‹ Traite de la predication a l'usage des seminairesChapitre 41 sur 89 · DES GESTES DES MAIXS · texte numérisé non relu

DES GESTES DES MAIXS

Les mains sont pour l'homme comme une seconde langue qui, sans parole, explique ses pensées et fait connaître ses sentiments. Leur geste anime l'éloquence, soutient le discours, et il n'est pas un mouvement de l'âme, dit Cicéron, qui n'y ait son expression.

Nous dirons d'abord les bonnes règles du geste , et ensuite nous en signalerons les défauts.

\° Règles du geste.

i" Il faut être sobre de gestes, savoir dire certaines choses tranquillement, et ne remuer les bras que quand le discours est animé, parce qu'il est contre la nature de gesticuler beaucoup en disant des choses simples. Là où la passion n'a aucune part, le mouvement des bras n'a rien à peindre. Il est même des cas où l'on s'exprime avec plus d'énergie par une cessation de tout mouvement. Un grand sentiment rend immobile. Certaines passions s'expriment assez par le jeu de la physionomie, les traits du visage, un regard, un mouvement de tète ; le geste ne ferait que les affaiblir. Un personnage élevé n'a que peu ou point de gestes: La dignité napas de bras, a-t-on dit. De même tous ceux dont les yeux et les traits sont susceptibles d'une expression vive et forte n'ont besoin que de peu de gestes. En un mot, il faut tenir comme un principe qu'il vaut mieux avoir trop peu de gestes que d'en avoir trop, et n'en pas faire que d'en fairS de mauvais. Massillon et Bourdaloue en faisaient très-peu. 2° Le geste doit toujours précéder quelque pou la parole, parce qu'on sent bien plutôt que la voix ne peut le dire, et le geste est beaucoup plus preste qu'elle ; il faut des moments à la parole pour se former et arriver à l'oreille, tandis que le geste part au moment même où l'âme éprouve le sentiment : à cela près, il doit toujours être d'accord avec la voix, c'est-à-dire en suivre le progrès et la graduation, et tomber avec elle à la fin des périodes ; c'est-àdii e encore, s'harmoniser parfaitement avec le sens des paroles, de sorte que la nature seule semble le former sans aucune étude, et que l'ait n'y ait de part que pour le remettre dans le naturel. Aux jeux

* Vovez l'Art de lire à haute voix, par Dubroca, p. ôiO — Cic, de Orat., lib lÙ, 220.

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olympiques, un aclcur peidit lo pcix pour avoir fait, lui dit-on, un tolédï^me de la main : il avait montré la (erre dans une invocation à Jupiter, et le ciel dans une apostrophe à la terre. 5° On doit faire peu de ^oAes en commençant, et ne les multiplier qu'à proportion que le discours s'échauffe : il faut lever la main dans l'exclamation et l'admiration, la jeter en dehors pour repousser, la retirer à soi pour attirer, la tendre roide pour demander l'attention, pour indiquer ou imposer le silence, la replier sur soi pour marquer la réflexion ou le remords, la porter au cœur pour exprimer la chaleur du sentiment. Les mains joinlesmarquent la soumission quand on les abaisse, l'adoration, le respect et la prière quand on les élève, la douleur profonde quand on les tient devant soi. On raconte de Massillon ipi'il les croisait quelquefois sur son front avec un n:erveilleux effet. Les bras étendus et ouverts marquent la bonté qui accueille, un bras tendu et roidi caractérise la force et la puissance. 4° La main droite doit toujours dominer le geste ; elle le commence du côté gauche en forme de croissant et le finit à droite, et pendant qu'elle est en action, l'autre main doit être appuyée sur la chaire ou étendue sur la poitrine. La main gauche ne doit presque jamais gesticuler, plus rarement encore j;esticuler seule ; elle ne doit intervenir que pour accompagner la droite, pour obéir aux mouvements que celle ci en exige, pour témoigner de l'aversion ou montrer la place des réprouvés. 5° L'index allongé et les tiois derniers doigts fermés sous le pouce, ont quelque chotc d'assuré, de vif et de pressant qui va bien dans les reproches elles arguments serrés, mais qui siérait mal dans l'oxorde.

2° Défauts du geste.

\° Un geste trop régulier serait un défaut dans certains endroits du discours : les mouvements pathéli(iues demandent une espèce de désordre, et ne comportent pas une régularité si soignée. 2° 11 faut éviter, en gesticulant, d'élever les mains au-dessus des épaules ou des yeux, de les abaisser au-dessous de la ceinture, à moins que ce ne soit pour les poser sur la chaire, d'écarter les doigts, de les courber, de les renmer avec légèreté, de présenter le poing fermé, de se couvrir delà main le visage ou la bouche. 5° On nedoitjii faire claquer ses mains l'une dans l'autre, ni en frapper la chaire à grands coups, ni faire des énuméiations sur ses doigts, ni iimter les actions de ceux dont on parle, par exemple, d'un joueur d'instrument, d'un escrimeur, d'un ivro^^ne, d'un homme ou d'une fennno

en colère. Si l'on représente Jésus-Christ en croix, il ne faut pas lui faire joindre ies mains pour dire : Pater, ignosce illis^ ou lui faire désigner saint Jean avec le doigt pour dire : Millier , ecce filiiis luus. 4° On doit éviter d'étendre les bras avec contention comme un lutteur, de les laisser tomber de leur propre poids, ou pendre négligemment, de trop les remuer et de les agiter, ce qui est peu digne de la majesté de la chaire ; en un mot de faire des gestes outrés et violents.

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