‹ Traite de la predication a l'usage des seminairesChapitre 66 sur 89 · EST-IL EXPÉDIENT DE PRÊCHER SOUVENT DES SERMONS · texte numérisé non relu

EST-IL EXPÉDIENT DE PRÊCHER SOUVENT DES SERMONS

Par cela même que le sermon est la prédication la plus soîennelle de la parole de Dieu, il doit être rare, réservé pour les grandes fêles, pour les grands événements, les stations d'avent ou de carême, les missions ou les retraites. Dans ces circonstances extraordinaires,

un sorinonbicn préparé, plein de force, d'onction et de mouvemtiits, débile avec zèle et clialeur, produira d'uliles impressions, réveillera la foi des auditeurs et les fera rentrer en eux-mêmes. Mais si Ion employait trop souvent ce genre, il en résullerait deux graves inconvénients : le premier, c'est que les auditeurs trop habitués à ce mode d'instruction, finiraient par y être tout à faits indifférents et insensibles connne des gens blasés. Le second, c'est qu'il s'en faut que ce genre de prédication soit le plus utile; le peuple a besoin d'un mode plus simple, d'un langage plus commun, d'une sorte de catéchisme raisonné, d'explications à l'aide d'exemples, de comparaisons et de détails que ne comporte pas le seimon. Aussi voyons-nous que les saints Pères n'ont pas prêché à la manière de Bourdaloue et de Massillon, que le peuple des villes où l'on donne beaucoup de sermons est mférieur dans la science de la religion au peuple des campagnes où un pasteur zélé fait régulièrement des instructions simples et familières, et qu'enfin un bon missionnaire, avec son genre populaiie, convertit plus d'âmes que nos grands prédicateurs de stations d'avent et de carême, avec leurs éloquents discours.

Telles sont les réflexions que nous avions à faire sur le sermon. Il ne nous reste plus qu'à dire quelques mots de nos principaux sernionaires français : les trois princes de la chaire sont Cossuet, Bourdaloue et Massillon. Bossuel nous donne les pensées les plus hautes sur la religion et les mystères, rien n'égale la magnificence dt' ses vues ; Bourdaloue développe les vérités chrétiennes avec exaclilude et précision, et les appuie d'invincibles raisonnements ; il est partout solide et logicien rigoureux. Massillon, enfin, apprend à sentir et à rendre avec une grâce parfaite la pensée, le raisonnement et le sentiment. La réunion du génie de ces grands hommes serait la perfection idéale de l'éloquence de la chaire. — Après eux, mais à une grande dislance, viennent le P. Cheminais, remarquable par l'onction et la douceur ; Fléchier, que dislingue la grâce des pensées et de l'expression; le P. Ségaud, que recommandent un grand fonds d instri-iclion, beaucoup d'énergie et d'è!ég;mce; Cambacérés, qui a quelque chose de la foice de Bourdaloue et de la grâce de Massillon; le P. de Larue, où l'on trouve une mélhode et un style toujours convenables; le P. Giroust, sage et solide; M. Joly, évêque d'Agen, tendre et pathétique. On pourrait encore citer avec honneur le P, de Neuville, le P. Elisée, le P. Bretoaneau, MaroUes, lo P. de Ligny, le P. llacCarlhy et M. Borderies, ^.vêquo de Versailles,

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