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CHAPITRE II

Des différentes parties dont l'action se compose.

On peut distinguer six parties dans l'action : la prononciation, la contenance du corps, les gestes des mains, le mouvement des yeux, les traits du visage et la position de la tète. Nous allons exposer les règles qui regardent chacune de ces six parties.

AllTlCLE 1".

DE LA PnO.NO>f.IAT10X.

* La prononciation est la première partie de l'action comme elle

* en est la plus importante : rien n'exjTime et ne remue les passions

* comme la voix : Ad actionis usum atque laiulem inaximam sine

* dubiopartem vox obtinet, dit Cicéron^. Elle relève les endroits fai-

« Le Cl ut., liL. m, 22 i.

* bles, elle donne de l'intérêt aux choses les plus simples et fait

* verser des larmes où la lecture laisserait l'âme insensible. Le (on

* pathétique touche souvent plus que les paroles les plus véhé-

* mentes; il a surtout un empire prodigieux sur la multitude, qui ne

* saisit pas le fond du discours, mais se laisse ébranler par le ton

* pénétré de l'orateur; et c'est là ce qui donnait au P. Bridaine, ce

* qui donne encore à tous les missionnaires une si grande puissance

* sur leurs auditeurs. Sans ce secours, au contraire, toute éloquence

* tombe ; un discours mal prononcé ne peut jamais faire d'effet.

* L'oreille, ce sens qui porte les paroles à l'esprit, est d'une délica-

* tesse extrême, dit Cicéron : Aiirium estjudicium swperhissimum^ :

* si vous la blessez, elle fait oubHer et compter pour rien les charmes

* de votre élocution. Tous les sentiments languissent, si la voix ne

* parle leur langage ; toutes les affections de l'âme s'éteignent, si elle

* ne les anime, et les preuves mêmes perdent leur force, si elles

* ne sont présentées avec un ton d'assurance qui démontre la con-

* viction.

La prononciation étant donc si importante, nous exposerons : 1° ses quahtés; 2° les règles auxquelles il faut la soumettre; 3° la manière d'améliorer et de conserver sa voix.

D/s qualités de la prononciation ^.

La prononciation oratoire doit avoir quatre qualités principales : elle doit être, 1" claire et distincte. On finit bienlôt par ne i>1lis écouler ce qu'on n'entend qu'avec peine ; et quand même on écoulerait, le travail de l'esprit qui cherche à entendre préoccupe l'ùine et empêche de se laisser pénétrer par le sens. 11 faut donc parler de manière à être entendu aisément et parfaitement de tous ; et pour cela il faut élever assez la voix, articuler distinctement toules les syllabes, les prononcer selon leur quantité, d'une manière nette et pleine, bien détacher les mots, les phrases et membres de phrases, et appuyer surtout sur les finales.

2° La prononciation doit être pure et correcte, c'est-à-dire, n'avoir aucun des défauts que réprouvent les règles de la grammaire ou l'usage de la bonne société : il faut y éviter tout accent vicieux, c'està-dire, en général, celui qui fait connaître de quel pays est l'orateur,

*Oralor., lôJ. — - Cic. ad Ilere.;., iib. III, 20 et, scq.

288 TRAITÉ DE LA PllÉDICATION.

et être altenlif à faire des liaisons des consonnes finales avec les voyelles des mots suivants, prononçant, par exemple, le divin namour, bon nami, so torgneil, gran torateiir.

0° La prononciation doit être bienséante ; c'est-à-dire n'avoir rien de choquant, de rusticpie, d'affecté, d'embarrassé comme si on étudiait les tons à donner à chaque mot. 11 faut donc éviter la voix raucjue, aigre, rude ou efféminée, la voix d'un volume trop gros et trop vaste qui sent le ton magistial, la voix lente qui, se traînant sur les mois, fatigue et dégoûte l'auditeur, plus encore la voix trop précipitée qui ne laisse pas le temps de saisir et de goûter ce qu'on dit, qui sent Técolier empressé de se décharger du poids de sa leçon, et qui est d'ailleurs si opposée à la gravité de la chaire sacrée, où la parole évangélique doit couler conmie un fleuve majestueux et non se précipiter comme un torrent. La perfection de la voix, c'est d'être sonore et claire, flexible et naturelle, toujours pleine de dignité, soit lorsqu'elle est douce, soit lorsqu'elle est fulminante; mais surtout toujours contenue dans ce juste milieu également éloigné de la précipitation et de la lenteur, lequel donne du poids au discours, en fait sentir la force et l'harnionie, produit des sons plus nomris, soulage l'organe en facilitant les repos, et aide puissamment à conserver l'empire sur soi, sans jamais se troubler dans le cours du débit,

