‹ Traite de la predication a l'usage des seminairesChapitre 25 sur 89 · DE LA VIE SAINTE ET EXEMPLAIKE · texte numérisé non relu

DE LA VIE SAINTE ET EXEMPLAIKE

* il ne suffit pas que le prédicateur porte dans la chaire sacrée

* une intention droite et pure ; il faut encore que l'ensemble de sa

* vie ait répandu d'avance parmi son auditoire comme un parfum

* de vertu et sainteté qui prépare la persuasion et fraye à ses pa-

* rôles la route des cœurs. Les païens eux-mêmes plaçaient la rè- ' pulalion d'homme de bien et de grande vertu au premier rang

* des qualités de l'orateur, selon le mot de Caton que Quintilien a

* si bien développé au XII^ livre de ses Institutions : Orator est vir

* prob2is dicendi peritiis. Or, si tel doit être l'orateur profane, que

* ne doit pas être l'orateur sacré qui vient prêcher la sainteté à ses

* auditeurs? Pour le bien comprendre, considérons d'un côté le

* saint prédicateur, et de l'autre celui dont la vie n'est pas assez

* exemplaire.

* Le saint prédicateur agit sur les âmes par sa présence seule,

* par ses exemples, par ses discours et par ses prières. La vue seule

* en chaire d'un homme plein de piété et qu'on croit un saint, ré-

* veille des idées de vertu et donne à ses paroles comme une auto-

* rite divine. Tous vénèrent en lui l'homme de Dieu, l'ange du Sei-^

* gneur ; tous l'ècoutent avec un religieux respect ; et jamais le mot

* de Virgile n'eut une application plus vraie :

* Tune pietate gravent ac meritis si forte vinnn quem ' Conspexére, silent, arrectisque auribuf adstant.

* Ule reijil dictls aiiimos et pectora mulcet.

* Saint Lignori n'avait qu'à se montrer en chaire ; l'expression-

* touchante do sa physionomie, son air pénétré, ses gestes inspirés,

• Joann., m. 30.

* Voyez le Guide de ceux qui annoncent la parole de Dieu, p. 20 i, 261), 029. — Rodiitrucz, t. IV, -J" traité, c. vin. — l'asloral de Limoges, lit. m, c ni. — Albert, !'• part., c. v. — Miroir du clergé, t. II. — Grenade, liv. I, c. ii, et liv. Yl, c. XI,

* convertissaient les pécheurs les plus endurcis, et jusqu'à ceux qui

* ne . pouvaient saisir une seule de ses paroles^ Saint François de

* Borgia, prêchant à la première messe qu'il dit en public, fit fon-

* dre en larmes ceux-là même dont il ne put se faire entendre; le

* spectacle seul de sa personne fit dans les âmes une impiession

* égale à celle que produisaient ses paroles sur ses plus proches au-

* diteurs. Nous avons vu le saint, s'écriait-on tout attendri, nous

* avons vu l'amour divin étincelant sur son visage et dans tous ses ■* gestes ; et l'on se convertissait. On raconte quelque chose de sem-

* blable du P. Eudes ; un seul mot sorti de sa bouche, la simple

* récitation de l'Oraison dominicale, de U Salutation angélique ou ^ du Décalogue, les coups dont il se frappait la poitrine en disant : '* Priez pour nous, pauvres pécheurs, louchaient plus les fidèles ■* que les sermons les plus soignés des autres prédicateurs : c'est

* ainsi que la vue seule d'un homme de Dieu touche et convertit. Ce

* que sa présence produit de bien dans les âmes, ses saints exem- ^ pies le confirment et le perfectionnent. Avant qu'il parle, sa vie "* édifiante a déjà prouvé que le bien est possible, et ce genre de

* preuve est plus du goût des auditeurs que la voie de la discus- "* sion; ils le saisissent mieux, c'est un langage intelligible à tous

* les yeux , il convainc sans discuter, il reprend sans offenser, il ôte

* tout prétexte à la lâcheté. Comment pourrions-nous refuser de

* faire ce qu'il nous demande, disait-on en entendant saint Fran- *çois de Borgia, puisqu'il en a fait lui-même beaucoup plus? Cette "* prédication d'action a encore cet avantage, qu'une fois entrée

* dans l'âme, elle n'en sort plus; on oublie un beau discours, on

* n'oubliera jamais un grand exemple ; il demeurera dans le cœur

* comme un remords si l'on devient infidèle. Voilà ce que pro-

* duit l'exemple d'un saint prédicateur; que produiront donc ses

* paroles? Car c'est un fait d'expérience que la sainteté conlribi'»>

* merveilleusement à l'éloquence : elle fait une partie essentielle du

* génie apostolique ; c'est elle qui inspire les grandes pensées, les

* sentiments élevés, les dévouements nobles, généreux, et tous ces

* sublimes élans qui font battre les cœurs, qui enlèvent l'admiratioii "" et entraînent les masses; c'est elle qui apprend à parler de la

* religion, des mystères, des vertus, avec âme, intelligence et

* onction. Quand on aime Dieu de tout son cœur, on est éloquent

* pour dire aux autres de l'aimer. Si saint Pierre par sa première

* C'est ce aiii arriva à Salonie, à Dénévcnt, à Ainalfi et nillours.

