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COMMENT DIVISER LES INSTRUCUONS SUR LES VERTUS OU LES VICES

La manière la plus utile de faire une instruction sur une vertu ou sur un vice est de la diviser en trois points, en exposant, selon les indications données aux trois articles précédents : 1" en quoi consiste la vertu ou le vice ; 2" les motifs d'embrasser cette vertu ou de fuir ce vice ; 5° les moyens d'y réussir. Si l'on voulait réduire sa division à deux points, et dire par exemple : lmporta7îce de cette vertu, premier point ; moyens de l'acquérir, second point, il faudrait traiter accessoirement dans le corps du discours la partie omise par cette division abrégée.

On peut faire plusieurs instructions sur une même vertu, en traitant séparément chacun des trois points énoncés plus haut : ainsi, pi je veux traiter le premier point seul, savoir en quoi consiste telle vertu, par exemple la contrition, je développerai les cinq indications données à l'article premier; si je veux traiter le second point seul, savoir les motifs de pratiquer telle vertu ou de fuir tel vice, je développerai les cinq autres indications données à l'article second, en les résumant en trois réflexions : Rien de plus nécessaire, premier point ; rien de plus avantageux, second point ; rien de plus facile, troisième point ; ou autrement : Excellence de cette vertu, premier point avantages qu'elle procure, second point ; consolations quelle donne, troisième point. Si enfin je ne veux traiter que les moyens d'acquérir la vertu, je puis exposer dans un premier point ce qu'il faut éviter, et dans un second point ce (pi'il faut pratiquer : par exemple, en appliquant ceci à la vertu de chasteté, je montrerai dans le premier point que, pour la conserver, il faut éviter une sécurité téjnéraire, la fréquentation indiscrète des personnes du sexe, l'oisiveté, la bonne chère; et dans le second point, je montrerai qu'il faut repousser par

une diversion prompte les moindres pensées du mal, les premières atteintes de la tentation, garder ses sens, mortifier son corps, être fidèle à la prière. — Les moyens généraux indiqués à l'article troi< siéme peuvent aussi faire la matière de plusieurs exhortations.

On peut très-utilement consacrer une instruction à réfuter tes mauvais prétextes ou les vaines excuses par lesquels les pécheurs essayent de justifier leurs vices : par exemple, on pourrait traiter ainsi le pardon des injures : Vous dites : Il y va de mon honneur de me venger, et moi je vous prouverai qiCil y a plus d'honnew cl pardonner qu'à se venger, premier point ; vous dites : Il y va de mon intérêt, afin qu'on ne recommence pas, et moi je vous prouverai qu'il y a pour vous un plus grand avantage à pardonner, second point ; vous dites : Il y va de ma satisfaction, je ne serai content que quand je serai vengé-, et moi je vous prouverai que le pardon généreux vous donnera un plaisir plus vrai et plus solide, troisième point.

Onpeut voir un modèle d'une réfutation de ce genre dans le sermon si frappant de Massillon sur le délai de laconversion ^ qui est consacré tout entier à réfuter les prétextes que le pécheur allègue pour différer son retour à Dieu.

Ce que nous avons dit de la manière de traiter les vices et les vertus peut s'appliquer à toutes les obligations du chrétien, par exemple aux commandements de Dieu et de l'Église, au bon emploi du temps, à la dévotion à la sainte Vierge, etc.. Ainsi, si je veux traiter un des dix commandements, je montrerai dans un premier point les motifs de garder ce commandement; dans un second, en quoi consiste la pratique de ce commandement ; et dans un troisième, quels sont les moyens de l'observer fidèlement. — Si je veux prouver l'obligation d'être saints, je dirai : Soyez saints parce que vous le devez, premier point; so7jez saints parce que vous le pouvez, second point; et je ferai entrer dans ces deux points les diverses considérations énoncées dans les trois premiers articles de ce chapitre, — Si je veux traiter la dévotion à la sainte Vierge, je montrerai dans un premier point les motifs de cette dévotion, et dans un second point la pratique de cette dévotion, et toujours je pourrai faire entrer les mêmes consi-

* Avcnt,

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dérntions. En un mot, quel que soit le sujet, on peut presque toujours divisor ainsi la matière : // faut faire cela, premier point ; comment le faire ? second point. Celte division toute naturelle est aussi presque toujours la meilleure, et donne lieu aux développements les plus utiles.