4" La prononciation doit êlre adaplée aux pensées et aux sentiments qui composent le discours, c'est-à-dire qu'elle doit marquer la nature et la force de chaque idée par un accent particulier qui fasse discorner les propositions d'avec les preuves, les preuves d'avec les conséquences, les divisions d'avec le récit, les objections d'avec les répHques, les pensées communes d'avec les pensées élevées, les idées gracieuses d'avec les idées tristes. Un ton qui confondrait tout, ferait un chaos capable de dégoûter l'auditeur le plus attentif, et les mots iraient frapper son oreille sans arriver jusqu'à son cœur. Si l'on veut le toucher, il faut qu'il y ait conformité cuire la nature de la pensée ou du sentiment et la manière dont l'un ou l'autre est rendu. La voix a pour cela des moyens infinis ; et il n'est pas une pensée ou un sentiment qu'elle ne puisse exprimer par un accent particulier; et voilà ce qui en fait un des plus beaux dons que la i'^<,ure nous ait départis. Le mal est que ce talent, \k>. plus digne de tous d'être cultivé, est de tous le plus nti^ligé et le plus méconnu : les uns ont des tons insignifiants qui n'expriment rien, ou fiuile d'âme ou faute de connaissance; les autres ont des tons faux

LES DlFFÈPiElSTES PARTIES DE L'ACTION, 2S«

résultat du mauvais goût ou de l'inintelligence de ce qu'ils disent; d'autres enfin ont un ton exagéré et outré, fruit de leur miagination trop ardente ou de leur sensibilité trop vive.

De la manière de régler sa voix dans le discours public.

Le ton qu'il faut prendre en parlant en public se mesure d'après l'étendue de l'auditoire : il est nécessaire et suffisant de l'élever à un degré tel que l'auditeur le plus reculé puisse facilement entendre : l'élever au delà, ce serait se fatiguer en vain et fatiguer l'auditeur lui-même. On a observé que le ton général de la voix doit être en fa, le ton le plus haut en la, et le ton le plus bas en ré. Au-dessus du la, la voix se fausse et le ton est désagréable : au-dessous du ré on n'est pas entendu. On a observé également que, pour se bien faire entendre, il faut, 1° se tenir au milieu de la chaire, sans voltiger à droite et à gauche, parce que ces mouvements partagent le son et le dissipent, ou donnent tout aux uns et rien aux autres : 2" faire en sorte que la voix aille frapper directement le mur ou le pilier en face de la chaire, afin que de là les sons se réfiéchisscnt dans tout l'auditoire.

Le ton général de la voix ainsi fixé, doit modifier ses inflexions, selon ce qu'exigent les diverses parties du discours, la nature du suyi et le sens des phrases, les endroits où il faut appuyer et ceux où ii faut faire des repos.

1° Règles de la voix dans les divei'ses parties du di,sconrs.

Lu voix ne doit point glisser sur toutes les parties du discours comme sur une surface unie : dans l'exorde, elle doit être calme, modérée et respectueuse. Crier dès lors et pousser des éclats de Yoix, ce serait aller contre nature, puisqu'il n'est pas naturel d'être échauffé dès le commencement ; la chaleur ne vient que peu à peu cl par degrés ; ce serait encore violer la règle fondamentale de l'exorde, qui est de s'insinuer dans l'esprit des auditeurs par la modci'tie et le calme du langage : Quid insxiavius, dit Cicérou, quàm cliimur in exordio^.... A principio clamare, agreste est quiddam*. Ce hevd'.i eufin se mettre hors d'élat de s'élever plus haut dans li suite du discours, quand la nature des choses le demanderait, au

» Ad Ilcien., lilj III. 21 — * De Oral , lib. 111, 2-27.