* prétlicalion a converti cinq mille liommes, c'est que son cœur

* tout embrasé faisait arriver sur ses lèvres des paroles de feu qui

* allaient au cœur des auditeurs : Virtute magnâ, disent les Actes

* des apôtres, reddehant testimonium resurreclionts Jesu Christi*'.

* Mais c'est peu encore pour les saints prédicateurs que cette pa-

* rôle éloquente que leur inspire l'Esprit divin dont ils sont rem-

* plis , ils prient avec ferveur, et leurs prières montent au ciel,

* en font descendre la grâce qui bénit et féconde tous leurs dis-

* cours. Us entrent, selon l'expression du Prophète, dans les puis-

* sances du Seigneur, et en font découler une pluie salutaire qui

* dispose les âmes à concevoir, à croire et à aimer les vérités qu'ils

* prêchent.

* Ainsi réussissent les saints prédicateurs. Les apôtres n'étaient

* pas des orateurs habiles dans les lettres humaines, mais ils étaient

* des saints et ils convertissaient; saint SiméonStyhte, samt Antoine,

* saint François d'Assise, étaient des hommes sans études et sans

* science, mais ils étaient des saints ; et on ne saurait dire le nombre

* prodigieux de pécheurs que leur parole a gagnés à la vertu.

* Sainte Catherine de Sienne était une pauvre fdle sans aucune

* connaissance des lettres, qui n'a vécu que trente-trois ans; et

* néanmoins ses exhortations, relevées par sa sainteté, opéraient

* tant de conversions que quatre confesseurs qui l'accompagnaient,

* par une permission spéciale du souverain Pontife, ne pouvaient

* suffire à entendre les pécheurs qu'elle ramenait par ses discours,

* tant la vie sainte et exemplaire donne d'efficacité à la prédi-

* cation.

* C'est ce que disent d'une voix unanime tous les saints docteurs : *■ saint Augustin enseigne que la sainteté de la vie a une force de

* persuasion plus puissante que la plus magnifique éloquence :

* Habet quantâcumque granditate dictionis majus pondus vita di-

* ceniis^. Saint Prosper dit que la prédication est parfaite quand

* elle est relevée et expliquée aux fidèles par l'éminente sainteté du

* prédicateur plus que par ses beaux discours : Eam esse perfedam

* doctrinam quam conversatio spiritualis ostenderit, non quam ina-

* nis senno jactitârit^. Et saint Bernard attribue toute la puissance

* de la parole du prédicateur â l'édification d'une vie exemplaire

* qui prouve à tous les auditeurs qu'il est le premier à croire ce

« Act. IV, 33. — 'Lib lY, de Doct. clirist., c. xxvii. — * Lib. I, de Yitâcontemp., c xvu.

* qu'il veut persuader aux autres . Dabis voci tux vocem virtiitis,

* si quod suades, priùs tibi illud persiiasisse cognosceris : validior

* operis quàm oris vox*^

* Mais autant le prédicateur exemplaire est puissant par la parole,

* autant le prédicateur qui ne prêche pas d'exemple est impuissant

* pour le bien; car 1° il n'aura point la bénédiction du ciel, sans

* laquelle la parole est stérile : au lieu de bénir sa prédication, Dieu

* la tui reproche : Peccatori aiUem dixit Deiis : Quarè tu enarras

* justitias meas etassumis testamentum meumper os tuum^'i et elle

* sera un jour le texte même de sa condamnation : Ex ore tuo te

* judico, serve nequam^. Les bénédictions célestes ne sont que pour

* les prédicateurs qui pratiquent ce qu'ils prêchent, qui ont un fonds

* solide de sainteté, et vivent unis à Dieu au nom de qui ils parlent,

* à Notre-Seigneur dont ils sont les représentants, et à l'Esprit-Saint

* dont ils sont les organes.

* 2° Il n'aura point en sa faveur la bienveillance des auditeurs :

* car, lorsque le prédicateur est seulement soupçonné de ne pas

* faire ce qu'il enseigne, les auditeurs tournent con(re lui toutes

* ses instructions, lui disant intérieurement : Medice, cura teip-

* sum^... Inexcusahilis es, ô liomo... In quo enim judicas alterum,

* teipsum condemnas : eadeni enim agis qux judicas... Qui alium

* doces, teipsum non doces^. Plus même il prouve l'obhgation de

* régler ses mœurs, plus il se déshonore si les siennes sont décriées,

* parce que chacun lui renvoie les traits qu'il lance. On a toujours

* mauvaise grâce de prêcher ce qu'on ne fait pas ; c'est, au langage

* de l'Écriture, bâtir d'une main et abattre de l'autre : Unus œdifi-

* cans et unus destruens ; qiddprodest illis ®? C'est renverser par ses

* exemples ce qu'on édifie par ses discours : Quod verbis prxdicant,

* morihus impugnant, dit saint Grégoire'; et dès lors, continue le

* même Père, le prédicateur est sans autorité et sa parole avilie :

* Loquendi auctoritas perditur, cîim vox opère non adjuvatur : cujus

* vita despicitur, restât ut ejus prxdicatio contemnatur. L'auditeur

* prévenu s'indigne contre ces nouveaux pharisiens qui disent et ne

* font pas : Dicunt et non faciunt ; alligant onera gravia et imponunt

* in humeras hominum, digito autem sua nolunt eamovere^; qui

* censurent le monde tandis qu'ils en suivent les maximes, qu'ils en

* ont les manières et en goûtent les plaisirs ; qui prêchent la morti-

* Serm. ux, in Cantic. — * Ps. xux, xvi. — ' Luc, i, 22. — ■* Luc, iv, 24, ' Rom., Il, 1 et seq. — * Eccli., xixiv. — ' Pastor., part. T, c. ii. — * Matth , (XIII, 3.

