DES MOUVEMENTS DES YEUX
Les yeux sont comme un miroir où l'âme se peint tout entière ; ils sont la langue du cœur et comme une autre bouche par laquelle toutes les passions parlent le langage qui leur est propre : Oculos natura nobis ad motus animorum declai^andos dédit, dit Cicéron '. Que des yeux animés lancent un regard à propos, c'est assez pour que le discours laisse une impression profonde. L'art d'en régler les mouvements et de les mettre toujours en harmonie avec le discours est un des grands secrets de l'éloquence et un des plus puissants moyens de succès. La joie rend l'œil vif, la tristesse le couvre comme d'un nuage ; dans l'indignation, il est ardent et enflammé ; dans le reproche, sévère ; dans la frayeur, égaré. S'il déplore l'état du pécheur, il est compatissant et donne des larmes ; s'il menace des vengeances divines, il est terrible, lance la foudre et les éclairs; s'il admire, il est élevé et radieux ; s'il veut exprimer la honte et le repentir, il est baissé et comme obscurci.
Les principaux défauts à éviter en ce point sont de fixer le regard soit sur certains points de l'auditoire, soit sur certaines personnes ; d'avoir les yeux ou fermés et comme endormis, ou trop ouverts, ou légers et volages, ou tremblants et timides, ou fiers et hagards, ou efféminés et langoureux, ou louches et effarés, ou continuellement agiles et clignotants. 11 faut les promener modestement dans tout l'auditoire, et leur faire prendre les formes que demandent les différentes parties du discours, en leur laissant cependant toujours le caractère de gravité et de modestie qui convient.
» De Oiat., lib. III, 'J22.