lieu qu'en ménageant son feu dès le commencement, pour ne le produire qu'à propos, on fait beaucoup plus d'impression. — Dans l'énoncé de la division ou des sous-divisions, il faut une clarté de voix parfaite, et on ne saurait trop y éviter la précipitation ou la confui^ion des sons, parce que, quand l'auditeur n'a pas bien saisi cet énoncé, il se mécontente et prend difficilement intérêt à ce qui suit. — Les définitions oratoires exigent une précision exquise de langage; on doit ne laisser passer aucun des traits qui caractérisent la chose qu'on définit et les présenter tous avec une égale force et un égal intérêt. — Dans le corps du discours, quand on narre ou qu'on expose, la voix doit être un peu plus élevée que dans l'exorde, mais simple et posée, libre et coulante, plus animée en racontant un trait de générosité, plus touchante et plus pathétique en rapportant quelque fait attendrissant, toujours diversifiée de manière à représenter les choses dont on parle. Quand on avance une proposition ou qu'on interroge, la voix doit être à peu près celle de la conversation, mais un peu plus haute. Ce qui est argumentation doit se dire d'un ton pressant, forme et hardi, en observant toutefois de prononcer d'une voix moins chaleureuse les arguments moins forts, et avec un accent beaucoup plus énergique de conviction les arguments les plus concluants. Ce qui est réfutation doit avoir un caractère de raison supérieure qui ne laisse pas supposer la possibilité de la réplique, et comme un air de triomphe qui entraîne l'auditeur. Dans tout ce qui est mouvement, il faut le ton animé et pénétré, mais en observant deux choses : la première, de bien remarquer oii commence et finit le pathétique, afin de ne pas appliquer à faux le ton propre à ce genre, ce qui serait ridicule ; la seconde, de ne pas passer brusquement du ton calme au ton passionné, ni de l'accent chaleureux à une voix glaciale, mais de ménager le passage de l'un à l'autre : le sentiment ne naît ni ne s'éteint tout à coup. — Enfin, il faut surtout réserver sa voix pour la péroraison, ce moment décisif dont les impressions restent presque seules et effacent toutes les autres : c'est là qu'il faut déployer une voix puissante, pénétrée et pathétique, qui aille jusqu'au fond des cœurs.

2"* Règles de la voix scion la nature du sujet et le sens des phrases

Chaque sujet demande un ton particulier. Si l'on exhorte, la voix doit être forte et pressante; si l'on prie, douce et soumise ; si l'on console, tendre et confia tissan te ; si l'on conseille ou promet, grave

et soutenue. Les choses fâcheuses demandent un accent triste et plaintif, les paroles de paix ou d'encouragement une voix douce et éclatante, et si l'on parle des grandeurs de Dieu, de la beauté de la rehgion et de ses mystères, la voix doit prendre elle-même un ton de grandeur et de majesté. Quel que soit le sujet, le ton de vérité avec lequel chaque phrase doit être prononcée se présentera comme de lui-même, pour peu que le prédicateur ail d'âme. Il dira les pensées communes d'un ton calme et modéré; les pensées vives, qui comme un trait de lumière illuminent l'esprit par leur clarté et le frappent vite par leur brièveté, d'un ton décidé et tranchant* : se traîner en les énonçant ferait un contre-sens et manquerait le but qui est de produire une secousse momentanée. Aux pensées fortes faites pour produire des impressions profondes, il prendra un ton grave, imposant, cntièremeut distinct du ton précédent*. Il exprimera les pensées hardies avec une sorte d'audace, les pensées nobles, grandes et sublimes, avec majesté. Mais, surtout, il s'attachera à rendre, par la flexibilité de sa voix, les passions diverses et les mouvements de l'âme, qu'exprime sa parole.

Chaque passion a un ton qui la distingue et la caractérise. Dans la douleur, la voix est triste et gémissante, pleine de larmes et interrompue par des soupirs, plus grave cependant et plus uniforme quand on ne veut pas se plaindre; dans la joie elle est gaie et coulante; dans l'amour elle est douce, tendre et affectueuse; dans la haine elle est sévère, et si l'on vient jusqu'à l'indignation, elle s'exprime par des éclats violents. Si l'on veut inspirer la hardiesse, elle est haute et ferme ; si l'on craint, elle tremble et hésite, et si l'on excite la compassion, elle est plaintive et tendre. Les figures par lesquelles les passions s'expriment, comme l'inlerrogalion, l'apostrophe, l'ironie, l'exclamation, ont aussi leur ton particulier que la nature et le sentiment enseignent. Ainsi dans l'apostrophe à Dieu, aux saints ou aux choses inanimées, il faut élever la voix plus haut que lorsqu'on parle aux hommes'; dans le dialogue, il faut pro-

* Ainsi doit se prononcei' le mot d'Horace : Qu'il mourût! ou la i'éplique de Médée, qui, quand on lui demande : Que vous reste-t-il contre tant d'ennemis? repond : Moi.