192 TIIAITÉ DE LA PRÉniCATION.

* fication ol la pénilouce quand ils sont coniuis pour aimorla bonne

* chère, pour mener une vie molle et mensuelle ; qui donnent des

* leçons de détachement en tenant sordidement à leurs intérêts; qui

* enseignent la douceur avec une humeur colère, l'humilité avec un

* amour-propro manifeste à tous. Témoin des actions qui donnent le

* dénienli et font honte à leurs paroles, le peuple s'en tient à ce

* qu'il leur voit faire, méprise ce qu'il leur entend dire, et ce qu'il y

* a do pis, remarque Fénelon, c'est qu'on s'accoutume parla à penser

* que cotte sorte de prêtres ne parle pas de bonne foi ; cela décrie

* leur ministère, et quand d'autres parlent après eux avec un zèle

* sincère, on ne peut se persuader qu'ils disent vrai; on prend leurs

* discours pour chose de cérémonie et affaire de métier. Ainsi le

* prédicateur qui n'est oas exemplaire, n'aura point la bienveillance

* dos auditeurs.

* 5° II n'aura point une manière de prêcher propre à convertir :

* car, quand on n'a point de piété, on parle d'une manière froide et

* lâche, qui ne peut pas loucher les cœurs, remuer les volontés ; et

* si quelquefois l'on s'anime, tout le monde reconnaît que ce n'est

* qu'une chaleur factice comme celle d'un comédien qui joue un

* rôle sans être touché des sentiments qu'il exprime. « Si les prédi-

* « caleurs convertissent si peu de monde, dit sainte Thérèse*,

* « c'est parce qu'ils n'ont point assez de ce grand feu d'amour de

* « Dieu qu'avaient les apôtres. » Quand on n'aime point Dieu, on

* n'a pas à cœur qu'il soit aimé, et on en vient jusqu'à ne pas oser

* dire certaines vérités aux pécheurs, tantôt par respect humain,

* tantôt par intérêt : Dkm timenms detractioiies, irrisiones et oppro-

* bria hominum superhorum^ dùmqiie metuimus perdere temporalia,

* minus quàm opovtet prxdicamus xterna, dit saint Augustin*, ou si

* on leur en parle, on le fait mal, parce qu'on le fait sans piété. La

* plupart des prédicateurs prêcheraient bien s'ils étaient saints; une

* piété tendre et solide préviendrai! les écarts de l'humeur ou de

* l'imagination, rectifierait le goût, et suppléerait même peut-êire à

* ce qui manque du côté du talent. De toutes ces réflexions, nous

* pouvons donc couclure, avec saint Grégoire, que le plus grand

* fléau de la religion c'est d'avoir, pour reprendre les pécheurs, des

* prêtres dont la vie n'est pas édifiante : Nnllam, puto, ab aliisîmjus

* prxjudicium quàm à sacerdotibus tolérât Dcus, quando eos qnos

* ad aliorum correctionem posuit, dure exempla pravitatis cernit \

' Cil. XVI de s:\ Vie, — ' Iloin. VII. — ' lloni. xvii, in Evaiij.

QUALITÉS DU PRÉniCATEUR. 193

* iuais, dira-t-on, on voit des prédicateurs qui ne sont rien moins

* que saints, et qui cependant ont des succès. A cela nous répondons

* que ces succès consistent le plus souvent en beaucoup de bruit et

* peu ou point de fruit, beaucoup d'éloges et point de conversions

* solides ; et les succès, s'il y en a de réels, sont dus à la réputation

* de vertu et de sainteté qu'ont ces prédicateurs sans l'avoir méritée.

* Les fidèles, par la haute idée qu'ils ont du ministère ecclésiastique, croient volontiers, jusqu'à preuve du contraire, que le prédicateur

* pralique le premier ce qu'il enseigne, et ne songent pas même à

* le soupçonner. Mais malheur au jour où l'on découvrirait la vérité;

* et si le prédicateur n'est pas ce qu'il doit être, il est bien à craindre

* que tôt ou tard elle ne se découvre ; il est difficile, autant que vil

* et honteux, de soutenir constamment le rôle d'une vertu qu'on

* n'a pas.

* De lA, il suit, 1° que le prédicateur doit s'observer dans tout le

* détail de sa conduite, dans son maintien, sa conversation, l'emploi

* de son temps, pour ne rien laisser paraître que d'édifiant^ : car le

* monde ne se contente pas même d'une vertu médiocre dans ceux

* qui lui prêchent la sainteté : il veut qu'irrépréhensibles, ils puis-

* sent dire comme l'Apôtre : Soyez mes imitateurs; et pour peu

* qu'il aperçoive quelque chose d'humain, il retire sa confiance ; ce

* qui a fait dire à saint Grégoire ces belles paroles : Qui loci neces-

* sitate exigitur summa dicere, hâc eclclem necessitate compeUitur

* summa monstrare -.

