la liberté que l'orgueil <ie Taristocratie romaine ne lui avait point encore concé<iio. Laloi romaine refusait aux gensdecertainesconditlons ^ honneurs et les bénéfices du mariage civil. Yis-à-vis <i'ane classe déterminée de personnes, le mariage ne dè^ passait pas les limites et les apparences d'une association Naturelle qui recevait de la loi elle-même le nom flétris- ^nt de concobinat (9). Le droit de connubium, réservé ^ une caste privilégiée par l'ancien droit, fut étendu à
■M I M — —————«— ^—^w^iW^.^——»1PW*««*W»l|fc
(1) La religion chrétienne assura mieux que toute autre rémancipation ^kmmc9i et le respect dont elles iîireat entourées dès ce moment, en. I^^çant le symbole de toutes les vertus de ce sexe dans son ciel, et dans ^ SQhlime personnification de la Vierge Marie. La mère de Éuoille» Cnt- ^ et protégée par le christiaaisme, n'a risn à envier auK matrones yç- *«nes.
(t) Cod. Théûd., Ux tm; Coi. Jwiitm^, \. I, $ i» 4s Ifil flif< 9<9iîfa»
(% lé. ui^ S t. X>« 4< Co9icti6tna(u.
. too9 par les empereurs chrétieas. Toutes les prohibitions foodees sur Tinégalité des conditions furent abolies par Justinien (1); le mariage religieux eut désormais les mêmes formes pour chacun^ et entraîna les mêmes conséquences ; une sainte réciprocité d'obligations lui fut attachée, et se retrouve encore dans nos Godes modernes (2).
Ils abolirent aussi les encouragements donnés par Auguste à ceux qui renonçaient au célibat et aux veu£s qui contractaient de secondes noces. Le mariage fiit ainsi purifié dans son principe et son but. Ceux qui étaient déterminés auparavant par la perspective des privilèges promis par la loi, des héritages à recueillir, n'eurent à consulter désormais que les suggestions de la chasteté chrétienne^ ennemie du célibat dans la vie mondaine, où les doux entrainements d'une affection mutuelle. Ces princes protégèrent aussi plus efficacement la moralité de la femille en multiphant les empêchements qui procèdent de la parenté (3). Les entreprises téméraires furent prévenues par l'impossibilité d'une légitimation postérieure (4).
$ IU.*-/ii/ittefice $ur fabolUion de l'têclavage et sur Vorgani-
sation du travail,
Lucain fait dire à César, dans sa Pharsale : a Le genre
u humain ne vit que pour un petit nombre d'hommes. »>
(1) L. XXIX, C. de Nuptiis.
(8) Vùy. Cod. civ., tit. du Uar.y chap. 6.
(3) L. I» II, ni, lY, Cod. Theod.^ L ▼, xviii ; Cod. JusL
(4) Voff. sur le sujet de ce chapitre que nous D^avons traité qu'accessoirenvent et imparfaitement, le remarquable ouvrage de M. Troplong, intitulé : de VInfiuence du ChrisiianUme eur le droit civil det Rimaint.
nrmoDUCTtoN. 2d
Homanam paucis vivit gcous (1).
rhumauité sert de piédestal à leur grandeur , de pâture à leur ambition, et ces génies qui coûtent si cher au monde peuvent dire vœ humanis ! à ceux qu'ils fouleut aux piedsy comme Brennus disait vœ victis ! aux Romains suppliants.
Cette maxime impie n'était pas seulement celle des conquérants, et ne se restreignait pas à leur despotisme passager ; elle trouvait son application la plus générale et la plus odieuse dans le règne de resclavage, qui sacrifiait la plus nombreuse partie de l'humanité à la puissance et au bien-être de l'autre. La servitude perpétuelle d'ane race que les guerres avaient créée et augmentaient chaque jour, permettait à la race des vainqueurs et des maîtres de perpétuer leur liberté, en les dispensant de la vendre, de l'engager ou de l'avilir par des travaux dégradants.
Dorant toute Fantiquité, l'esclavage se trouve donc profondément enraciné dans les mœurs et dans les lliéories du droit ; on l'acceptait non-seulement comme nn fait, mais comme une loi providentielle. Aristote enseigne qu'il y a des hommes qui naissent esclaves.
Le nombre en était immense; Athènes comptait qua-rante mille esclaves et vingt mille citoyens. Gicéron signale à Rome, DÛ se trouvaient plus d'un million d'habi-
(1) .... Nunquam $ie cura deorum Se fftmUt uîveilrm mariiy pestrœque $aluti. Fata vacentj prœerum motus hmc cuncla $equuntur, hnÊmawumpaucitvivU gemum (Luganus, Phàn,, lib. t.) < Les dieux ne s'abaissent pas jusqu'à s'occuper de votre salut ou de « votre perte. Le monde est subordouné au destin des grands, et le genre « homain ne vit que pour un petîl nombre d'hommes. » {Trnduetion %i Ifarmoniel.)
30 POLICE EXTÉfOSfiM DBS CULTES.
tants, deux mille propriétaires environ, vix esse duo millia qui rem habeanU Le nombre des hommes libres devait, diaprés ce calcul, être peu élevé (1).
Le christianisme qui inspira sans doute la sentence d'Ulpicn (2) : Qma quod ad jus naturale^ attinet^ omnes hjorrdMS œquales sunt, ne pouvait reconnaître cette limite tracée entre les hommes libres et les hommes esclaves ; il eût méconnu la dignité de notre nature, revêtue dans tous d'un prix égal et inestimable, depuis que le sang du Rédempteur avait Coulé sur tous indistinctement ; il eût péché contre les lois de la fraternité humaine;, car le Christ, après cet ordre sublime :
« Je vous laisse un commandement noui^eau, c^est de a vous aimer les uns les autres (3), » avait ajouté par la bouche de Tapôtre :
« // rCy a plus maintenant ni de juif ni de gentd, ni « d esclave, ni de libre, ni d Hommes^ ni de Jemmes f « mais vous n*étes tous gu'un en Jésus-* Christ (4), m
Kien ne s'opposait davantage, d'ailleurs, à la mission qu'il s'était proposée d'améliorer Thomme, et surtout d'ennoblir et d'exalter la femme, espoir de toute régénération.
« Dans la guerre déclarée à la servitude, dit loe. De- (( maistre (5), l'Église voyait k perfectionnement de la a morale* •« Partout oà règne la servitude, il m saurait « y avoir de véritable morale , à cause de l'empire dé- (f sordonné de l'homme sur la femme. Maîtresse de ses
'^i^mm ^mmmi^mammit^i^àmtmmmmimmÊmmi^âk tutitmémiA ■■ ■
(1) Cicéron^ 4ê OffiHU. Fpy. sani Taelle, Jtimai., f «-49.
(2) L. xxxo, D. de Rgg. jmk.
(3) Ëmag. BuiY. saint Jean, cap. XB, V. S*. (*) Ép.4siaiDi PaulMs Galaies, I. tt, v. m^ (5) Du Pape, p. 2M.
INTHOVUCtiON. Si
fdnritietdietei aciions, elle n'est déjà que trop faible I contre ki lédoetioiif qui renTiromicnt de toutes parts. ■ Qat iera<K^ loncfue sa ▼olonté même ne peut la déi (eodn? Fklée même de réâstanee s'évanouira ; le vice
« dépendra un devoir, et rhomme, graduellement avili «par la feeilité des plaisirs, ne saura plus s'élever au-
< deaos des mœurs de l'Asie. . . On a dit avec raison « que, dans tous les pays où le christianisme ne règne
< pas, on obserM une certaine tendance à la dégrada- I tioii des femmes ; rien n'est plus évidemment vrai : il « est possible même d'assigner la raison de cette dégra*
< dation qui ne peut être combattue que par un principe
* surnaturel. Partout ùû notice sexe peut commander «le vice, il ne saurait y avoir véritable dignité de « monirs. ta femme, qui peut tout sur le cœur de « Iliomme, lui rend toute la perversité qu'eileen reçoit,
* et b netiom croupissent dans ce cercle vicient dont
* \1 est radicalement impossible qu'elles sortent par leurs •jMfojM^ forces. •»
Képudiant donc l'esclavage dès le principe, mais trop ^iMes encore pour lutter contre cette loi rigoureuse, les P^mien cbrètiens allé|;èrent d'abord les fers qu*i1s ne pouvaient briser.
Saint Paul recommande aux maîtres de traiter doucenient les esclaves ! « Sache2, leur dit-il, que vous avez,
* les uns et les autres, nn mattre commun dans le ciel ' qui n'aura point d'égards à la condition des per- - «onnes (1). »
I^èsqu ils approchent du pouvoir, une protection plus ^cace se manifeste. Le droit de vie et de mort que
W £p. Stt tpkésisQi, ssp. Ti, V. 9.
32 POUCE EXTÉRIEtiRE DES CULTES!.
l'ancienne loi donnait aux maîtres, est conféré au ma-^ gistratpar la loi nouyelle (1). Constantin déclare homi* cide, et punit comme tel, le maitre qui tue volontaire^ ment son esclave, ou exerce contre lui des actes de cruauté (2).
Ils exercent cette tutelle jusque chez les barbares. La loi des Ripuaires accorde des immunités aux esclaves, et favorise Taf franchissement (3).
« Les esclaves appartenant au roi ou à une église ne « plaident point par Forgane d*un défenseur^ mais ils « se défendent eux-mêmes, et sont admis à se justifier « par serment, sans pouvoir être astreints à répondre « aux interpellations qui leur seraient adressées. » (Tit. LX, $ 24.)
a Nous voulons que tout Franc ripuaire qui, pour le ce bien de son âme ^ ou moyennant une rétribution, vou- « dra affranchir son esclave dans les formes indiquées « par la loi romaine, se présente à TÉglise, devant les « prêtres , les diacres , tout le clergé et le peuple. »
(Tit. LX, SI.)
Au V* siècle, un canon du concile d'Orange, assemblé en 441 , défend à toutes personnes de réduire en servitude ceux qui appartiennent à TÊglise.
Avec quel zèle, d'ailleurs, les fidèles et le clergé secondaient cette réaction par lemploi de leurs ressources, et surtout par leurs exemples!
u L^Égbse chrétienne, dans les premiers siècles, dit un c< écrivain moderne (4), n'a jamais proclamé Tabolition « de Tesclavage^ car l'esclavage était une des formes de
(!) L. 20 et 21, P. ad leg. Corn., de SicariU. (â) Cod, Theod., 1. ix, de Emend. ierv.
(3) Voy. M. Guizot^ Histoire de la Civ, europ., toin. !•', p. 3M« ^^>
(4) M. Saint-Marc Girardio, Revue deé DetMhMondie, 1841<
iWRODUCTfON. 53
I la propriété, mais elle a tout fait p6W discréditer ce « genre de propriété ; elle n'a pas prêché l'abolition de « Tesclavage aux esclaves , mais elle a prêché raf&an- « chissement aux maîtres. Quiconque entrait dans le « clergé^ devait affranchir d'abord ses esclaves. Ainsi, « nous lisons , dans un de ces comptes rendus de son «administration épiscopale, que saint Augustin faisait
• de temps en temps devant le peuple d'Hippone, nous « lisons tantôt que tel ou tel laïque a émancipé ses escla- 0 ves devant toute rassemblée, avant de prendre le dia-
< conat, tantôt que les esclaves d'un autre sont entrés «dans un monastère, comme ses frères, et non plus
• comme ses esclaves , mais qu'il va aujourd'hui les « émanciper solennellement par l'autorité de l'évéque. « Ailleurs» il y avait un sous-diacre qui avait encore des « esclaves, mais saint Augustin se hâte d'expliquer au
• peaple que ces esclaves dépendent d'une succession « dont le partage n'est point encore fait ; une fois le « partage £ait, les esclaves seront affranchis, et ils en* « treront comme libres dans le monastère qui les nour- « rira.
« L'Église, en effet, ne s'inquiète pas seulement d'af-
< franchir les esclaves, elle s'occupe aussi de les nour-
« rir ; elle sait que la liberté sans pain est un triste pré^
« sent. Aussi, quand d'une main elle essaie d'ouvrir les
« chambres ou les prisons des esclaves {ergastula), ou
« plutôt quand elle persuade aux maîtres de les ouvrir,
« de l'autre elle ouvre aux esclaves l'asile des monastères;
« ils y trouvent la liberté, car ils ne sont plus assujettis
« qu'à Dieu et à la loi qu'ils ont acceptée; ils y trouvent
« l'égalité avec leurs maîtres , car ils vivent avec eux
<( sous la même règle ; ils y trouvent enfin la paix sans
« humiliatioii. Voilà l'affranchissement comme l'entend
a TÊglise, sage, régulier, qui ne jette pas tout à coup
84 POLICE EXTÊROnitE DES CULTES.
fi dans la société une population indigente et factieuse, a qui ne fait pas que resclave, dépourvu plutôt qu'af- « franchi) se plaint de ne trouver que la misère sous le « nom de liberté, et regrette l'abondance que lui faisait a la servitude. »
Les empereurs d'Occident vinrent en aide à ces e£Fort8 comme ceux d'Onent. Au neuvième siècle, un capitulaire de Louis le Débonnaire déclare que tous les esclaves qui sont affranchis dans l'Eglise appartiennent à la cité romaine, izi/ cmtatem romanam (1). Ainsi secondé, le grand bienfait du christianisme ne pouvait tarder d'être accompli. En 1167 le pape Alexandre III déclara» au nom du concile de Latran, que tous les chrétiens devaient être exempts de la servitude.
« Cette loi seule, dit Voltaire (â), doit rendre sa mé- M moire chère à tous les peuples. »
Ce n'était point seulement l'esclavage antique qui cédait devant cette bénigne influence. Le servage qu'on peut considérer aussi comme une forme d'esclavage propre aux nations germaniques, fut adouci, modifié» et diminua sensiblement sous la tutelle de l'Église.
Elle ofifrit d'abord un asile au serf que l'excès de ses maux contraignait à la fuite, soit en stipulant pour sa sûreté avant de le remettre aux mains de son mattre, «oit en le consacrant aux autels qu'il était venu embraser en suppliant. Les divers conciles tenus dans les Gaules, referment de nombreux canons qui attestent cette intervention ttitékire.
Le concile d'Orange» en 441, défend aux clercl de livrer ceux qui se réfugient dans une église.
ijL) I»flfetfièk«,ffftlolfl*i]>fM/hm^>mitl,^IS^ (i) iMfi MP toMMri, flhap. 63.
INTRODfTCnOSI. 3fi
Le concile d'Arles » eu 452, excommunie celui qui^ après avoir perdu ses serfe qui auraient pris asile dans Que église^ s'emparerait des serfs de cette église.
Le concile d'Orléans, convoqué par Clovis^ en 511, consacre à son tour le droit d'asile accordé aux églises, et défend de livrer le criminel et le serf réfugiés sous cet abri, avant d^auoir stipulé pour leur sûreté. L'évéque qui aura ordonné un serf sans le consentement de son maître, paiera une indemnité à ce dernier, mais le clerc restera ordonné.
Le concile d'Épaone dans la Viennoise, en 517, ordonne qu'un serf coupable de crimes, et qui aurait pris asile dans une église, soit exempt des peines corporelles. Si quelqu'un a tué son serf sans le consentement du juge, il doit expier cette effusion de sang par une pénitence de deux aps.
Le second concile d'Orléans, en 538, prescrit de ne pas rendre, mais de racheter à juste prix les serft chréti^qui auraient cherdié dans TÉglise asile contre leurs '^'tres juifs, pour se soustraire à des actes contraires 3 la religion.
Le troisième, en 549, défend qu'on ordonne un serf sans le consentement de son maitre ; si on l'a fait, il doit ^re rendu à son maitre, mais si celui-ci exigeait des ser- Hces incompatibles avec l'honneur ecclésiastique , Tévéque doit donner au maitre deux serfs, et reprendre celui qu'il a ordonné (i).
Cette préoccupation constante eC cette lutte contre l'oppression , tendaient à augmenter sans cesse le nomi>re et l'importance de la race libre. La sollicitude de
(1) AUeu, 1Hc%UmiMàr9 dn GonMtê. fo^. «isi |L GuiMl, Emotn
l'Eglise ne se manifestait pas seulement en favenr des serfs fugitife. « Avant que les communes se fussent con- « stituées, dit Técrivain qui a le mieux percé l'obscu- « rite de ces temps (1), avant que par leur force et leurs c< remparts elles pussent offrir un asile à la population <c désolée des campagnes, quand il n'y avait encore de « sûreté que dans Féglise , cela suffisait pour attirer c< dans les villes beaucoup de malheureux , de fugitifs. « Us venaient se réfugier, soit dans Téglise même, soit u autour de Téglise ; et c'était non-seulement des hom • <c mes de la classe inférieure, des serfs, des colons qui it cherchaient un peu de sûreté, mais souvent des homc< mes considérables , des proscrits riches. Les chronii< ques du temps sont pleines de tels exemples. On voit « des hommes, naguère puissants, poursuivis par un M voisin plus puissant ou par le roi lui-même, qui aban- K donnent leurs domaines, emportent tout ce qu'ils peu- « vent emporter, et vont s'enfermer dans une ville, et se (c mettre sous la protection d'une église ; ils deviennent « des bourgeois. Les réfugiés de cette sorte n'ont pas été, M je crois, sans influence sur le progrès des villes; ils y « ont introduit quelque richesse et quelques éléments « d'une population supérieure à la masse de leurs habi- (c tants* »
Le couronnement de Tœuvre suivie progressivement par le clergé apparut au quatorzième siècle, dans l'ordonnance de Louis le Hutin, qui déclara que tous les serfs qui restaient encore en France devaient être affranchis, et invoqua l'autorité des décrets du concile de Latran, publiés par le pape Alexandre III (2).
(1) M. Guizot, Lefom de 1928, xTit* leçon/p. 17.
(2) L'historien de la conquête d'Angleterre attribue aussi à llnfluence
Parvenue à ce but, TEglise ne se contenta pas d'avoir donné la liberté à l'esclave; elle crut n'avoir point assez {ait pour l'humanité souf frante, en consacrant des tributs anouels au rachat des captifo, en établissant des hôpitaux poar y recevoir les pauvres et les infirmes. Au delà de cette tribu d'affligés, elle en apercevait une autre plus nombreuse qui avait aussi besoin de guide et d'auxiliaire poor accomplir ses destinées. Secourable au prolétariat tout entier, elle seconda le développement industriel que comportait cette époque.
Elle prit sous son patronage les associations de faibles et de travailleurs qui s'unirent toujours, par un accord tacite ou formulé ouvertement, pour s'entraider, pour lutter ensemble et partout contre l'obstacle venu des choses extérieures, contre l'oppression ou l'égoïsme des puissants. Ce serait à coup sur une histoire pleine d'inté*
reTigieuse les affranchissements nombreux octroyés à partir du quator- <iéiDe siècle, et qui ouvrirent à la civilisation anglaise une ère nou-
TCflc.
■ Dans les moments de la vie où la réflexion devient plus calme et plus " profonde, où l'intérêt et l'avarice parlent moins haut que la raison, « dans les instants de chagrin domestique, de maladie et de péril de
< mort, les nobles se repentirent de posséder des serfs, comme d'une « chose peu agréable à Dieu qui avait créé tous les hommes à son image.
* Uo grand nombre d'actes d'affranchissement, rédigés au quatorzième
* et au quinzième siècle, portent le préambule suivant : « Gomme ainsi
< " soit que Dieu, dès le commencement, a fait tous les hommes libres
* « par nature, et qu'ensuite le droit des gens a constitué certains d'entre " « eux sous le joug de servitude, nous croyons que ce serait chose ■ « pieuse et méritoire auprès de Dieu, que de délivrer telles personnes
* « à nous sujettes en villenage, et de les affranchir entièrement de
< « pareils services. Saclicz donc que nous avons affranchi et délivré de « « tout joug de servitude, tels et tels, nos uaîfs, nativos noslros, de tel « " manoir, eux et leurs enfants, nés et h naître. »
(iVdgustin Thierry, Conquête de l'Angleterre par les Normands , lome iv% p. 338,)
38 POLICE EXTÉRIEUaE DES CULTES.
rét que celle de cette langue mystérieuse, de ces signes de ralliement, de reconnaissance, qui suppléaient à un langage commun, et qui facilitaient à la fois l'entente des élus de l'intelligence et l'union des êtres voués au dur labeur ! Partout vous entrevoyez obscurément les liens qui rattachent les membres dispersés de cette grande peuplade qui souffre, qui milite, qui demande à ses œuvres ce que les autres ont reçu de la naissance. Âut initiations antiques semble avoir succédé une autre initiation qui, dit-on, cache les secrets de son origine dans l'antique arcane des mages orientaux ou dans les plis du manteau de Salomon, symbole de la sagesse.
Ce mystérieux instinct de l'association voit au moyen âge ses essais et ses développements protégés, cimentés par l'influence religieuse. Ce n'est pas en vain que le christianisme a le premier proclamé le principe fécond Je la grande fraternité humaine. Il répond encore à l'appel des humbles. L'organisation de l'industrie, qui ne trouvait alors de sécurité que dans la communauté de ses membres, avaitdesmodèlesà suivre dans les communautés religieuses dont les travaux réglés et bien répartis produisaient sur la terre et sur la matière une action incessamment féconde. Pour obtenir cet heureux résultat, les artisans s'unissent en corps de métier ; le nom de confrérie^ donné souvent à ces sociétés^ indique à quelle impulsion et à quel exemple elles doivent leur origine. Dans les règlements de ces anciennes corporations, et jusque dans le compagnonnage moderne qui leur a survécu, vous retrouvez l'empreinte d'une consécration chrétienne. Dans leurs statuts, dans leurs réjouissances, dans leurs chants méme^ se retrouvent l'invocation à Dieu, le souvenir des rites de l'Eglise et de ses commandements.
A partir du douzième siècle , toutes les industries ont leur patron. Les confréries déploient leurs bannières ;
iiiTEOsocnDii. an
elle» se réunis^nt et prennent leurs rangs sous oet abri ; leurs privilèges se fortifient en grandissant sous cette ombre propice; le travail est rendu plus facile par la prière fervente qu'on renouvelle en commun à certaines époques ; la résistance est aussi sanctifiée, et devient plus énergique. La pacifique image du saint présida souvent, dans la Flandre surtout, à des fâtes sanglantes. Plus d'une fois il suivit, les regards alarmés^ ses serviteurs dans les batailles qu'ils allaient livrer pour Famour et la défense de la liberté. Qu'on ne se méprenne point cependant ! L'initiation orientale (1) a réuni peut-être les travailleurs pour venger sur des maîtres jaloux, égoïstes ou cruels, le meurtre symbolique A^Hiram; l'initiation chrétienne rassemblait des frères pour qu'ils accomplissent le devoir avec courage, pour qu'ils fissent respecter, an moyen de l'union de tous, le droit de chacun.
§ IV«— /11/I11S11C0 êwr la UgiilaHan pénah.
L'administration de la justice civile dut à l'Eglise de notables améliorations. Elle s'efforça, soit par ses préceptes, soit par ses exemples, d'en bannir la vénalité et la partialité.
Saint Jérôme disait aux juges de son temps : a Qui-- « cumque consanguinitate aut amîcitid aut hostiU odi'o « ducitur, pervertit judicmm Christiquodestjustitia (2). »
Le droit canonique inspiré par ce passage du Lévitique (3) ; H Ne considères faciem pauperis, ne honores « vultum potentis, juste judica proximo tuo^ » avait posé
(1) La franc-maçonnerie, dontles adeptes font, dit-on, remonter l'origine \ Salomon et à la construction du temple. (3) Yùy. d'Antoine, RègUÈ du Dmi Canon. (3) Lev.^ cap. xiv, v.*15.
40 POLICE EXTÉ&IEUEE BES CULTES.
en principe Fégalité devant la loi civile : a Injudicù's a non est acceptio personarutn habenda (1). »
Un décret du pape Innocent IV, rendu d'après les canons du treizième concile général tenu à Lyon en 1245 (2), recommande aux ecclésiastiques l'impartialité dans l'administration delà justice : « Caçeant ecclesias - « ticijudices et prudentes attendant ut in causarum pro- « cessibus nihilvindicetodium, velfavor usurpet i^"). » Il oblige le juge qui s'est laissé entraîner par ces considérations, et qui reconnaît son erreur^ de dédommager la partie qui a souffert de son jugement.
Durant ces temps de spoliation qui ont si longtemps désolé le moyen âge, le droit canonique ne légitimait pas en droit les usurpations violentes. Il ne connaissait d'autre prescription acquisitii^e que celle qui était accompagnée de bonne foi, et, à la différence du droit romain, il exigeait la bonne foi , non-seulement au début , mais pendant toute la durée de la possession : » Quod latenter a au t per vint vel alias ilUcitè. inlroduciurn est^ nulld débet « slabilitate subsistera (4). »
Elle proscrivit et corrigea les formes barbares de la procédure dès le neuvième siècle. Le concile de Valence, tenu en 855, blâme la coutume du serment dans les jugements, /;«/tre qu^elle entratne nécessairement le parjure. Il blâme aussi le combat judiciaire, et refuse à celui qui succombe la sépulture chrétienne.
Elle assura, mieux qu'aucune institution ne l'avait fait jusqu'à elle, la tutelle des incapables. Les veuves et les
(1) Vmf, vi« livre des Déerétales.
(2) Àb. Chronol. des Conciles, p. 133.
(3) Voy. vr livre des Décrélales.
(♦) V« livre des Décréiales, 5» règle.— D'Antoine, Rég. du droU canon et Rec. de Graiien, cap. xvi, c. 15.9.4.
nrrRODUGTioN. 41
orphelins n^eurent jamais d'asile plus sûr qu'en son giron* Seoleelle pouvait leur garantir Téquitc dans le jugement et assurer l'exécution de la sentence. Quelle barrière eût pu arrêter alors la force et la violence luttant contre la justice, sinon l'anathème prononcé par ces hommes qu on respectait comme les représentants du Seigneur et les gardiens des portes du ciel? Elle semblait avoir pris pour devise les paroles du Psalmiste : « Jugez pour « le pauure et pour le pupille ; justifiez le faible et le « pauvre; arrachez- le pauvre et le mendiant de la main « dupécheurquil^ opprime (1). » Cette touchante préoccupation se rencontre à chaque pas dans ses annales. Le concile de Maçon, en 585, défend aux juges de rien dé« cider sur les veuves et les orphelins, sans en avoir prévenu l'évéque, leur protecteur naturel, ou, en son absence, ud de ses prêtres et de tout décider en déhbénm avec eux : a Car, ajoutent les pères, foulant aux « pieds les lois et les canons, ceux qui sont près du roi « on qui sont enflés de la puissance du siècle usurpent les « biens d'autrui , et, sans action juridique ni preuve, « Donrseulement dépouillent les pauvres de leurs champs, « mais les expulsent de leur propre demeure (2). » Les évêqnes réunis au concile de Carthage, en 416, prirent la résolution de nommer des défenseurs, chargés de représenter les gens pauvres ou abandonnés devant les* tribunaux séculiers.
Saint Âmbroise parlait en ces termes au quatrième siècle, dans son livre de Ojfidis, xi, 29, du devoir imposé 3UX évêques. « Kgregic hinc vestrum enitescit luiniste- *< rium, si suscepta impressio potentis, quam vel vidua
(1) Psaume 81.
(9} 7o\f. H. Guizot, Uiêi. de la Civil, europ., (om. ui% p. 386.
AS POLICE EXTÉRIBUU IMBS CULTES.
a vel orphana tolerare non queat, Eocleiiae sabâdio H cohibeatur; si ostendatis plus apud vos mandatum K Domini quam divitis valere gratiam. Memiuistis ipsi a quQties adversus régales impetus pro viduarum» imo «^pro ooiniam depositis certamen subierimus. Commune « hoc vobisoum mihi. >i Qui mieiu que lui, en effets avait su affronter ces tempêtes impériales 7 Qui avait brisé le courroux et la volonté de Théodose?
