PANÉGYRIQUES DES SAINTS
exemple, j'expose quelques traits de grande vertu d'un autre saint, pour montrer ensuite que le saint que je célèbre, ou a égalé cette vertu ou s'en est approché : Alios exxquavit, ab aliis parmi ah fuit, dit saint. Grégoire de Nazianze, dans l'éloge de saint Alhanase; 5° par dissemblance, en relevant telle action de mon héros, non plus seulement au niveau, mais au-dessus de quelque belle action d'un autre, comme quand saint Grégoire de Nazianze relève l'action de la mère des Machabées qui offi e au martyre ses sept enfants audessus du sacrifice d'Abraham : 0 sacrificiiim Abrah3& sacrificio majus ac prxstanthis ! Nam ille iimim obtulit^ hxc autem popidum iiniversum filiorum Deo consecravit. — 11 faut seulement éviter certains écarts dans ces comparaisons : 1° on ne doit point présenter le saint qu'on loue comme le plus grand saint du paradis ; de telles exagérations sont inutiles à la louange des saints, à l'édification des auditeurs, et dépourvues d'ailleurs de tout fondement, puisque personne ne peut connaître la mesure de cette charité qui seule gradue les saints dans la gloire. 2° On ne doit point rabaisser le saint avec qui l'on compare son héros; il vaut mieux, au contraire^ le relever autant qu'on le peut, puisque plus il sera élevé, plus la gloire de celui qu'on lui compare sera grande. C'est d'ailleurs manquer de respect aux saints que de les déprimer pour en louer un autre, et de ne les faire entrer dans son tableau que comme des ombres. 5° On ne doit jamais rehausser la sainteté de son héros au-dessus de celle de Jésus-Christ, de la sainte Vierge ou des Apôtres : il y a de la sainteté des saints à celle de Jésus Christ une distance infinie, à celle de la sainte Vierge une distance indéfinie, à celle des Apôtres une dislance toujours appréciable, parce que, comme le dit saint Thomas, leur grâce a été plus abondante : Acceperimt cxteris abundantiùs.
DE LA M.^,KIÈRE DE PRÉSENTER l'ÉLOGE DES SAINTS.
Nous pouvons distinguer le fond et la forme du discours. 1" Pour le fond, il faut s'attacher à montrer, dans le saint qu'on honore, les vertus que les auditeurs peuvent mieux pratiquer dans leur position, et si l'on traite les autres vertus qui leur reviennent peu, leur expliquer ce qu'ils peuvent faire pour approcher au moins de ce qu'ils ne peuvent imiter. Il faut surtout faire ressortir cette vérité, que les saints ont rempli les obligations de leur état avec une fidé-
3C0 TRAITE DE LA PnÉDlCATION.
lilé parlailc, qu'en cola consiste la sainlolé, et qu'ils ne sont arrivés à une éminente pc rfeclion que par l'exaclilude aux pofils devoirs, aux vertus communes dont la pratique est de chaque jour. Si l'on célèbre les miracles ou les dons extraordinaires de son héros, il faut en tirer des arguments pour confirmer la foi des auditeurs, montrer la puissance de Dieu, le crédit du saint dans le ciel, et porter tous les cœurs à la confiance en sa protection, en observant, toutefois, que celte confiance ne nous sauvera qu'autant que nous imiterons ses exemples ; et, alors, il faut exposer fortement et brièvement les motifs de pratiquer les vertus particulières que nous aurons montrées en lui.
On peut donner au panégyrique ou la forme morale ou la forme liistoi'ique.