* Il suit, 2° que le prédicateur doit s'interdire, autant que pos-

* sible, les festins, les jeux et les sociétés du monde. On respecte

* un minisire qu'on ne voit qu'à l'autel et en chaire : si on le voit

* boire et manger, jouer et s'amuser comme les autres hommes, les

* esprits faibles diminueront quelque chose de la haute idée qu'ils

* en avaient; et cette sorte de charme qui le faisait regarder comme

* un personnage surhumain tombera. Iln'est pas facile de soutenir, au

* milieu des repas, des jeux et des sociétés, la dignité de ministre

* évangèlique, de ne jamais se montrer homme, et d'éviter con-

* stamment dans ses paroles et ses manières tout ce qui ne répond

* pas à la grande idée que les fidèles ont du prédicateur. Aussi

* voyons-nous que Notre-Seigneur l'ecommandait à ses apôtres de ne

* point aller manger de côté et d'autre : In eddem dumo manete,

* Voyez le Guide de ceux qui annoncent la parole de Dieu, p. 24b. — 'Past., lib. U, e m.

194 TRAITE DE LA rREDICATION.

* cdentcs et bibentes quai apud illos smit ; nolite transire de domo in

* doiimm^.

* Il suit, ô** qu'il doit s'abstenir le plus possible de frôquentftr les

* personnes du sexe, surtout de leur parler seul à seul, cl même de

* les tenir trop longtemps au confessionnal : telle est la malignité du

* monde, que ces rapports mettent toujours en péril cette grande

* réputation do sainteté dont le prédicateur a besoin.

* Il suit, A" que la bonté et la douceur qui caractérisent la vraie

* sainteté, doivent respirer dans toutes ses paroles et dans tous les

* traits de son visage, surtout quand il est en chaire. Jamais il ne

* doit se permettre de reproches amers, d'invectives ou réprimandes

* fougueuses, d'apostrophes insultantes aux pécheurs, aux incré-

* dules, aux hérétiques, de défis hautains de répondre aux preuves

* données : les peuples croient qu'un prêtre qui se fâche même

* contre le vice, qui montre de la fierté et de l'humeur, même pour

* la vertu, est un homme comme un autre, qui se laisse dominer

* par la vivacité et l'orgueil ; ils ne reconnaissent pas là les traits de

* la sainteté qui, toujours bonne, aimante, compatissante pour les pécheurs égarés, tempère l'amertume des reproches nécessaires

* par la douceur de la charité. Si même, pendant le sermon,

* il se fait quelque bruit; si une porte, une fenêtre, un enfant ou

* quelque autre chose incommode ; si des personnes arrivent tard

* ou sortent avant la fin, il faut le souffrir sans humeur : en s'impa-

* ticnlant, on scandaliserait et on nuii'ait au fruit do la prédication;

* ou s'il est nécessaire de parler pour faire cesser le bruit, il faut le

* faire modestement et sans émotion, priant avec douceur qu'on y

* mette ordre*. De même, si l'on n*a qu'un petit nombre d'auditeurs,

* il ne faut point s'en plaindre avec amertume; ce serait montrer

* l'amour-propre offensé, et faire remarquer à ceux qui n'y pensaient

* point qu'on n'est pas bien suivi, d'où ils conclueraient qu'on n'est

* pas bien digne de l'être. Si l'on est critiqué, il ne faut jamais en

* rien dire en chaire; ce serait aigrir les censeurs, et ils diraient

* encore pis ; ce serait divulguer ce que peut-être beaucoup igno-

* rent, et la justification ne convaincrait pas le monde qui aime à

* croire le mal. Il y a plus de mérite et d'honneur à imiter le silence

* du Fils de Dieu : Jésus autem tncebat.

* Luc , X, 47. — * S. François de Saios, dans sa IcUrcà l'arcticvôquo de Bourges, s'accuse comme d'une l'aute d'avoir l'ait paraître un peu de mécontenlemeut un jour qu'on vint à sonner avant qu'il tût aclicvé son sermon. Voyez, sur co Bujct, le Guide de ceux qui annoncent la parole de Dieu. p. 209

* Pour conclusion de cet article, nous conseillons aux prédicateurs,

* 1° de s'appliquer à eux-mêmes les vérités qu'ils annoncent aux

* autres : ces vérités les regardent comme leurs auditeurs, et ils

* doivent être les premiers inquiets pour leur salut ; auirement ils

* seront comme ces canaux qui ne retiennent rien de la liqueur

* qu'ils épanchent, au lieu d'être comme ces bassins qui, en répan-

* dant leurs eaux, demeurent toujours pleins, parce qu'ils ne font que

* donner de leur surabondance qui déborde. Nous leur recomman-

* dons, 2" de s'exercer eux-mêmes, plusieurs semaines d'avance, à

* la pratique de la vertu sur laquelle ils se proposent de prêcher :

* c'est ce que M. de la Motte, évêque d'Amiens, appelait faire son

* seiinon. Par là ils se pénétreront mieux de leur matière; ils en

* parleront en hommes expérimentés qui connaissent par eux-mêmes

* les divers actes de cette vertu, ses effets, ses difficultés, ses conso-

* lations, et ainsi leur discours sera vraiment instructif et pratique :

* sans cette méthode, ils se perdront le plus souvent en considéra-

* tiens spéculatives et sans utilité.