Le quatrième concile de Tolède, asseipblé en 531^ formula un canon ainsi conçu : « Les évoques ont reçu de « Dieu la mission de protéger les peuples. Aussi quand <i ils voient les juges et les grands (potestates) opprimer n les faibles, ils doivent d'abord les avenir et les répri- « mander; et, si Ton méprise leurs avis, ils doivent feire fc part au roi de cette insolence, afin que ceux que n'a M pu corriger l'admonestation sacerdotale soient punis M par la justice du roi, et si un évéque néglige dQ le N faire, il sera accusé devant le concile (1). » En 813, le concile d'Arles ordonne de nouveau aux évéques de pi^téger les pauvres contre l'oppression. Le concile de Mayence, tenu la même année, exige dans ses canons que les personnages puissants, soit séculiers, soit ecelésiasti^ ques, ne puissent acheter les biens de^ pauvres qu'en public, sous peine de nullité (2). En même temps qu'elle prévenait les trafics clandestins où la violence et la ruse pouvaient intervenir, l'Eglise multipliait aussi les anathèmes contre l'usure qui, après avoir dévoré le monde antique, désolait le monde nouveau.
Ce fut toutefois dans la législation pénale et dans
(1) Toy. EUUnre éTEspagne^ par M. Rosseeuw Saint-HIlaire, 1. 1**, p. 282.
(2) Vay. pour ces divers conciles, Collection de Jacques Merlin^ Paris, 1535, 2 vol. lo-folio et Concilia Anl, Gallia. L Sirmondi.
INTROD^GTCON. JUS
radministration de la justice criminelle qu'elle jeta les germes d'une révolution complète que les temps modernes voient peu à peu s'achever.
Une religion qui prend sa source dans le mystère sablime de la rédemption devait posséder sur l'expiation des fautes une doctrine plus parfaite que tout autre dogme.
Sanctifiée par le Seigneur, la souffrance, à ses yeux, purifie tout dans son creuset divin. Elle est un acheminement vers la perfection; elle attire les faveurs célestes et crée des mérites d'un prix inestimable dans ce monde et dans l'autre.
Elle sert aussi à payer à Dieu le prix de ses bienfaits.
Arrêtez-vous d'abord à l'ordre purement philo- ^phique et moral; voyez comment procède cette loi sublime; voyez-la poindre dans les vues du christianisme sur la destinée humaine ! Passagers sur cette terre, Û008 y jouissons à titre précaire de la part d'héritage IQeDieu nous dispense, et nous lui devons le prix des grandeurs comme le compte des missions qu'il nous confie. Dans la vie des hommes puissants, des familles illustres et royales, l'antiquité nous montrait toujours l'aveugle destin venant réclamer tAt ou tard le tribut lue chaque créature doit au malheur. Rien ne peut ^ustraire à l'inévitable loi. Vainement Polycrate jette ^n anneau dans la mer pour apaiser l'inexorable divinité. L'Océan lui rend cette rançon, et la fatalité ne tarde point à le saisir. Ce drame, d'une moralité of>8cure, 5 accomplissait toujours ici-bas, et dans le cercle du bonheur matériel. Plus élevé, le chistianisme nous repr&- ^nte \t fatum des anciens dans la tache originelle, dans '^ dette que tout homme né de la femme a contractée visa-vis du Seigneur, et qu'il doit acquitter sur la terre ou ^ans le ciel. Ce souvenir, sans cesse présent, fait perdre
aux grandeurs le parfum qui enivre, à la coupe des voluptés la liqueur qui énerve et qui endort, car au fond de tout calice il montre la lie. C'est ainsi qu'il inspire cette légion de pieux cénobites et de vierges aux voiles sans tache, qui prient, qui souffrent pour expier les péchés du monde^ pendant que l'humanité poursuit sa marche, et tiennent, comme autrefois Moïse sur la montagne, leurs bras levés vers le ciel, durant le cours du pénible pèlerinage. C'est ainsi qu'il empêche aussi Tabus de la puissance et l'aveuglement de la prospérité. Au festin de tous les puissants il écrit la sentence deBalthazard; il les avertit sans cesse de leur fragilité; il rappelle sans cesse rheure où il fondra répondre de leur bonheur comme de leur administration. Aussi sont-ils arrêtés par une crainte secrète. Je ne sais quel sentiment de Tinfirmité humaine les attemt et les retient au moment de tout oser; parfois le dégoût du pouvoir les saisit jusque sur le trône, et ils abdiquent le sceptre pour songer au salut; Charles-Quint échange contre la robe de bure et Taustérité du cloître, la gloire de dicter des lois à l'Europe et de régner sur un monde nouveau. N'est-ce pas le christianisme qui avait fait comprendre à ce César tout le poids de la pourpre?
L'espérance vient d'ailleurs exphquer et féconder ce mystère. Si chacun a sa part, ici-bas, du fardeau de la croix, chacun aussi doit avoir part au festin céleste, en raison du poids qu'il a supporté, en raison de la résignation dAit il a su faire preuve.
Appliqué aux fondements, aux règles et aux formes de la justice pénale, le dogme chrétien devait donc apporter des principes nouveaux, source d'une transformation radicale. Là, encore, à côté de l'expiation, il place la réhabilitation ; ces deux éléments se combinent et demeurent inséparables. Il voit dans tout coupable, non
pàsseoleraent un ennemi à châtier ou à supprimer d'entre les vivants, mais un frère malade à guérir ; il donne de cette sorte à la peine, vis-à-vis la société, le caractère de correction et de moyen de légitime défense ; il lui ôte celai de vengeance.
Qu était-ce autre chose, en effet, dans le monde ancien, . qo une représaille cruelle exercée par la société, la victime ou la famille offensées? Les supplices, le bannisse>menl, sorte de châtiment égoïste qui rejette les malfaiteurs sur les peuples voisins, donnaient à la société la satisfaction la plus ordinaire. Les attentats qui ne portent une atteinte directe qu'à la sûreté et à l'intérêt privés, ne devenaient l'objet d'une publique répression que sur la poursuite de la partie lésée. La vengeance individuelle contre Fauteut du meurtre ou de l'outrage, une réparation pécuniaire, une transaction civile effaçaient le plus «ouvent les conséquences du crime à l'égard de ceux qui ^ avaient souffert. On ajoutait tout au plus une vaine cérémonie religieuse pour apaiser les mânes irrités.
Chez les Barbares, on se préoccupait également du )ré]udice causé aux personnes ou à l'association , et de a réparation de ce préjudice. Entre ces hommes ceints de Tèpée, les transactions qui suivaient les guerres indi • vidaelles ressemblaient aux traités qui interrompaient les guerres nationales , le coupable payait un tribut. L'honneur, la vie, et chacun des membres de l'homme étaient taxés à prix d'or (1); les violences s'évaluaient
(1) Yoy. téâûs Longob,, lib. i^ tit. i2, Lex Burgvnd.y cap. iO.— La lot fe Lombards ordonnait de payer 100 éens d'or pour un menrtre > 20 oa 30 pour l'amputation d'un membre. Celle des Bourguignons ordonnait de psyer 90 écos pour le meurtre d'un laboureur ou d'un berger, 100 pour ^ meurtre d'un orfèvre , 50 pour le meurtre d'un serrurier, 40 pour le n^eortre d'un charpentier, etc.
comme les atteintes à la propriété, et quand l'offenseur avait payé la composition, le Freixum ou le fFerh-Geld[i)^ aa sûreté vis-à-vis de tous était garantie par la loi.
Le droit pénal éclos sous l'inspiration de l'idée chrétienne part d'une idée plus haute que ces points de vue purement utilitaires. Il prend en considération la moralité ou l'immoralité, le mérite ou le démérite absolu des actions humaines, et combine cet élément avec le préjudice qu'elles causent. Dans toute atteinte violente au droit ou à la sûreté des personnes , comme dans toute atteinte à l'ordre public, il voit une infraction à la loi sociale comime à la loi religieuse , et n'attend point que l'offensé décide s'il en sollicitera la répression.
Le châtiment chrétien s'attache à l'âme plus qu'au corps, et, en protégeant la société par sa rigueur, s'efforce néanmoins de racheter celui qui le subit. Il pour- •uit l'amélioration et l'amendement du coupable; il provoque le repentir, le remords qui lave les souillures, et sait en tenir compte. Le dogme de l'irrémissibilité lui est d'ailleurs inconnu. Il éloigne au contraire le désespoir du criminel, en lui faisant espérer parfois la réconciliation avec les hommes, toujours la réconciliation avec Dieu. Aussitôt que le rôle de la justice humaine est rempli, celui de la religion commence. Usant d'un magnifique pouvoir, elle régénère par un nouveau baptême celui qui a été lavé par les larmes de la contrition en même temps qu'épuré par la douleur. Celui qui est condamné sans appel par la justice terrestre, elle le déclare «bsous au moment suprême, et, s'il le faut, sublime dans la charité, elle gravit avec lui les degrés de Téchafaud!
San» doute ces développements , cette application du
iÉMHlto
(1) f py* Montesquieu, Ut« ux, chap, 19 et M«
INTRODUGTXOIf. 47
(iogme chrétien en matière pénale^ ont été tardifii, mais ils s y trouvaient contenus dès le principe; saint Augustin en fournit la preuve dans ses œuvres où il devance par des vœux la réalisation d'une réforme que tous les esprits sérieux appellent et exaltent de nos jours. Ce monument eit dté en ces termes par M. Yillemain (1) :
« De cet abtme de maux et d'oppression sortait un a droit nouveau, une législation toute pénitentielle et « médicale, celle de l'Eglise chrétienne. U faut le dire» « dut cette parole déplaire, le droit canonique a été la « première émancipation de l'esprit humain ; car éman^ « ciper l'homme, ce n'est pas le soustraire à toute loi; « c'est le feire passer du joug de la force à celui de la B morale, de l'obéissance aveuglée la croyance, du sup*- « plice au repentir. En cela les pubhcistes chrétiens, dès N le commencement , furent admirables. C'est dans une « lettre de saint Augustin qu'on trouve la première pro- ■ testation contre la peine de mort, même à l'égard de
* meurtriers convaincus. L'évéque d'Hippone écrit an
* tribun MarceUin, pour lui demander la vie de quel-^
* qnes sectaires qui avaient tué deux prêtres catholiques. <« Il £aut , dit-il, que ces hommes subissent la prison an '« lieu du supplice, afin d'être ramenés d'une énergie «« malfaisante à quelque travail utile et de la folie du « « crime à la raison et au repentir. » C'est, vous le voyei^, " le système pénitentiaire de la philanthropie moderne « anticipé de quinze siècles par la foi chr^ienne. Ces « idées que la religion opposait à la loi romaine, domfc* « Qèrent aouv^at les lois barbares. Non-seulement le « droit canonique, considéré comme droit spécial ^ fut « un grand {»Y)grès de douceur et d'équité; mais> chefc
(i) Coari M màNlitm^ tOM o, p. 80.
I * *. - ' sv -
48 POUCE EXTÉEIKUHË DfeS CULTES.
« plusieurs peuples, il se fondit avec le droit commun « et le transforma. »
Ajoutons pour achever de démontrer l'heureuse influence du christianisme que, seul parmi les statuts religieux ou sociaux y il est parvenu à atteindre, par l'insli* tution de la confession, ces infractions à la loi morale que nulle législation positive ne peut réprimer, tout en les réprouvant; Tenvie, le mensonge, la haine du prochain. La confession, qui contraint d'ouvrir les replis de la conscience, permet d'y saisir et d'y combattre ces odieux penchants. Elle a été sous ce rapport d'un heureux secours à l'humanité, et peut-être, vis-à-vis des infractions de toute nature, se trouva jadis un des freins les plus propres à contenir ceux qu'aucune force matérielle n'eût pu contraindre et à leur imposer à la fois l'aveu et l'amendement (i).
Outre ces modifications fondamentales apportées au système pénal, l'Eglise introduisit dans la procédure criminelle des adoucissements qu'attestent les écrits des pères et le droit canonique.
Saint Justin et les autres apologistes manifestent l'élotgnement que leur inspirait la peine de mort. « Les chré- « tiens, disent-ils, n'assistent jamais à la punition des « criminels, même condamnés selon les lois ; ils se croi- <c raient souillés par la vue seule du sang humain. » La rédemption avait rehaussé sans mesure à leurs yeux le prix de la vie humaine ; il semblait que ce fut une sorte de sacre qui lui assurait l'inviolabilitç. H était défendu aux prêtres de siéger dans les tribunaux qui jugeaient les criminels. Leur mission ne pouvait se concilier avec l'exercice d'une autorité qui comprenait le droit de pro-
(i) Voy* '• Demaistre, du Pape, p. S96, édit. Cbarpeatier.
nrrRODUcnoN. 49
DOQGer la peine capitale. Saint Ambroige, au troisième fiècle, voulant se soustraire aa fardeau redoutable de Tépiscopat que lui déférait la faveur populaire , vint comme juge prendre part à une procédure où la question était infligée à quelques accusés. Il semblait que cette participation à une fonction si rigoureuse ne laissât plus ses mains assez pures pour le sacerdoce.
Le droit canonique repoussait en principe les peines de sang. « Ecclesia hahet pœnas canordcas quœ mitiores « îunX et incmentœy magis feriunt animant quant corpus, « magis quœ medicojnenta sunt etpharmaca quant pœnœ «e/ tormenta (1). » Lorsque l'Eglise invoquait Tnppui du bras séculier et renvoyait à ses rigueurs, ce renvoi devait être accompagné d'une invitation à la clémence. Uoe loi, insérée au Code Théodosien (2), permettait à Fcvêqae de stipuler, en faveur du fugitif qui avait cherché asile dans une église, l'exemption de la peine de mort et de la mutilation. Elle fut confirmée par lostinien (3).
Le douzième concile général tenu à Saint-Jean-de- Latran, en 1215, « défend aux clercs de prononcer une « condamnation à mort, de prendre part et d'assister « comme curieux à une exécution sanglante et même « d'écrire des lettres pour ces sortes d'exécutions. » (Huitième canon. )II alla jusqu'à défendre aux prêtres, diacres ^sous-diacres, de feire les opérations de chirurgie dans lesquelles on applique le fer et le feu (4).
Le vingtième canon du concile d'Arles, tenu en 549,
(i) Âlleserra, àe Jurid. eecL, tib. ix, c. 1. 9) h. ify c. f. de EU qui ad eccl, confug.
(3) Nov. 17, C. Just.
(4) Àhregé chronoL deê cotie., p« 131.
00 POLICE ^XXiltlEUftE MS CULTES.
wdonmU «U^ évéques de visiter lof prifqiiii pUblîquef , et Tautopité tQinpordle devait les pclmettre à çi^erqqr fiettc «urveillance (l).
lica ^mélior^tipas introduites daw les mode$ d'inatru^ytîon et de jugement devancèrent au8ai| de b^acoup les réformes de la procéci^ure séculière.
Une règle des Décrétales (2) conime^cQ par cea mots de saint Luq ; « £^tpfe, ergo miséricordes^ sicut, ef g^ter « vester misericçrs esU nplitjpjudlfcoire ç< i}4^n^fdfcqiffirrf,irii; « noUte çondernnarfi et. if.oH con4err\^a^l?iflfi.ffA {^\% » ^t se résume aap^^ cette sente^içe : « In obsçuri^^ ^8R^^ « henignipri intjsrpreta,tio est dssumenda. De iUiçitisnianiç' « festis jucUçare possurnus in malam partem ; df cful^iis « vero in bonam, » C'est Faphçrisiqf^ ^q^qpip^^ ^ ** -ff « doute est V absolution de Eaccusé, »
Le huitième çai^oç ^i^ concile de ^Vi^n (|^2^(5)[, q^ servit de ^ase ^ ^a pxocédurç, crimi^e^e ^^ésiaa^Uquei enjoigna^^ d'içforper d'ofi^ce sur |a clamei^^'. P^Miquiç, mais portait en même temps que celui coi^tr^ leque,l on informait devait être présent, à moins qu'il ne se fût absenté par contumace ; que le juge devait lui indiquer les articles dont il faisait renquéte, afin que 1 accusé eût la faculté de se îustifier, qu'il ne devait pas seulement lui déclarer les dépositions, mais encore les noms des témoins, et; recevoir ses exceptions avec sa légitime défense (4).
(1) Sirmond, Ree. des conc. dei Gaules. (^ Y« livre des Décret., règle 2*.
(3) Saint Luc> Evang.^ cap. yi, v. 36.
(4) Voy. Abrégé chron, des conç^y XdO.
$ y.—^nfiuenee iur la liberti politijtie.
Précédée et guidée dans ses proférés par le flambeau <ie la foL la civilisation subit profondément au moyen âge Tempreinte du spiritualisme chrétien.
Les ipeaçes et |e» ftrt^ ^e pqj^yaiei^l; pi^i^qp 4'»PWif ^^"^ ÛOQ qqe d9J^9 les sqintps cf oyçiqcps ç} \^ doqçi^ plia|eu|ir qii^Il^ çQDcei^lrent aq fond 4^f ^^P^- 1^^ ^i^'^^P^R 4<^ t^ foi ranyait pt ^nf retepaU ce fe?i iptéfieiif, f ettq ^9P)a)q ^oéreuse qju rend ^e génip fécpn4 j il p^citaij et f^vons^it ressp]|p mqf al , |p aéyeloppemppt pro^re^if de
l'etpm hftïpaip, sam cjî^e njpfiacéç par Vî>r8^<îil d^ h dopin^tion cjqi çp pljais^jt dan; Tigqorancj^ pi led^dai^^ ijel* véfité, san^ çessi^ pojppriipps par i§ ç^rvifude cjuj F«!^ «flr 1^ iptelji^e^cçf . Dans la poésiç^ |a ppinture p^ iarchitecture, tous les chefs-d'œuvre eurent le mvsticttme chrétien pou^ojère, et se pplprèr^t d'un reflet re^ %Q|. L'art, ^ez les Grecs^ avait cherché jadis la per^ ^iiou du type m^afépel. Pans leur tendance à corrige]^ toute irrégularité, ils s'jefforçaient d'atteipdre ce rjeflej ^beaaté barmoniçuse. absolue, dopt la nature leur Wrait le ino^èle, qu'elle répand avgc préqilect^iil suf <<^créatiq^9 façonnée^ u^iauement par ses niains, et qui Dont pjDjiut en^rç subi 4 autre contact. Leur ^t^tuaire aimait, ^mm^ l'^tt^tpt encore des restes jiniportelf, «grâce 4e 1 enfance epçore ignorante des choses de 1^ ^i€, Vadol^eQpe pleine de viguei^r, et d unp npblçsçç - ^^fSf^ V^f 1^^ R&ff îoi^^ n^ont point altérée, Ips ligne^ P??^ flft ^Î?96P ^P? XîPFS?^ ^9^^ 1^? ??ns ni le cœur n Wt !^^r^ Myé P^içmj tribut à rh|im£^nité. La laideur leu|r J^^f 941Bî|Ç W9^. ^^'^k ^'y reconnaissaiei^t p^s la maiV
tien, transporté dans une région plus abstraite et plus élevée, s^attacha au contraire à Tidéalisme; il se plut à en parcourir les espaces infinis. L'àme et les yeux sans cesse tournés vers le ciel d*où lui venait une intuition mystérieuse et enthousiaste, Fartiste dédaignait les types créés, et s'en détournait pour rêver des formes incréées. Dans l'art architectonique, il répudie d'abord les lignes et la forme grecques, les colonnes de marbre imitant 1^ palmier couronné de ses larges feuilles, ou le tronc d'arbre paré à son sommet de fleurs et de fruits, servant de supports majestueux, et soutenant une enceinte qui laissait un libre accès à la pleine lumière du soleil et permettait la vue du dôme des cieux. A ces ornements empruntés au spectacle de la nature, destinés à s'harmoniser avec les beautés splendides qui la décorent sous le climat au Midi, Tartiste chrétien substitua la flèche aérienne; la voûte immense, les sombres vitraux mieux appropriés à la prière ou à la méditation. Sur les bas côtés de l'édifice, dont l'obscurité imposante éveille le sentiment religieux, il sculpta en relief tous les symboles de l'Evangile; aux flancs des tours et des murailles, il suspendit les animaux de l'Apocalypse. Plus tard, et au siècle de Léon X, quand les moyens d'exécution rendus plus faciles, plus efficaces par les progrès de l'intelligence et de l'industrie, permirent à la pensée du peintre ou du statuaire de se traduire sur la toile ou le marbre , dans toute sa liberté, dans toute sa naïveté, dans toute sa foi, des prodiges furent enfantés! L'art grec fut a la fois imité et dépassé par un art nourri d'abord à des sources plus pures. C'est Theure où Ton vit se produire sous le pinceau du peintre les transfigurations célestes , les têtes de saints et de martyrs resplendissantes sous l'auréole immatérielle. Au sentiment religieux et aux merveilleuses rêveries qu'il inspire, ce siècle dut enfin les
urrRODUGTiON. 53
vierges inefiables de BaphaèU dont le modèle ne se trouve nulle part, pas raéme dans le Cantique des canU^ quesGÙL toute la poésie de l'Orient n'a pu égaler le charme delà révélation accordée au peintre catholique.
Dans les mœurs et dans la littérature qui en est le reflet, ces tendances idéales et mystiques se retrouvaient encore. Nous avons déjà signalé la part qu'eut le dogme chrétien à la réhabilitation de la femme. L'apothéose de Marie, rangée parmi les mystères de la foi , était la glorification de la virginité et de la maternité, mises ainsi aux côtés de Dieu, et participant aux respects des mortels; immatérialisé par le contact de l'abstraction religieuse , l'amour lui-même en subit l'influence. Il prit le nom d'adoration, et revêtit les formes d'un culte. Cimenté par les serments, soumis à de longues épreuves, épuré par le respect scrupuleux qui impose un frein aux ^s, prix promis uniquement à une chaste fidélité , il (ot la religion des héros de chevalerie chantés par les poètes; le récit des sacrifices^ des résistances et des com- ^ft dont cette passion est la source et dont les replig de lame sont l'unique théâtre, alimenta la littérature des âges suivants.
Le spiritualisme chrétien , dont l'efficacité se mani- ^tait sous ces divers aspects, devait s'étendre aussi à celte soif d'émancipation qui est naturelle aux hommes; il devait inspirer le désir, non point de cette hberté tuiQultueuse des peuples antiques sans cesse agitée par 1^ tourmentes de la place publique, mais de l'affrai^ chiMement moral et de la liberté d'opinions, celle qui prend sa source et s'étend daps le domaine de l'esprit, de la raison et de la conscience. La lecture de TÉvangile i^vèle tous les germes précieux qu'enferme sous ce rapport le christianisme; en lui seul et dans la stricte observation de ses préceptes, s'entrevoit la réalisation possible
èi POLICE EXTËRIEbRE DES CULTES.
de bette forthiilë qu'il n'àpjpârtiënt â aucune instltiitibù pyt-ement hiiiriâlhfe d'dtteiridre : liberté y fraternité, éga^ nié. Le CtiHrt n'dvait-ll \i^% dit :
« Si voiis demeurez dïliii Tôbèervation de ma j^arole, lî tbhé keréz vëHtablement mëô disciples, et vods coni\ iiéttrez là vérité, et la vérité vous rendra libres (i). »
hé blfergé catholique ietvit souvent, ftut^tbtit durant W bëi^bbHe, cle pondération à des pouvoirs oppresseiiis, jiiskiliant, par la manière ddrit il acboitiplit cettb mission, là pensée de MohtësqUieu.
îc Autant lé pouvoir du blergé est dangereux ddhs une «( république, auiant est-il conveUable dans une nidnar- « bhife, surtout dalis celles (Jiii vont aii despotisme.... « featriète toùjbiirs bonne lorsqu'il n'y en a point d'aii- )c tre; car, cdthme le despotisme cauèe à là liaturë hù- (c maitie dés maux effroyables, le mal hiéme qui Je li- <« hiite est un bien (2). »
l ûnhté de l'Eglise fui à bette è{i()c[uë, sous le Irâp^bH intellectuel et moral , la véritable idbilicë de rhdmanité; au delà, voué trouvez là lorbe brutale dont elle était ruhlt]ue et indisperisable tëm|)érâmeilt. Les peuples eurent donc raison de bénir lè pouvoir qiii liii fut lâièsé, belui-!à même qu'elle usurpait, et la J3C>stëriié doit êuivrè lent exemple. Duraiit cette Idngiié cfise où lèé passions se débordèrent avéfc fureur ; le fclergé i'attribuâ les Fdiiction^ de censeur; ia cenfcure rèsèèmbla |)lu8 d'une fois à celle dé Hôiiie. Lorst|d'bii op{ii4ihàlt tiDp fort, il prenait le parti de l'oppi-iliié ; là biliaiiiie penchait ëlors du côté de la justice.
C'était quelque chose, en outi*é, que d'dp|](b^Êr àùx
(îj Évang. seloD saiut Jean; cbap. yui, y. 31-32. T2} il<inl€squîèû, Èfj^ni (Hi I6ù.
iKtloDbchbN. 53
Mil temporëlii^ péndhat tout le nibyen i^e, et de f)lacer id-deisui de teur tête lé oheJ^ dli t>eûple ëcclééléstlque; ptélât ttirà de rëleôtibti, et parfois dé^ ihangs les plii& liombEtt du clergé ^ domihâht liii-ihême àii nom dii droit divin left tnotiârchies de drvït diVtn; hiais puisant totttefbit «On ori^ihe et sa fbrce dans un principe et lihé fottne déihoi«rtttiqUeê^ ne ci^âignaiit tk)ilit(lë jûaer là fèfitiniité dei toïi , et de prohoncer qu'elle li'èxistaii ôa Ae se maintenait qu'à k doublé condition d'être jiiste él OQinii aux eomm&ndeiUèhtë dil Seigneur. Êtrdilge specuide, perpétuel contrëstè, périllèui ehseigdeiiiëhts; ^ill eotieat été fëtiondd pour nde génët^tlofa |)lus avancée àm les voles libé^alés f 1) !
Gcrtldtis bctes dii catliolitiême tbiirnèr^nt plus dirëctdnetit àa ptoBt de l'éddbilcipatioh de« pëu^ilei ; liii a ^à hèfldd jUètice «oiis he point de viie au grand iliou-' vement des croisades.
«Ce long ébranlettient impKniè S l'Europe corn- « taea^ de rârrachei*, dit uii histoften^ i sa coucbe de « temtdde (â). M Cehd coiAtnunioU paisagère dei peil-^ ^i tm instËUt rapprocha par un intéJrét commuii, fltélant les idées comme les ino^urè et lès idiomes, dëve^ ^pà leur imellfgence eh lui imprimant une activité ûnuttèe, et lui ouvrant le vkste horizon des voyages tï
(1) Pèfidàiit la querelle ^es investitures, des esprits narâis ne crai(;ni- '^ ^diot d'eûTisager les ednséqueaces qui pouvaient rèssoriîr d'un td <^redè fuits. « Le Dante, d|t H. VîHemaip (ffifl. Aefa liu.» f. 3S0,
i^stipn; )le droit polttig|i^ avait soulevées dès le on-
par la souveratnefë du peuplé,
* dans son livre de Regimine principum ; et il éclaire en inéme temps
* tontes les parties du droit civil par des Inductions Urées de Jk vérïlé « morale. »
(S) M. Laferrièfe, fiïîl. Ai Jil^ot^ /Va^àii, tom. K ^. SI
5& POLICE EXTÊaiBUKE DES CULTES.
des aventures lointaines ; mais c'est au dedan$ des royaumes que les plus heureuses réactions s'opérèrent. L'humanité eut tout à coup un peu d'air libre à respirer ; les feibles se reposèrent durant l'absence des forts ; le château vide, le donjon sans gardes et sans bannière leur inspiraient moins de terreur; ils se recueillirent pour la résistance ; ils s'enhardirent en s'accoutumant à une apparence de liberté. L'impérieuse nécessité força nombre de seigneurs, trop pauvres pour subvenir aux frais de ces téméraires expéditions , à vendre de précieux privilèges aux vassaux réunis dans les villes et les bourgades; d'autres engagèrent leurs terres aux tenanciers et aux serfs affranchis^ et ne purent les dégager au retour. Presque tous, initiés à demi aux mœurs de l'Orient, notamment pendant la quatrième croisade, en rapportèrent des idées plus douces et le goût du luxe qui amollit les mœurs.