Entre les commandements de Dieu, il en est deux qui offrent des difficultés toutes spéciales : ce sont le sixième et le neuvième ; le prêtre ne doit jamais les aborder qu'avec une secrète crainte de dépasser les limites de la prudence, soit parce qu'il doit à la sainteté de son caractère, de ses fonctions et de sa mission divine, de ne laisser échapper de ses lèvres que des paroles pures et chastes comme celles d'un séraphin, soit parce que rien n'est plus dangereux que d'arrêter les pensées des auditeurs, dans une assemblée composée de personnes de tout âge et de tout sexe, sur ces matières lubriques. Quand il aura à les traiter, il priera auparavant l'Esprit-Saint de purifier ses lèvres comme celles du Prophète, et prendra un ton de décence et de gravité qui inspire une sainte réserve à tous les auditeurs. Puis, entrant dans son sujet, il pourra l'envisager sous deux faces opposées, c'est-à-dire ou traiter la vertu de pureté ou attaquer le vice contraire, et montrer les motifs et les moyens de pratiquer l'une ou de fuir l'autre, selon les indications données plus haut, art. 2 et 5. La première manière, qui consiste à traiter la vertu, est plus facile, moins dangereuse, et convient mieux à un jeune prêtre; la seconde, qui consiste à attaquer le vice, ne va guère qu'à un homme grave dont l'autorité et l'expérience couvrent la hardiesse des paroles. — En traitant les motifs de la pureté, le prédicateur devra s'attacher à faire ressortir combien est belle cette vertu qui élève l'homme audessus de lui-même, qui le fait vivre de la vie des anges dans un corps de boue, qui lui vaut tant de grâces ici-bas et tant de gloire dans le ciel; il la fera admirer et chérir aux jeunes gens dans saint Louis deGonzage ou saint Stanislas Koslkn, dans Derc^hmans ou Décalognc; aux jeunes personnes, dans cette foule de vierges qui, pour se conserver pures, ont sacrifié leur vie avec un courage intrépide, ou ont embrassé les austérités du cloître, mais surtout dans Marie, la Reine des vierges, dont le nom seul exhale un parlun» de pureté céleste; et ces exemples, pourvu qu'ils soient racontés avec des paroles d'une chasteté angéliqiie et enlremélés à propos do sentences jiiorales, produiront de merveilleux efltes sur les cœurs. Après ces

considérations si suaves où tout devra être pur coinme le ciel, viendra naturellement l'expose des moyens de vivre dans la pureté, tels que la dévotion à la sainte Vierge, l'humilité el auties moyens indiqués au § 2 du présent article. — En traitant les motifs de fuir le vice opposé, le prédicateur devra s'attacher à deux principaux, ses effets et ses châtiments . ses effets sont hidoux ; car il dégrade et avilit l'homme, même à ses propres yeux; il (létrit dans le cœur tous les sentiments honnêtes; il profane un corps qui est le membre de Jésus-Christ et le temple de l'Esprit-Saint ; il engendre le dégoût de tous les devoirs, de Dieu même et de son service, fait mourir dans les âmes la charité à laquelle il substitue un égoïsme cruel et sans entrailles, l'espérance qu'il remplace par le désir du néant et jusqu'à la foi même dont la doctrine pure répugne à la corruption du cœur : Dixit insipiens m corde suo : Non est Deiis. Ses châtiments sont terribles ; de tous les vices, c'est celui qui excite au plus haut degré l'horreur et la vengeance do Dieu : de là le déluge ensevelissant le genre humain sous ses eaux, quià caro est^; do là le feu du ciel réduisant en cendres les villes corrompues de la Pentapole ; de là tant de victimes de la mort avant l'âge, ou frappées subitement comme la foudre ; de là tant de désordres dans les familles, tant de calamités privées et publiques. — Enfin, en traitant les moyens dd fuir ce vice, le prédicateur exposera ceux que nous avons indiqués pour la garde de la vertu contraire, mais s'attachera principalement à la nécessité d'éviter les occasions dangereuses, telles que les mauvaises lectures, les rapports trop libres avec les personnes d'un autre sexe, la licence des regards et des paroles. — A ces remarques nous n'avons plus qu'une observation à ajouter : c'est que pour ne pas s'écarter des limites de la prudence dans un sujet si délicat, le prédicateur devra prendre pour modèles le sermon de Bourdaloue sur l'impureté, et le discours de Massillon sur l'Enfant prodigue, et ne pas dépasser la réserve que se sont imposée ces deux grands maîtres de la chaire.

Les auteurs qui ont le mieux écrit sur les vertus chrétiennes soiit Rodriguez, Saint-Jure, saint François de Sales et Grenade. On trouvera dans le premier tout ce qu'on peut dire de mieux sur les vertus dont il traite.

* Gcncs., VI, 3.

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