*Nous venons de voir que le prédicateur doit être saint; mais sa

* sainteté doit avoir un caractère tout spécial, qui est le zèle, c'est-à-

* dire un désir ardent de faire aimer Dieu et de sauver ses frères, une

* sainte passion de dilater le royaume de Jésus-Christ dans les âmes,

* telle que l'éprouvait l'Apôtre quand il disait : Cupide volebamus

* tradere vohisnonsolùm EvangelmmDei, sedetiam animas nostras^...

* Libentissimè impendam et snperimpendar ipsepro animahus ves-

* tris^. Ce grand désir de la gloire de Dieu et du salut de ses frères

* est le premier et le plus excellent maître de l'art de prêcher ; c'est

* là ce qui inspire au prédicateur la vraie manière de se faire com-

* prendre, de toucher et de persuader , c'est là ce qui lui suggère ces

* expressions qui vont au cœur, ces figures véhémentes, ces excla-

* malions énergiques, ces supplications ou ces reproches, ces apo-

* stropheshardies, cette sainte ardeur qui agitait les prophètes. L'élo-

* quencc vivifiée par le zèle tient de l'inspiration; elle perce par des

* traits vifs, elle remue, elle entraîne. L'élégance du discours peut

* en souffrir; mais qu'importe? Le prédicateur digne de ce nom vise

* Grenade, liv. I, c. x et xi. — - I Thess., ii, 8 — ' II Cor., xii, 15.

496 TUAITÉ DE U PRÉDICATION.

* à un but plus haut : il foule sous les pieds toute vue d'anionr-

* propre, et s'oublianl lui-mèine, il lui suffit de faire sentir à l'audi-

* leur qu'il faut se sauver. Il ne court point après l'éloquence, mais

* l'éloquence le suit, une éloquence vraie et naturelle qui part d'un

* cœur péjiêlré : car il est brisé de douleur et comme hors de lui-

* même à la vue des dérèglements des hommes, du mépris qu'ils font

* de la religion, du danger où ils sont de tomber en enfer; el dans

* l'ardeur du zèle qui le dévore, il tente toutes les voies pour s'insi-

* Muer dans leur cœur et les gagner; il est fort, véhément, pres-

* saut; sa voix, ses gestes, ses regards, la vivacité de ses paroles, tout

* en lui saisit et pénètre; on sent qu'il y a là quelque chose de plus

* qu'humain ; que c'est Dieu qui parle par sa bouche ; et sa voix est

* vraiment cette voix du Seigneur qui brise les cèdres, qui lance des

* feux et des flammes : Vox Domini confringentis cedros, vox Domini

* intercidentis flammamignis^. Fùt-il même prédicateur médiocre

* pour tout le reste, dès qu'il a celte ardeur de convertir, il fera un

* grand bien ; il saura suggérer les moyens de salut les plus utiles,

* les actes et les pratiques les plus propres à pénétrer les cœurs de

* contrition, d'amour de Dieu, et changera les populations. Fûl-il au

* contraire le prédicateur le plus habile, s'il ne brûle pas de ce feu

* sacré, si les peuples ne voient point en lui le cœur qui parle avec

* un désir immense de les sauver, ses discours seront stériles et ne

* convertiront personne.

* Pour acquérir ce grand zèle, il faut : l** s'efforcer de croître tous

* les jours dans l'amour de Dieu et des hommes : car le zèle n'est

* que la flamme de la charité. Quand on aime beaucoup Dieu, on ne

* peut souffrir de le voir outragé, et on est dévoré du désir de faire

* cesser ces outrages : Vidi prœvnricantes et tabescebam-. Faclus est

* in corde meo quasi ignis exxsluans, et defeci ferre non sustinens :

* avdivi e7iim contumelias multorum^. Plus on aime Jésus-Christ,

* plus on a de peine de voir son sang inutile à tant de pécheurs, son

* amour pour les âmes frustré, et on s'efforce d'élanchcr la soif

* brûlante qu'il a de leur salut; on la ressent soi-même, cette soif

* qui lui faisait dire sur la Croix : Sitio. Enfm, quand on aime beau-

* coup le prochain, on s'afflige de le voir courir à sa perte, et un

* désir immense de l'en préserver s'allume dans le cœ^ur. 2" 11 faut

* souvent demander le zèle à Dieu par des prières ferventes el s'y

* exciter par le souvenir des saints. Si saint Vincent de Paul, saint

• Puai, xxviii, 7. — * Psal. cxviii, 158. — ^ Jer., w, 10.