Ces effets se firent surtout sentir en France; l'ère des croisades avait commencé à la fin du onzième siècle, en 1095, époque de l'apparition de l'ermite Pierre au concile de Clermont, et c'est durant le cours du douzième et du treizième siècle que l'affranchissement des communes marche à grands pas. Les chartes octroyées sous le règne de Louis le Gros, de 1108 à 1137, sont si nombreuses que la plupart des historiens signalent ce prince seul comme ayant présidé à ce grand mouvement. Sous ses,succesHeurs, cependant, il ne fut guère ralenti. On peut citer parmi celles qui furent postérieures, la charte de Beauvais, sanctionnée en 1141 par Louis le Jeune; celle d'Abbeville en 1184, de Dijon en 1187, et enfin celle de Aouen, concédée parPhilippeÀugusteen 1207(1)-
(i) Foy. sur ce sqjet M» Gui^ot, B%$U ic ta Ctp* f uï of.
HITAOBUGTION. 57
Le catholidsme, toutefois, ne fiivorisa jamais oêtensi** blement rindépendance politique. S'abstenant au contraire de toute tendance insurrectionnelle, hors le cas où il s'agissait de défendre ses prérogatives, l'Église ménagea toujours les puissances de la terre ; les préceptes deTÊvaDgile qui commandent Tobéissance aux pouvoirs temprelsy et le plus souvent l'intérêt commun furent la garantie de cette union; bien des fois le glaive de Constantin vint en aide à la parole de Pierre, suivant Texpression de Bossuet.
I^ semences de révolte ne se répandirent qu'au sein des sectes détachées de la grande unité catholique ; plus ardentes dans leur zèle, plus impatientes et plus désor» données, elles pressèrent davantage les conséquences de <% principe de liberté et d'égalité contenu dans le dogme religieux, et demandèrent prématurément au christia-
^e tout ce qu'il promettait , tout ce qu'il pouvait
Uair.
1^ débats si fort agités dans les premiers siècles de 'église, sur la prédestination et le libre arbitre, ne ^nt point complètement improductifs. Suivant hardiment cette voie, les sociniens posent en principe dès le cinquième siècle, « qu^ il faut tout déférer au tribunal ^dela raison, et n^ admettre que ce quelle approus^e (1 ) . »
A compter du douzième siècle , la lassitude de l'op* pression rendit surtout les peuples dociles à la voix des sectaires. Les Vaudois et les Albigeois soulevés dès 'an 1160, repoussaient toute autorité dans la société '^'igieose et dans la société temporelle (2). Ce fut au
(t) Abrité tWr^n. des eaneiUs gén,^ p. 50. ^ Foy. les ean. du xi* conc. gën. tenu h Ssint«Jean-de-Latrsn qo} ^^^^à^mt^^ hérétiques. Àif cArom, p. 115.
M POUCE EXtélOËtlllE b£à CULTES.
nblll de la liberté et eti prêchant rëgalliê ëhtrë lés bokrtl«i (|tie n^iclejf souleva une Jyartie dé rAb^lfetetre; èil 1879j et /e^n ^a^^ la Bohême, en 14l7 ; les mbhumënts (Contemporains attestent (}ti'au fond dés doctriiieé de tbiltM cèé sectes s'agitait une question sbbiale et humanitaire. En 1430, le pape Mai*tin Y, écrivadt ati t6i dé Pologne Wladislas IV, pour l'engager à li'unit' ali iéint«iége ei à l'empire coiitre le^ hérétiques de Bohéhie partisans de Jean Huss et àé Jérôme de Prague, s'exprimait ainsi : « Ce n'est pas seulement l'altération db 1^ Il religion qui doit animer contre eux lin roi catholique ; «c la prudence le veut aussi. Par lès dogmes de ces secte taires toute pohce est renversée ; l'autcx^ité , des rois (( est foulée aux pieds ^ ils troublent et confondent tous « les droits humains en disant qu'il ne fiut obéir à aun cuiie puissance; pas mémo aux rois^ que tous les biens i< doivent être communs et que tous les hommes sont « égaux. » Comme toutes les factions, ces révoltés dé** passaient le but. Les souffrances déjà subies» la nécessité de s'ijnir pour atteiuflrç un but commun ou pottt i^iSler à la persécution, la haine vouée aux institutions qui les entouraient, nourrirent parmi eux une exalta* tion qui ne s'arrêtait devant aucune uu^ie*,
Ces hérésiarques n'étaient cependant que des précOr-* seurs.
Le grand œuvre d'affranchissement était réservé au seizième siècle, (^et âge dç puberté de la civili^tion européenne. La réforme éclate alors^ et un grand, mouve- Xaexil se déclare ^ussi^ôt dans le corps social ; les révolutions se succèdent dans Tordre des faits comme aans Fordre des idées. L'émancipation intellectuelle fit, ce jour-là, un pas immense ; l'esprit hui^iain proclama sa fpitverâineté ! pour la seconde fois^ depuis le premier jour du monde» il vendit <ie saVoùrei* pent^relé It^
îN+RbbtictibN. 50
iiiiei' du BiéH etdii mal. L'âge nouveau dont la rél^orme fiit l'aurbré, Ibî réservait en effet DÎeri des graiideùrs k blëd de& misères ; combien de sanglantes convulsions 8alù l'ordre politique et religieux ! que Tinstirict d'indépêiidâncé et le droit de libre exâiiien auxquels la teibrrfie liiiiid rÈuroj>ë, soient absous, cependant, de leuA krreiii^ et de ledrs feutès, puisqu'ils hoiis bnt etifceignè le ^tihieiii Vt'ai dé la dignité hunlaihe, là recoiinai*iancë et le reS^ëct ttei dtdit^ de tous, l'intéllî^ënce dli deVoit, Pàmobr d'uiiè èage liberté !
Hdrdi dès «a n&iésâûce, l'es[3Ht d'eiamen dèbui^ \>ah lever le voile qui cbùvtaît leè choées fedintes ; il hé s'krrtla peint à ce premier pas, et, secondé par le* f)rogtëi qoe faisaient avec une heureuse coïncidenbe toutes lei scieticës ëi totik les arts, il porta plu8 loin toii flambeau. Eti |io]itil]uë et en philosophie oii cessa de jurei* èui* la paitile dti tdàltrë bii sbi* là foi dti pasié ; iout fbt sotimis i toc Sorte de réViàidù. La réforinë hvdit été j:)rotégéc avec bhàlehr dè^ sa tlaisÉ^hce par pliisiëuH firincé^y jhrte que Soîi efîfet ifhniédiat était îâ destrûctîoh jiariièlle dé la sUt^témàtie bccléinastiqué , et iju^ellë toàfèia eti effet àành j^ltisietiH pâyk là sii[^réliiàtlë reli^ gieoiëà TautoHté tëtnporelfô ; aiii triasses elle avait plb bmlHë \ïrik pMkéikiion b^poike soudfainehiënt àa luxe, irltaffldràlité, à l'arofeltiori oppressive dû clergé ; cdmrtië ohé instiirèctidil dd p'eûple fchrétiéti; ttës laïques; cbii- * ife Pébsoitttismfc de l'ariétocratie ecblé^aiJtitiue. Près- (jlieStifeitôt s'opéra lihè réaction inévitable. Après àvbîîr tliicbtê la légititnité des princes de l'Église, tih ÛiÉciiik H légllinaité des brinbes de là terre, pi-otégée f{a> dft garaàtiè^ âtissi reddiitàt)Iëi s&hk dbbte; mail niointé iâ^ crées.
« La réforme suscitait partout les questions de liberté « civUe enferthâës mti 1» imUxiti Miâe éé ïMtïk relit
60 POUCE S3CTÉRIEUEK DKS GULT£S«
M gieuse; et comme les gouvernements du moyen âge « étaient nés de l'Eglise, les novateurs politiques nais- « saient des théologiens dissidents. Ce fut un curieux (f spectacle donné par FEurope du seizième siècle. À « mesure que la souveraineté pontificale faiblissait dans « les esprits, la souveraineté du peuple grandissait, et c( bientôt les catholiques mêmes l'invoquèrent. Le droit u positif fut considéré dans un nouvel esprit, et la spécu- « lation devint plus hardie. Un catholique zélé, Thomas « Môrus, donna Fexemple de ces libres contemplations Cl dans sa célèbre utopie. C'était Tidéal de Platon sous « une autre forme, et la censure allégorique, non plus (( de la démocratie d'Athènes, mais de la royauté féo* « dale (1). »
Les hardiesses des publicistes de ce temps confirment en effet cette appréciation. Hubert Languet écrivait en 1581 : « qu'il y a une alliance entre Dieu et le peuple..* « Que le peuple est au-dessus des rois , qu'il a droit « de reconquérir la liberté dont il a été prisse ^ et que la f( royauté^ quand elle résiste, est usurpatrice. » Dans la Feangogallu , publiée à Genève, durant les guerres de jreligîon qui suivirent la Saînt-Barthélemy, Hottmann ne craignit point d'attaquer la royauté dans son principe ; il la déclara institution purement humaine, soutint que la légitimité du souverain dépendait de la nation dont le gouvernement lui était commis, et reconnut aux peuples le droit de déposer celui qui abusait de l'autorité. Althusius^ jurisconsule allemand, entraîné dans les mêmes voies ^ érigea en principe la souveraineté du peuple. On sait enfin quel compte terrible rindépenjdance religieuse demanda en Angleterre au roi Char*
. (i) M» TiVemtdo, Ç^m% d$ MUraiwref lom. n, p. 37.
nrrRODuCTfoif. 61
les r*', et qnelle influence elle eut dâm ce royaume slir les destinées politiques.
Ch. de VilIerSy dans son remarquable £fW(l), signale 8 la fois les causes et le progrès de ce mouvement qui anima tout à coup d'un nouvel esprit et fit avancer a grands pas les théories politiques et sociales.
« L'autorité ecclésiastique étant, avant la réformation,
« entrelacée étroitement avec l'autorité civile en beau-
« coup de lieux, et tout à foit confondue avec celle-ci eiî
« beaucoup d'autres, il ne fut pas possible de sonder et
« discuter les droits de Tune, sans que l'examen nes'éten-
« du aussitôt sur les droits de l'autre. On rechercha par
« quelle autorité les papes prétendaient pouvoir instituer
« et destituer les rois : cela mena naturellement à rccher-
« cher quelle était donc l'autorité première qui instituait
" les rois. On discuta les droits respectif de l'Eglise et
^ de l'Etat; on ne pouvait toucher à ce point important
« tans tomber aussitôt sur les droits des peuples. On re-
« connut que la société, envisagée comme réunion reli-
• gieuse, c'esl-à-dire comme église, avait le droit de se
" choisir ses pasteurs et de fixer sa croyance : il était
« tout simple d*en conclure que la même société, en tant
« que réunion politique, avait aussi le droit d'élire ses
« magistrats et de se donner une constitution. L'empe-
« reur s'opposait à la nouvelle croyance religieuse ; on
« rechercha donc si, en matière de croyance, on devait
« obéir à l'empereur. En 1531, la foculté de droit et
« celle de théologie de l'université de Wittemberg ré-
" pondirent unanimement par la négative. Dès lors il
'^ ne (ut plus question que de débats sur les bornes de
, (1) Eisai iur Vesprit et Vinfluenee it Içi ré formation de Luther, ounige couronné en 18M par l'Institut, p. 108. .
(^ POUCE EKT^ia^UÇ^ PflS CULTES.
« l'oJjéî^HTiqe gi^'o^ devait aux souy^ra^n; , çt d^ lar « résistance qu'on pouvait leur oppose^. Zmngle prp* i< PO|[iça cpatre \e prince oppresseur son rigide Cum Deo i< potest d^poni, Ayai^^ Luthey, pn n'avait jp^i^iç p^rlç i( tqjit lïauf et explicite^nçRt |l^ |ql langage daw îf^qT « rope. Il osa dire de graude^ vérité^, ^\ ij i^it ^ ^ ff voje 4^ V^u^PHP ^'f^^î^^^- \^ écrits dç^ premiers ce réformateur; su^ fa politique respirant \^ plqpar^ pef « esprit. (2uan4 les lojigues guerres ^'Al^eiflïigpe et dç (( Flandre furent terminée^, ce même esprit se qéy^lqpp^ « d^ns d'excellents ouvrages encore ^lassiai^es ^pjpi^r- (< d'hi^i, et où les droits des ç^^ux ppis^pcf^, cepx 4^ (I ppnces et des peuples, ceux des corps pojitiquies ei^tre M eux. spi^t débattus avec une précision et un ^sprit bien « différents, et de Tancien esprit des écoles, et de l'exagé* M rat^oi[^ démagogique du dix-huitièiiie siècle. »
Lutber dit lui-même dans son livre de la Guerre contre les Tui:cs : « Persoi^ne n'avait encore enseigné ni entendu; iK personne ne savait quelque chose de la puissance sécu- <i lière, ni d'où elle venait, ni quel était son office, ni (i comment elle pouvait être agréable à Dieu... Le pape a et les clercs étaient tout en tout, par-dessus tout et par- « tout, comme Dieu lui-même dans le monde, et l'aiito- « rite civile était dansl ombre, opprimée et ipeqonnue... « A présent, ils me reprochent d'être un séditieux, at- « tendu que j'ai (par la grâce de Dieu) écrit sur la puis- (I çance séculière sagqmeatet utilement, ain^ que i^ I a <i fait aucun dqcteur depuis le temps des apôtres (n'est y peut-ê^e saint Augustin). Voilà ce que le p^iis dire << en bonne conscience, et de quoi ïe monde peut rendre « témoignage. »
\^ rois et 1^ ministres qui se connaissaient en pp.u~ voir absolu ne se méprirent point sur la portée de la réforme. Kicbelieu , lorsqu'il prenait |p^ p|t)te8tanti^ à
préqccçipaitdes coi^séquenc^ politiques plu^ euporpqiy: de ruoitq religieuse.
U^m »pp o^agpifique |;lqg^ ^q ^x)^i^ %\S, Ijfkmj^ injuste par flatterie, ouîiiiian^ If^ yertueuse indig^^^iQP qu'il e^primq ai^eurs çQQt^e Vobus ^Q la gra^d^i^r ftt Fexcès du de^potisir^ e, loqe; }e qiqqarqiiç, « dç cettç i;a8|e « QUpaci^ qqi «'étemel noq-8euleiiA90> f^ui; ^f^W^ ^V « 4^or$, an coipiperjC^ aux maximes d'état, aiii^ vf)^ « 4q 1^ ppl^tiquQy au reç^leme^t def ffontièrei par. la • conquête de i^ouvelle^ provincei!, pi ^ la 8^ret^ pur n^ « graivcl uoaib.re 4^ ^^^resses iQ9cçf^il)le|; mai» qi^i ? mx fmçsî «^ reiafermor 91) dedans qt QoniinQ d^m lf)s « détails 4c; tout \ia rpyaume, gui en bt^nnU WK wUfi ^ faux y s^ypiçcl et qnmwi de la somferginfit^sjil^y. r^nfi contre (1). » Quelle secrète pensée politique avait, en ^et, poussé le grand roi à la révocation de Tédit de Nantes? N'était-ce pas la vue des effets que l'esprit de ïéfonne et d*exanien avait déjà produits en Angleterre? ^ pressent aï t-il pas que ce souffle impétueux qtiî s^était «levé, pouvait renverser les trônes ?
Nal 'souverain ne redoutait plus que lui toute liberté <l«xamen, et ne sentait avec uh instinct plus parfait ce qn'eDe contenait de funeste à son autorité. Sous son ff'gnc s'était formée cette ligue trop peu connue de plaî- '««ophes et de docteurs qui luttèrent contre quelques prétentions du s(iint-siége avec autant de gravité, autant ^ mesure que Luther avait déployé de fougua et de témérité. Port-Royal devint leur asile, et quel spectacle orrrait cette retraite ! Au milieu des splendeurs du grand siècle, lorsque tous se pressaient dans la ipkère des rayims
mm
(!) Lsbrayère, CaracL, tam» n, fb MK^Mit AUçt, 1881.
64 POLICE EXTÉRIEtlAE DES CULTES.
qui s'échappent da trône, pour y chercher la lumière et la vie, lorsque la perte de la faveur royale était mortelle à quelques-uns (1), lorsque toute pensée philosophique se taisait pour faire place aux flatteries des poètes, on vit des hommes qui avaient reçu le don si précieux alors de la naissance ou du génie, chercher volontairement la solitude. Désabusés du monde, fatigués de ses pompes éclatantes, ils détournent de Tidole leur encens et leurs regards. Retirés dans le désert qu'ils se sont fiait, et sous Fabri de leurs ombrages mélancoliques, ces nouveaux anachorètes s'éprennent de Tamour et du souci de l'humanité (2); ils méditent, ils discutent dans leurs écrits, d'un ton à la fois doux et triste, les graves questions de salut, d'éternité, de liberté de conscience, et se plaisetit à s'écrier à leur tour, avec une sainte humilité :
,NihU a me humani cUienum pufo.
Les jansénistes défendaient à beaucoup d'égards la cause que Louis XIY avait embrassée lui-même, et qu'il soutenait en provoquant la fenleuse déclaration de 1 682. Malgré ce concert de vues, néanmoins, malgré leur modération, et sans se rendre parfaitement compte de leurs opinions, il les détestait, dit Saint-Simon : « Comme un c( parti républicain dans l'Eglise et dans VEtat (3). »
En même temps que naissait et grandissait la reforme, le seizième siècle (4) vit surgir, pour la combattre et pour défendre la suprématie du saint siège, une
(1) Racine, qui ne pat survivre k sa disgrâce.
(2) « Quiconque, disait M. Royer-Collard, ne connaît pas rhistoire de K Port-Royal, ignore une partie de l'histoire de l'humanité. »
(3) Mémairegy chap. 345.
(i) L'Institut des jésuites fut fondé en 1528.
imnoDUCTion. 65
lociété fnmeuse qui servit d'abord pumamment la cause de TEglise catholique, avant de la compromettre par son ambition et son orgueil.
Cette légion, formée et offerte au pape par un homme dont Tesprit profond et hardi réunissait au fanatisme religieux les habitudes de la discipline et du despotisme militaire, présenta dès l'abord, et par le caractère seul de son organisation, les plus sûres garanties de force, de puij»ance et de durée.
Ses constitutions sont un effrayant chef-d'œuvre.
Jamais réseau ne fut plus serré ni plus habilement tissé pour continuer celte pêche merveilleuse promise par Jésus-Christ à Tapôtre saint Pierre, pêche divine, si ces nouveaux apôtres eussent toujours jeté leurs filets, suivant la devise du fondateur, pour la plus grande * gloire de Dieu, « cul majorem Deiglonam ! t
Cette armée se composait de soldats invincibles, parce qa'eUe exigeait d'eux les deux qualités qui font les séides, Tobéissance passive et Tabnégation, conciliées avec h dons de l'intelligence.
L'abnégation est absolue, car elle comprend le renoncement à l'amour de soi, à l'amour des proches, à toutes les affections de la terre. On se confond étroitenient avec la société dont on est devenu l'homme. Toute individualité disparait; le vœu de pauvreté lie plus étroitement encore le membre au corps dont il dépend et dont il reçoit la vie. Leurs constitutions s'expriment ainsi sur ce point :
< Chacun de ceux qui entrent dans la société estimera, « conformément à la parole du Christ: « celui qui aum « quitté son père et sa nierez etc., qu'il doit abandonner « son père, sa mère, son frère et ses sœurs, et tout ce
« qu'il avait au monde, et bien plus, il s'appliquera
$^ POLICE EXTI^^l^yilï: D£$ CULTES.
« particulièrement cette parole : « Celui qui ne hai} p,Qi(ii
• son père çt sa mère et jusquèi son âme ne peut être mon « disciple {i). »
Le fbfl4ateur (Je l'ordre, auteur de ce précepte, y ajoutait ce commentaire : m Pour que le caractère du ff langage vienne au secours des senti pient^, il es^ s^g^ a de ne point s'habituer à dire : « J'ai des pqrçnt^^ pu « f ai des frères ^n^ais faisais des parents^ eî^c, » ^i$^f}f « voir qu'on n'a plus ce qu'on a quitté pppr Ig Çl^pî^t « qui nous tiçn^ lieu de tqut (2). »
L'obéisspnce doit être aveugle qu point de les amener à l'état d'instfuments purement passifs.
« Exécutons ce qui pst commandé avec pro]iiptitu4(i9 « avec contentement d'esprit, avec persévérance ; pefr M suadons-nous que tout est jufte quaf)d )e fi^péripiif « l'ordonne ; par une sorted'obéi^sance aveugle, rejetoijs . (I toute idée, tout sentiment contraires à ses ordres, « toutes le§ fois qu'on ne pourra, selon ce qui a été dit, y
• apercevoir quelque péché ; et que chacun se persuade « que ceux qui vivent dans Tob issance doivent se lais- « ser mener et conduire à la volonté de la divine Provi- « dence, par Tentremise de leurs supérieurs, comme un « cadavre qui se laisse tourner et manier en tous sçns, ou
{\) n Vf^^q^i^^^e eoruoi qui locietMiu^ ingredififntwr, conf )7tf^ M/^ Chriêti sequendo : qui dimiseril palrem , etç,., exislimet iibi pa^rej^» inalrem, fratres et sorores, et quidquid in mundo habebat, relinquendum; tmo sibi dictum existimet verbum illud : qui non odit patrem^t matren^, imuper et animam suani, non pptest tnçus esse dîUciiiUliu, »
(2) « Ut loquendi modus sentiendi modumjuvet, sanclum eft consi'
lium ut assuescant non dicere, quod parentes vel fratres habeant, sed
quod kabebantj elc.,. prœ se ferendo, se id non kabere, quod, ui C^nê'
fifi| omnium rerum loco Itabeani reliquerunl. n (Cpi^ç^i^. 4^s jé|f , iàil»
Charpeptier, 1841, Examen gén,, ch. ir, $ 7.)
f mof^ comme pp béton qui sert partoqt et a tput^ fin ^ 9(1 ¥}eillard qui le tient a la main (1). v
Poarque ces instruments dociles puissent joindre toutefois futilité à robéissance, la société doit se recruter surtout pfirmi les l^oipmes auxquels la supériorité de liqtelligeiice assure une puissance réelle sur leurs semblables.
a yne r^le géi^é^ale pour tpus ceux que l'on doit ad- « mettre, c'^t que plus Piçu aura répandu en eux de «dons naturels qui les rendent capables de devenir 9 milpsàsqp service, e^ suivant les règles ^e notye so- « cïété; plus Us auropt été fournis à ae;? épreqves cer- 9 taiqeç^ plu^ ils seront propres à y entrer .
« ... pour les gens d'im esprit trop |oi)rd et qui se- « faipqt ii^vifiles à la société, qu^nd bien inéme il poqrf rait Ipur etre?ivantage^$ à eux-mên^çs d'être admis, ils f ne doivent point Tétfe, pt nous^ verrons que cela ne se-
* rait point utile au service ^t ^ la gloif q de Pieu, si <■ nous faisons attentiqn au h\\% de not^e foci^t^ et ji sa
• ffiéihode (2). »
(t) « Cum magna eeleritate, gaudio sfiriluali et peneverentia quid- 9iid noAû ti^'iificfu» IkurU obeundo, omnia jutêa issâ nokis penna- ^^1 omftenn s^nl^Uam ac JludUium.noêlrMm ço^ira^fi^m a^ea obuf- ^i^lia <Ufnegando et id quidetn in omnibus quœ a tuperiore dispoi^un- ^^Midefiniri non possil {quemadmodum diclum est) aliquod peccali 9^ut mtercederty et qui$que «^ pertuadei, quod qui sub obedienlia ^^^» te ^.ri (|c iiegi a divina ProyidenUa per $^perioret suos ùneve ^iknt, j»en'ndf ac $i cadaver essenl, quo,d qxwquo verêus ferri et quq-» ^n^ue ratione traciari se sinil; vel simililer algue senis bacutus qui ^ vmf lie et quacumque in re velit en utiy qui eum manu tenetj ei ^f^U. (CoosUi., 6? paru, cbap. !•% § i.)
{^) < In universum loquendo de iis qui admillendi sunt, quo plurièus
^^^ViilKU ^^^^ <^ia'ifj(a; et, q^^c^ ccrl,ioribf^ ejçperivjkeUis W««ç^i /tj(fçff|j(jj ^ vs^ç^ i^nei eru^t^,^ m in ^<m a^ittan^u^r «. * ••• Àdinittere haminei difficili ad moium ingen%), V4l inuti(fi$, ^^
68 POLICE EXTÉRIEUltE DES CULTES.
A Tactivité et à Tintelligcnce de ces hommes on semble confier la conquête du monde, car on les disperse sur sa surface, on leur partnge les provinces :
H Comme le bien est d'autant plus divin qu'il est uni-
« versel, on doit préférer les personnes et les lieux qui,
« par leur avancement, seront cause que le bien s'éten-
(( dra à beaucoup d'autres qui suivront leur exemple ou
f qui sont sous leur puissance. Ainsi, le secours spirituel
« donné aux grands et aux personnes publiques, soit se-
M culières, comme les princes, les seigneurs, les magiff-
<i tratsou les ministres de la justice, soit ecclésiastiques,
K comme les prélats, ou encore les personnes les plus re-
(c commandables par leur crédit ou leur science, doit
tf être regardé comme le plus important, à raison de ce
a bien plus général. C'est aussi pour la même raison
«< qu'on doit préférer le secours donné aux grandes na*
« tions, comme aux Indes, ou aux capitales et aux uni-
i( versités. Là, il y a ordinairement un grand concours
« de personnes qui, après avoir été aidées elles-mêmes,
* pourront servir par la suite à aider les autres. . • Il sem-
« ble donc tout à fait nécessaire que le supérieur ait au-
« près de lui quelques sujets distingués par les talents et
« tous les autres dons de Dieu, pour l'assister et pour
« méditer avec une attention toute particulière les af-
« foires générales de la société qu'il leur confie. Le gé-
« néral pourrait les leur partager, afin qu'on en vit avec
« plus de soin toutes les parties ; un d'entre eux dirige-
a rait les affeires de l'Inde, un autre celles de l'Espagne
gregationi, lieel ipsimet non inutile foret admitli, eontiderantee iamen instiiuti nostri finem, ac procedendi modum, pereuademus nobis in Domino ad ipsius majus servitium et laudem non expedire. » (CoD6lit.| chap. u, $$ !•' et ♦.)
mTKODUGTIOft. 69
c et du Portugal , un autre de rAUemagne et de la f Fraace, un autre de l'Italie et de la Sicile; et ainsi des « aatres, si la société était divisée en un plus grand nom- « bre de parties (1). »
Cette milice, ainsi constituée, s'empara de la direction des affaires du siècle ; elle s'assura le présent par la propagande, l'avenir par l'enseignement qui lui livra toute la génération naissante. Possédant par la confession l'oreille et le cœur des rois, s'aidant de leur autorité ou luttant contre elle au besoin^ avec une indépendance hardie, ils exercèrent sur la politique de TEurope une énorme influence trop peu appréciée encore et trop peu mise en lumière par l'histoire. Aussi ne doit-on pas s'étonner si ces soldats, voués au saint-siége, devinrent bientôt redoutables au saint-siége lui-inémc, et se substituèrent si complètement à sa puissance qu'un général de l'ordre pouvait dire, dans nos temps modernes, ce que Hilde^
f'} « Quia honum quo universalius, eo diviniui est, illi homines et ^, 9«v ewn profuerint, in causa erunt ul bonum ad mullos alios qui ^loritatem eorum sequunlur vel per eos regunlur pervenial^ debent f^^ferri. Sic spiriluale auxilium, quod kominibus magnis et publiai ['ne iœeulares ul principes dominiy magislralus vel justiliœ minislri^ ^' teclesioMtici illi sint ut prœkUi) quodque viris doctrind et auctori- ^^ emineniioribus confertur^ majoris mamenti esse propler rationem fmdem boni universalioris existimendum est •* propler quam eliam, ^^ilium impensum magnis genlibus, ut Indis, vel populisprimariis, vel ^versalibûs , quo soient muUi confluer e, qui sijuventur ipsi operarii fœ ad alios juvandos poterunt^ debeat prœferri,,.» Videlur ergo perneff*utrium ul aliqui sint apud superiorem viri litteris et omnibus aliis adonis clari qui ei assistant, et considerandi peculiari soUicitudine ^^9 universales societalis à generali commissas, curam habeanl, quam UUi posset dividere, quo accuratius res omnes perspicianl^ ul unus re- '^ Indiarum inspiciendarum, aller Hispaniœ et Porlugaliœ, et alius ^^rmaiUrn et Galliœ, et alius llaliœ et Siciliœ curam haberel et sic aliis 9Mii4o sûciêtas in plures parles spargeretur. 9 (CouslU., 7* part.» ^^P* n, $ 1, et cbap. a, 2* part., $ 1 .)
iO POLICK EXtÉfttEtRÈ UeS CULTES.
