‹ Traite de la predication a l'usage des seminairesChapitre 43 sur 89 · DES TRAITS DO VISAGE · texte numérisé non relu

DES TRAITS DO VISAGE

Le visage a, comme les yeux, son langage propre : Simt in ore ovinia, dil Cicéron*. Toutes les passions y jouent leur rôle : c'est comme une toile sur laquelle la nature exprime les sentiments de l'âme. Tous les pays, sans distinction de langues, tous les hommes, ignorants ou lettrés, savent y lire la joie ou la tristesse, la colère ou la compassion, l'amitiéou l'aversion, rimmilité ou l'orgueil, la dévotion ou la dissipation. Il parle même quelquefois plus efficacement que le discours le plus éloquent' : un visage où respirent la piété, la candeur, la modestie, frappe et intéresse ; un front où brille la majesté saisit et commande le respect ; et avec quel surcroît d'attention et de plaisir l'auditeur prête l'oreille lorsqu'il voit empreints sur le visage de celui qui lui parle les sentiments exprimés par les paroles ! Tout le reste, pour peu qu'il soit passable, parait merveilleux ; le discours entre facilement dans les esprits et gagne rapidement toutes les âmes.

Puisque les traits du visage sont d'une telle importance, il faut donc savoir bien les régler. 1° En commençant, le visage doit être doux, affable et tranquille, et ne s'animer que par degrés. Jamais i ne doit être impérieux ni trop sévère. 2* 11 doit toujours s'ajuster au sujet et faire sentir ou deviner les mouvements de l'âme. Que toutes les passions s'y peignent; l'auditeur aime à les lire. 5° Il ne faut point rider le front pour affecter l'austérité ni le frotter avec la main pour rappeler un mot qui échappe. 4° Corrugare nares, inflare et movere et diijito inquietare, et impulsu subito spiritiim excutere et diducere sxpiUs et plenâ manu resupinare indecoram est, dit Quinlilien *. 5° Il faut laisser les parties de la bouche agir naturellement sans les contraindre, ne pas mordre ou lécher ses lèvres, ne pas les tenir trop fendues, trop avancées, trop serrées ni si ouvertes qu'elles laissent voir les dents, ni nonchalamment pendantes, comme si elles ne daignaient pas se prêter à l'articulation des mots. 6° Il faut éviter avec grand soin de cracher trop souvent, et surtout de laisser tomber sa salive sur les auditeurs, de faire la moue, de boursoufler ses joues ou de souffler comme un athlète fatigué.

» Voyez l'Art de lire à haute voix, par Dubroca, IV* part. — Oralor., lx. — * De Oral., lib. III, 221,— » ^on tain affcctits exprimU scribens digiliis quàm vhUus. Saint Bernard, cpist. lxvi. — • LiL. XI, c. m.

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