* François Régis ou saint François Xavier étaient en ma place, que

* r.n^aient-ils pour le bien de cette paroisse? avec quelle ardeur,

* quel zèle feraient-ils cette instruction? 5° Il faut se garder de

* prendre pour zèle un mouvement naturel qui nous fait désirer le

* succès de tout ce aont nous sommes chargés. On reconnaît le zèle

* qu'allume la piété à deux caractères, à la charité qui est son prin-

* cipe, à la prudence qui est sa règle : ainsi le vrai zèle aime ten-

* (Irement les pécheurs, il n'a pour eux que commisération, jamais

* de courroux. Il les attire par les charmes de la douceur, et leur fait

* envisager leur bonheur dans leur devoir : le vrai zèle ne brusque

* ni les temps ni les personnes, il sait attendre les conjonctures favo-

* rables pour dire certaines vérités, pour faire certaines entreprises.

* La nature au contraire se fâche contre les volontés rebelles, tonne

* et menace contre les pécheurs, heurte de front les résistances et

* veut que tout lui cède.

* DE L ESPRIT d'oraison '.

* Une fois que le prédicateur a la mission légitime, la pureté d'in-

* tention, la sainteté de vie et le zèle, il ne lui reste plus qu'à puiser

* ce qu'il doit dire dans les sources d'où doit sortir toute bonne in-

* struction. Ces sources sont l'esprit d'oraison, le talent et la science,

* trois choses dont il nous reste à parler,

* L'esprit d'oraison, objet de cet article, est ce saint commerce de

* l'âme avec Dieu, par lequel on s'unit à lui dans un pieux recueille-

* ment pour méditer son sujet à la lumière divine, et prier l'Esprit-

* Saint non-seulement de nous faire connaître ce qu'il faut dire,

* mais encore de bénir toutes les paroles qu'il nous aura inspirées.

* Telle est la* source première où doit puiser tout prédicateur qui

* veut être utile.

* Les anciens prophètes ne parlaient au peuple qu'après avoir con-

* suite Dieu sur ce qu'ils devaient dire : Aiidies sermonem ex ore meo^

* dit Dieu à Ézéchiel, et annuntiabis eis ex ma^. Les apôtres, à leur

* exemple, joignaient ensemble la prière et la prédication comme

* choses inséparables, mais cependant en donnant toujours la pre-

* Voyez S. François de Borgia, de Ratione concionandi, c. m, dans le Guide de ceux qui annoncent la parole de Dieu, p. 183 et 184, 187 et suiv., 198 et saiv., 20.» et suiv. — - Ez. , m, 17.

* miôre place à la prière comme à la source Xcii doit partir la

* prédication. Nos vero orationi et ministerio verbi instantes erimusK

* Et saint Paul ne se bornait pas à prier sans cesse, comme il le dé- *clare en plusieurs endroits de ses Épîtres, mais il conjurait les

* fidèles d'Éphèse, de Colosse, de Thessaloniqne, de joindre leurs

* prières aux siennes, pour que sa prédication fût bénie. Vigilantes

* in omni obsecratione pro me, ut detur mihi sermo in apertione oris *mei cum fuluciâ notum facere mysterium Evangelii^... Ornantes pro

* nobis, dil-il ailleurs, lit Dcus aperiat nobis ostiiim sermonis ad lo-

* quendum mysterium Christi^...Fratres, dit-ilencoreyOrate pro nobis

* lit sermo Dei currat et clarificetur *. Or, si un saint Paul, un si

* grand apôtre, un homme instruit au troisième ciel, a cru avoir tant

* besoin de prières pour prêcher avec fruit, combien n'en avons-

* nous pas plus besoin nous-mêmes !

* La ferveur de la prière, dit saint Augustin, est plus nécessaire

* au ministre de la parole que toutes les ressources de l'art oratoire :

* Pietate magis orationum qiiàm oratorum faailtate indiget. . Et il ne

* doit exercer auprès des peuples la fonction de prédicateur qu'après

* avoir rempli auprès de Dieu celle de suppliant : Sit orator antcquàm

* dictor^. Ce grand maître de l'éloquence chrétienne veut que le

* prédicateur redouble encore de ferveur dans sa prière, à mesure

* que le moment de parler approche : Ipsâ horâ lU dicat accedensy

* priusquàm exserat proferentem liiiguam^ ad Denm levet animam

* sitientem, afin, dit-il, que son discours ne soit qu'un épanchement

* des saintes affections conçues dans l'oraison : Vt eructet quod bi'

* berit vel quod impleverit fundat, et il ajoute une raison frappante

* de ce précepte : Quis novit, dit-il, quid ad prxsens tempus dicere,

* expédiât, nisi qui corda omnium videt ? et quis facit ut quod oportct

* et quemadmodum oportet dicatur à nobis, nisi in cujus manu sunt et *nos et sermones nostri^l La même doctrine se retrouve dans in

* Capilulaire d'Aix-la-Chapelle : ïloc diccU sacerdos quod ex divimi

* ledione didicerit, quod illi Deus inspiraverit, non quod prœsmnp-

* tione humani sensiis invenerit, et surtout dans cette belle parole

* de saint Thomas qui dit que toute bonne prédication découle de

* la plénitude de l'oraison : Ex plenitudine contemplulionis derivatur

* praedicatio"^ .

* Conformément à ces principes, le premier avis que j'ai à vous

1 Act. VI, i. — « Eph., VI, 18 et 19. — s Col , iv, 3. — * ii Thcss., ul —

* Lib. iV, de Doct. christ., xxxii. — ^ lji,, jy, de Doct christ., «vu. — '' n, 9, q. 188, art. G.