èmnd (1) eût dît ati moyëh ftge, et se glorifier de Soft e tttplrfe Bût le monde (2).
Telle est dépendant là pente irrésiétiblfe de» dëstinéel humaines, que les jésuites ne pureht {accomplir rœufrë de rêsistantfe qu'ils s'étdietit imposée, et qu'ils servirent à quelques égards, et comme malgré eux^ la cfiuàe ennemie. Inëtitdés pour combattre contre la liberté, Us pressèrent trop les conséquences du despotisme, ils firent mârittrop hâtivement ee fruit' amer qui se corrompit et tomba âU premier choc. En persécutant la pensée^ en arrêtant le flot des idées nouvelles, ils simoneelèrent aussi des tagues qui finirent par tout renverser. Placés d'ailleurs par leur incontestable savoil*, comme par la politique de leurs chefs, à la tête de l'enseignement, ils puisèrent uniquement aux sources de la classique anti^ quité dont ils étaient épris; ils nourrirent les intelligences de sucs qui y entretinrent une mâle vigueur; les têtes se remplirent d'utopies philosophiques et sociales. Imprudents docteurs, ils avaient contribué sans réflexion à éclairer Tesprit humain, et la force qu'ils créaient les tua comme les téméraires inventeurs de substances în^* dorîîptablës dans leur expansion ! Ne sërait-cé pdint, en effet, une curieuse étude de rechercher et de voir comment tous les chefs de l'école philosophique du dix-huitième siècle, FolVairè, Dkierût, d'Mentbèrt^ sôHirentdes écoles et des maids des jésuites ?
(1) Grégoire Vil.
(2) On se souvient qtie le général de la société dt^dft au dhC dé ËMS^c : « De ceUe thambre, tnonsîeut, de cette cl^ambre, je gouverné itôfl- « seulement Paris, niais la Chine, non-seulement Id Chiné, mais lèinoihle 0 entier, sans que personne saclie comment cela sè fait.»
« Yede il signor, di questd tamcra, di qUesld tamërd, id gbvèrnâ tf iibn diôo Pàrigiy ihd Id Chind, non gid la ChOrn, ma tutlo it MMàj K senza che negsuno sapia corne $ifa, ^ (Mémf. dfrdûc Aè Briisle.)
Sad* J)rétendre juger là fcdbèè si grate et encore penààjàie de cette ôocîêiê femeusë, conteiiibns-nôus dédire qtié iâ^e ftii titl mélange singulier dé bien et de mal, qui jilrfifié fc p\ui d'tin titré cette sentence foriiiiilée par iUiéfcHvàlniiittderhe(l):
« Qtfaiid, dlspai^ds de la scène du motidé, lés jésiiitës « il'àpjiartiëndront jllds q\ïà l'histdire , soh équitable « iiUflàrtidlité liii ithposet^a le devoit d'éirè envers eiix • plus éèvêi^ (jue ndus. Chetchaht la raison diî caractère « (Jdhiculîéi* qui a distingué dette feociêtê dès l'origne, « de TèkJjMt qui Va constamment atiiiiièe, dëé lôiiaiigès « qiiMû Ihi a (JrodigUéei, déâ reproches aHiërs qui lui « otitétéâuésiadt*ëssés,todjoùrselleld trouvera, ctoyons-
< noui, dans le principe iiiéme qili a |)rèsidg à sa fôr- « ftatidn ; ce flrincipé eét la destructidd de l'individua- « hiê ëh fcbaque membte du cbrps pour augmenter là « teftîë et runité de belui^ci. Lefe acteâ, léô paroles, la « jitfi^ fajênie, tout est, chez les jésuites, soumis à To-- « teséailbe et à tihë obéisèàhcë absolue. Un chef appelé ' général, et c|uël(jues àésistàiiti qdi Taldent et le coii- « ièilleiit fcompbsent le ^ouvernëmeht de la bompagnie, « en soht là f*aisdii , là vbldntê. Passif sous leur hiaiîi^ « le l^eèté suit dvéuglêmeilt Timpulsioti qu'on lui irti- « l)riinë... Quoi cjuft Thonlme fasse, il lui est èômplête- « ttient impossible de s'abdiquer jusqu'à ce point; ses « efforts pour y réussir il'àbodtissëiit qu'à déplacer ce « (JU*îl se persuadé àvoit anéanti. Son être efatifet se « reporte dans l'être complexe àuijUël il est uni, avec « lequel il se confond. Il vit, il s'aime en lui, et cet
< amour, le premier de ses devoirs, est d'autant plus ar- ' âêBi, ^lus actif, que la conscience méliie Fbblige k
(i) F. de Lamennais, Affaires de Rome,
c< rechercher sa propre satisfaction , et que celui qui u réprouve, dirigé par des commandements devenus « pour lui une loi absolue, à moins qu'ils n'impliquent « une violation évidente et directe des préceptes divins, (c est dégagé de toute responsabilité morale; ainsi, les « passions contenues par une règle sévère, tandis qu'elles « se rapportent mdirectement à l'individu, sont sancti- (I fiées et non pas détruites; elles passent en quelque (I sorte au service du corps qui les dirige et les emploie « pour atteindre son but. Ce but, honorable et bon, a détermine ce qu'il y a de bon aussi dans l'action du a corps, mais il y tend avec une vue toujours présente « de soi, de sa grandeur, de sa puissance, de sa gloire; «c nul orgueil personnel, nulle ambition, nul désir de <c richesse dans chacun de ses membres considérés iso- « lément, mais une cupidité, une ambition, un orgueil a collectif immenses ; de là quelque chose d'anti-social. « Un homme ainsi concentré en soi, modèle accompli a d'égoïsme, quelque fin ultérieure qu'il pût d'ailleurs « se proposer, serait séparé totalement du reste de la ' (( race humaine : et aussi partout les jésuites ont-ils une t existence à part; se mêlant de tout et à tout, ils ne se « fondent avec rien. Je ne sais quelle barrière infran- « chissable s'élève entre eux et les autres hommes ; ils f peuvent les toucher par tous les points ; ils ne s'unist sent à eux par aucun, et ceci est un des motifs de « cette vague défiance qu'ils ont instinctivement inspirée M dans tous les temps. »
S VI. — Influence réservée au clergé actuel.
Dans ces derniers temps le catholicisme a été accusé de décrépitude; on a osé prédire sa décadence, et, a entendre de téméraires détracteurs, ses destinées seraient accomplies.
Ceux-là n'ont jamais sondé dans leur profondeur et arec le regard de la raison, si ce n'est avec celui de la ibi, les inébranlables fondements de la croyance chrétieqne; les religions édifiées sur de telles bases ne péris* KQt point. Le dogme juif n'en était que la préface imparbite; cette loi transitoire dans laquelle venait se concentrer tout ce qui est affecté exclusivement aux besoins d'un peuple, tout ce qui est modifié par les limites (lu temps ou de l'espace, coutumes, mœurs publiques etmœyrs domestiques, hygiène, gouvernement, justice, était loin d'atteindre la perfection de la loi nouvelle. Cependant, telle était la force et la vitalité surhumaine (le ces institutions, écrites par Dieu même sur les tables AtMme^ qu'elles ont survécu à la ruine et à la dispersion des tribus; ce dogme, cette loi sont demeurés tout <1 une pièce dans leur chute, comme ces vieux murs de citadelle qui se renversent sans qu'une pierre se détache delà niasse, et ils suffisent encore pour abriter un peuple immense ; cela tient à la sainteté de ces préceptes, à ^ révélation dont ils émanaient , et qui les a protégés contre l'influence délétère du commentaire et du doute, de Tesprit de réforme ou de l'esprit de révolte si près àt se confondre.
Comment le dogme évangélique ne serait-il point impérissable?
Lui seul peut suffire encore et toujours aux besoins deThumanité; quand la décrépitude et les approches de ^ mort seront partout pour les sociétés vieillies, la vie, 'a sève, le sang nouveau, ne se retrouveront qu'eu lui. 1^ Christ, en l'annonçant, a dit le dernier mot de la perfectibilité humaine ; avant sa venue, le droit public <Je« nations, le droit des gens, c'iHait le vœ victis; le ^it civil, c'était l'esclavage, le despotisme dans la fa- ^lille, l'oppression de la femme. Jésus apporte une loi
74 POLICE EXtÊRIEtJfefe DkS CULTES.
jdsqu'alors inconnue : « Aimez^vous tes Ufis tes autres « comme je vous ai aimés moi-même, . . . curhez votre pro^ a thain comme vous-mêmes. » Supposez la pratique siticè^e et universelle de cette maxime, vous aurez le tétour dé l'âge d'or !
Leè efforts faits de nos jours par de prétendus prophètes attestent l'impuissance qu'oiî rencontre au delà j aU tbiid de toutes leurs iitopifes le dogme chrétien reparaît toujours vivace, comiiie le seul qui puisse féconder toute idée d'agrégation et de civilisation; il ri dliangé entre leurs mains de forme et de nom; il s'djipëliera phiianthropiey socialisme, dogme hiïmanitAive^ mais toujours ajjparaîtra au fond l'éternel souhait ou rêternelle prorhesse de fraternité, d'égalité, Texaltatiôil du pauvre, le sefcoùrs porté à fcelui qili souffre.
Cette fchatîté {mûrement humaine èutstitilee à là charité évangélique, qd'èst-elle cependant? il semblait ijue Fénelon avait prédit cette grande câpitàtlôrl exercée ail prbRt des intérêts individuels, de l'anibitiori où de l'dfgdeil, lôrStiu'il écrivait :
« H V à deux manières de se donner àiix hoftimèâ : là <( première est dfe èè faire aiilièr , tibn j>OUr être leilt « idole, mais pour employer leur confiance à les î^ndfe « bons. Cette philanthropie est toutfe diviiié ; il y en a « une autre qui est une fausse monnaie : quand 6ti tô « donne aux hôthities pour leur plaire, pbur les êblotlîr, « |x)ilr usurper de l'autorité sur eux en les flattant, ce rt îi'est pas eux qu'on aime, c'est soi-même; bû n'agit « tjue par vaiiité et par intérêt; on fait sétiibldnt de se « donner pour posséder ceux à qui on fait afcdrolrfe (Ju'on rt se donne à eux. Ce faux philanthrope estcohimé ûii <( pêcheur qui jette un hameçon avec Un appât; il paie rait nourrir les poissons, mais il les prend et les h\i (i mourir. Tous les ambitieux paraissent bienfaisante et
WTRObtifcrtbh. Y5
< gênêréili ; Ils paraissent se donnbr.. et ils veulent pren- << drelcs peuples; ils jettent riiameçon daltis les festins,
• dahs les €X>mpagnieSy dahs les asseinblées publiques ; « ik ne sont pas Soiciables pour l'ihtêrét des hommeSy x mais pdiir abuser de tout le gëùré hUtnain; ils ont un » eiprit flatteur, inâinuârii, af*tifidèui pbilr corronipre ' ki mœurs deb homiiiës coiiiilië les couttisailès , et
* pour réduite en servitude ioiik ceux doilt ils dut bei toitt. là bort^iit)tibn de ce c|u'il y a dte meilleur est le
I plus pernicieux de tous les itiaux; de tels homities sont « les pestes du genre humain. »
De même qu*îl ii'y a point de dévoùehiènt pur et desintéressé à attendre de celui qu'inspire seulement la sagesse humaine ou Tintérêt personnel , les systèmes les plus séduisants eiifantés par le génie des novateurs ne donDeront jstiiiais satisfaction au cœur et à la cofascience, \>^ quHis île renaront jàttiais ràiSdh du inàl moral. de Imégalité des cohditibiià et Aei déstirièes. Le pro- Wème est insoluble pour cjùiconcjtie veiit tenir les ba- ^^flces ici-bas, et 'montrer lès cohipensatioilé dans le <^ï*cle borné de la vie terrestre. Celui (|ui ne prie point ^u ciel, et ne montré pbini un jiige assis au delà des wrhes du itibnde, ne pfeisiiadera jamais la résignation ^U'éspéraiicë; il Jaiôserd Ifcs géhérdtiôtls livrées à liné Incertitude A la fois crtiellé et menaçante, à l'envie, â l^ liaine, à dé cohtinuels èbranlemeiits.
rfiillè théorie religieuse h'èntOura sans doute l'huma- ^'led (in amour plus ardent que le christiahisme; il vit ^3n8 tous ses membres les fils du mêrfie père; il reconnut leurs droits à un égal jiartagfe de la liberté, etdeS l^^^ufaiisdu Créateur; il pleura sur toutes leurs tnisèrfes; ^' prit en main la causé des opfirimés et lança l'ansl- ^"iime contré les oppresseurs ; mëis, toutefois, à côté dû ^roit qu'il enseignait, on le vit placer toujours ptëu-
76 POLICE EKTiaiEURE DES CULTES.
sèment le devoir et la résignation. Dans la pauvreté qu'il réhabilita par cette noble origine , comme dans la richesse et la puissance, il montrait le doigt de Dieu; Finégalité des conditions humaines était une vue de la Providence, et le dogme de Fautre vie aidait à résoudre l'énigme. L'esprit des révolutions croirait-il mieux en donner la solution, en accusant uniquement les institutions sociales, et en prétendant qu'une compensation parfaite entre les biens et les maux peut s'établir sur cette terre? ne serait-ce point vouloir refaire Tœuvrede Dieu?
Pour quiconque considère l'humanité dans les individus épars à cette heure sur la terre, il y a une étrange inrgalité dans la répartition des maux qui accablent sans mesure les pauvres êtres voués au labeur et à la nécessité depuis leur naissance, et des biens qui comblent d'oisift privilégiés. Si, du haut du dogme religieux , vous voyez au contraire dans l'humanité un corps vivant de la vie des siècles, qui prend sa naissance dans le sein de Dieu pour retourner ensuite à cette source divine, et dont les générations qui se succèdent ne sont que les phases diverses équivalentes au progrès de l'âge, vous trouvez uneadmirable compensation dans Tinfinie variété des conditions, dans la vicissitude des fortunes publiques et privées, des familles et des nations. Les révolutions émancipent, et le commerce enrichit ceux que la féodalité avait exclus du domaine territorial ; les aristocraties décroissent et voient leurs immenses possessions se diviser, descendre et fructifier en d'autres mains, au contact de lois civiles basées sur un esprit plus parfeit et pi^^ libéral de répartition. Chaque partie, ou, si je puis m exprimer ainsi, chaque membre de ce corps immense vient à son tour recevoir les rayons du soleil, et le corps entier se trouve réchauffé ; tout gravite et passe tour a
nmiODUGTiON. Tt
loor S0118 le regard fécondant de la Providence. Chaque moitié d68 êtres jouit tour à tour de sa grâce et de ses dons; répandus sur tous à la fois, ils seraient moindres dans leurs effets, et n'entretiendraient plus l'activité bmaine dont Dieu a voulu qu'ils fussent le prix et l'é^ ternel encouragement. Le but des meilleures théories sociales et Tapogée de la civilisation sont assurément de &ire jouir le plus grand nombre à la fois; mais on ne parviendra jamais à bannir du monde la misère et la «niffirance, parce que telle n'est point la loi de Thumanité.
N'est-ce point une noble philosophie que celle qui parle ainsi? D'où vient que* celles qui ont pris ce nom, sans s'inspirer aux mêmes sources , n'ont jamais pu ou n'ont point voulu absoudre la Providence? D'où vient que non contents de l'accuser, qu'impuissants à l'expliquer, quelques-uns osèrent la nier et voulurent se mettre ^a place? IN'était-ce point répandre les ténèbres sur le monde, y verser la guerre et le désespoir ?
Qne ferait sans elle la prévoyance humaine? Le ministre protestant Naville écrivait en 1836 (1) :
• La religion chrétienne montre à la société humaine « le but qu'elle doit se proposer, et tend à la pénétrer « de l'esprit dont elle doit être animée pour y parvenir. « Si le progrès social prend une direction différente de « celle que cette religion tend à lui imprimer; s'il re- « pousse les secours qu'elle lui offre, s'il s'appuie sur la « force, sur la loi, sur des théories d'économie politique, « il conduit presque infailliblement au sensualisme, à la « dépravation, à la folie, au malheur. »
Une terrible expérience n'a-t-elle pas été fiiite 7 Une
(1) Traité de la ChaHté légale, tome n, p. 36S«
t^ POLICE KK>Éii|Kp^S pES CULTES.
grande ni^tion, »e ponfiant dans la force des institutions qu'elle empruntait à Tantiquité avep un aveugle enthousiasme, croyant à la valeur des loi^ morales que lui euseignait la philqsQphie, repoussa tout autre éléfnisnt. Elle mit le culte an r^ng 4^^ sup^rstitiops, ^ mini^tref^ parmi les fipurbjss» Pl^ (iéïfiant u^e absfraçtîpn, elle éleya des temples ^ la r^isoq; c'était, disait^elle, h sei|le ^cjora* tipn digne delà liiterté. Qu'arriv^-t-il d'un peuple aifl4 affranchi du Uei) religieiii^} Uw voi^ éloqqfsnte qq^s
r^ppreitd :
« La France, couverte de débris, offrait l'image d'uij H îminepse cimetière y quand » clio^ é^op^fintp I vpilà <j qu'au n^ilieu de ces ruii^es les princes méfies ç\w désofr ^ dre, saisis d'une tprreiir soudaine, r^cqlent; èpojf^x^nté^y 0 comme si le spectre dp néai)( leur eût appa^yi. Sfeqfqpf tt qu'une force irrésistible les eptraîne eux-méi^ps au fc tombeau , leur orgpeil flécbit tout à coup. Vaincus «t d'effroi, ils proclament eu I4te l'existence dp J'Etre c( suprême et T^mniortalité de Tâme; et, debout ^ur le Il cadavre palpitait de }a société, ils appellent à grands a cris le Dieu qui seul peut la ranimer (1) ! »
La religion dq\t doup aétendre toujours ^ur nous comme un abri protecteur. La mission de ses n^ iulstrei continue, et ne fut jamais plus néppssaire, oav )a foi iranimée peut seule arrêter les effets d'un doublis dissolvant, l'égoïsme et Vabsepqpde croyances communes, qui i^ont desséchant les cœurs et détruisant tpqt esprit d^ charité.
A quel titre, SPM» quelles formes, moyenni^ut quelles conditions peuvent-ils exercer cette influeucp salutqim ào&i la société ^ besoin? Doivent-ils suivre le^ tepdqivces
1) M. de Lamennaijç, Es^aistiv Vln^ifférenee^^ tP^l^l!!^ 8f §^-
rSTRODUCTipji. 79
politiques» s'attribuer du pouvoir dans le sens ordinaire
de ce mot ]
Joseph Demaistre disait, dans les premières années de la reslauration : « Le sacerdoce doit être Tobjet principal « de h pensée souveraine. Si j'avais sous les yeux le « tableau des ordinations, je pourrais prédire de graqds « événements. La noblesse française trouve, à cette épq- « que, l'occasion de faire à 1 Élat un sacrifice digne d'eljç. « Qu'elle offre encore ses fils à l'autel, comme dans les « temps p^s$é§. Aujourd'hui , on ne dira pas Qu'elle 9 a aq[)^itiopne que les trésors du sanctuaire. L'Eglise « jadis l'em'icbit et l'illustra; qu'elle lui rende aujour- I d'h\|| tqvit ce qu'elle peut lui donner, Féclat de ces 4 grim(}s qopis qui maintiendra l'ancienne opinion^ et « détennli^era une foule d'hommes à suivre des étendarcjs « portés par de si dignes mains. Le temps fera le reste...
* Par 9a monstrueuse alliance avec le mauvais princip.e
* pendant le dernier siècle, la noblesse française 9 tout
* perdu; c'est à elle qu'il appartient de tout réparer. S^
* dminée est sûre, pourvu qu'elle n'en doute pas, poijryii ^ qu'elle soit bien persuadée de l'alliance naturelle, esspn- « lielle, nécessaire, française du sacerdoce et de la no- « blesse (jj. »
Ln ^utri^ , ^près avoir éprouvé la vanité de cette alliance, a dit d*une voix plus puissante: Cessez de fairç ^W co[nrr]une avec les grands, c'est aux petits qu'il faut ^^RSfljir. La pratique de son ministère rapproche sans Ç^ le prêtre du peuple. 11 vit avec lui et le louche pav ^<î^ points de contact qui lui ménagent la plus directe iliflu!?çce. Seul patron des affligés, intermédiaire et distributeur effectif de tous les dons de la charité secrète e^
W f fin f qp^> »n« l'S P- ^2.
pieuse, il verse le baume sur les souffrances physiques, il est le confident et le consolateur de toutes les douleurs morales. Dans toutes les phases importantes de Texistence de rhomme du peuple, le prêtre esi a ses côtés. Là où la pauvreté arrive à une extrémité si douloureuse, et prend un aspect si repoussant que la vertu d'emprunt et toute terrestre du philanthrope s'éloigne en détournant ses regards, quand la mort vient terminer une vie toute de misère, le prêtre est le seul homme qui apparaisse comme un consolateur au moribond, aux orpheHns, à la famille éplorée, le seul qui brave, avec le courage de la charité, l'horreur de ce spectacle et les miasmes infects de cette demeure. Une inévitable sympathie doit s'établir entre le prêtre et ceux dont il allège le fardeau. Elle se fonde d'une part sur le dévouement, la reconnaissance, le respect que suscite un tel ministère; d'autre part, sur cette confidence intime, sur cet échange de plaintes, de cris de douleurs, et d'exhortations, d'encouragements, de promesses d'avenir. Il doit donc y avoir alliance entre le prêtre et le peuple.
La pensée de ces deux hommes était cependant la même : fonder sur de nouveaux éléments la vieille suprématie du clergé. Au fond de leurs paroles si différentes était le même but ambitieux. L'auteur des Paroles (Tun Croyant et du Livre du Peuple^ veut s'aider du peuple pour dominer les rois, comme Joseph Demaistre voulait continuer l'antique alliance du clergé avec les rois pour la domination des peuples. Tous deux voulaient se concerter avec les pouvoirs humains, prendre au besoin les couleurs des partis, se faire craindre ou se faire aimer, devenir grands par l'esprit de caste ou tout-puissants par la popularité.
Une voix plus sage dirait : Retournez aux premières lois de votre institution ; rappelez les instructions évan-
prenet place dans la société telle que Tont iihe •ucoeuîTet; preoes place <kns la hièraiv chîe sociale ; vives à Fombre de la légalité ; laines Cèiar et k féoat gouverner; cultives la vigne du Seigneur; ffloralises le peuple , et vous arriveres ainsi à Ceiire régner davantage ruaion, la paix» le bonheur, et votre pouvoir» ratreiBt dans sa splière légitime, sera grand et inébranlable.
Les catholiques ont entouré le dogme chrétien de tant de fimnes matérielles que le principe moral qui en est reneDce semble perdu de vue et presque oublié. La réfonue le dégagea de ces langes et lui rendit, aux dépens, ileityrai, de rorthodoxie, quelque chose de sa pureté primitive et de son efficacité. Il est à souhaiter que toutes lei communions chrétiennes se proposent comme œuvre principale la moralisation des masses, et s'attachent de ploi ea plus aux principes évangéliques considérés dans lear application à la vie aociale.
I^étermimms les limites et le caractère de cette mora-^ ibtion.
Divine institutrice, dépositaire du secret de la destina* ^ hamaine, intermédiaire entre Dieu et ses créatures, <^lttî]gée de guider ces innombrables pupilles dont elle ne <loit abandonner la tutelle qu*à la mort, de leur appren- ^ la fin et les moyens , de les diriger dans leurs voies, <l'écarter d'eux la tentation et le péril, confondant surtout ^ la même égalité les rois et les pâtres obscurs, la ^^OQ , ainsi que nous l'avons déjà exprimé, ne peut demeurer complètement indifférente à aucune des choses ^'ici-bas. Il n'est pas une atteinte portée à cette débile Emilie qu'elle rédiaufife sous son aile, qui ne doive lui ^'RKîher une plainte ou une prière. Tout ce qui influe sur ^ deitinées la toudbe. Souveraine des consciences dont ^c édiîre et sonde tous les replis, dont elle dirige toutes
flB POLICE KJri'itUlJÛ MB CULTES.
-loi impresttcmsy peut-on prétondre que le mopda moral •tout entier m wit de son domaine? Ce larait restreindre aa iniarioa et son oiuvre. La moralité des ebosea politiques, la moralité des gouvernements , It moralité des associa- 'tiens Jiumaines rentrent dans son appréôation tacite ou . expressf . U ne dépend point d'dlQ de doneurer noutra. Mais dans quels termes doit-elle «primer sa pensée sur les affaires humaines? Comment doit se forjnuler son intervention? Sera-oe une critique ininiédiate des •lois et des agents de rantoritè? Une attaque ou une rétistanoe? La religion et le sacerdoce ront^ls se rabaisser au . niveau des factions^ prendront-ils parti pour César ou 'pour ses ennemis ?--p«Pion, ce n'est point leur rôle^. Qu'ils se tiennent dans une sphàre plus haute; qu'ils prêchent et qu'ils enseignent lihrement et sans orainte, non à up ' peuple déterminé, mais à tous les hommes, npn à un : i^oi, mais à tous ceux qui oommandent, non aux esclaves de tel maître ou de tel despote , mais à tous ceux qui ' obéissent. Quon m voie en eux ni les oomplioas de la tyrannie, ni les fauteurs de l'insurrection , mais les gardiens des lois qui dominent nos éphémères oosKtitutions. »
Ils ont reçu ep dépôt le Code le plus sublime des droits et des devoirs ; ils ont mission d'en faire le commentaire. Ne peuvent--ils demeurer semblables à ces docteurs qui expliquent les lois, sans jamais sanctionner le droit ni rendre la justice?
Lorsque Jésus déclarait ne point inquiéter Çémr sur son trône, il donnait un sublime exemple à ses disdpks et à leurs suecesseuiis. Que lui faisait l'administration de César? Quelque grand que fut l'empire, sa voix devait ' s'étendre plus loin, car les Barbares eux-mêmes allai^D^ la recueillir^ et elle devait survivre aux destinées rpmai" nés. L'BglIse devait dotrôner le Capitcde. Son respect
fimoDUcnoii, 83
pour Cénr a*tril nni à ta doctrine ? Nous avons montré les plaies cruelles que portait au flanc le monde antique et qu'envenimait la tyrannie: le luxe et l'usure, l'escla* mge, l'abus de l'autorité du maitre dans la fismille et du proconsul dans la proTÎncCy Torgoeil de la domination, Texaction impitoyable. César présidait à toutes ces choses, sacrifiait à toutes ces passions, les antcnrisait par son ordre et son exemple, et cependant Jésos^hrist disait : Rendez à César le respect et Fobéissanee dus i César. Mais aux Romains comme aux Barbares, pour le présent comnse pour ravenir, à tous les hommes de bonne ou de mauvaise volonté, Jésus donnait de lilures enseignements; il proscrivait la servitude ; il menaçait le maitre crnel du eourroux céleste ; il lui commandait d'élever l'esclave à son niveau, et de le traiter comme un frère; il commandait an proconsul et à l'empereur de s'agenouiller, comme le dernier de leurs sujets, devant Dieu qui dé (end la violence, la cruauté, l'injustice. II commandait l'bumibté, et il peignait le luxe, la cupidité, l'égoïsie amour des richesses sous les traits d'un démon, hideux tentateur verni de Tenfer. Sa parole devait les détrôner tOQs, et cepoidant il n'avait point inquiété César ni ses ministres.
