ACTIO>' ORATOIRE
riodes et les cadences du s,[\h, tantôt graves et lentes, tantôt légères et rapides, tantôt douces et modérées. Il en est ici comme de la musique, où toute la beauté consiste dans la variété des tons accommodés aux choses qu'ils expriment. Dans les endroits où l'on ne fait qu'instruire, raconter et s'insinuer, l'action doit être simple et modeste ; là où il faut appuyer, elle doit avoir quelque chose de ferme et de prononcé, et là où le discours s'anime et s'échauffe, elle doit se montrer vive, impétueuse et pathétique. En ménageant ainsi la véhémence, on rend la surprise et l'éinotion des auditeurs bien plus saisissantes lorsque l'action s'élève à un enthousiasme soudain; au lieu que, lorsqu'on ne sait pas se réserver, souvent on s'épuise sur des choses communes, et l'on est ensuite réduit à dire faiblement celles qui demanderaient une action véhémente ; ce qui emporte le double ridicule de débiter d'une manière animée des choses peu importantes ou écrites sans chaleur, et de réciter d'une manière languissante des paroles pleines de verve et de sentiment.
4" L'action doit être expressive, c'est-à-dire, qu'elle doit peindre les pensées et les sentiments, toutes les passions répandues dans le discours, toutes les figures dont il est orné, comme les interrogations et les réponses, comme les exclamations et les apostrophes ; et elle doit être dans ces peintures si vraie, si nette, si caractérisée, qu'il n'y ait personne qui ne la comprenne, et que même quelquefois elle supplée à ce qu'on ne peut ou à ce qu'on ne veut pas exprimer. Elle est mauvaise si elle est obscure et équivoque ; chaque mouvement doit avoir une signification claire, comme dans le langage chaque mot doit avoir un sens ; et même ces mouvements doivent être, aussi bien que les différentes parties du discours, liés entre eux par des transitions heureuses qui ménagent le passage de l'un à l'autre sans y laisser aucun vide. Quand l'action a ce caractère, la richesse de l'élocution en tire une nouvelle grâce, la pensée plus de vivacité, le sentiment plus d'onction et de force, et l'auditeur touché livre son âme au prestige de l'éloquent débit. Si, au contraire, l'action manque d'expression, elle paralyse tout l'effet du discours ; un air de visage, un coup d'œil, an son de voix, un geste qui ne sont pas en rapport avec ce qu'on dit, suffisent pour trahir le prédicateur non pénétré ; et tous les auditeurs alors lui appliquent le mot de Cicéron à CaHdius, qui, d'un air froid, d'une voix lente, d'un geste négligé, accusait Gallius d'empoisonnement : « Si vous étii'z convaincu de ce que vous « avancez, le diriez-vous de la sorte? » Tu nisi fingeres, sicageres^.
* In Brulo, 277 et seq.
28 t TUAllE DE LA PRÉDICATION.
5" l/aclion doit être appropriée au sujet : ainsi si l'on fait un prône ou une inslrnclion familière, elle duil êlre simple et aisée, éloignée du genre pathétique ou élevé qui convient au discours solennel. Le prédicateur est alors un père qui exhorte ses enfants ; il doit leur parler d'une manière aisée et tranquille, tendre et prévenante, qui annonce l'autorité sans la faire sentir. Si l'on traite les fins dernières, l'action doit être ferme et véhémente ; il faut l'air et la voix d'un prophète ; tout doit annoncer; et la majesté rediuilable d'un Dieu vengeur, et le tremblement dû prédicateur qui craint pour ses frères, qui craint pour lui-même. Si l'on prêche sur les vices ou la corruption des mœurs, l'action doit être tantôt vive, pressée, insinuante; tantôt tendre, pleine de douleur et de compassion. Si l'on traite les souffrances et la mort de Jésus-Christ, l'action doit être triste, lente, interrompue, propre à exciter les gémissements et le repentir, quelquefois môme entremêlée d'un certain désordre par l'excès de la douleur ou de l'amour; si l'on prend la croix en main pour la montrer à son auditoire et le faire fondre en larmes, il faut être, en quelque sorte, sûr du succès : en manquant l'effet on se rendrait ridicule. A t-on à prêcher un panégyrique? il faut que l'action soit brillante et douce, mais sans véhémence. Est-ce une oraison funèbre? que l'action soit grave et sérieusf^ inspire la douleur, le regret et la vénération pour le héros. Si enfin l'on prêche sur les niystèi'es, il faut une action noble, soutenue et variée.
6° L'action doit être appropriée aux auditeurs. Ainsi devant les grands il faut parler avec dignité, devant le peuple avec autorité ; à la campagne on peut se permettre, toutefois jusqu'à certaines limites, de paraître véhément et terrible dans son action, de crier même et de s'agiter, parce que le peuple se persuade plus par une voix puissante et des gestes impétueux que par la force du raisonnement ou la beauté de la diction : en ville, il faut plus de réserve, de retenue et de modestie; il faut parler et non crier; il faut une action noble et polie, une voix douce et agréable, un geste grave, des mouvenwuis discrets, un extérieur toujours respectueux ; et l'air d'autorité du ministre doit êlre tempéré par l'air modeste de l'homme.
Telles sont les ([ualilés d'une bonne action oiatoire. Le public les connaît par instinct; il est juge suprême en cette matière ; on ne peut ni l'égarer ni le surprendre. Si les auditeurs s'agitent d'impatience sur leurs sièges, s'ils promènent sur l'assemblée dos regards inattenlii's et distraits, si les paroles les i)lus touchantes les laissent froids et indifférents, on peut être sûr que le débit est mauvais. Mais