* Ainsi doivent se prononcer ces deux vers si fameux :

Celui qui met un frein à la fureur des flots Sait aussi des méchants arrêter les complots.

* On raconte de Massillon que lorsqu'il faisait son exclamation favorite, ^ra«(ï Dieu! qui revient si souvent dans ses discours, il piodniniit toujours une im-

«^2 Tr.AITi; DE L.\ rilÉDICATlON.

iioiiccr la réponse d'un ton différent de la demande, et changer sa voix comme si deux personnes s'entreteniiient ensemble. Si l'on introduit dans le discours quelqu'un qui délibère en lui-même, il faut baisser la voix comme si l'on ne voulait pas être entendu, tout çn se Taisant suffisamment entendre.

5" Règles de la voix pour ajpuyer à propos.

Il est certains endroits où il faut appuyer, c'est-à-dire qo il faut marquer d'un son de voix plus plein et plus fort, comme méritant une attention toute particulière. La manière dont on place ces appuis, est ce qui donne à la pensée sa force, son énergie, souvent même son sens ; et il est bon de les préparer avant de monter en chaire, au jnoins pour les parties les plus touchantes : quand on se fie à l'impulsion du moment, on se trompe souvent, et l'effet est manqué. Il est essentiel aussi de ne pas trop les multiplier : trop fréquents, ils lasseraient et ne produ'raient plus d'effet. Pour déterminer les endroits où il faut les placer, il n'y a guère d'autre règle que d'étudier le sens et la force des pensées et des senthnents : le tact et le goût prononcent d'après cette étude où l'on doit appuyer plus ou moins, 'i'outefois, voici quelques principes dont peut-être on pourra s'aider. l'On détache par un léger changement de ton les phrases incidentes, et l'on appuie avec force sur les premiers termes d'un sens contraire ou qui expriment une conséquence. 2 Lorsque la période contient une interrogation, il faut appuyer sur les mots qui font ressortir cette interrogation et sur la dernière syllabe, ou, si celle-ci se termine par un e uiuet, sur la pénultième. Ainsi, dans cette phrase : Jusqnes à quand, chrétiens^ abuserez-vous de la bonté de Dieu et de son inépuisable patience? il faut appuyer sur quand, sur vous, plus encore sur la pénultième de patience, et couler sur le reste. 5* On appuie avec un ton plein, ou une sorte d'emphase sur les mots qui expriment quelque chose de grand, et avec une voix faible sur ceux qui marquent la faiblesse ou la douleur. Ainsi, dans celte phrase : S/;V sonde vos cœurs, pensez-vous que j'y trouve une foi vive, forte et puissante? J'appréhende ou de n'en point trouver en vous, ou de la trouver faible, défectueuse, languissante, il faut appuyer avec un ton plein, ferme, élevé sur ces mots vive, forte, puis'iante, cl avec un ton plaintif, douloureux, moins élevé sur ceux-ci : faible, défectueuse^ languissuule. i° Loisquil y a aiUithèse dans une phrase, il faut an.

f-rossion profondo par l'accent particulier qu'il prenait alors, et qu'il accfiupa- (.■iiail d'un regard vif vers le ciel et d'':n gei^te plein d'expreï.'-ion.

puyer diversement sur ses différents membres, afin de faire ressoilir le contraste des idées par le contraste de la voix. Ainsi, dans cetîc phrase de Bossuet, sur la princesse Henriette : Le matin elle fleurissait; avec quelles grâces, vous le savez : le soir nous la vîmes séchée, et dans cette autre de Fléchier : Hélas ! nous savions ce que nous devions espérer, et nous ne savions pas ce que nous devions craindre, il faut dire sur un ton plus haut le premier membre, et le second sur un ton plus bas. De même encore, dans cet exemple du même auteur: 0 Dieu terrible, mais juste dans vos conseils sur les enfants des hommes! vous immolez à votre grandeur de grandes victimes, et vous frappez, quand il vous plaît, ces têtes illustres que vous avez tant de fois couronnées, il faut appuyer d'une voix haute sur 0 Dieu terrible, en faisant sentir fortement les deux rr, appuyer d'une voix basse et humiliée sur juste, en faisant un peu siffler le j, couler ensuite sur les mots suivants, puis appuyer sur iinmolez, sur grandeur, sur frappez, sur têtes; abaisser sur grandes victimes quand il vous plaît, et enfin, allonger un peu la dernière syllabe de couronnées. 4° Quand on doit appuyer avec une véhémence spéciale sur quelques parties d'une période, il faut ménager le ton dans celles qui précèdent; ainsi quand l'acteur Ésopus récitait les trois vers qu'on a ainsi traduits :

Où trouverai-je du secours?