Hommes de Dieu ! suivez l'exemple de votre divin maître. Maintenez dans sa pureté première le précepte évangélique et ne soyez point inquiets de l'application qui en doit être faite aux choses humaines par ceux qu'il plaît au Seigneur de susciter. Enseignez les nations, vous a-t-il dit ! Formez donc, en expliquant sa parole, en professant sa foi, resjMit des rois et des peuples, mais n'oubliez point que vous êtes des hommes d'enseignement et non des hoimncs d'action. Vous conseillez le hbre arbitre de l'humanité ; vous n'avez point à lui commander. Si Dieu désire que l'homme soit élevé an lieu d'être
abaissé, qu'il cultive et agrandisse son intelligence, qu'il se rende plus digne de son propre respect et de celui de ses semblables, s'il veut que la fraternité soit le premier devoir, que l'oisif allège le fardeau du travailleur, que le riche compatisse aux souffrances du pauvre et ne refuse point à Lazare Tobole ou les débris du festin, vous pouvez le dire à toutes les nations, mais n'enrôlez point des soldats pour marcher à la conquête de ces droits, ne soulevez point celui qui obéit contre celui qui ordonne, n'arborez le drapeau d'aucun parti et ne vous placez point dans ses rangs. Les luttes des fiactions engendrent le scandale, et la religion y perd tant de sa douce majesté qu'il faut lui épargner les souillures de la sédition. Quand elle cesse de se complaire dans le silence et le recueillement, loin, bien loin de la mêlée politique, quand elle interrompt son langage divin pour parler le langage des partis, son rôle en ce monde, son empire sur les convictions, participent aussitôt de Tinfirmité, de l'instabilité des choses humaines au rang desquelles on la voit descendue. I^ blancheur de sa robe se ternit dans la poudreuse arène. Suivant les temps alors, le peuple l'accuse de faire cause commune avec les oppresseurs, l'accuse d'être un obstacle à la liberté, ou le pouvoir lui reproche de fomenter la révolte et la compte parmi ses ennemis, soit avoués, soit secrets. Elle flotte alors, ballottée par le souffle des révolutions, entre les colères, les ressentiments populaires et les défiances des gouvernants; les scandales se multiplient, les croyances se passionnent, s'éteignent ou se matérialisent ; nul ne songe désormais à s'abriter dans un port où l'on n'évite plus la tourmente. T.e royaume de la religion doit être entre le ciel et la terre. Messagère divine, elle transmet les vœux de la justice éternelle ; sublime médiatrice, elle reçoit lessonhaits pieux; elle porte au Seigneur Tencens et la prière; elle
INTEODUGTIOII. SI
rapporte la miséricorde que ses maiug dispensent sur la pauvre humanité !
Enseignez donc» comme par le passé, au-dessus des théories passagères , la fraternité chrétienne, l'égalité devant Dieu , sans cesser d'apprendre la foi, la résigna-^ tien et la prière. Parlez aussi d'espérance et mêlez un pen de miel au breuvage amer ! Un autre doigt, celui qai conduisit les tribus à la Terre promise , sait mar^^ qoer l'heure des révolutions et donner le signal de la mistance. Son jour arrivera, soit qu'il s'agisse* d'arra* cher aux souffrances et à l'abjection de Fesclavage anti« que la race noire que les blancs retiennent dans les fers, toit que le aervage ilèodal pèse trop aux peuplades du ^ord, soit que l'Irlande qui lève les bras vers lui, se débite trop vainement dans les étreintes du désespoir! Vous voyez qu'une volonté toujours présente enveloppe ^a nature d'un mystérieux amour et, dans son inquiète ^'gilance, lui envoie les brises printanières, lui dispense ^^ plaies bienfaisantes, le froid des hivers, les ardeurs ^^ l*été, et parfois déchaîne les orages impétueux. Ou- ^ricrt du Seigneur, répandez la semence et laissez à Dieu et à la terre qui la reçoit le soin de la faire mûrir !
Si toutefois une alliance est nécessaire, s'il doit y avoir on patronage marqué, les humbles et les souffrants doi-> ^enten être l'unique objet.
Que les ministres du culte continuent de prêcher ^1 exemple, qu'on les voie au chevet du pauvre, qu'ils renouvellent la scène sublime des évêques et des rois ageï^ouillés et lavant les pieds du mendiant. Ceux qui ensei^ firent l'exaltation des petits, la mortification delà chair, ^abaissement de l'orgueil , l'austérité, la pénitence, nedoi - ^^t point souffrir qu'on leur reproche de hanter la de- ^neure du riche, de se traîner à la suite des puissants, de touilesprivilégiésdusortetdela fortune. Qu'on nepuisse
se POLICE EXTÉRIEURE DES CULTES.
reprocher non plus le luxe du palais épiscopal, les titres pompeux, vains attributs de la grandeur temporelle, aux successeurs de ces pasteurs du troupeau, de ces vieillards vénérés qui se plurent à se revêtir des livrées de la misère pour se rapprocher du Christ, qui traversaient les contrées sans autre ornement que leurs vertus, sans autre sceptre que leur bâton blanc^ disant comme autrefois le divin maître : Sinile pcuvulos ventre ad me.
On ne peut se dissimuler qu'à certaines époques l'alliance trop étroite du clergé avec les privilégiés, avec les ennemis nés du vœu libéral des non- privilégiés, suscita contre lui des haines et des défiances qui contribuèrent plus que toute autre cause peut-être à rendre la France irréligieuse. Alors même que l'inégalité des conditions, que le prestige de la naissance n'existerait plus que dans l'opinion, les sympathies de la rehgion doivent être pour les humbles.
L'amour du pays peut aussi se concilier utilement avec la charité évangélique. Les manifestations d'ultramonta^ nisme qu'on suppose suscitées par des intérêts et des préoccupations politiques réveillent encore parfois le soup-* çon et l'antipathie*
Que le clergé s'identifie donc davantage avec son troupeau ; qu'il n oublie pas de nos jours que le patriotisme sied à la religion et sert à la faire mieux aimer comme à lui attirer plus de respect. Qu'il se garde de rejeter avec un ridicule dédain les maximes de l'Église gallicane et ne répudie point le nom de clergé français pour briguer celui de néo-catholique ou ultramontain^ qu'il ne déclare point contester le droit d'intervention de l'Etat dans la police et dans l'administration du culte, pour tout rap* porter à un pouvoir étranger. Ces prétentions qu'a ose soutenir devant une assemblée législative un chef de parti plus imprudent qu'habile,, ne germeront jamais
nrrRODUGTiON. 87
mr notre sol . Elles ne serviront jamais la religion ni ses ministres, car elles montreraient ouvertement des brouil lom là où \e pays voudrait voir des hommes de paix et de charité, à la fois serviteurs de Dieu et bons citoyens. Rappelons enfin les paroles prononcées récemment dans l'enceinte de la Chambre élective.
« Le clergé, dit-on, use du droit de tous, en élevant « la voix à Toccasion de la discussion d'un projet de loi « qui Fintéresse ! Oui, mais qu'il parle comme doit le « faire le clergé : charitablement pour les personnes; « nettement , fortement , tant qu'il voudra , sur les « choses ; qu'il parle avec la fermeté qui est du génie « quand elle s'exprime comme Bossuet ; de la douceur, « quand elle s'exprime comme Fénelon; du bon sens, en- « fin, et de l'humanité, lorsqu'elle parle le langage des « amii de l'ordre et de la reUgion (1). »
^Discours de M. Dupin à la Chambre des Députés, séance du 19 mars
POIilOE DES CULTES AVAHT iVSf.
CHAPITAE PREMIER.
^ l«. — DUeipline ecctésioêtique et rapports du culte avec h pouvoir temporel jusqu'au neuvième siècle.
Durant les premiers siècles, les fidèles et le clergé qui composaient Féglise chrétienne furent humbles et persécutes. Sous les premiers Césars qui professèrent leur foi, la puissance temporelle n'exerce vis-à-vis d'eux qu*une action bienveillante et tutélaire, dépourvue toutefois de règles fixes, de garanties déterminées. Ils doivent à la piété des empereurs les concessions qui leur lont faites et qui augmentent chaque jour leur importance et leur pouvoir; ils demandent d'abord ce qu'ils exigeront plus tard ; ils acceptent ce qu'ils imposeront. Dans les royaumes barbares qui s'établirent à l'Occident, ils obéissent aussi plus qu'ils ne commandent. Ce n'est ni par la menace ni par l'autorité qu'ils arrêtent le plus souvent les desseins cruels ou perfides et qu'ils
changent le cœur de ces rois durs et impérieux. C'est par la prière, par le respect qu'inspirent leur caractère et leur vertu ; la sainteté , l'humilité , la résignation , en frappant ces impatients néophytes comme un spectacle nouveau , triomphaient de toutes leurs colères et adoucissaient peu à peu leur rudesse. Telle fut l'influence irrésistible qui fléchit Attila aux portes de Rome et qui subjugua Clovis.
Jusqu'au règne de (Constantin , élevé à l'empire en 306, l'immixtion du pouvoir impérial dans les affaires ecclésiastiques fut évidemment nulle. Toléré seulement par intervalles, le culte chrétien ne peut espérer et n'obtient de la miséricorde ou de la iliunificence des empereurs que quelques relâches dans la persécution. Constantin et ses premiers successeurs, entrés dans la communion chrétienne, exercèrent assurément une influence directe, fréquente, sur la discipline ecclésiastique, mais sans qu'il y eût confusion toutefois, sans faire disparaître la limite bien marquée qui séparait les deux gouvernements, celui de la société civile ou de l'Etat , celui de la société chrétienne ou de l'Eglise. Jusqu'à la fin du quatrième siècle, en effet, la religion chrétienne n'était point exclusivement la religion de l'État. Si elle dominait à Byzance, le paganisme régnait encore à Rome ; professé par la majorité du sénat, par les membres les plus nombreux et les plus élevés du corps politique, il avait encore de profondes racines, et la réaction opérée sous Julien ne servit que txop à le prouver. Avant que la prépondérance fût irrévocablement assurée au culte chrétien par la proscription du culte des idoles, la société chrétienne conserva jusqu'à un certain point le caractère de secte, d'une secte puissante il est vrai, d'une secte embrassée et encouragée par le chef de l'empirej elle ea conserva aussi, à beaucoup d'égàvd»
POLICE DES CULTfig AVANT 1789. 9i
et comme par une conaéquenoe naturelle, le$ allures dûtinctes et indépendantes.
Les relations établies entre les membres de cette société, les institutions qui la régissent, présentent jusqu'à une période avancée toutes les apparences de la démocratie. Ea suivant leurs progrès dès le principe, on trouve, dans le secret de leur origine, le secret de leur force et de leur durée.
Combien, au début, la discipline était parfaite dans le sacerdoce comme dans le peuple chrétien ! Quel zèle, quelle abnégation, quelle charité devaient régner parmi des hommes qui vivaient sans cesse dans Tattente du martyr! Les rangs étroitement serrés delà secte naissante ne conservaient que les âmes soutenues et épurées par une foi vive. La paix et la vertu habitaient donc toujours, durant la persécution, avec ces frères qui s^animaient d'un mutuel enthousiasme en s'apprétant à mourir cniemble*
lue étroite communauté, dont l'exemple a été suivi depuis dans les ordres monastiques, rapprochait les fidèles. « Ceux qui croyaient étaient tous unis ensemble, " et tout ce qu'ils avaient était commun entre eux. lU « Tendaient leurs terres et leurs biens, et ils les dis- « tribuaient à tous suivant le besoin que chacun en « avait (1). » Ailleurs on lit : « Il n'y avait point de « pauvres parmi les fidèles , parce que tous ceux qui « possédaient des fonds de terre ou des maisons , les » vendaient et en apportaient le prix qu'ils mettaient « aux pieds des apôtres , et on le distribuait ensuite à « chacun selon qu'il en avait besoin. » Joseph^ surnommé par les apôtres Barnabe , c'est-à-dire enfant de
(i) Ac\€$ des apôtres, cap. u, v. 44-45«
dS I^REMIERE PAETIE.
consolation^ qui était lévite et originaire de l'ile de Chypre, « vendit aussi un fonds de terre quHl avait, et « en apporta le prix qu'il mit aux pieds des apôtres (1). » Voués par leur mission à un continuel pèlerinage, les apôtres vivaient de la charité des fidèles. Saint Paul nous l'apprend dans son Épttre aux Cbrinthiens. •< N'aie vons-nous pas, écrit-il| le droit d*étre nourris à vos c< dépens ? N'avons-nous pas le pouvoir de mener partout « avec nous une femme qui soit notre sœur en Jésusce Christ, comme font les autres apôtres et les frères de « notre Seigneur et Céphas ? Serions-nous donc seuls, c< Barnabe et moi, qui n'aurions pas le pouvoir d*en user c( de la sorte? Qui est-ce qui va jamais à la guerre à ses « dépens? Qui est-ce qui plante une vigne, et n'en mange f( point du fruit? ou qui est celui qui mène paitre un « troupeau^ et n'en mange point du lait (2)? » Dans ce double feit se trouve le principe de la vie canonique pratiquée généralement par le clergé pendant les dix premiers siècles, et du mode de subvention fourni par les fidèles au culte et à ses ministres.
Saint Paul jeta aussi les fondements d'une institution qui devait être bien importante, de la juridiction ecclésiastique, en établissant le premier Thabitude de l'arbitrage parmi les chrétiens. « Comment, dit-il encore dans « son Épître aux Corinthiens (3) , se trou ve-t-il quelqu'un n parmi vous qui, ayant un différend avec son frère, ose » l'appeler en jugement devant les méchants et les infi- « dèles, et non pas devant les saints? Ne savez- vous pas « que les saints doivent un jour juger le monde ? Que si
(1) Àctei des Àpôtrei, cap. iv, v. Si, 35, S6 el 37.
(2) Ëpit. aux Corinlb., c. ix, v. 4, 5, 6 et 7.
(3) Épit. aux CoriDdi., c. yi, t. 1, 2, 4 et 5.
« voas devez juger le monde» étea-vous indignes de juger « les moindres choses? Si donc vous avez des différends i entre vous, touchant les choses de cette vie, prenez « pour juges dans ces matières les moindres personnes de c TEglise. Je vous le dis pour vous faire confusion, est-il « possible qu'il ne se trouve point parmi vous un seul « homme sage qui puisse être juge entre ses frères 7 »
Après avoir parlé de la disciphne intérieure des fidèles, nous ne pouvons passer outre et cesser de citer les préceptes de Fapôtre, sans faire remarquer quelle était leur vie extérieure et quelle attitude ils gardaient visà-vis de l'autorité temporelle, quelles vertus publiques et privées ils pratiquaient au milieu de la cité. Jésus- Christ, suivant saint Paul, était venu pour édifier et non pour détruire, et quelle société que celle qu'on établissait sur l'appui d'une morale telle que celle-ci : » Revétez- « TOUS donc comme des élus de Dieu , saints et bien « aimés, de tendresse et d'entrailles, de miséricorde, de « honte, d'humilité, de modestie, de patience ; vous * «apportant les uns les autres, chacun remettant & son « frère tous les sujets de plainte qu'il pourrait avoir con- « tre lui, et vous entre-pardonnant, comme le Seigneur « VOUS a pardonné , mais surtout revêtez- vous de la « charité qui est le lien de la perfection. — Femmes, « soyez soumises à vos maris comme il est raisonnable « en ce qui est selon le Seigneur ; maris , aimez vos « femmes, et ne les traitez point avec rigueur et avec ^ rudesse. Enfants, obéissez en tout à vos pères et à vos « mères, car cela est agréable au Seigneur; pères, n'irritez « point vos en&nts, de peur qu'ils ne tombent dans l'a- <( battement. — Serviteurs, obéissezentou t à ceux qui sont « vos maîtres selon la chair, ne les servant pas seulement, K lorsqu'ils ont l'œil sur vous, comme si vous ne pensiez « qu'à plaire aux hommes, mais avec simplicité de cœur
94 PAEmilK PARTIK.
M et crainte de Dieu ; vous maftres, rendez à vos servi- M teurs ce que Téquité et la justice demandent de vous, a sadiant que vous avez, aussi bien qu^eux, un maitre K dans le ciel (1). » Et ailleurs : « Avertissez les fidèles M d'être soumis aux princes et aux magistrats, de leur « rendre obéissance , d'être prêts à foire toute sorte de « bonnes œuvres, de ne médire de personne, de fuir les a contentions, d'être équitables et de témoigner toute la « douceur possible à Fégard de tous les hommes ; car a nous étions aussi nous-mêmes, autrefois, insensés, <i désobéissants, égarés, asservis à une infinité de pas- « sions et de voluptés, menant une vie toute pleine de « malignité et d'envie, dignes d'être haïs, et nous haïs- « sant les uns les autres (2). » Telle était la parole de l'apôtre commentant le code sublime de l'Evangile.
Dans les commencements de la prédication chrétienne, à mesure que s'étabhssait, dans une bourgade, une ville ou une province, une communion de fidèles suffisante pour former par leur réunion rassemblée religieuse qu'on appelait ecclesia (3), les apôtres, avant de continuer leur mission, plaçaient i )a tête de cette colonie un ou plusieurs vieillards qu'on désignait sous le nom de surveillants, tmO'xo'Troi , et qui avaient sous leurs ordres des diacres chargés de l'administration des intérêts matériels de la communauté et du soin des pauvres (4). Ces vieillards, investis de la continuation du
(1) Saint Paal, jpti. tmx Coiomeuêy ehsp. n, ▼. ld,13, 14— la, 19, aa, 21,92.
(2) Saint Paul, Èj^il. à Tile, chap. m, y. 1, 2 et 3.
(9) Les églises étaient des assemblées qui se tenaient d*afoord dans la . liMa^n des fidèlas. Saint Paul, au débm de son Epîtr» à PhiléoMn» adresse son salut et ses souhaits à VéglUe qui gsi en$a ftutkon, (EpU.àPkUémûn, V.2.)
(♦) Aeies de$ Apôtreê, c. n, v. i.6, act. 20, f7, 18.
POLICE D8S GULTRS ATAOT 1789. 95
ministère apostolique, furent les premiers évéques, lueurs pouvoirs n'ont été par la suite que régularisés» mieux établis et sanctionna par les constitutions ecclésiastiques. Au choix primordial des apôtres succéda l'élection. Lorsqu'un évéque laissait son siège tacant, les évéques voisins, concurremment avec le clergé et les fidèles composant la commune, désignaient un successeur, Texamioaient et procédaient aussitôt au sacre. Dès le quatrième nècle, le nombre des fidèles étant devenu trop nombreux pour qu'une élection primaire fut possible, le clergé seul désignait le candidat, et la foule des fidèles, le peuple^ approuvait par acclamation. L'empereur était consulté, et on comprend quelle prépondérance devait svoir son avis. L'épreuve ou examen du candidat élu était faite par le métropolitain assisté des évéques de la province, s'il s'agissait d'un diocésain, et par l'exarque ou patriarche , s'il s'agissait d'un métropolitain ; par ^'ivéque de Rome, s'il s'agissait d'un patriarche. Le sacre devait avoir Heu dans les trois mois par le ministère de ^^ évéques ou de deux au moins (1).
Cette élection des chefs de chaque communauté ecclésiastique faite d'abordsans le moindre concours de l'autorité civile, sans qu'elle pût la sanctionner ou la rejeter pas plus qu'y prendre part, présentait, nous Favons dit, les apparences et les avantages d'une institution démocratique. Elle garantissait l'Eglise contre l'invasion du pouvoir tan porel, et contre la domination d'une aristocratie cléricale qui se fût formée dans son propre sein. A côté vint se placer un autre élément qui assurait au gouver-
W) Yf^. canon du conc. de Laodicée en 372. — Trad. de VEgl. sur ^^^, éiê M^uês, par M. de Lameanats.^iiramii<l ee^i. de Ferdinand daller, p. 292.
neiiient de la société religiense de nouvelles eoaditions de force et d'activité, d'avenir et de durée. Cet élément précieux était la liberté de discussion dans les condles. Les règles destinées à régir Tadministration comme à maintenir la foi, et appelées canons ^ du mot grec ittLvmv {ordre y règle) ^ étaient votées dans les conciles comme des sortes de sénatus-consultes (1). Dès le sixième siècle, ces canons formaient un corps de droit susceptible de classification et de codification. Peu à pep il fut assez complet pour comprendre, avec toutes les règles de discipline, des principes de procédure civile et criminelle qui suffisaient à l'existence et à tous les besoins juridiques de la grande société ecclésiastique. Les points de foi et de discipline^ les affaires générales de FEglise étaient discutées et arrêtées par les conciles généraux réunis avec Tassentiment de Tempereur, les affaires de chaque pays ou province par les conciles nationaux et provinciaux. Le concile oecuménique de Nicée, premier concile général, réuni en Tannée 325, formula vingt canons spécialement destinés à réglementer la discipline ecclésiastique. I^e deuxième met hors du clergé ceux qui se seront rendus coupables de quelque crime, et défend d'ordonner prêtre et de consacrer évêque celui qui est nouvellement baptisé. Le quatrième déclare qu'un évéque sera consacré par trois évêquesau moins de sa province, du consentement des évéques absents, et conserve le droit de confirmation au métropolitain. Le cinquième ordonne au métropolitain de convoquer des conciles provinciaux deux fois par an , l'un un peu avant le carême, et l'autre vers l'automne. Le sixième étend la juridiction
(1) Voy. Jfan. de drùii eccU de Ferdinand Walter> p. 4 et J. Dovisl« Pnmof. eanofi., lîb. y, c. 16 (Paris 1687).
h évéqoèt des trois grandes villes du monde : Rome, Jlezandne et Jniioche^ quant à Finstitution caDonique des évéques, sur les provinces voisines , et anmillo toute consécration d'évéques faite sans le consentement du métropolitain. Le quinzième défend le transfert des évcqaes, des prêtres et des diacres d'une ^lise à une autre (1). Le concile de Sardaigne, réuni en M7, fit également vingt-un canons de discipline. Dans le premier il déclare excommuniés les évoques qui passeront d'ua siège médiocre à un évéché plus considérable. Le liuitième, le neuvième et le dixième interdisent aux évèqùes d'aller à la cour quand ils n'y sont pas appelés par les besoins pressants de leurs églises, le soulagement des pauvres, des veuves et des orphelins ou la volonté du prince. Il leur est permis de se faire représenter par un diacre. Le quatorzième et le quinzième leur défendent de demeurer plus de trois semaines hors de leur diocèse.
U neuvième canon du concile de Chalcédoine, qua- ^fîèiQe concile, oecuménique assemblé en 451, ordonne foeJes différends entre les ecclésiastiques subalternes ^t jugés par leurs évoques ou celui qu'ils auront ^in avec son assentiment, que ceux des éVéques avec des ecclésiastiques d'un rang inférieur soient déférés au concile provincial.
Ainsi gouvernée, la société religieuse se développa pendant longtemps, à côté de la société civile, avec une entière indépendance, avec ses che& et ses lois, n'em^ pniQtant rien à l'ordre séculier dont les éléments étaient i^ien inférieurs comme civilisation, comme discipline et <iomme justice, lui prêtant et lui imposant chaque jour, 3Q contraire, sa morale et ses décrets.
(1) Abrégé eknm. du Cime, généramfi p. 17é
SS MIEIIIKRK FARTIB.
Les empereuTS tou tefoisétaient loin àà deoirarar étran* gen aux affaires ecclésiastiquçs. I>epuis Coi»tanlin, qui avait prig une si grande part aux troubles suscités par riiérésie à'Arius^ le pouvoir impérial énaît «onvent invoqué ou s'immisçait Je sa propre a p ton té comme protecteur, oomme arbitre, comme média leur. Cette intervention ne pouvait être qye dangereuse; elle devait faire nattse dhte les che^s tout-puissants de la société civile le désir et 1$ vqlonté de réglementer aussi la société religicfuse. Consacrés d'abord à déterminer les j(«pports extérieurs de la société religieuse avec la société Civile, lès décrets impériaux allèrent bientôt plus loin. Justi* nien, dans la novelle 123, intitulée De sanctissim/ê eptscopis et Deo amalibus et reverendîssinus demis et mena" ckïsy règle des matières qui appartiennent esckisivement à la discipline ecclésiastique. Il ne feit, il est vrai, que sanctionner des dispositions déjà iSormuIées dans les canons des conciles ,* mais il se les approprie et leur donne place dans le corps de Végîsktioil civile émané de sa volonté.
Le premier chapitre de la ?bveHe 12Sa trait à TélectioQ cies évéques. On y trouve un reste du droit primitivement accordé aux fidèles de prendre part aux suffrages. La faculté de concourir est encore réservée à des; laïques notables, prihiates (1). Trois candidats doivent être désignés, et il appartient aux prélats chargé^ de rordînation de choisir, après une épreuve préalable, cehii qui doit être promu h l'épiscopat. 'Les conditions suivantes doivent étire observées dans l'élection des candidats. « Sancimns A igitur quoties opus fuerit episcopum ordinari, clericos <c et primates civitatis cujus futurus est episcopus ordi-
(I) Voy. également Ko^fi, vr^cap. !•
POUCV. DES OJf.TM AVANT 1789. ^0
« nari mox in tribun p^rionift décréta fiaoere, propoii ti9 iis «tsmMftqcftis RvangeUis, perioolo suarmn animarum a diceateSy in îpm deoreiii, qaia neque propier aliqoMm fl donatîoiiem , neque propter akqnain pMmiMmiem > ntaiDiidtîqmaut abun qpamlîbet caiiMai, ted acien-^ « tel cm leetaB qt eatbcdîead fidai, et honaat» c^e ▼iiiè « et litteaaa notaa, lios degerant, etf ... »
Ooa autra diapMîtion ordonne ^|iz clarciy ui à munf^ fAus p$rf<malibiis et negçiià secubmku^ mkâiine^È (t). Letévécpet aoat astreinta à la ^idence : « lutef^rmut «aatem Deo amabboa episcopia (ycopitet roltaïquere « cec^iaa el ad abaa reginnet vçniM. Si TWi^ nacemias « hoc iBciend» omoigerit» non ahler ni» anm litteris « beatfaimoram paliiaprdbfip ant melropolttfla aut pen « impeûdea juanosniem vkkboèjt hoc faciani (3). » Il asi « eit|aii|t aifx archevéq«ea eft 9um patriarcbea : « i^^ ^^uâ in çmnis' smguUs ameika et sjraodoa^ ceigf^ « ^ (2). V Le oébbit cat impcaè ans pr^rca d'an <^ ipforiieur : « Fvterus oc^dinaci diaooftiia non ' dtlef wdîAetur niiî priua ab ocdinante iaterrogatuft* « promiieisit po<9C^ poil wâinatiooem et émm- kgitiaao " Qxo^ fouetté viwre, non wknie ea qw ofdiBat, in « tempore ordânalionia perniitlere dJacopim aot 8«b- «diacMAmi p06t ocdinatioiieBi qx/orcm aoaiipare^ la « aaicipii cpî perBûltil efnaûopua expeUatmr ab epûeo- « pam (4> *
U IfowUe 1^93,. dans ka dîapositiona <p4 isolent mt- ^ns ra|ipoota de la eoeiéié religiajite, ou jÀitât cbi ^^6^ «yee la aociétè aiTile, eonlifiat k) (jenae dea pri«
{<) ^'o». cxxnij cap. 6.
[% Id. id., cap. 9.
t^) Id. id., cap. 10.
(^) l<(. tii., cap. 14.