La forme morale consiste à diviser le panégyrique en deux ou trois vertus dans lesquelles le saint a excellé, ou à s'arrêter à une seule qui a fait son caractère propre. Si l'on choisit deux ou trois vertus, voici un exemple de la manière de procéder apphquée au panégyrique de saint Louis : Llmmilité de ce saint roi, au milieii des honneurs, peut-on dire, nous apprendcomment nous devons iHrehumbles, premier point; sa morlification au milieu des délices de la cour, combien nous devons être réservés dans l'usage des jouissances des sens, second point ; son détachement dans l'abondance, combien nous devons être dégagés de toute affection aux biens de cemonde, troisième point ; et pour peu qu'on ail à dire sur chacune de ces vertus et sur les circonstances dans lesquelles le saint les a pratiquées, onremplira facilement et utilement chacun de ces trois points, surtout si l'on traite la nature, les caractères, les marques et les effets de ces vertus, It^s motifs et les moyens de les pratiquer selon les indications données au chapitre 111. Si l'on veut, au contraire, s'arrêter à une seule vertu qui soit comme le caractère propre du saint, par exemple, la douceur dans saint François de Sales, le zèle dans les apôtres, la force dans les martyrs, la pureté dans les vierges, l'amour des pauvres et de la pauvreté dans saint Thomas de Villeneuve, le mépris du monde dans saint Bruno et saint François de Borgia, on peut, 1° rattacher tous les traits de la vie du saint à cette seule idée, et dire par exemple ; Saint François de Sales, parla force de sa douceur, triomphe de l'hérésie, premier point; par l'onction de sa douceur rétablii la piété dans l'Église, second point. On peut, 2* rattacher la vie du .saint à quelques-unes des indications propres ù expliquer la nature d' la vertu, telle que nous les avons (iounées à l'article 1*"' du chapitre 111 :
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ainsi, par exemple, si j'ai à faire le panégyrique de sanit André, dont le caraclère est l'amour de la croix, j'indiquerai, d'après saint Bernard, les trois degrés de cet amour, qui sont de souffrir sans murnmrc, patiente!'; avec égalité d'&me, libenter ; avec joie, gaudenter : et je montrerai que saint André nous apprend à porter la croix en ces trois manières. On peut, 5" faire entrer dans le panégyrique tout ce qui regarde la vertu spéciale qu'on a choisie, c'est-àdii-e sa nature, ses motifs et ses moyens, comme nous l'avons expliqrié au chapitre III, et montrer que le saint a pratiqué excellemment cetto vertu, quels sont les motifs qui l'ont porté à cette pratique, par quels moyens il est arrivé à la perfection de celte vertu. A l'aide de ces principes, je puis facilement faire le panégyrique d'un saint dont même je ne connaîtrais nullement la vie ; ainsi, je suppose que j'aie à faire le panégyrique d'un martyr inconnu, je puis choisir l'amour de Dieu comme sa vertu propre, montrer que le véritable amour est l'amour pratique qui se manifeste par les œuvres, l'amour généreux qui met Dieu au-dessus de tout, l'amourfervent qui se réjouit d'avoir de grands sacrifices à faire pour Dieu ; puis je montrerai que le saint a eu ce triple amour, que tous les chrétiens doivent l'avoir de même, et je donnerai les moyens d'y arriver. 4" On peut dire encore: Jusqu'à quel degré le suint a porté cette vertu? premier point; quelle est la récompense dont Dieu a couronné sa vertu ? second point *.
Outre la forme morale, le panégyrique peut encore se présenter sous la forme historique, laquelle consiste à diviser le discours d'après les différentes époques ou les divers états de la vie du saint : 1" d'après les différentes époques; ainsi on peut considérer le saint dans son enfance, sa vie et sa mort, comme l'a fait l'abbé Clément dans le panégyrique de saint Nicolas, qu'il divise ainsi : Ce saint a été un miracle de piété dès sa première enfance, premier point ; un miracle de charité dans toute la suite de sa vie, second point; un miracle de foi à la fin de ses jours, troisième point. On peut encore considérer le saint dans sa jeunesse, son âge mûr et sa vieillesse, ou, si ses premières années ont été entachées de quelques fautes, montrer : 1° la promptitude de sa conversion, il a obéi sans délai à la grâce; 2* la solidité de sa conversion, il n'est plus retombé; 5° la perfection de sa conversion, il s'est élevé à la plus haute vertu. Division qui peut s'appliquer à un panégyrique de saint Augustin, de
' Voyez lu iianégyriquede S. Loais, par Bourdaloue, iiioUèle du genre po'ir le plan.
sainte Magdeleine, et iriêine de saint Paul. — 2° On peut diviser le pani'gyri(iue d'après les différents états où le saint s'est trouvé, et considérer son héros, par exemple, dans le monde, dans la vie religieuse, dans la prélature ; mais alors il faut bien se garder de parler des défauts dos religieux ou des ecclésiastiques, sous prétexte de relever la gloire du saint : cela malédifierait les auditeurs.
Nous observerons en finissant cet article, 4° que, quelle que soit la forme de panégyrique qu'on adopte, il ne faut pas multiplier et étendre plus qu'il n'est nécessaire les réflexions morales : on étoufferait ainsi et on ferait comme disparaître la vie du saint sous cet amas de moralités. Il vaut mieux mettre son héros parlant et agissant sous les yeux des auditeurs, par un récit de ses belles actions, concis, serré, vif et plein de mouvements; voilà ce qui donne du corps et de la force à un éloge, ce qui instruit et ce qui touche. Lorsque le sujet du panégyrique est fécond en événements, la morale ne doit même naître que du récit sans l'interrompre. — Nousobser' verons, 2" qu'il ne faut pas craindre d'entrer dans les détails de la vie du saint qui peuvent édifier les auditeurs : ce sont ces détails-là même qui rendent le discours plus utile. Il faut seulement éviter de montrer aux peuples une perfection plus admirable qu'imitable ; ce serait les désespérer et nuire au fruit du panégyriqne. Enfin, nous observerons, 5° qu'il ne faut ni s'astreindre trop rigoureusement à l'ordre chronologique, ce qui glacerait le récit en sacrifiant la marche oratoire au calcul des dates, ni s'en écarter trop visiblement de manière à être obligé de revenir sur ses pas, comme a fait Mascaron, qui, après avoir raconté la mort de Turenne dans la première partie, expose dans la seconde divers traits de sa vie.