A qui pourrai-je avoir recours?

Mais, opère! ô patrie! ô maison de Priaml

il prononçait, remarque un ancien, les deux premiers doucement et ♦^^ans véhémence, afin de tomber sur le troisième avec cette émotion et cet éclat de voix dont il eût été incapable s'il se fût épuisé dans les deux premiers vers.

4° Règles de la voix pour les repos.

On dislingue deux sortes de repos : les premiers sont les repos expressifs qui se placent à la suite d'une pensée importante sur laquelle on veut fixer Tattention de l'auditeur, ou quelquefois même auparavant. Ces petits silences ménagés à propos laissent à l'auditeur le loisir de goûter ce qu'on lui dit, de saisir les preuves, d'entrer dans les sentiments qu'on lui suggère, et soulagent la voix de l'orateur : Intervalla vocem confirmant et audUori spatium cogitandi relinquunt, dit Cicérone La seconde sorte de repos, ce sont ceux

* Ad ilcrcu., lilj. III, XXI.

qui indiquant la division des sous et porimilL'nl au prédicateur de reprendre lialeine. L'art de les j)lacer est une des parties délicates et essentielles du débit. Si on les établit à faux ou qu'on ne les fasse pas Ic^ où le sens le demande, et qu'ainsi on forme une masse de ce qui devrait être divisé ou qu'on morcelle ce qui voulait être lié, on ôte au discours et son sens et ses charmes. Il est trois causes qui les déterminent. — La première, est le besoin de respirer combiné avec le sens. Ainsi entre chaque période on fait une pause courte, en ayant soin de commencer la période suivante un degré plus bas que la précédente, sauf les circonstances où la nature des choses indique de faire le contraire: on prononce d'une haleine les périodes courtes et les plus longues à diverses reprises, en observant : 1» de ménager son haleine pour en avoir encore de reste quand on la reprend; '2° de la reprendre légèrement dans les intervalles lorsqu'on prévoit ne pouvoir prononcer d'un seul trait un membre de période; 5° de ne faire les pauses que selon que l'esprit fait ses repos, c'est-à-dire de les faire plus longues à la fm d'un sens entier, plus courtes à la fin d'un membre de phrase, plus courtes encore dans les petits intervalles de chaque membre, et d'éviter avec grand soin toute pause capable de faire croire à l'auditeur que le sens est achevé lorsqu'il ne l'est pas encore. — La seconde cause qui détermine les repos, c'est la ponctuation ; tout le monde en connaît les signes, mais n'en connaît peut-être pas les règles. La virgule s'emploie plutôt pour ménager la faiblesse de l'organe de l'orateur ou de l'intelligence de l'auditeur que pour marquer une division réelle dans le sens de la phrase; d'où il suit qu'il faut s'y arrêter très-peu; autrement on nuirait à la vérité et à l'unité de la pensée : le point et virgule se place pour diviser les parties principales d'une proposition ; et en conséquence, on peut s'y arrêter pour reprendre haleine, mais pas plus longtemps. Les deux points indiquent que la phrase est grammaticalement complète, mais que, dans la réalité, elle est subordonnée à un objet principal, comme dans cet exemple : Il y a dam l'homme deux principes opposés : l'amour-propre qui nous rappelle à nous, et la bienveillance qui nous répand; et ainsi ils demandent un repos plus marqué, une chute de la voix plus exprimée. Le point marque la fin d'un sens entier, et par cela même il demande un repos décisif, une chute de voix pleinement caractérisée. Enfin, la troi' siémc cause qui détermine les repos, c'est le jugement de l'esprit et de l'oreille, ou, en J'autres termes, c'est le tact qui discerne ce que demandent la force de l'expression ou de la pensée, et riiarmonie ou

DES DIFFERENTES PARTIES DE L'ACTION. 2'Ja

le nombre oratoire. Comme ceci n'est point susceptible de règles, nous ferons comprendre la chose par un exemple : prenons l'éloge funèbre de Judas Machabée par Fléchier, et indiquons par un signe les repos qu'y veulent l'esprit et l'oreille.