100 PRRMIÈRE PARTIE.
viléges les plus importants et les plus durables; le privilège clérical^ la juridiction ecclésiastique apparaissent notamment dans les immunités suivantes qui restreignent l'action de la justice séculière. « Nulli verô judicum lia cebit Deo amabiles episcopos cogère ad judidum ve- H nire pro exhibendo testimonio, sed judex mlttat ad « eos quosdam ex personis ministrantium sibi ut pro- 41 positis sanctis Evangeliis secundum quod deoet sacera dotesydicantquœnoverint(l). >i Plus loin, t neprop- <« ter quanilibet causam episcopus ad secularem judicem «( trahetor citra imperialem jussionem (2), » et ailleurs dans des termes plus explicites ; « si quis contra alîquem « clericum, autmonacbum aut diaconissam... habeat t actionem aliquam, adeat prius sanctissimum episco- (f pum cui horimi unusquisque subjaceat: illeverè eau- <i sam inter eos judicet ; et si quidem u traque pars lis « quae judicata sunt acquieverit, jubemus per lod judit cem boc executioni perfectae contradi» Si quis autem <c litîgantium intra decem dies contradicat ii$ quœ ju* « dicata sunt; tum locorum judex causam examinet; « et si invenerit judidum rectè fectum, etiam per sen- » tentiam propriam hoc confirmet et executiodi proprise « tradet quae judicata sunt et non liceat secundo in « tali causa victo appellare. Si verô judids sententia « contraria fuerit iis quœ a Deo amabili episoopo judi- « cata sunt y tune locum habere appellationem contra ^ sententiam judicis et banc secundum legum ordinem « referri et exerceri (3). » Les évéques doivent être dtés devant le métropohtain et sont dispensés de donner
(1) Nov. cxxin, cap. 7.
(2) Id. id., cap. 8.
G) id, td., cap. 21.
POUCE DIS CULT0 AYATfT 1789. 101
aolMMi. « Ut epiioopi apud proprium conveoiantur me^
• tropolitanumetutcaverepro lite non teneantar (1). v Les moines 8ont dispenaés de oomparàttre en personne. « Ut monachi per procuratorem se défendant (2). »
Fies cha|Mtres 38 et 41, en créant au profit des fflonastèret une substitution exorbitante qui les met , en Âiatière successorale , au lieu et place des collatéraux , lear assurent un merveilleux avenir de richesse et de paissance. « Ut qui monasteria Ingrediuntur se suaque « dedicent monasterio. ... Si qua mulier aut vir monas- « ticam elegerit vitam et intraverit monasterium , filiis « non extantibus , monasterio quod ingredilur res « ejus competere jnbemus. — Si vero talis persona filios ■ babeat, legitimam partem quam filiis non dederit « monasterio competat ; si vero omnem substantiam " inter filios dividerevoluerit... unam sibi partem om- « nibus modis retineat quœ debeat jure monasterii corn- ^petere (3).... Nullam verô licentiam damus aut pa- •Twibus filios aut filiis parentes, ssBcularem vitam ' idinquentes, velut ingratos à suâ excludere baeredi*
* tete, monasterium aut monasticam vitam subsecu- •to»(4). »
Si le clei^ acceptait avec reconnaissance de tels Privilèges y il n'entrait toutefois ni dans son esprit , ni ^ûs son intérêt d'admettre , quant au règlement des ^iresjecciésiastiques, l'immixtion impériale et devoir ^ puia^nce temporelle substituer ses décrets aux canons des conciles. L'abus continua de s'accrottre après Justin
(^) Vùt. CXXIII9 cap. 22.
C4 Id. W., cap. 27.
^ Id. ûi., cap.38.
(^^ Voy. Abrégé ekron. des Comç. généraux^ p. 91.
mett s mmÈ « ue fut ptt tans réiistaiioe de la paît da çorpê eeoléiiatliqne doal roppoaitioa te mamCeâta ot>« tainment dans l6 huitième (îonfeile général tenu à Cou-* slantinople ch 9%9. Le douEième cbdca de ce coûclle « défend d'ordonner les évéques par le commandement « du prince sous peine de déposition » et interdit aui « laïques puissants d'intervenir dans Télection des évé-. « ques s'ils n'y Sont invités par l'église^ ou de s'opposer « à l'élection canonique sous peine d'anatlième» »
Le dixrseptième canon «< rejette avec indignation les « maximes professées par ceux qui prétendent qu'on ne « peut tenir un concile sans la présence des princes oa «^malgré leur défense (1). » Déjà les canons du septième concile œcuménique, réuni à Nicée en 787 , avaient déclaré nulle toute élection d'évêque, de prêtre ou de diacre » faite par l'autorité séculière. Les pères assemblés virent d'ailleurs l'impératrice L%ne et son fils Constantin venir parmi eux et donner une preuve éclatante de leur soumission, en souscrivant » en présence des évéques et du peuple , aua décisions de ce concile (2^.
Dépourvue, toutefois, d'un centre d'unité, parce qu'elle préféra imprudemment ses patriarches* sans domaine et sans autorité qui leur fut propre, à la papauté romaine, l'Église d'Orient perdit peu à peu toute son indépendance. Contrainte de subir tour à tour la tutelle et l'autorité Impériale, elle ne put maintenir les institu* tions primitives qui l'isolaient et qui faisaient sa force.
De meilleures et plus brillantes destinées étaient re*servées à l^Èglise d'Occident. Chargée par les décrets de la Providence de procéder à une grande transformation
JUU.
(1) Yoy. Abrégé des Conc. gén.j p. 91.
(2) Id. id.i p. M.
POLICE Btt CULtSd ATAirr 1789. ÛH
sociale, eUê n'eut pbifat pour niibiôh de ravi Ver lili^ dvilisatioQ vidllie et d'^a coniiouer A quelques égards la treffitioos. Il loi fut donné de «'bnir à la jebtteâlb d'an peufde nouveau; il lui fur jierhiid l}*tentër le db^më chrétien et en même temps la ddthinatîdn cléricale s'nfr QQ tronc plein dé tèvë et de iriguenr.
L'EglîM d'Occident Bmtta avec nbe môme ddiileiir, mais anssi avec coarage^ avec esbolr, avec confia libe daii^ les promettes du Seigneur, i Ib ohirte bunenta^le dtt Tieil empiré rbmain. Elle comptât qtie Diea, todjoiits prévoyant dans ses œuvres, ne détruisait pas, thais qn^â régéâémit.
Dieu semblait, en effet, avoir répudié l'adcikii mondé, tout infeèlé d'erreurs, tolit soëîllé de vices. Un peuple eocore dans l'enfiince He la liârbarie^ une génération entière et nouvelle, accouraient par ses brdrës, terre Koottde qui devait recevoir la seUience ! Une îiiigi*atioii im continue que le ionffle de l'aquilon qui les detdil- {«it, versait sans relàclie les Uabitami du Ndïtl sîif lé ^Hl Les tribus, abandonnant sans retour là ièrrê oatile, s'adieminaient vers une autre terre (ïrfafjnlise; tvec leurs familles, leurs troupeaux, le èfaàr qtïl ^ritlH ^h rldiesses. Il semblait qu'ime voix ihtstëHètisë se At £iit entendre dévaàt leàrs tentes, durant lel fHffiIck Qdits du Nord, et les eut avertis de se levltt* et dé ttiht^ <^bkr. Peut-éire un songe débeienx leur êtveiit-il motitM ^ terre des orangers, son beaa cid; lies tilles mégâifi-^ <iues, ses défenseurs dégénérés; ou plutôt les pélltmri i^ Nbrd étaient appelés^ comine avant eut les pasteurs i'Orijent, vers le bâceao dn Messie pour adorer à leur ^ur. Leur voya{^ était long et pénible, mais dans Rème jaillissait la source de la foi naissante; ils coururent s'y defâlîerer.
Cette multitude obéissant ë An instf^c^ étran^^e sans
;i(M F&EllUSa£ PARTIB.
qu*aucune main visible lui montrât la route, sans voir briller devant elle la colonne de feu comme autrefois le peuple d'Israël, comprit qu'une force invincible l'avait entraînée. Le signe divin qui les excitait et les guidait se trouva en eux. « Je sens en moi quelque chose ^ dit « Attila, qui me pousse à bnUer Rome ! »
En approchant de Rome, cependant, leurs yeux commencèrent de s'ouvrir. La même force qui les avait sus» cités fot assez puissante pour les arrêter ; elle se rendit plus visible. Un saint messager, Tévêque de Home (1 ), en fut le premier envoyé terrestre. Sa voix pénétra miraculeusement jusqu'au cœur de ces hommes féroces. Il demandait une trêve, et il l'obtint. Les Barbares teient vaincus par la croix comme l'empire l'avait été par le glaive ; la conquête pacifique allait commenoi*r.
Les institutions purement humaines périrent toutes dans cet immense désastre. La société romaine, les formes du gouvernement impérial furent emportées par ce flot irrésistible qui se répandit conmie un nouveau déluge. Arche sainte destinée comme la première à servir d*abri à l'humanité, l'Eglise chrétienne survécut seule. Prot^ée par le pouvoir divin qui lui avait promis l'avenir, et par cette forte constitution dont nous avons montré les fondements, elle demeura inébranlable au milieu de la tempête. Non-seulement rien ne prévalut contre elle, n^iis les vainqueurs eux-mêmes vinrent lui demander asile avec l'humilité qui ne sied d'ordinaire qu'aux vaincus.
u Je ne crois pas trop dire en affirmant qu'à la fin du (i quatrième et au commencement du cinquième siècle, tt c'est l'Eglise chrétienne qui a sauvé le christianisme;
(I) Sailli Léun k Graod en 462.
< c'est TE^lûe avec ses instituticms, ses magistrats, son
< poovoir, qui s^est défendue vigoureusement contre la « distolmion intérieure de Fempire, contre la barbarie, « qui a oonquis les Barbares , qui est devenue le lien » ■ le moyen, le principe de civilisation entre le monde
< romain et le monde barbare (1). »
Les évéques et la plupart des ministres du culte furent poor ce peuple en&nt des maîtres en fait de gouverne* ment, d'administration, de moeurs publiques, aussi bien qoe des maîtres en &it de croyances religieuses. Les rois barbares inhabiles à gouverner et à s'approprier le ma-» gaifique héritage des empereurs romains , à utiliser, à nnemblar les débris de ce grand corps, ne furent pas cooduils seulement par leur foi toute pleine d'une ferveur récente à donner crédit aux gens d'église. Ils trouvèrent en eux la sdejice, l'influence sur les ()opulations. Ik en firent des conseillers , des auxiliaires , des mii^Mks. C'était le dergé qui guidait ces législateurs ineipérimeatés, dans l'entente et l'imitation des lois et t'es institutions romaines, objet de leur admiration. Membres de la plupart àe^municipes qui avaient survécu ^ les villes, investis du titre de Defensores cmtaUs^ 'e> évéques protégeaient contre l'abus de la force ces asiles où devait se conserver le dépôt et s'opérer le developpenimt des libertés publiques durant le moyen âge.
L'élément civil et l'élément rebgieux, le pouvoir royal et le pouvoir du clergé se trouvèrent donc confondu! dès le début et l'élément religieux domina presque par* loQt. L'empire des Visigoîhs qui possédaient l'Espagne et le midi de la Gaule fut presque exclusivement gouverné par l'ÊgUse, car ses rois ne purent secouer un instant le
(1) M. GuhoC, EiiU de la Ctv. européenne, t. ti, p. 24.
IjQt) PMMlÈaE PARTIE^
joug. Toutes les affaires importantes étaient discutéei et arrêtées an sein des assemblées ecclésiastiques qui fbrluaienty pour ainsi dire, aatant de diètes souveraifael. Dans les canons des conciles dé Tolède se trouve l'bUtoire des institutions et des Tieissitudes de ce royauttle (1); dans le Forum judkuin;, recueil lé pIuscotii(>letde séS lois civile! et politiques, l'empreinte cléricdle ressort à chaliue pas. Les Francs, établis dans le nord de la Gaule; laissé* rent à Télément religieux une inoindre influence. Pèupk guerrier et indocile, attaché d'ailleurs à ses usages^ ilôt permit point au clei^é d'usurper une tidle |3art dafis 1^ gouvernement. Leurs rois, chefs mihtaires^ avaient une autorité plus indépendante; inaik ils se sentirent bientôt entraînés à leur tour, dans ces contrées où la civiHsitidn romaine n'avait point assez pénétré pour en bannir ntit grossière ignorance, à servir les intérêts de la religiofl avec un zèle aveugle, avec un dévouement superititieui. Subjugués par la crditite du courroux céleste > ils ntfx^ taient une servitude volontaire. Leuri pessioDs étaieflt surtout libérales i Texcès. Dajis l'élan de la dévotion^ et plus souvent encore dans l'élad du repentir ou éa remords, ils multipli€rient vis-à-viS du clergé lèà donations et l'octroi des privilèges. L'achat des pardons s'accrut chaque jour sous les Mérwifigiens en raison des èrîmes qui désolèrent l'intérieur de ces malsons royales si sdarvent ensanglantées par Fambition et la cruatilé. Ledon des terres prodigué avec Une folle munificence assnhiit rapideméilt au clergé la puissance sur le sôl^ c'est-t-dire la ^ssdncè la plus rédile et la plus efficace. Ces Hciiesses s^accumolaient sans cesse, parte qu'elles étaieàt, mièui c|ne loote
(1) Voy. Hiiioire d'Espagne^ par M. Rosseeuw Saiol-Hilaire, tome i*'» p. 357 et suiv.
POLICE |M CUjLTfS âTAHT 1789. i&t
latre propriéié^ & Tabri de la violenee. Le cdtàictère «acre de$ possesseurs et les sympathies des peuples protégeaient l'apanage eedésiastique contre les spoliations hardies qu'engendrait partout l'abns de la Ibt*ee. Un Imiorien moderne résume, dans les termes sultailts, les détails de cette aUodiation cléricale.
A Tours, Reims et touties leurs dépendances sont exetnp^ ^ tes d'impôts. Les possessions de l'église de Reltns s'ê- « tendent dans les pays les plus éloignés, dans l'Austrasie, H dans l'Aquitaine. Chaque crime des rois barbares Tant " à l'Église quelque donation nouvelle, et qui pourrait « blâmer ces donations? Tout le monde désire être donné « à TÈglise; c'est une sorte d'affranchissement. Les évé« « ques ne se font nul scrupule de provoquer, d^étendre « par des fraudes pieuses les concessions des rois. Le « témoignage des gens du pays les soutiendra s'il le feut. < Tous attesteront au besoin que cette terre, ce village^
• ont jadis été donnés par Clovis, par le bod Gonttan ;
• au monastère, à Tévéché voisin, lequel n'en a été dé-* ^ pouillé que par une violence impie. Chaque jour la « connivence du clergé et du peuple devait ainsi enleveb « Quelque chose au Barbare et profiter de sa crédulité, ^ de 8â dévotion, de ses remords. Sous Dagobeit \H » concessions remontent à Clovis^ sous Pépin le Bref à B Dagooert. Celui-ci donna eu une seule fois vingt-sept « bourgades à l'abbaye de Saint-Denis. Son fils, dit- « rfaonnéte Sigebert de Gemblours^ fonda douze monas- « tcresi et donna à eaiot Remacle^ évéquè dé Tofi^rès,
• doQie tteifés de k>i»g, doti£e Hétie» de lai*gé d^iis là
« forêt fl'Ardèfahes (1). »
ÇAi\^connii>ence, dont parle Técrivain que nous venons
(1) Michelet, Èùioire de France, tome p% p. 256.
106 p&EMlâRB PAETIB.
de citeTi était naturelle et légitime en effet. Passer dans le domaine de l'Eglise, c'était se soustraire à un despotisme cruel. Les serfs y trouvaient à la fois plus de mansuétude dans le gouvernement et une protection mieux assurée contre les vexations des puissants et des gens de guerre. La violence et l'oppression s'arrêtaient devant la crainte des représailles sacrées dont les menaçait l'épiscopat armé de ses foudres redoutables (1).
Il est impossible de déterminer à cette époque les règles, les lois ou les principes qui présidaient aux relations du culte avec la royauté. Les limites réciproques des deux puissani!es n'avaient rien de fixe et variaient suivant les événementSi suivant les passions et les tendances personnelles, le caractère humble ou orgueilleux, clément ou cruel des rois et des prélats. Il y avait absence de régularité et d'unité dans l'ordre religieux comme dans l'ordre politique. Les deux sociétés manquaient de lien commun; au-dessus de chacune d'elles ne se trouvait point un principe d'autorité universellement subi ou reconnu, assez puissant pour triompher de la division des royaumes, des distances, des différences d'idiomes, des changements qu'apportaient aux nationahtés la guerre et les conquêtes. L'orthodoxie même était ébranlée dans la société religieuse. Durant plus d'un siècle l'arianisme domina dans
(1) Le concile de Clermont, tenn en S35, excommunie ceux qui de^ mandent aux rois les biens des églises et qui par une liornble cupidiie ravissent le bien des pauvres. Il annulle en outre les donations.
Le concile de Lyon, réuni en 567, ordonne que les tesUroents ptf lesquels les clercs oti autres personnes laissent quelque chose à l'Église soient toujours valabies, quel que soit le défaut de formes qui s'y troute. Il renouvelle les menaces d'excommunication contre ceux qui pendant la guerre envahissent ou réclament les biens des églises. (Koy . J. Sirmond, Cfme, da Gaules.)
POLICE DBS CULTES AVAITT 1789. lOtf
iVglite golhiqiie; riiérésie fut professée à la fois par IVpincopat et la royauté. La discipline ecclésiastique reçut presque exclusivemeot ses règles, dans ce vaste royaume, des conciles nationaux qui forment une longue série sous le nom de conciles de Tolède^ Dans les Gaules franqae et germaine, le désordre semblait plus grand encore; la société civile^ surtout, ne présentait^ dians sa déplorable instabilité, qu'une lutte d'éléments contraires. Cétait nne transformation continuelle, un mélange de forces et d'impulsions diverses qui ne pouvaient parvenir à le formuler en une seule puissance. La constitution de la propriété, l'association municipale, les formes de gouvernement et d'organisation sociale, s'agitaient indécises eatre les restes de l'administration des Romains , les mœurs, le droit introduits par eux et les coutumes des Barbares. Les membres du cl^'jrgé tiraient toujours de leurs nchenes territoriales, de leur influence sur les populatvxtt, de la place qui leur était donnée parmi les con* allers des rois, une suprématie individuelle, mais ils avaient peu à peu oublié ou brisé les liens de hiérarchie <{ui ea faisaient un corps. Au-dessus de l'épiscopat identifié avec les intérêts diocésains, nulle volonté qui impriiQdt une plus haute direction, qui s'étendit dans de plus vastes limites.
Ce désordre appelait quelque domination assez absolue et assez intelligente à la fois pour rassembler une société ainsi dispersée, pour la placer dans une voie ttuique ou il lui serait permis de suivre une marche progressive. Les peuplades occidentales attendaient ce point de ralliement , cette r^le , cette formule. Leurs futures destinées ne devaient commencer à se réaliser ^'à partir de ce moment. La force, cependant, créait aa nord une puissance qui s'élevait au-dessus des mille principautés de la Craule et allait les forcer de se réunir
\\ù PRKIUKRC PARTIE.
80U8 elle ou autour d'elle, de l'accepter comme reine ou comine protectrice. C'étaient les Francs d'Âuslrasîe et Pépia leur chef. La papauté grandissait d'autre part à Faide ^e a^ conquêtei spirituelle» sur les tribus barl^res qv^'elle réunissait autour du flambeau de la religpcvui r^^iif aux mains de missioimaires infatigables, 4évç(\](^ Q( humblement soumis à l^aulorhé du' saintsiégç. ÇçUe nouvelle église, foad^ sous les auspices des pQfjitifeç r^nisiins, accepta leur suprématie de fait et de droif.
^es d/ewi- puissances sorties simultanément du cbaos co^prire«^t qu'elles se compléteraient par Funion. Des nécessités, réciproques les poussèrent dès le premier jour à une étiTpite alliance. Pépin apporta ki force à la 'papauté; ceJile-ci lui donna la légitimité. Les rois d^Austi^s^ie p^offûrent d'opposer une digue aux invasions des Lom^ai^dai ^^ évéqaes de Rome promirent à leur race la çp^sçcr^iion religieuse qui devait Félever aii-dessus des. aUitrçs rpis de lia terre franque*
1^ çfi^ 4^ ce mouvemeol opévé en Burope et de cette association se réalisèrent aussitôt par les merveiik'S di^ règijie ^e Cbarlemagne dont ils serviivnt la grandçur (1). ](ia, forme imprimée à la société religieuse et civile commença, sous lui, d'être mise en relief. Ses règlem.e^t% y couttri1mérei|l co^mme ^ actions. Nul oiAvriei^ pllUiS vigoureux et pins habile ne pouvait être
(i) « Gbariemagne marque la limite à laquelle est enfiiii cQjpsçoamée U « ^ifisohijtiQH 4Ai'^ncien monde rçinaîn et barkmre, et où commence vrai- « ment la^fbwstion de i'Euj;ope moderoe^ du monde nouveau. C'est « sous son règne et pour ainsi dire sous sa mpûi^, quo s'^ ^§M^ '^ ^f ' « eousse par laquelle la société européenne, faisant voltp fa^^, est sotfif^ « d^S XQÎts de la destmction pour entrer dans celle de là créalioD* (l(. Çuizgf» ^iif» d4 la Civ. en Europe^ toms «, p. 80^)
POLICE mS CULTES AVAfTT 1789. IH
ippdéisodler de tes mains les fondements de Védifice. Pbanaivi par le désir d'imiter Ijà centralisation romaine, derestotdterles formes du goavernement impérial dont iei débris majestoens , dont le sonvenir suscitaient encore l'adniiFatîon et Tenvie , il parvînt par Feffort de na génie à en reproduire un instant Timage.
Tout se ocMirba som la volonté de Chqrlemagne. 11 ii*esl aucun point sur lequel ne se soient portés sa vue et ses ordres. Durant son règne Télément civil domina l'éléflfient rebgîeuz et les règlement» de la société ecclé- »asti(pie forent k plus notable objet de ses soins. Quand OQ examine la pcdice du culte durant les âges suivants, les ojriginca , les points de départ les plua ft^nents remontent aux Capitulaires. Leur étude atteste que la discipline ecelésiastîque en général et le pouvoir épis** copal en particulier subirent étroitement la tutelle du poavmr impériaL H régla la liturgie, les détails des cécémonim ^ jusqu'à la vie intérieure des clercs. Il est dit dans un €i|pitulaire (1) : « Qui ad clerieajl^m accc" ' imty qtwdi tfps nominamus canonieam viiam, volumus « iit episcopus eorum regat vitam.».. Clerici ui. vel mo < nachi sù\tj vel veri canonki* » La vie canonique qu'il 'Kommandait ainsi, et qui subsista parmi les ecclè^ wtiques jusqu'au dixième siècle environ , consistait en une sorte 4^ communauté. Tous les prêtres attachés au service d'une église et inscrits à ce titre sur un caruon ou registre, conformément aux dispositions du concile ^ Nicèe (2), habitaient da^is un édifice commun où i]« ^ient scgumia à une vie presque monastique et à dea réglementa émanés de T^yéque^ Chrodogan, évéque de
(1) CaT^^. âa Van 789, e. ti et %.
(^ Voy. Coftc. nie., XYi^oaDOO*
lia PREMIERE PARTIE.
Metz^ composa pour ces maisons, en 7tt0, une règle de discipline qui se préoccupait des plus menus détails (1). A partir des apôtres et durant les premiers siècles de rÉglise y Tunité et Tintégrité de la discipline ecclésiastique avaient été maintenues par les visites des évéques ou de prêtres délégués qu on appelait en Orient circuitores. Les Capitulaires rétablirent cette coutume et ordonnèrent ces visites avec une Insistance particulière.
Cbarlemagne traça surtout d^une rnaid ferme les limites des deux puissances, ainsi que l'attieste sans équivoque ce passage des Capitulaires. « Interrogandi M sunt ( missi dominici ) in quibus rébus vel locis eccle- « siasticis laici aut laicis ecclesiastici ministerium suum « impediunt, in hoc loco discutiendum est atque in- « terveniendum in quantum se episcopus aut abtias « rébus secularibus debeat immiscere , vel in quantum « cornes vel alter laicus in eoclesiastica negotia. Hic M interrogandum est acutissimè quid sit quod Apostolui « ait : Nemo militans Deo implicat se negotiis sécularise bus (2). »
Il sut toutefois allier vis--à-vis du clergé la justice à la fermeté. Sa munificence et son respect pour TEgliie rendirent non-seulement l'obéissance facile, mais lui méritèrent une reconnaissance dont les témoignages sont venus jusqu'à nous. Akuin écrivait à Cbarlemagne en Tannée 801 : c< Tu es le bonheur du royaume, le salut « du peuple, Thonneurdes églises, le protecteur de tous « les fidèles du Christ. C'est sous Fombrede ta puissance « et à Fabri de ta piété que la grâce divine nous accorde
(1) Voy. MahimMii hrM ecel. de Ferdinand Waller, p. 197.
(2) Raliite» Ca^t. prîmimi, année 8)1 ^ $ ir.
POUCE DBS CULTES àYAffT 1789. 113
< de pratiquer la vie religieose et de servir Jénis^^Chritl i dam une tranquille paix. Il est donc juste et nécessaire « qoe, d'un esprit attentif et d'un cœur dévouéi nous « ^yons occupés de ta fortune et de ta santé, et que < nous invoquions Dieu à ce sujet, très excellent et digne « de tout honneur seigneur*roi David (1). »
S Ils— Origine et aecrùioemefi^U de la papemU.
Cliarlemagne n'eut pas d'héritier.
Api*ès ce grand homme la dissolution et la confusion recomuieaoèrent dans la société civile; il sembla que son «nvre venait de périr avec lui. Une ère d'ignorance et de rudesse s'ouvrait de nouveau ; les derniers vestiges deladvibsation et de l'administration romaines allaient disparaître, dominés tout à fiait par l'élément barbare. ^ ténèbres succédaient à la lumière, la division à l'u- ^^, la force aveugle au despotisme éclairé.
Quel pouvoir sera donc désormais capable de conserver i« notions du juste et de l'injuste, les maximes sacrées du droit des gens, et de les feire respecter au besoin ? Qui donc, au milieu de ce conflit des forts, pourra protéger le feible ? Qui donc aura la mission d'interrompre un imiant les sanglantes querelles de ces rois et de ces ^pereurS) vivant dans leur armure et leur harnois de ^taille, de s'entremettre dans leurs violences , d'oppo- ^ un firein à leurs rapines, a leurs vengeancesi à leurs adultères? Quelle voix pourra faire parvenir la plainte OQ la menace, le remords ou la terreur jusqu'à ces oi- ^ux de proie, tyrans subalternes, retranchés dans leurs
(^) Toy. Gaizot, HiiL de la Civ. europ., tome n, p. 371.
iiJk PKBMIKaR PARÎIB.
aires fortifiées comme dans un nid de vautours^ «t iàlre trembler dans leur iniquité ceux qui bravaient toute loi humaine? pendant qu'au fond de leurs asiles myatérieux et sombres, des hommes voués au Seigneur oonaerveront le dépôt sacre des lettres et de Fhistoire, qu'au fond des déserts d'autres lutteront contre la nature et fétoodercml les steppes stériles, qui donc devra empêcher le choc et la destruction des peuples» donner un aliment nouveau à ces générations belliqueuses et rejeter sur une terre étrangère, consacrer à un but lointain leujr ièrooe aotiyi1;é ? ^^ — La papauté avait cette mission à remplir, et au moment même où les ombres commençaient de a'éten» dre elle se leva à l'horizon. Charlemagne avait contribué plus que tout avtre à préparer son avènement. Il sera«blait que ce grand homme eut compris que ]f sceptif d'Occident allait échapper à ses successeurs et qu'il hl^ lait d'autres mains pour tenir les rênes, un autre regard pour veiller sur les destinées de l'Europe !
La société religieuse sauva ainsi la société civ^e. Pré^ servée elle-même de la servitude ou de la décadence par la supériorité de ses constitutions en même ten]yf>s que par son caractère divin, elle garantit l'ortl^odoxie qui faisait sa force en acceptant un principe d'aiilorité absolu el imn)iiable. L'intégrité de la foi d'où procédait dan(( l'FvgUse la communauté de croyances, de vu/es et d'intérêts, fut mise en sûreté pour un loi^ avenir.
