Jhering, Volonté, p
Par contre, dans la conception de Jhering, la possession est la règle et la détention est exceptionnelle; dès lors la détention ne doit être admise par le législateur que pour des raisons péremptoires d'utilité pratique, et plus les raisons, qui ont pu paraître péremptoires dans l'état social romain, s'évanouissent aux yeux des législateurs subséquents, plus le domaine de la détention doit aller se rétrécissant au profit de celui de la possession ^
A cet égard l'histoire du droit confirme d'une façon éclatante la vérité du point de vue de Jhering. On peut dire que, jusqu'à la fin'du xviii* siècle, le dogme traditionnel de Vanimus domini a régné sans partage sur l'esprit des légistes. Les faits cependant ont été plus forts que les théories. Sans doute le fétichisme général pour ce dogme de Vanimus domini faisait maintenir intacte la distinction de principe entre la possession et la détention. Mais nous constaterons infra § 30, que si d'une part on sauvait les apparences en respectant le critérium de la distinction, d'autre part on ne se faisait pas faute de détruire la portée de cette distinction théorique, en étendant de plus en plus la protection possessoire aux cas de détention. Dès lors on pourrait dire que, en fait, la possession avait crevé la vessie de Vanimus domini, dans laquelle les théoriciens prétendaient la tenir enserrée, et qu'elle s'était largement répandue sur le terrain réservé par ceux-ci à la détention.
Mais il y a plus : parmi les législateurs modernes^ s'affirme et se propage la tendance à s'affranchir complètement du dogme néfaste de Vammus domini, à rompre en visière avec la doctrine traditionnelle. Dès lors tout rapport possessoire apparaît comme une possession proprement dite, et la détention n'est plus qu'une institution exceptionnelle et résiduaire.
Dans cette voie, la brèche a été ouverte par le code