Cet homme 1 qui portait la gloire de sa nalion | juscfu'aux extréniilés de la terre, | qui couvrait son camp du bouclier | et forçait celui de renncmi avec répée, | qui donnait à des rois ligués contre lui ] des déplaisirs mortels I et réjouissait Jacob par ses vertus et ses exploits, | dont la mémoire doit être éternelle; | cet homme qui défendait les villes de Juda, | qui domptait l'orgueil des enfants d'Ammon et d'Ésaû, | qui revenait chargé des dépouilles de Samarie, | après avoir brûlé sur leurs propres autels | les dieux des nations étrangères ; | cet homme que Dieu avait mis autour d'Israël | comme un mur d'airain, | où se brisèrent tant de fois toutes les forces de l'Asie, | et qui, après avoir défait de nombreuses armées, | déconcerté les plus lîersetles plus habiles généraux des rois de Syrie, | venait tous les ans, | comme les Israélites, | réparer avec ses mains triomphantes | les ruines du sanctuaire, | et ne voulait d'autre récompense des services qu'il rendait à sa patrie | que l'honneur de l'avoir servie ; ] ce vaillant homme, | poussant enfin, | avec un courage invincible, | les ennemis qu'il avait réduits I à une fuite honteuse, | reçut le coup mortel, | et demeura comme enseveli dans son triomphe. | Au premier bruit de ce funeste accident, | toutes les villes de Judée furent émues; | des ruisseaux de larmes coulèrent des yeux de tous les habitants; | ils furent quelque temps saisis, | muets, | immobiles ; | un effort de douleur | rompant enfin | ce long et morne silence, | d'une voix entrecoupée de sanglots ] que formaient dans leurs cœurs I la tristesse, | la crainte, 1 ils s'écrièrent : Comment est mort 1 cet homme puissant qui sauvait Israël?

Qui ne voit que ces repos aident à faire ressortir la magie des nombres et de l'harmonie, si évidente dans c<îtte période qui semble sortir avec effort, se traîner, tomber, se relever, et enfin arriver avec peine jusqu'à l'exclamation qui la termine? Après celte exclamation, l'orateur s'abandonne sans retenue au sentiment qui a éclaté; il s'élève au ton de l'enthousiasme, et les nombres deviennent plus entrecoupés.

A ces cris, ] Jérusalem redoubla ses pleurs, ] les voûtes du temple s'ébranlèrent, ] le Jourdain se troubla, | et tous ses rivages | retentirent du son de ces lugubres paroles : 1 Gomment est mort j cet homme puissant ] qui sauvait le peuple d'Israël !

C'est ainsi que les repos mettent à l'aise l'esprit, l'oreille, la respiration de l'orateur et de l'auditeur ; ils présentent les objets nette-

TRAITE DE \.A PUEDICATlOiS.

ment séparés, ils lient les iilirases par des rapports symétriipies, ils les font croître ou décroîlre selon les circonstances, et les varient do manière à satisf;iire le goût. Lorsque l'harmonie est dans le style, ainsi qu'elle se trouve ici éminennnent, elle passe facilement dans la voix ; mais si elle y manque, elle ne pourra , à l'aide d'aucune règle, passer dans le débit.

Nonobstant tons ces détails, il ne sera pout-êîre pas inutile do présenter ici, pour conclusion de toutes les règles relatives aux modifications de la voix, un exemple annoté qui en offrira l'application. Il est lire de l'exorde de l'oraison funèbre de la duchesse d'Orléans, parBossnel.

' Ton de 7wMesse et regret :

pJna^e entière sans variation.

* Allendri.

^ détaché cl ému.

» Ton de puissance et d'en-

traïnemenl. ^Péiu'lré.

^ Élevé. '' Opposition.

*Plus excité. 9 Sans force.

«0 Brillant. ^Wpposition.

'-Positif.

»s Componction.

^^Interrogation, grave, parlé,

pénétrant. •' Force.

*" Simplement.

" Entraîné.

i^ Noblesse. ^^ Chaleur.

^ Sans force. -• AIhoIh.

*- Humilité.

*^ Noble et solennel.

" Grave.

■*■' Élevé.

-fi Triste. -' Soutenu.

-« Humble

'■^^ Noblement.