QUALITÉS DU PRÉDICATEUR. m

* donner pour bien prêcher, dit le célèbre P. Lejeune dans ses Avis

* aux prédicateurs, c'est de bien prier; le second, c'est de bien

* prier ; le troisième, le quatrième, le cinquième, le dixième, c'est

* de bien prier : et tous les hommes de Dieu auxquels il a été donné,

* dans les diperents siècles, de faire de grands fruits dans l'Église,

* par leurs prédications, comme les François d'Assise, les Xavier, les

* Régis, les François de Sales, ont enseigné la même doctrine, pro-

* clamant d'une voix unanime que la prière est le véritable ressort

* de l'éloquence chrétienne, que celle-ci n'a de puissance que par le

* mouvement que lui imprime le Saint-Esprit, qu'une demi-heure de

* méditation avant de monter en chaire est plus utile que quatre

* heures d'étude, et qu'il vaut mieux s'exposer à ne pas savoir exac-

* tement tous les mots de son cahier, que de manquer à remplir son

* âme de la grâce que donne la prière pour s'émouvoir soi-même et

* émouvoir les autres. Et ce qu'enseignaient ces saints prédicateiu's,

* ils le pratiquaient fidèlement : ils puisaient toutes leurs lumières

* aux pieds du crucifix ; ils priaient avant, pendant et après la prôdi-

* cation, y consacrant quelquefois les nuits entières, et ajoutant à la

* prière, pour lui donner plus d'efficace, de rigoureuses mortifica-

* tions. Saint Dominique ne montait jamais en chaire qu'après s'être

* prosterné humblement aux pieds de la sainte Vierge, pour lui rc-

* commander sa prédication et lui dire : Dignare me laudare te,

* Virgo sacrata, da mihi virtiitem contra hostes tiios. Saint Vincent *Ferrier ne prêchait qu'après deux heures d'oraison; et un jour

* qu'ayant négligé cet exercice pour mieux préparer son sermon, il

* avait parlé d'une manière sèche et sans onction. Hélas ! s'écria-t-il

* en gémissant, Vincent a parlé aujourd hui, tandis que les autres

* jours c'était Dieu qui parlait par sa bouche ^

* Et en effet, ce n'est qu'à l'aide de l'oraison qu'on peut bien com-

* poser, bien débiter et convertir les âmes : 1" bien composer : car

* si un ambassadeur doit conférer avec son prince et en prendre les

* ordres avant d'aller remplir sa mission, le prêtre, avant de parler

* aux hommes de la part de Dieu, doit s'élever vers lui par la mécli-

* tation et le consulter sur ce qu'il doit leur dire ^ Jésus-Christ a suivi

* cette règle, comme envoyé de son Père : Qux ego loquory à meipso

* non loqiior^. Siait docuit me Pater ^ hœc loquor^. A plus forte

* raison le prêtre doiHl faire de même, et semblable à l'ange de

' On lit un trait semblable de S. François d'Assise, dans le Caléch. spirit. du P. Surin, t. II, III* part., ci.—* Joann., xiv, 10. — ^ Joanu., viii, 28.

ïro T!;.\ITÉ DK LA PRÉDICATION.

* récliellfi mystérieuse, monter du peuple à Dieu par l'oraison pour

* di'sccadre de Dieu au peuple par la prédication. C'est dans le re-

* Cl eillenient d'une méditation profonde que Dieu éclaire l'âme de

* sa lumière, qu'il la remplit de son onction, la touche, la pénètre et

* l'embrase du feu sacré qui vivifie sa parole. De là jaillissent les

* plus beaux mouvements; on ne court pas après, ce sont des traits

* de feu qui sortent d'eux-mêmes, c'est le langage naturel d'un cœur

* touché, et il semble qu'on serait embarrassé pour par 1er autrement.

* Sans l'oraison, au contraire, jamais les plus beaux talents ne pro-

* duiront un discours vraiment évangélique : on pourra faire une

* composition brillante d'esprit, riche d'imagination, mais ce ne sera

* pas un sermon : il y manquera l'onction qui va au cœur, et la piété

* qui convertit. Cette onction, celte piété ne découlent que du scn-

* liment intérieur des choses de Dieu : si le cœur ne les sent, ne les

* goûte par la méditation, il ne produit que des paroles mortes, pri-

* véos de l'esprit de vie, et les passages mêmes de l'Écriture ou des

* l'éies les plus propres à toucher deviennent pâles et sans force.

* Voilà pourquoi le prédicateur ne doit écrire, autant qu'il se peut,

* que dans ces moments heureux où, par une étude faite en esprit de

* prière, le cœur se remplit d'onction : alors la source des expres-

* sions est sanctifiée, et l'on écrit, sous l'inspiration et comme sous

* la dictée de Dieu, une instruction capable de toucher les cœurs.

* 2° L'oraison est nécessaire pour bien débiter. Ce serait en vain que

* le prédicateur aurait été homme d'oraison en composant, s'il ne

* portait en chaire un cœur qu'ait profondément péuétré de son sujet

* une boime méditation faite avant d'y monter: la voix que le cœur

* n'anime pas n'est qu'un airain sonnant; les traits de l'homme qui

* n'est pas louché sont sans expression; son geste faux ou théâtral

* manque de naturel ou d'énergie, et les meillouies choses, par cela

* seul qu'il les dit sans sentiment, demeurent sans effet. Mais porte.