« On a beaucoup aceusé le saint-«ic|[e d'ambitioii^ «I dit un écrivain moderne (1) , mais^ en conseieneet a que fût devenu sans lui le oatèc^Gisnie ? EpaqpiUé « ,sur tonales points du globe^ au nilieude nKeuia^
«slnt*«MBtfe^ mkî. ^^Eêptip^
K de oliiMii si divers, n'eûl*il pas perdu c«tte unité qui «* faisait sa force, pour se diversifier au gré des mille ca- « pnc^dela raison humaine? L'Eglise avait besoin d'un « centre,. «. il fallait qu'une tradition non interrompre « de doctrine et de vie liât Tune a Tautre toutes ces gé- « nérations da prêtre^ qui se succédaient au pied de « l'suteli et préùdât, infaillible et é^rnelle, à tous cet « OQQcileB qui se déroulaient à travers les siècles comme « l£S feuillets d'un même livre. »
Lonqu'oi^ #onge que cette société ecclésiastique, répandue sur la surface de TEurope» mais concentrée cependant au point de vue spirituel dans l'unité du %nie et au point de vue temporel dans l'unité papale, ^tà son usage une législation de beayooup supérieure ^ to^e$ celles qui existaient à cette époque; lorsqu'on ^e que ce système 4e centralisatioui réalisé dans son ^> rendait commun à tous les peuples ses usages et ^ décrets, qu'il introduisait partout à la fois et sur les P^ les plus importants du droit civil et criminel, des ^format, des adoucissements, de» améliorations que réclamait impérieusement la barbarie ou l'insuffisance des m^ on est saisi d'unp légitime et reconnaissante admiration.
Le rôle du saint^^ge apostolique, son influence utile ^ civilisatrice sur le double terrain de la religion et de ^ M)cièté, ont farappé jusqu'aux hérétiques, jusqu'aux philosophes, qui contestaient d'ailleurs la plupart des attributs ou des bienfaits de cette institution. « ïl faut à
* l'Eglise, dit Mélancthon^ des conducteurs pour main-
* tenir l'ordre, pour avoir l'œil sur ceux qui sont ap- ' pelés au ministère ecdénastique et sur la doctrine des < prêtres et pour exercer les jugements ecclésiastiques, « de sorte qup sHl n'y avait point de tels évêques, il en ^faudraà faire. La monarchie du pape servirait aussi
a beaucoup à conserver entre plusieurs nations le con- « sentement dans la doctrine (1). »
Calvin dit en parlant de Jésus-Christ : «ç Cultus sui sef( dent in medio ierrœ collocavii ; ttli unum antistUem prœ- M fecit quem omnes respicerent, quo melius in umtate con^ a tinerentur (2). » Voltaire reconnaît la grandeur et la légitimité du but que la papauté pouvait se proposer^ tout en niant qu'il ait été atteint. « L'intérêt du genre « humain, dit- il, demande un frein qui retienne le soute verain et qui mette à couvert la vie des peuples. Ce « frein de la religion aurait pu être, par uneconvention « univcfrselle, dans la main des papes. Ces premiers « pontifes, en ne se mêlant des querelles temporelles que a pour les apaiser, en avertissant les rois et les peuples « de leurs devoirs, en reprenant leurs crimes, en réser** « vaut les excommunications pour les grands attentats, <( auraient toujours été regardés comme des images de (c Dieu sur la terre. Mais les hommes sont réduits à n'a- « voir pour leur défense que les lois et les mœurs de « leur pays; lois souvent méprisées, mœurs souvent cor- « rompues (3)« »
Après avoir payé un juste tribut d'éloges à la suprématie papale, nous aurons à signaler en elle un élément moins divin. Elle fut aussi accessible aux passions humaines; Tamonr du pouvoir Tentraina dans des écarts amèrement censurés par l'histoire (4); humble jusqu'à-
(1) Voff' Jos. Demaislre, Liv. du Pape, chap. ix, p. 50.
(2) CcUv. iiMl. VI, $ 11.
t (3) Voltaire, Euai sur VHUloire générale, cbap. lx.
(4) Oo peut lai appliquer cette pensée de Montesquieu : « C'est une A expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en « abuser ; il va jusqu'à ce qu'il trouve des limites. Qui le dirait P La vertu « même a besoin de limites. ^
POLICE BBS CULTES AYAin* 1789. 117
iort et toujours prête à rechercher et à accepter le patronage des souverains, l'Eglise devient ambitieuse et envahissante du moment qu'elle s'est véritablement con» s&taé sa propre souveraineté. Durant cette seconde période, qui date du neuvième siècle, la vie du catholidsme et du clergé catholique, leurs vicissitudes, leurs progrès, leur crédit, leur inQuence sur le peuple et sur l'État, se confondent presque étroitement avec la pa* pauté; au nom et par les soins du saint-siége, se disaient et ^ conservaient les conquêtes. C'est à raison dece point de vue quHl importe d'examiner en peu de mots les circonstances qui créèrent la puissance pontificale.
Dans la primitive Église et durant les quatre premiers ûècles, les évéques étaient égaux entre eux, sauf la distinc* tion établie en laveur des métropolitains et des prélats. Le métropolitain ou archevêque était Tévêque des grandes viHes et le supérieur des provinces ecclésiastiques ; le primat ou patriarche était choisi parmi les métropoli- ^ing et placé au-dessus d^eux comme degré de juridiction; on les appelait aussi exarques{\). Les évéquesétaient loiQ d^étre considérés comme de simples délégués du ^i^e apostolique. Ils réglaient en premier ressort et 3^ec une juridiction qui leur était propre, en vertu de H)Qvoirs qui remontaient à Jésus-Christ, les afiaires de eur diocèse. Les affaires de la province, celles où Ton appelait du jugement de Tévéque, celles qui soulevaient des intérêts graves et généraux, étaient réglées par le inétropolitain de concert avec tous ses évêques. S'il y avait désaccord, le primat devait être pris pour juge. Au 'ortir de ces conciles provinciaux et après avoir été délibérées, les qtiestioiis importantes dans lesquelles Tépis-
(1) Foy. Can. 9 et t7 du conc. de Ciialcédoine, en 451.
fit PHEMISRB PAKtn*
copat se trouvait engagé, causœ majores^ pouvaient être déférées au pape sans qu'il apparaisse clairement qu'il eut droit d'évocation (1). Nous avons déjà cité le sixième canon du concile de Micée qui conCèrait une égale autorité auxévéques d'Ântioche, d'Alexandrie et de Rome» pour Tinstitution canonique des prélats des provinces voisines.
L'élection de l'évêque de Rome fut d'ailleurs cohforme, dès les premiers temps, à celle de tous les êvéques diocésains, c'est-à-dire émanant des évêques de la province, du clergé et des fidèles, sous la protection ^ la réserve d'approbation des empereurs, qui confirmaient moyennant une forte somme d'argent. Dans le dixième canon du concile de Rome, tenu en 904, on trouve la preuve de cette coutume. « Constituendus pontifex con-^ « {fenientibus episcopis et unwerso clero cUgatur, expe- « tente senatu et populo, cui ordinandus est, et sic in « conspectu omnium celeberrùne electus, ah omhibûs prœ^ « sentibus legatis imperiaUbus consecretur (2). » L'élection ne fut déférée aux cardinaux que vers le milieu du douzième siècle (3).
Il était hors de doute que le pape demeurait soumit à l'autorité des conciles généraux, et le concile œcuménique de Constantinople, en 680, fit une application remarquable de ce principe. Il anathématisa le pape nonorius qui avait partagé l'hérésie des monothélues.
La suprématie des papes était donc fort restreinte
(1) Voy, su R9C. des f, Dter. epUt. Aneiii, c. i, m, t, yi, el MM n, c. 3, 7; Anacleli episL i, c. 4.
(2) Voy. Mansi, Conc., tome XYin, p. 225 et Manuel du Droit eeeU d« Ferdinand Walter, p. 298.
(3) foy. les can. des cooc de Ulran 1179, Lyoa 12f4> Tieops 1311*
VGUCÉ ns flULnt àjàwr 1789. 110
éni k prindpe^ mais elle avait touteiok jeté de bot$hks fendemeDts.
Le siège de Rome aTait , au début même du chris*tianlime, une importauce qu 'On ne pouvait lui contester et qui résultait de sa situation. Ce n'était pas sans des-^ Ida que Dien avait lait de Romei au moment de la venue de J.-C. , la tète et le ooeur du monde. Toute fé?olttthm sociale et religieuse devait partir de cette ville on y aboutir pour trouver son véritable centre» Im premiers Pères de TEglise, suivant sans doute en ee [xrint la tradition des apôtres, insinuèrent dans leurk rcrits que l'église de Home était la €\ei de l'unité de TEglise. Ils paraphrasèrent en ce sens la parole du Chrisit Tu es PeiiWj etc... Saint Irénée écrivait en 201 (1) i « Adhanc enim Eccksiam propter pothrem pnncipaUiet^ « lem necesse est otnnem coni^enùt Eeclesiam. » Sain| Cyprien en 858 : « Ecdesia una a Chnsêo Domino supna ^Mtum, angine uniiaiis et mtione Jundata (3). i»
L'EgUie obéit à cette impulsion ; les ft* et 4* oanotiê <loci>nclle de Sardaigne, en 84T, autorisèrent et approU^ ^reiit les appels au pape des sentences rendues par deê ^éques oontre leurs confrdres. Dans la première coUt* f^reace du concile général de Constantinople, en S6â (3), ^ év^ues assemblés reconnurent la nécessité d'appeler |Arnii iHix, pour la présider, l'évéque de Rome, et dé^ putèrent au pape Vigile les patriarches d'Orient et seize niëiropolitalns pour le prier de se rendre au concile; '^ pontife refusa I ei) se réservant le droit d'approuver ^ de r^eier leurs décisions.
*4-^»i^« II' »iM Mil I II' Il iiii iiii i>m H'
(1) CmUra Hcnret. ni, 3.
^ S. CffrUni 0piêt. ux.
(3) Voy. ÀMfé tkrm. deê Coêc.§énémm.
En 752 , 8008 le pape Zaccharie , le l^at Bôniiace assembla un synode composé des évéques de France et d'ÂllemagnCi qui décréta que les métropolitains demanderaient \^ pallium au saint-siége (1); mais ce ne fut qu^après l'introduction du droit des décrétales que Texercice de la juridiction métropolitaine se trouva subordonné à cette concession (2).
L'apparition des Fausses Décrétales et le crédit qui leur fut donné secondèrent surtout les progrès de la suprématie pontificale. Durant les sept premiers siècles, les évangiles, les actes des apôtres, quelques constitutions dites apostoliques et les canons du grand concile de Nicée formaient le règlement intérieur de la société ecclésiastique. Au septième siècle Isidore, évéque de Séville , réunit dans un recueil les canons des conciles grecs , de la plupart des conciles de Gaule et d'EspagnCi et ajouta quelques décisions émanées des papes. Au neuvième siècle sa collection fut répandue dans les Gaules avec une addition considérable de ces décisions ou décrétales attribuées aux évéques de Rome et coatrouvées en grande partie. L'auteur de cette falsification , que quelques historiens ecclésiastiques désignent sous le nom du diacre Benoit de Mayence (3) , avait surtout cherché à établir l'intervention souveraine du saint-siége dans les questions générales de foi et de disciphne. En la fai-
(1) Le pa/fttcm était pour le métropolitain.ritisigne qui marquait qu*ii éuit investi de la puissance spirituelle. Cet usage ne parait devoir remonter qu'au VU* siècle. Les empereurs avaient d'abord accordé, kanorit gratia^ cet ornement qui faisait partie de leurs propres insignes aui patriarches des diverses provinces d*0rient. En 600 le pape, avec Tagrénicnt de l'empereur, en décora l'évéque d'Arles.
('2] Voy. de Marca, de Cane, taeerd. H imp.y ciiap. vi et vu.
(3) Voy. Manuel de Droit eecL de Walter, p. 104 et suiv.
tant ressortir dans le passé, il l'assurait pour l'avenir. Son œuvre fut admise à la feveur de l'ignorance du temps et du désordre qui régnait dans l'Église. Gratien, moine de Saint-Félix (1), qui composa, vers le milieu du douzième siècle, un recueil et un traité de droit canonique, puisa abondamment à cette source altérée(2). Les erreurs qu'il avait reproduites ne furent signalées qu'an quinzième siècle , époque où le prétendu recue^ d'Isidore reçut le nom de Fausses déa^taies qu'on lui a conservé depuis, mais la suprématie des papes prise ponr base , consacrée par chaque texte du droit cano* nique, était depuis longtemps établie sur l'Eglise d'Occident. Le droit de réglementer la société religieuse, qu'on leur avait supposé d'abord, était devenu une attribution réelle et pour ainsi dire identifiée avec le catfaoIicisn[ie(3].
Parvenue au faite de la puissance ecclésiastique, appelée à gouverner un corps que ses lumières et sa dïKipline destinaient luî-méme à diriger, pendant longtemps, la société civile, la papauté dut jeter un regard de convoitise sur le pouvoir temporel. Embrassant d'un coup d'œil tant de principautés qui avaient besoin du joug peut-être, qui étaient disposées à le subir, elle ne
(1) Monastère de Tordre des Gamalduies.
(2) Twi. Savigny, Histoire du Droit romain au moyen âge, part, iv, Siias/i30etsaiT.
(3) Les Fauêses décrétalee établirent notamment que lesévèquescontrc '^aels nne plainte avait été portée devant le métropolitain ou le conçue provincial, pouvaient 'demander leur renvoi devant le siège aposto- ^oe ou appeler à ce tribunal suprême de la sentence rendue. Elles reconnaissent aussi au pape le droit de se réserver d'office la connaissance ^ l'afTaire où de la déférer à des juges délégués. Elles allèrent même jusqu'à déclarer nécessaire pour la validité des sentences et décisions ^Dodales, l'approbation préalable du pape. Celte dernière doctrine, surtout, détruisait l'autorité de l'cpiscopat.
put É^ettipéchét d« «taidr oettô paUMliice A Um nûm à M portée.
Jusqu'alors l'Êghsis s'étatt conformée ^ sous ce rapport f à la loi d'obélêMikce et d'btimilité prescrite par son diviti fondateur. Après àfoir déclaré qtië sôû royaume n'est pas de ce monde, Jésus avertit ses apôtref de ne point confondre la mission qu'il leur donn^ ateo là puissance qu'exercent les princes de lu tei^e (1), Fidèles II cette doètrine^ les premiers chrétiens, les premiers évéques , reconnurent que Dieu était le jugé unique et immédiat des souverains auxquels l*Égll^ n'adresse que des conseils et d^ supplications* Grégoti^ de Tours, dans ses remontrances au roi Chilpëriè, tttf sixième siècle, S'exprimait ainsi : a Si qïtis de noàù, 4 « rex , juititiûs trùndtéln transcehdere voluerii^ a H? oof^ a rigi potest : si verb tu excesseris , qui» te corripiet, <i quis te cohderttnabit , nisi is qui se pn>HuHiiat^ eïse rt justitiam. »
L'Église n'en était plus toutefois à Tépoque où sttl&t Ambrôiée pouvait dire qu'elle n'avait d^autre dompiiiel que la foi : ^ NilUl Etclesia nisi fidem possideî (2)i » Da^ puis le décret de Gofistantin, en 821, qui permettait aux Églises d'acquérir des biens fonds et aux particnUeri de les enrichir par des legs , le clergé voyait la terre et les trésors accumulés dans ses mains. En Occident il eut des fieft et des vassaux. Saint Pierre ne tarda poîni a être investi à son tour d'un domaine digne de {ai «t b poséêssion ameûa bientôt le désir de l'agrandissefliâit. Les vicaires de J.^C. entrèrent, comme intéressés , dani a politique européenne, politique sfuas foi, ?ialeaM
m II n II !*—>«— iifci«É<M>w^i*»l^atln<HXi*'
f I) Bsibt Lu6, chftp. xxn. Saint Paul, chst»* XUi* (*2) Âmbrosius, ep*, tome n, p. 8S7.
POUCE DES CDLTCâ krAifr 1789. 18ft
et usurpatrlee ; ils forent rois temporels en même temps que rois spirituels; et, confondant leur double caraco tère, oubliant la limite qui sépare les deux royautés, ite foulurent souvent voir des sujets dans les brebis dti troupeau.
Le zèle trop dévoué qui fit inventer les Fausses Décrétâtes pour mieux asseoir la puissance temporelle des papes, fit suppôier aussi, dans le cours du septième siècle, cette fumeuse donation de Constantin qui, noa content d'assurer à TÊglise le profit des libéralités qu6 la foi et la piété inspil*ent aux fidèles , se serait démis, en feveur de Tévéque de Rome Sylvestre, des prérogatives Impériales. Cette donation qui comprenait tout rOccident : « Borne et toutes les villes occidentales de w C Italie , ainsi que les villes occidentales des autres « contrées, » qui attribuait au siège de saint Pierre toute la souveraineté des Césars , qui expliquait la translation du il^é de l'empire d'Orient à Byzance , par le désir qu'avait eu Tempereur de céder au successeur des apôtres la véritable capitale du monde, cette donatioii qui aurait dû être enfin le bruit de Funivers à cette époque , au lieu de demeurer inconnue pendant trois cents ans , fut hautement déclarée apocryphe et tom* ba, au quinzième siècle, dans un mépris qu'en Italie même leé écrivains du siècle suivant ne craignii^eni point d'exprimer. L'Ârio^te, dans son poème, place Cette chimère au rang de celles qu^Astolphe rencontl^ <lans la lune :
« Di varii fiori ad un gram monte pass» , « Ch'ebbe gi^ buono odore^ or putia forte; « Questo era il dono (se péro dir leee) • Gb« (kMunlino %\ bwm Silvsstro feee (1). >
(1] Orlando fwrioio, cant. uiiv^ st. 80.
L'existence de l'empire d'Occident jusqu'en 476, le séjour des empereurs à Rome, ne permettent point de supposer cette délégation absolue de la puissance temporelle sur la ville même. Durant le règne de ces empereurs, l'élection du pontife, ouvrage du peuple et du clergé, avait besoin de la ratification du prince, etFévêque ainsi institué ne comptait point parmi les magistrats civils. Sous la domination des rois gotbs, en l'an 500, le pape Symmaque ayant été accusé par ses ennemis, le jugement de cette a flaire fut déféré à Tfaéodoric (1). Après la mort de Narsès, qui reconquit l'Italie en 553 et la gouverna au nom des empereurs d'Orient, cette pi*ovince fut divisée en deux parts , le royaume des Lombards, et l'exarcat de Ravenne, qui demeura soumis aux Grecs; la ratification impériale continua d'être nécessaire pour la validité de Télection pontificale (2)«
La papauté sentait toutefois que l'heure de l'émancipatioQ était venue, et se dégageait peu à peu de l'impuissant patronage des empereurs d'Orient. Léon Vlsaurien^ devenu chef des iconoclastes, précipita cet affranchissement par sa témérité. Il osa lever contre l'évèque de Rome l'étendard de l'hérésie, et, le premier parmi tous ceux qui avaient depuis Constantin revêtu la pourpre impériale, il fut excommunié par le pape Grégoire IH» avec la secte dont il s'était déclaré le chef (3). A partir , de ce moment des négociations continuelles s'ouvrent, non plus entre le pape et l'empereur, mais entre le pape et les rois lombards, ou les maires du palais de France.
(1) Fleury, EuU ecc, 1. xxx, n. 1.
(2) Yoy. Liber JHurnut roman» ptmUf,, par le père Gsroier, jésuite, édit. de 1680, et V Essai sur la Puiss, lemp, des papes, p. 9.
(3) En75t.— Fo2^. Lcbcau, Hisl. du Bas-Empire , tome xin, p. 368 et suiv.
Pour reprendre une force nouvelle, le pape s'appuie sans cesse surlâ terre d'Occident; les hommes crédules et naifii, mail redoutables dans le combat, que produisait cette coairée, les royaumes naissants qu'on voyait s'y former , promettaient par la vigueur de leur enfonce une robuste virilité. L'Eglise s'en fit des défenseurs.
Dans leurs rapports avec les rois francs ou lombards, et malgré la reconnaissance extérieure de la suprématie de Tempereor grec, les papes Grégoire III et Zaccharie employèrent souvent et accréditèrent Tespression de république des Romains, lorsqu'il s'agissait de qualifier radministration de Rome. Ils prenaient ainsi les dehors d une indépendance qui devint bientôt réelle. La confirmation donnée par Zaccharie à l'usurpation de Pépin, la dignité depatriceconférée à ce chef d'une puissante dynastie, devinrent pour le saint-siége le principe et le gage d'une féconde alliance. Les efforts de ce nouveau protec- ^ret sa piété secoururent d'abord le domaine pontifical «I botte aux premières entreprises des Lombards, puis l'sugmentèrent de tout Texarcat et de la pentapole. Cette donation foite par Pépin en 754, après le passage des Alpes et le siège de Pavie, <X)ncède ce vaste territoire, tans le concours ni l'investiture de Tempereur grec, à saint Pierre, à l'Eglise etk la République romaine.
L'année suivante le roi lombard, rassuré par le départ de Pépin qui avait repassé les monts, pousse jusqu'aux environs de Rome, et met le siège devant cette cité. Le pape Etienne réclame un prompt secours, et adresse à Pépin des lettres pressantes. L'une d'elles est précieuse pour l'histoire. Ce n'est plus l'évêque de Rome, l'élu du clergé romain, le prélat investi par l'empereur, le pupille des rois francs qui implore la protection du suzerain, (^est au nom de Dieu, c'est en vertu de la plénitude des pouvoirs qu'il tient de celui dont il se proclame le vicaire
f2^ mililflEKR PAETIE.
tur la terre, c*e$t dans l'iatérêt de sa ville de Rome et de ^on peuple; c'est au nom de l'obéissance qui lui est due par les roisi les grands et les nations, que saint Pierre pçrsonnifianti non plus l'épiscopat sur Rome» mais Tépis- QOpKt *ur la terre, adjure les puissances temporelles de prendre sa défense. La désobéîsftaiice esl tnebacée de r^mthènie.
« Pierre, appdé à Tapostolat par Jésus-Christ, fils du u Di^u vivant, etc., comme par moi TEglîse routaine, ^ dont Etienne est éyéque, est fondée sur la pierre. «. Je ^ vous adjure, vous, excellents Pépin, Gbarks et Carlo^ (K maa, trois rois, et avec vous les éyéques, aldiés, pnétrei « et moines, et même les ducs, les pomtes et les peuples, s je vous adjure et la vierge Marie, les ai^es^ les nartyis fi ^ tous les autressaints, vous conjurent avec moi de ne ^ pas permettre que ma ville de Rome et mcm peupls « soient plus longtemps en proie aux Lombards. . . Si voui r« m'eJbéisseE promptement, vous en recevree upe grands m, réccNDapense en cette vie ; vous surmonta cex vos enne^ Il mis, vous vivrez longtemps^ vous mangeres les lûeBi « de la terre, et vous aures en outre la vie étemelle; si ic vous ne m'obéissez pas, sachei que par Tautorité de là « sainte Trinité et de mon apostolat, vous serez privéi i( du royaume de Dieu (!)• v
Charlemagne^ appfié comme son père au secours da eaint^siége, protégea de nouveau Rome contre lef atts** ques de Didier, et confirma en 774 la dosMlion de Pé|[Hii) à laquelle il ajouta la Ligurie, la Corse, la Serdaigne, 1< Sicile, Venise, Bénévent, libéralité qui fut récompenii<' en 8D0 par le don de l'empire.
Pendant que d'une main ces rcHS puissaMs prentieDt
t(t} Vay« Sflssî sur ta Fuiii. Ètmp0Tétê4m pâpn^
POLICE BIS CULTfiS AVANT 1789. tM
Il liéfiNUe d$ r^^litei dn Fautre, ils lui remettaient leur CDuronnepour la bénir, et se déclaraient ses fils. L'Églist ne tarda point à prouver que, dans cette mutuelle adop* tJoo, elle seule avait eu la volonté et s'était cru le droil depreadre le rôle de chef de famille. Jamais aucune mère ne fut plus jaloji^e de ses prérogatives, et n'exigea plus de soamissipn* Elle fit d'abord de cette autorité un iisage noble ^t généreux:. On ne peut se rappeler sans respect et ttni reconnaissance les premiers engagements qu'elle faisait soiiacrire à la royauté. Le serment formulé dès cette époque par les pontifes romains pour le sacre des rois^ était un admirable précis des devoirs qu'impose le poumr ^Qverain. n Bene e^î 4e prias de onere ad quod « desiinarismoneamus. Regiamhodiesuscipisdignitatem^
• piwclarum sane inter mortales locum, sed discrùmms,
• kboris et anxietatis plénum Vemm si considemverù ■ quod omnis potestas a domino Deo esiy per guem regef I ^grumlji tu quoque de grege tibi eomitnsso ipsi De9
• nuionem es redditurus. Primunii pietatem seivahis | ^justitiam sine qua diu nulfa sçciefas consistera po-* *tol; erga omnes inconcusse administrabis . Videos ^ ^P^iUqs^ pauperes aç débiles ah onmi oppression^ A défendes. Omnibus b^nignum , mansuetum , atque
• affàbikm pro regia tua dignitate prœbebis (1). »
n] Vby, M<&n. dé Prôtf eciX. , Se UVaTlêf, p. SM, et Beltarnitii , pou- ^•rom., Ut. Ae Coron, regwn»
l^nsleststtotiB du ooncye ée Psrls^ etotM^ on titn^égitensM ee Ngîs Aeê ^bKgatfMW de la royauté.
< ^ i rte^ «geâéo Voestur. Si eiilfii pié et Juste mtoerieotifliter t«gît, ^ tét Épfièllâtai-; si Ms earâerit , uwi rex sed ijnniiiDiis est. Re^ ministerium spedaûter est popalim Del tuberawre et regere com «etnîttte et jkntitîa éL lA pacem et coacordtan hsbeal atu^Mre. Ipse
* enim débet primo defensor esse eodesiaittin &t seHonim M, vidvanmi,
* orphaQoram cœleroliNiKive ffMif«niin> mtifsmm et ismami
128 t»R£MlKBC PAIiTrC.
Si Içs pontifes n'eussent sanctionné que de telles obli« {rations par Texconimunication et Tinierdit, Tanibition des princes et leur tyrannie pouvaient y perdre^ mais riiumanité aurait-elle du s'en plaindre ?
La véritable indépendance spirituelle et temporelle du saint-siége parait dater de Tavénenient de Charlemagne à Tempire. Jusque-là les empereurs grecs conservaient toujours sur Tltalie une apparence de suzeraineté, la dignité de patrice^ confirmée par eux à Pépin et Charlemagne, constituait une magistrature civile qui renfermait dans ses attributions le gouvernement de la cité romaine. Représentant de l'empereur, le patrice rendait la justice en son nom. En 799, Léon in ayant été accusé devant Charlemagne, ce prince chargea des commissaires de Fexamen et du jugement de rafFaire(l). L'élévation de Charlemagne à 1 empire, sans lui attribuer plus de puissance réelle qu'il n'en avait déjà, détruisit toutefois la fiction qui faisaitde sa dignité de patrice un intermédiaire entre l'empereur d'Orient et le pape. L'évêque de Rome, Léon m, devint à son tour de fait et de droit le chef du gouvernement de Rome et d'une partie de l'Italie. Il date ses actes du règne de l'empereur Charles, et son successeur Etienne, après son élection, fit prêter parles Romains serment de fidélité à Louis le Déhonncdre (2).
Avec le neuvième siècle devait commencer la lutte de
«t'tiam. Scire enim débet qaod causa quain jiixta ministerium sibi oom- « missum adioinislrat , non bominum sed Dei causa existit, cui \l^ « ministerio quod suscepit in examÎDÎs tremeodi die rationem reddiiunis « est. Nemo regum a progeoitoribus regaum sibi adminislxari, sed a Deo « veraciler atque bumiliter credere débet dari. »
(1) Foy. Fleury, HmI. eccU^ J. xlv, n. 14. Eginbard, ad ann. 77^» tome V du Aec. det Hûf . de France.
(2) Lécointe, Ànn, eee. franc,, loma vi, p. 814.
ces pontifes avec les empereurs et les rois. La feiblesse des 8Qcce»eurs de Cbarlemagne leur suggéra sans doute cette tendance à une domination absolue, et leur rendit la victoire aisée. I.ies guerres impies du règne de Louis le Dehonnairey sanglante période où Fbistoire rencontre à chaque pas les fils armés contre leur père, les frères con-* tre leurs frères, motivèrent trop souvent Tintervention du clergé. Les crimes audacieusement assis sur le trône, légitimèrent aux yeux des peuples les censures ecclésiastiques. Elles se produisirent avec une apparence de justice qui, en leur conciliant le respect, disposait d^autant mieux à l'obéissance. D'ailleurs, ceux d'entre les rois qui succombaient dans des luttes iniques achetaient volontiers Tappui ou le pardon du saint-siége par une humiliation volontaire et des concessions sans mesure.