' J'étais donc destiné à rendre ce devoir funèbre | à très-haute et très-puissante prin cesse I llenriette-Anne d'Angleterre , | duchesse dOrléans. | -Elle | que j'avais vue si attentive | pendant que je rendais It) même devoir à la leni sa mère, | devait être I 3 sitôt après ] le sujet d'un discours semblable.— *0 vanité 1 1 ô néant! j ô mortels iy;norants de leur destinée! | 'Non, | après ce que nous venons de voir, | *^\a. santé 1 ''n'est qu'un nom; 1 ^la vie j ^ n'est qu'un songe; | ^^la gloire | "n'est qu'une apparence... 1 ** Tout est vain en nous, | *^ excepté le sincère aveu que nous faisons dt'Yanl Dieu | de nos vanités... | **Wais d sje la vérité? | L'homme que | *^Diea a fait à son image | '^ n'est-il qu'une ombre ? ' "Ce que Jésus-Christ est venu chercher du ciel en la terre, | ce qu'd a cru pouvoir J •8 sans se ravilir, | '^ racheter de tout son sang, 1 *° n'est-ce qu'un rien? | *• Reconnaissons notre erreur... | "Tout est va;n on l'homme | si nous regardons le cours de sa vie mortelle ; | " mais tout est précieux, I tout est important, | si nous contemplons le terme où elle aboutit j et le coniple qu'il en faut rendre. 1 ".Méditons donc aujourd'hui à la vue | *' de cet aulel | " et tie ce tombeau 1 *' la première et la dernière parole de rLcclésiaste, | *" l'une qui montre le néant de l'honnue, | "l'autre qui él;d»lit sa grandeur.

* De la manière d'améliorer et de conserver sa voix.

* Un bel orgnne, un timbre harmonieux, ce son louchant qui va

* au cœur avec le plaisir, est sans doute un don naturel que l'art ne

* saurait communiquer. Mais il est des moyens de corriger ou de

* prévenir les défauts de cet organe et d'améliorer ou de perfection-

* ner ce qu'il y a de bon. Démosthènes avait une voix ingrate, une

* articulation embarrassée, une prononciation difficile ; mais par sa

* persévérance à exercer et à développer sa voix, tantôt dans un ca-

* binet souterrain, où il descendait tous les jours et demeurait quel-

* quefois plusieurs mois de suite, tantôt sur les montagnes qu'il

* gravissait ot descendait en déclamant avec force la boiic'r.e pleine

* (le cailloux, d'autres fois sur le bord de la mer où il s'effo! ç;iit de

* surmonter par l'élévation de sa voix le bruit des flots, il parvint à

* lendre sa prononciation aisée et agréable, forte et puissante. Or,

* si l'amour de la gloire a pu inspirer tant d'industrie et de courage

* à un honnne pour se former une voix oratoire, comment le zélé de

* la gloire de Dieu et du salut des âmes n'engagerait-il pas le prêtre

* à soigner et perfectionner en lui un organe si utile à son ininis-

* tùre? Voici les moyens qui pourront lui servir à celte fin. H faut,

* 1° se tenir en garde dès sa jeunesse contre les moindres défauts de

* prononciation, afin de n'en contracter aucun. Il faut, 2° étudier les

* r.'gles d'une parfaite prononciation; et nulle part, ce nous semble,

* on ne les trouvera mieux présentés que dans Y Art de lire à haute

* voix, par Dubroca. Une fois qu'on les possède, il faut les mettre

* (U pratique, et s'exercer souvent en son particulier à prononcer

* quelque morceau oratoire, comme si l'on parlait en public, à ar-

* liculer distinctement tous les mots et toutes les syllabes, à faire

* prendre à sa voix toutes les inflexions depuis les sons les plus

* aigus jusqu'aux plus graves, et surtout à saisir sur-le-champ le toii

* convenable, et à passer d'un ton à l'autre sans blesser l'oreille. H

* faut, 5° ménager sa voix et ne la fatiguer ni en chaire par des cris

* trop violents , des prédications trop longues, ni hors de la chaire *■ par des conversations inutiles, des chants de pur amusement, des

* contestations et des disputes. 4" Les médecins indiquent comme

* moyens de conserver sa voix un régime alimentaire adoucissant

* et fortifiant , se coucher de bonne heure , la modération dana

* rétiuie, la Irugalité, la promi'nade prise ù propos, mais douce-

* ment et sans excès; ot ils ivgardenl comme contraire à la voix

* rusagc trop fréquent des noix, du fromage et de toute espèce de

* crudités.

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