* t-il en chaire un cœur pénétré par l'oraison, dès son arrivée dans

* la tribune sacrée, il frappe tous les regards, saisit toutes les àme^

* par cet air profondément recueilli qui annonce plutôt un ange qu'un

* homme; c'est un autre Woïse qui vient de s'entretenir avec Dieu

* sur la montagne, et il semble qu'on voit en lui un rejaillissement

* de la gloire du Dieu qui l'envoie : cet aspect seul est un magnifique

* exorde, et dispose tous les cœurs aux impressions de la grâce. Dans

* le cours du débit, cet air pénétré ne l'abandonne point, un vif sen-

* timent de foi anime et dirige sa voix, ses traits et son gest/î; l'onc- *.tioa de sa parole fait passer dans les âmes les impressions (pi'il

"éprouve; et la grâce qui les a fait naître dons le prédicateur co!i-

* titiue de les animer dans l'auditeur ; puis, l'amour divin qui brûle

* au dedans lui inspire des mouvements oratoires, des expressions

* toutes de feu, auxquels il n'avait pas même pensé dans sa compo-

* silion, mais qui vont droit au cœur; et comme les gens passionnés

* trouvent sans étude une manière énergique de rendre leurs pensées,

* ainsi, dit saint François de Sales, le prédicateur qui sent vivement

* les choses divines parce qu'il les a méditées, a une certaine rhéto-

* rique du cœur qui dépasse de bien loin tout l'art oratoire. Ne dit-il

* d'ailleurs que les choses les plus communes, le feu et le sentiment

* avec lesquels il les dit leur font {produire une impression profonde.

* — 5" L'oraison est surtout nécessaire pour convertir les âmes. Car

* la foi nous enseigne que la conversion n'est point le fait de

* l'homme; elle ne peut être produite que par la grâce de Dieu ; et

* ici, plus qu'en tout autre sujet, s'applique la parole de Notre-Sei"

* gneur : Sinemenihil potestis facere. En vain on plante, en vain on

* arrose, si l'Esprit-Saint ne donne l'accroissement; en vain on frappe

* les oreilles d'un son de paroles plus ou moins ariistement arran-

* gées, si la grâce n'agit sur les cœurs avec cette toute-puissance

* d'action qui lui est propre pour arracher l'homme à lui-même, à

* ses désirs, à ses joies, à ce qui faisait sa vie et son bonheur et lui

* donner le courage d'être et de se montrer ouvertement chrétien.

* Mais s'il en est ainsi, il faut donc prier, puisque dans le cours or-

* dinaire de la Providence la grâce ne s'accorde qu'à la prière et aux

* gémissements du cœur.

* De là il suit, \° que la composition d'un sermon ne doit point

* être regardée comme une œuvre littéraire, mais comme un exer-

* cice religieux, une occupation samte à laquelle on se livre sous

* l'œil de Dieu, en le consultant dans un pieux recueillement.

* Il suit, 2° qu'avant de monter en chaire, il faut se prosterner

* devant le Dieu qui tient tous les cœurs dans sa main, en le conju-

* rant de bénir la semence que nous allons y jeter, pour qu'elle pro-

* duLse au centuple ; et les saints prêtres aiment à a()puyer celte

* prière, tantôt par la vertu toute-puissante du saint sacrifice offert

* dans cette vue, tantôt par des visites ferventes au Saint-Sacrement,

* qui étaient la grande ressource de l'apôtre des Indes ^; puis, [)ar le

* secours des Anges gardiens qu'ils conjurent de suppléer, par leurs

* On olitient plus de conversions, disait saint. François Xavier, en iiriant sur le marchepied de l'autel, qu'en prononçant en cliaire ics plus Leau.x morceaux d'élo(iueiice.

* inspirations auprès de chaque auditonr, à ce qui manquera aux

* discours de l'homme ; ciillii par l'assistanco des saints qui ont le *plus excellé dans la vertu qui fait le sujet de l'instruction, et sur-

* tout la protection de la très-sainte Vierge, qu'ils invoquent comme

* le secours des chrétiens, le refuge des pécheurs, mettant tout ce

* qu'ils doivent dire sous le patronage de son cœur immaculé, par

* lequel tant de conversions se sont opérées en ce siècle. A mesure

* que le moment de monter en chaire approche, il faut redouhler ses

* prières ; et lorsqu'on y est, prier encore par de fréquentes éléva-

* tiens de cœur, se souvenant des paroles de Noire-Seigneur : Non

* enim vos estis qui loquimini^ sed Spirihis Patris vestri qui lo-

* quitur in vohis *, et de ces autres de Judith : Memores estote Moysi

* servi Dci qui Amalec non ferro jmgnando, sed precihus sa72cli$

* omndo dejecit^. Enûn, lorsqu'on est descendu de chaire, il faut

* prier encore, n'attendant de succès que de la grâce divine, sans

* compter en rien sur son éloquence et ses talents, sur sa longue

* habitude et sa bonne réputation.

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