Le partage fait par Louis le Débonnaire en 817 et qui attribuait à Lothaire^ l'ainé de ses fils, la dignité impé^ nale,à Pépin l'Aquitaine, à Louis la Bavière, suscita la rivolte de son neveu Bernard, roi d'Italie. Vainqueur dam la lutte, Louis le Débonnaire fît crever les yeux au ^aioca, et la mort fut la suite de ce traitement cruel. Poursuivi par le remords et prompt au repentir^ Louis crut qu'il ne pouvait humilier trop profondément la dignité impériale devant le clergé pour s'absoudre, et demanda la pénitence publique. Avili aux yeux de sa iamille et de ses sujets, le faible prince ne s'arrêta point à cette soumission passagère. Cédant aux prières de Judith, sa seconde épouse, mère de Charles le Chauve^ il diangea les bases du partage fait en 817, et sur la part attribuée aux aînés créa un royaume pour le dernier de ^ fils. Lothairej Louis et Pépin levèrent aussitôt l'étendard de la révolte. Effrayé par une si prompte rébellion, 1 empereur constitua le clergé juge de ce débat et convoqua successivement quatre conciles auxquels il soumit
Texamcn de «a conduite. Les prélats blâmèrent le» fib dénaturés, mais ils n'oublièrent point que la couronne impériale avait été déposée un instant devant eux pour n'être reprise qu'après leur jugement. L'un de ces conciles, faisant remonter à Constantin le Grand cette suprême autorité, prêtait à ce prince les paroles suivantes:
« Dieu, disait-il aux évêques, vous a donné le poiiw voir de nous juger ; mais vous ne pouvez ê<re jugés par il les hommes. Dieu vous a établis suf nous comme des « dieux, et il ne convient pas que l'homitie juge des If diedx; cela n'appartient qu'à celui dont il est écrit : « Dieu s est assis dans la synagogue des dieux et il les « juge, )î Le calme rétabli par la décision des conciles fut de courte durée. Louis, forcé d^abord de reléguer Judith ddns un cloître, retrouva tout à coup un mouvement d'énergie. Il rappelle l'impératrice, retire à I-othaire la dignité impériale et donne à Charles le Chauve le royaume de Pépin. La ligue des trois princes Èe reforma aussitôt, et Grégoire IV^ auxiliaire puissant, vin! en France leur prêter le secours de ses conseils et de son autorité. 11 menaça Louis le Débonnaire de ses anathèmes, et répondant aux évêques, partisans de Teitlpereur, qui lui avaient écrit en le traitant de frère : « Le terme de «t frère sent l'égalité, leur dit-il ; c'est le fitf e de père <f (Jue vous me devez. Sachez que ma chaire est tiu des- <t sus du trône de Louis (1 ). »
Nous ne suivrons pas à travers l'histoire du moyeii âge l'application et les développements de la doctrine qui venait d'être posée dans ces fières paroles. Les feuiei de' Louis étaient irréparables ; en ses mains inhabiles avait péri l'œuvre de Charlemagne, l'unité de l'empire
{i) Pleury, HisU ecc, h XLVtt, d. 39.
etrinviolabilité du pouvoir temporel des erapetreurs et des rois. Après lui, le pape et le clergé national disposent des couronnes. Les évêques, assemblés à Âix-la- ChapeOe, donnent solennellement à Louis de Bavière et à Charles le Cfiaus^e^ vainqueurs de Lothairej l'investiture des états conquis. Les deux princes, après avoir. promis par serment de mieux gouverner que leur frère, reçoivent le royaume par Y autorité dii^ine (1). Plus tard, Charles le Chauve est déposé à son tour par les évoques qu'avait réunis Vénilon, archevêque de Sens, à l'instigation de Louis de Ùermanie. L*empereur, au lieu de repousser par la force cet insolent anathème, reconnaît Tépiscopat pour juge et se plaint seulement d'avoir l'ié condamné irrégulièrement. « Les évêques, dit-il au con- « die de Sàvonnières (2), sont les trônes où Dieu s'assied « pour rendre ses décrets; j'ai toujours été, je suis en-
* corc disposé à me soumettre à leurs corrections pater-
* Nielles, mais quand ils y procèdent régulièrement. » i^antde se séparelr, les évêques assemblés dans ce concise prirent l'engagement de rester unis pour corriger ferois, les grands et le peuple. Nicolas l", qui régnait alors sur la chaire de saint Pierre, casse la décision des deux conciles de Metz et d'Aix-la-Chapelle qui avaient awiorisé Lothaire, roi de Lorraine, à divorcer avec Tbeutberge pour épouser Valdrade, sa concubine. Les ^êqucs se plaignent de ce que Nicolas veut devenir em- P^reurdetoutte monde. Le pontife écrivit à l'un d'eux, Adventice, évêque de Metz : « Vous dites que l'apôtre « ordonne d'obéir aux rois, mais examinez d'abord si
* ces rois le sont véritablement, c'est-à-dire s'ils sont
V) I. àirmbn^, Conc, gai., et TEssai sur là PuU$. ien^» des Papes. (^ Rèc. des Concy tome yni, p. 679.
« justes I s'ils se conduisent bien, s'ils gouvernent con- <c venablement leurs sujets, car autrement il faut lei « tenir pour des tyrans et leur résister (1). » Enfin, sous le règne de Louis III, l'un des fils de Louis le Bègue ^ en 880, HincmaTj archevêque de Reims, ne craignit point d'écrire au roi : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi « pour gouverner l'Église; c'est moi qui, avec mes colce lègues, vous ai élu pour administi*er le royaume à « condition d'observer les lois (2). »
En 962, Jean XII pose la couronne impériale sur la tcte d'Othon, roi de Germanie; à l'empire il joint le royaume d'Italie et dépose le roi Bérenger qui en était [)0S8esseur. En 987, Hugues Capet se fit roi de France et fonda une nouvelle dynastie. Assez puissant pour ne point recourir à l'investiture du pape^ il ne réclama pas non plus l'appui des évéques français et affermit ainsi la couronne sur sa tête et celle de ses descendants, en ne la faisant dépendre que de Dieu et de son épée; mais son fik et son successeur Robert fut moins indépendant du joug du clergé; il épousa Berthe, sa parente au quatrième degré, malgré les prohibitions canoniques , et fut le premier roi de France frappé des foudres de l'excommunication. Berthe fut répudiée.
Dans la première partie du onzième siècle, cependant, une réaction menaçante semblait prête à s'opérer contre Tautorité du saint-siége. L'église tout entière allait se trouver enchaînée peu à peu dans les liens de la vassalité. En recevant la couronne impériale des mains de Jean XII, en 962, Othon avait confirmé, par reconnais sance, les donations de Pépin, de Chademagne et de
(1) Voy. Ree. des Cône., tonie vni, p. W7, eiVHùt. eec, 1. XL, n. 35.
(2) Voy. Mïllol, FAêfMnUde Vhiit. de France, tome i, p. 194.
POUCX DES CULTES AVAITT 1789. 133
Lms le Débonnaire; mBÏij jaloux de rendre à Tempire lOD premier lustre et ses anciennes prérogatives, il se réserva, à son tour, la souveraineté sur la ville de Rome et toute la contrée environnante, et imposa aux papes élus la nécessité d'obtenir l'assentiment des empereurs. H poussa même Tautori té jusqu'à faire déposer Jean XII par un concile (1). Léon YIII, pape choisi par Othon, ne prit cependant possession entière et réelle de la chaire de saint Pierre qu'après la mort de Jean XII. Le protecteur imposa à sa créature une loi qui devait plus tard engendrer bien des querelles. Il exigea du pontife et du clergé de Rome la reconnaissance du droit qu'il s'arrogeait pour lui et pour sa postérité de nommer les papes, évéques et archevêques dont l'élection serait désormais nulle et non avenue, si elle n'était confirmée larles empereurs. Les prélats devaient dans tout l'empire recevoir l'investiture par la crosse et l'anneau. l'Vroperear, les rois d'Italie, auraient en outre, à perpétQité, le droit de choisir et désigner leurs successeurs. Henri III, suivant cet exemple avec audace, enleva aux Boraains, en 1046, jusqu'au droit de présentation et d*éleetion, consommant ainsi l'assujettissement du sacerdoce ai empire. « Les pontifes, suivant l'expression d'unécri- « vain (2), étaient les vicaires non du Christ, mais de « l'empereur, et leur entrée dans Rome n'était, au fond, « qu'une invasion étrangère. » Le pouvoir d'investir les possesseurs de bénéfices ecclésiastiques et d'exiger d'eux leserment d'allégeance et de vassalité, pouvoir qu 'Othon setait réservé et qu'exerçaient les rois des autres Etats,
(1) Fleury, HUL eccL, 1. lvi, n. 1.
(2) M. Filon , Du Pouvoir êpiriluel dans hs rapports avec Vêlai , c»»p.ii,p.l7.
134 PBEMIÈIU; P41VT)Ef
donnait à ces princes un moyen de se créer des partisans nombreux et dévoués parmi les membres du clergé par la collation gratuite, ou de se créer des ressources par le trafic qui se faisait ouvertement. Lesévéques aimaient mieux subir l'investiture et les obligations, les devoirs d'obéissance et.de dévouement attachés à la possessioa des fiefs, que de renoncer à tous les biens et à tous les droits qu'ils tenaient de Fempire. « Le pouvoir temporel, <c dit J. Demaistrcj menaçait ouvertement d'éteindre la f< suprématie ecclésiastique. L'esprit féodal qui dominait u alors . allait faire de l'Église, en Allemagne et en Italie, « un grand fief relevant de l'empereur (1). »
Pour sauver dans ce moment critique l'indépendance de la papauté , son pouvoir interrompu dans ses prch grès , les privilèges et Funité de TÉglise , il fallait un homme habile et hardi , un de ces puissants ouvriers que Dieu suscite et met à Fœuvre dans les grandes crises de l'humanité. Le moine Hildebrand , qui devait être pape plus tard sous le nom de Grégoire YU, apparut alors. Jamais plus d'orgueil ne s'était allié à plua d'énergie, jamais un caractère n'avait revêtu plus de force morale et n'avait été mieux façonné pour la résistance.
Conseiller intime de trois papes qui le précédèrent sur le trône pontifical , il les excita sans cesse à secouer le joug. Lorsque Léon IX nommé par l'empereur vint prendre possession du siège apostolique, Hildebrand lui persuada de se dégager des liens humiliants qui venaient de lui être imposés et de conquérir, par une ipani^* tation publique, sa liberté et l'amour de ses nouveaux sujets, a Léon se rendit à Rome en habits de pèlerin,
M l"li 11 I ' *
(1) Liv. du Pape, i. u , chap. 7.
POLICE DBS CptTfS AVÀSiT 1789. t3^
< traren» la ville nu pieds, et déclara publiquement (1) I qa'il était ve4u non comm^ pape, m^is comme cbré- « tien; que^ selon les loiç canoniques, le choix du peuple
< et du clergé devait précéder tout autre suffrage, et fi qu^il était prêt à retourner dans son pays (Tout), li « soQ ^leption i^'était ratifiée par un conseptement unafl ilime. Léon reçut I9 sanction populaire , et dès pe li moment la puissance poptificale commença à se retour: «* nef contre Tenjpire qqi ^vpit prétendu l'asservir (2). » ijf'iiérai habite, il comprit qu'il fallait d'abord disciplioer soi^ prmée. Pour réunir le clergé en un seul corps, ei lui (Jonnef une organisation plus pure et plus forte, \\ voulut le dégager de tous les liens terrestres. Le célibat des prêtres, recomfnandé par les premiers conciles, Q'était point universelleipent observé. Saint Âmbroise, le plus vénéré des Pères d'Occident, ne l'imposait point. La grossièreté des moeurs des barbares et la violence de leurs passions avaient nécessité plus tard le maintien de cette coficession î en Iialie surtout la plupart des eccl^ mastiques étaien|; mariés. A l'instigation d'Hildebrand Ktieai^e IX, successeur de Léon, pendit le célibat obliga-, toire, déclara concubines et excommuniées toutes les femmes des prêtres qui ne cesseraient pas toute union, toute vie commune avec leurs époux, et rangea parmi les hérétiques les clercs qui soutiendraient la validité des mariages contractés par les ministres de l'autel. L'Eglise devint alors leur femille et leur unique affection (3). Se rapprocba^^ davantage du but qu'il se proposait, Hildebrai^d commei^ç^ ÇA^uite d'affranchir la papauté du caprice (ju
(1) kn 1054.
(2) M. Filon , Du Pouvoir spir, dans 8e$ rapp, avec Vètat , chap. 2 ; et Muiatoq, Rfifum itaUçarum seriptorêSy tojne lu, p. JI77*
(3] Foy. Barooius, AnnaL eecl,, ann. 1059.
peuple et des empereurs. Il fit restreindre, sous le pontifi cat de Nicolas I*', le droit de concourir à Télection de papes aux sept cardinaux évéques du territoire ecclésias tique et auxcardinaux prêtres qui administraient les vingt huit églises de Rome. L'élection faite, ces électeurs de vaient seulement demander le consentement de Tempe reur, du reste des ecclésiastiques et des fidèlea. Enfin abordant une matière plus importante et une source plus féconde de débats, il excita le souverain pontife à réserver aux puissances spirituelles, aux princes de TEglise, le droit d'investiture de tous les bénéfices ecclésiastiques. Cette mesure, d'où surgirent au cœur de Tempirc de si implacables ressentiments, fut motivée par la nécessité de mettre un frein à la simonie. Dans un concile tenu en 1059, il fut résolu qu'à l'avenir aucun bénéfice ecclésiastique ne pourrait être valablement conféré par un laïque à titre gratuit ou autrement (1). Dans la même année, Nicolas montra que le saint-siége se réservait aussi l'investiture des royaumes. Il créa Robert Guùcard, aventurier normand, duc de la Fouille, de la Galabre et de la Sicile, enlevées à l'empereur grec, et reçut le serment de vassalité du nouveau souverain qui se reconnut bomme lige et tributaire de l'Église romaine.
Telle était la marche des affaires dé Rome, lorsqu'en 1073, Hildebrand prit place sur le trône pontifical, et put accomplir lui-même les desseins qu'il avait médités. H annonce sa mission : « Unum desideramusy écrit-il « aux prélats, scUicet utsancta Ecclesia per totum orbem « conculcata et confusa et per diversas partes scissa ad « pristinum decorem et soUditatem redeat. » Pour Fac-
(1) Voy. Fleury, EUU ccel.^ 1. ix, n. 31, et Baronîus, Ann. ecci ad nnii. 1059.
complir , il procède ouvertement et a vec une ha u teur téméraire; la lutte commence aussitôt. Averti que Henri iV, empereur d'^Âllemagne , agissant comme ses prédécesseun, avait donné à des prélats Tinvestiture par la crosse et 1 anneau, il lui envoie deux légats qui intiment à ce souverain Tordre de venir se justifier à Rome, sous peine d excommunication. Henri répond en assemblant le concile de Worms, qui dépose Grégoire, mais le pontife altier met aussitôt Tempire en interdit, et, déliant les nijeude leur serment de fidélité, leur fait au contraire un devoir de la révolte. Henri lY avait alors des démêlés ftcheux avec la noblesse de Tempire; tel était d'ailleurs, à cette époque, l'ascendant du clergé et des croyances religieuses, qu'à la voix du pontife une partie de l'Allemagne se souleva , et contraignit l'empereur de se soumettre à la décision d'un concile qui prononcerait enire le pape et lui.
Réduit au rôle de suppliant, Henri vint se mettre à la BKTci de son ennemi. Il se présenta dans la forteresse de Canosse, domaine de la comtesse Malthilde, pieds nus et couvert d'un cilice. Tant d'abaissement ne toucha point le vainqueur. Heureux de pouvoir humilier aux yeux de l'Europe la majesté impériale et de fouler aux pieds, dans la personne de César, la souveraineté des rois de la terre, Grégoire remplit jusqu'au bord la coupe d'amertume. Henri attendit trois jours la permission de baiser les pieds du saint Père, et ce fut par le jeûne qu'il dut *y préparer.
On connaît l'issue de la lutte. Le traitement subi à Canosse avait rempli l'empereur de colère et les peuples d'indignation. Vainement excommunié et déposé une teoonde fois, Henri remporte la victoire sur le duo de Souabe, compétiteur qu'on lui avait suscité, prend Rome d'assaut, et contraint Grégoire de se réfugier dans le
|3^ PREinÈRE fARTIE.
mole Adrien. Délivré par les Normands sous 1^ conduite de Rôbeft Guiscar4f et conduit à Salerne, le pontife vaincq meurt le cœur gros de vengeanciQ (et ranathème sur les ]èvres. Son dernier vœu fiij recueilli cependant et accompli par ses successeufs Urbain Ve}; Pascal II (1). Obligé de lutter deux fois contre ses fils rebellas, sucx^onibant sous leurs coups, le vieil empereur s^éteignit daps i|n inexppmable excès de doulei^rs et de misère.
« Hepri ly dé(rôué| dif le Dictionnaire if.niiferset, f\xt « réduit à des extrémités telle; qu'il spppUa Tévf&qufe ^ « 3pire de lui accorder ppur vivre une pré];>pQ^ (Jp « laïque dans spp égUse, lu^ alléguant qu'ayant étudié, « ^cbant chanter, il y ferait rQffîc^ de lecteiir pi) 4? a ^i$-chantre. Elle Ii^i fut refusée (1). »
{^'empereur d'^llemagQe 4ev^ît épuiser tpus Icf ^mffs du Qourroiix de (rrégoir(3 Yljly vfmt non paf ceux 4e soo ambition. N'adressant la parole aux rois qu'en maltrp jalpux et irnté, il semblait planef* ^u-dessps d'eux ; tout \p teipps qu'il eut 1^ regards tournés et la maiu étepd^p sur leups royaumes, pul ne puf croire son sceptre bien affermi. N'avpit-il pas constitué la théocratie politique, en écrivant 4ans ses bulles d'ei^oommunicatiop 9dre83éep en 1080 aux prélats d'AUemagne : « 4gi^ ^^^^ qficssç « patres et principes sanctissimi^ ui omnis mundus intd- « ligaé et cognoscad quia si potestis cœlo ligare et fplr « if ère, potestis in terra imperia^ régna ^ principatu^f a ducatusf marchfofiafus, comitatus et omnium hominum « possessiones pro meritis unicuique tollere et concédera r « ^efiim spirituqUçi ju4ip€disx quid fie 4(scularibuf von
(1) f oy. povr la qaereHe des hivesUluies, Àkr. 4krq%. ie$ dmc., P* i07j l^aferrière^ ffût. du Jhpit, tome i, p. 3^| |^noio|er, /'U* ^ Droit, lib. 269, et ïEaai mr la PuU$. lemp. des Papeê.
POLICE D|â ÇVlTSS à^A^T 1789. f3P
« passe credendum ^st ? »  la fin de ees bulle«y bre^ çt induits, au lieu de I9 formule ordinaire d'excoipmuni* cation, il ajoutait \ « Si quis archiepUcopus ^ episcopuSf « imperatoraut rex^princeps, duxy cornes ^ autvicecomes, «judejc aut ecclesiastica quœlibet scecularisçe persona, « hanc nosirœ consfituUonis paginam violare tentwerit « secundo tertioife commonita, si non congrua satisfaçtione ■ emendm^ritjpQt^statis^honorisquesuidignitatecareat et « a Chris ti et Ecçlesiœcorpore auctoritateapostolica segre^ « gçiur. » Le« efiets répondent à cette bautaine théorie. Il déplare Fempereur russe Démétrius déchu de sa sou^ veraincté qu'il donne à son fils, à charge d'hommage apostolique; il commande à Nicéphore, ^inpereur grec, de descendre du trône; il dépose les rois de Pologne et de Hongrie, et prétepd supprimer leurs royaumesi e^ige du roi de Bohème up tribut de 100 marps d'argent, e|; exborfi; leiléyéques de France à se soulever contre Phir lippe p' letir roi ( 1 ). Guillaume le Bâtard, au moipeat 4p conquérir l'Angleterre» soumit au jugement du pape ses pieb poDtre Harold (9). « Avant de prendre les arme^, « le Normand ^écloira qu'il s'en rapportait au jugement « da pape, et le procès de l'Angleterre fut plaidé daaa « les pègles ^u oowMv^ de Latran. Quatre motifs d'ar- « gressioa furent pllcgués ; le meurtre d'Alfred trahi par « Godwip, l'eipiilsipa d'un Normand porté par Edouard « à rarchevéQhé (}§ Cqntepbury, et remplacé par up « Saxon ; enfin le serment d'HaroId et une promisse " qu'E4piiard aurait faite à Guillaume de lui laisser la t royauté. Les envoyé» normands conparurenc devant « le pepe; I^rold At début. L'Angleterre fut adjugoe
(i) Fleury, Eût. ecc.y I. 62,63.
(2) En 1066.
« aux Normands f 1). » La conquête achevée, Grégoire VII prescrivit au vainqueur de feire hommage de sa conquête à TEglise. Guillaume répondit par des moqueries et des menaces, et le pape s'arrêta devant Tattitude ferme et hardie de ce soldat victorieux dont Tétoile était trop nouvelle et trop brillante. N'avait-il point assez obtenu déjà?
Le pontiBcat de Grégoire VII, canonisé par Rome reconnaissante, fut Tapogée de la suprématie papale. La grandeur et la puissance du siège apostolique, maintenue par le mouvement des croisades qui lui fournit une grande et durable occasion d'influence sur l'Europe, ravivée par les actes d'Innocent III et de Boniface VIÏI, se soutint pendant plusieurs siècles à la même hauteur, mais sans jamais dépasser des limites qui ne pouvaient plus que se resserrer au lieu de s'étendre; ceux des successeurs de Hildebrand qui avaient hérité de son orgueilleuse hardiesse, ne témoignèrent point du même génie ; par leur fouge ou leur ambition, ils desservirent la cause qu'ils soutenaient. Philippe le Bel, dans la lutte suscitée par Boniface, fut plus heureux que Henri IV, et la main d'un grossier soldat osa humilier, à la face de l'Europe, cette redoutable puissance pontificale. La, translation passagère de la papauté à Avignon, les désordres à^Àlexandre VI, affaiblirent à la fois le respect et l'obéissance. L'Église , d'ailleurs , pendant le treizième et le quatorzième siècle, eut trop souvent recours à la persécution. Les massacres des Albigeois sous le prédécesseur de saint Louis et saint Louis lui-même, le procès des templiers sous Philippe le Bel , firent couler trop de sang. La papauté surtout, en sacrifiant les malheureux
(1) Michelei, Hû(. deFrancf, tome u, p. 196.
eiievaliers du Temple^ se soumit si bassement aux cruels caprices du roi de France, elle accepta si honteusement le suicide qui lui fut imposé, Clément V maudit et diffama si fort, pour complaire à Philippe, la mémoire de Boniface, que les peuples prirent un instant en haine et mépns cette Église romaine vénérée jusqu'alors; elle cessa d'être pour beaucoup la grande infaillible, la grande protectrice. En France , la nation va chercher autre part la justice et le gouvernement; on voit revenir les études juridiques, le Qambeau du droit romain se rallume; les parlements grandissent vite en autorité et en pouvoir; les libertés de FÉglise gallicane sont défen^ dues avec une plus noble indépendance; on cesse de craindre les foudres vaines des successeurs de saint Pierre; et quand la réforme vint enfin porter le plus rude coup au siège apostolique^ sa puissance spirituelle fut grièvemeot blessée, sa puissance temporelle ne se releva plus.
Si, s^arrétant à cette période de décadence , se plaçant au seuil du seizième siècle, on jette cependant les f^ards sur le passé, si on demande compte à la souveraioeié pontificale, et à la société ecclésiastique placée MUS sa direction, de la longue tutelle qu'elles venaient d'exercer, on leur doit plus d'éloge que de blâme. Ne iaut-il pas confinner ce que nous avons dit au début de ce chapitre sur leur mission civilisatrice? on peut avancer, en renvoyant à l'histoire pour les preuves et les développements, qu'elles rendirent aux générations placées sous leur dynastie sacrée un double service. Dans leurs i^pports avec les chefs couronnés de la société civile, ^lles furent le plus souvent un heureux correctif du despotisme, alors que le despotisme était aveugle; dans Wurs rapports avec les membres épars de cette société, ^lles furent par l'application des lois canoniques, les tliéories meilleures de droit et de justice qu'elles répan-
iià PRKMiÉkE PAllTiE.
dirent, une véritable source de bienfeitk ; nous avons ^j exprimé en terminant un reproche sur lequel on a trop . insisté peut-être. L'Église et la papauté, durant ces ; siècles de ténèbres qui se prolongent jusqu^aU comnien- , éénlënt du tjuinzièmé siècle, se mônttèreût violentes , dails leurs procédés, cruelleè dans leqr ardeur dé prose- . lytisme , dans les luttes entreprises contre les ennemis de la foi, Ou contt*e les rivaux de leur puissance. Pouvaientélleft s'isoler des mœurs de leurs teiiips, des habitudes d^une société qui les enveloppait de toutes parts? Au sein de la féodalité, TEglise portait rempreinr^^ féodale ; au . milieu d'hommes rudes et guerroyants, elle ne ptit de- , meuter douce ni pacifique. Quelle transition avait dû ^ s'opérer! Pendant les premiers âges de l'Église, Tapostolàt Fut exercé par un petit nombre d'élus qile le christianisme détachait de la religion et de la philosophie i pâïeUne, ou ({ui avaient sUcè^ dès leur enfance, le lait j des vèritéiB éternelles, tout en demeurant dans le giron ; de la société antique; non-seulement ils prêchaient une religion de mansuétude et dé charité, mais le contact de la molle civilisation à laquelle ils appartenaient maigre , k pratique d'un culte nouveau, adoucit aussi leurs âmes comme leurs accents. La plupart des évéqués et des Pères de la primitive Église cultivaient les lettres profanes dont ils empruntèrent l'harmonie pour exprimer les idées sacrées ; la religion et les lettres ne contribuèrent point seules à leur enseigner l'inaltérable douceur qu'ils itiontraient dans la conduite du troupeau; victimes de là persécution, ils en eurent horreur^ et pratiquèrent la loi d'amour dont ils étaient les ministres avec une foi plus vive. Cette foi, voisine de son berceau, n'était point \sncore obscurcie par d'équivoques traditions, par de superstitieux commentaires. Aussi quel ne fut point le chûtme ineffoble, la grâce pénétrante des mœurs et des
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paroles d'Augustin y de Jérôme, d'Àmbroise, de Cbry- «Mtome ! la barbarie des conquérants de l'empire venait <e fondre à cette douce chaleur, pendant qu'elle s'amollÛ8ait aussi dans les délices d'une civilisation prête d'expirer, mais séduisante encore à ses derniers moments. quand les dernières iréces du lildnde rohiain et les derniers vestiges des mœurs romaines eurent disparu, l'obscurité gagna les cœurs comme les intelligences. Durant cette nuit |)rofoddié, la barbarie réagit â son tour sur la religion dont elle avait d'abord subi Tinfluence; la foi devient intolérante, et l'intolérance impitoyable; lès* prêtres et les moines ne portent plus que des noms empruntés aux dures langues du Nord, et qui indiquent la terre qui les a vus nattre ; ils sont ignorants et grossiers ; leur domination est jalouse» fanatique, sanglante. L'é-* ^eque d'Ântioche priait autrefois pour les coupables habitants de sa ville, et affrontait avec la hardiesse de la cWhté chrétienne le courroux d'un maitre irrité; mais bimôt^ en Occident, Charlemagne brûle les Saxons qui ^fuient d'écouter les missionnaires. Plus tard, le légat ^Q pape présidait aux massacres de Béziers, de Toulouge, d'Alby ; à leur tour, dans la France et dans la ^néme, les sectaires exerçaient de cruelles représailles. Le malheur des temps explique du moins ce qu'il ne suffit point à légitimer.