‹ Traite de la predication a l'usage des seminairesChapitre 38 sur 89 · ACTION ORATOIRE · texte numérisé non relu

ACTION ORATOIRE

si le prédicateur captive leur attention, s'il les saisit et les émeut, s'il les voit immobiles à leur place, le regard fixe sur lui, partageant toutes ses pensées et tous ses stînliments, son action a été certainement bonne, elle a rempli sa fin

DES OBSTACLES QUI PEUVENT CÈ.NER OU VlCItP. l'aCTION

Il est ciuq principaux ob.-tacles qui peuvent gêner ou "vic^r l'action.

Le premier, c'est de ne savoir qu'imparfaitement son discours. Car alors, préoccupé par la crainte de s'arrêter en chemin autant que par la recherche inquiète de ce qu'on doit dire, on perd toute la liberté de son action, et le sentiment, étouffé sous les sollicitudes de la mémoire, ne l'anime plus. La parole n'a plus ni ce degré de vivacité, ni ces nuances et ces inflexions que requièrent les diverses parties du discours, ni ces transitions de voix heureuses et naturelles qui conduisent d'une pensée à une autre, d'une narration à une preuve, d'une preuve à un sentiment; enfin on est hors d'état de régler sa prononciation.

Le second obstacle, c'est la timidité. Dans cet état fâcheux, on n'est plus maître de soi ; on est troublé, distrait, gêné ; on ne s'applique qu'à demi soit à ce qu'on dit, soit à la manière de le dire ; celte timidité éteint le sentiment, ôte l'aisance et le naturel; et, tant qu'on ne l'a pas surmontée, il est impossible de réussir. Nous avons indiqué ailleurs les moyens de la vaincre.

Le troisième obstacle, c'est l'amour-propre qui craint l'humiliation et ambitionne la louange. La crainte de l'humiliation jette le prédicateur dans le trouble et le met à la torture : il y a embarras dans toute son action, parce qu'il y a inquiétude dans son esprit ; et il ne laisse échapper que des sons de voix faux, des gestes restreints. D'autres fois, l'ambition des louanges lui inspire une envie excessive de plaire, qui le lait tomber dans l'affectation et la recherche ; tous SCS gestes sont étudiés, outrés ou peu naturels. Le moyen de lever cet obstacle se trouve d'abord dans une humilité franche et sincère ; puis dans l'habitude d'une conversation toujours noble et naturelle, toujours pleine de grâce et de décence, mais éloignée de toute affectation. Une fois qu'on s'est accoutumé à un langage toujours digne, on ne craint plus tant de déplaire, on ne pense plus tant à plaire, et, par cela même, on plnîl davc-.uta-e sans encan effort.

Le qiialiicme obstacle, c'est le défaut de sensibilité ou naturelle ouïicquise par la nioditalion. Si l'on est froid, peu touché de ce qu'on prêche, il est impossible d'avoir une bonne action oratoire ; ce qu'on a de mieux à faire alors, c'est de se borner à peu de gestes : les gestes forcés que le sentiment n'inspire pas nuisent plus à l'effet qu'ils ne servent.

Enfin le cinquième obstacle, c'est dans le prédicateur une idée imparfaite de la grandeur de sa mission. Une foi vive de l'excellence d'un si haut ministère donnerait à tous ses mouvements ce caractère de noblesse qui va si bien dans la chaire sacrée, lui inspirerait une élévation de sentiments, une dignité de manières convenables à l'envoyé de Dieu, et remplirait son âme de ce saint enthousiasme qui dicte les plus beaux gestes. Mais s'il juge son ministère d'une manière trop humaine, s'il n'en sent pas la grandeur, dès lors sa parole est sans noblesse, son gesle sans dignité; et rien dans son action, expression fidèle de son âme, n'est à la hauteur de la parole de Dieu.

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