CHAPITRE II
Du cours suivi d'instructions sur la «loc^n'âne cSirctio^snc '.
On entend par ce cours une suite méthodique d'instructions coordonnées et enchaînées ensemble, dans lesquelles on développerait aux fidèles : 1° l'historique de la religion depuis sa première ébauche dans le paradis terrestre jusqu'à sa dernière perfection par Jésus- Christ; 2° ce que nous devons croire (le symbole) ; 5° ce (|uenous devons pratiquer (les commandements de Dieu et de l'ÉgUse) ; 4° co que nous devons éviter (les péchés capitaux) ; 5° ce que nous devons recevoir (les sacrements) ; 6° ce que nous devons demander (l'oraison dominicale) ; et, en parcourant ce plan, on trouverait facilement l'occasion de traiter le saint sacrifice de la messe, les principales cérémonies de l'Église, les pratiques de piété les plus utiles, tout ce qu'il est convenable d'enseigner aux fidèles.
Celte notion ainsi précisée, nous traiterons 1° de l'importance d'u;i pareil cours ; 2° de la manière de le faire.
DE L'lMrOi,TA?iCE DE CE COURS.
De tous les genres de prédicat'on ce cours est sans contredit le plus utile, le plus nécessaire et le plus intéressant.
r Le plus utile : c'était l'avis de M. de la Motte, évêque d'Amiens ; l'expéiience le lui avait appris. Pendant plusieurs années, lorsqu'il était théologid de Carpenlras, il avait suivi clans ses prédications la marche que nous venons d'indiquer, et en avait recueilli des fruits si abondants, que, lorsqu'il fut évêque, il conseillait à tous ses curés de suivre cette méthode comme la meilleure qu'il connût. M. Joly, évêque d'Agen, recommandait la même pratique à tous les pastt'urs de son diocèse; Fleury en démontre au long les avantages dans la piéface de son Catéchisme historique ; et Fénelon exprime avec cha-
< Voyiz Collit, Devoirs d'un paslciir, p. 21G-271.
leur le vœu qu'elle soil adoptée partout. « Il n'y a, dit il, ni art m « science dans le monde que les maîtres n'enseignent d'une ma- « nière suivie, par principes et avec méthode : il n'y a que la reli- « gion qu'on n'enseigne point de celte manière aux fidèles : on leur « donne dans l'enfance un petit catéchisme sec qu'ils apprennent « par cœur sans en comprendre le sons, après quoi ils n'ont plus « pour insirnction que des sermons vagues et détachés. Je voudr:ùs « qu'on enseignât aux chrétiens les premiers éléments de la religion « et qu'on les menât avec ordre jusqu'aux plus hauts mystères. » Et, en effet, ce cours suivi d'instructions aurait l'avantage de faire connaître aux fidèles, avec un ordre parfait, le magnifique ensemble de la religion, son histoire, ses dogmes, sa morale; et par là de les mettre en état de comprendre toutes les instructions, de se rendre compte des motifs et de l'objet de leur croyance, d'expliquer et de défendre leur foi. Par là encore on retrancherait une des plus grandes difficultés du saint tribunal, qui est le peu d'inslruction des pénitents, et l'on ferait facilement entrer dans toutes les âmes de vifs sentimenîs d'admiration et d'amour pour une religion dont toutes les vérités forment un corps de doctrine si parfait, un ensemble si bien lié, si bien coordonné, qu'on ne peut le contempler sans en êlre ravi.
2° Ce cours est le genre de prédication le plus nécessaire. Q'est là, en effet, le seul moyen d'enseigner la religion comme il faut, et de former un peuple véritablement et solidement instruit. Car ce n'est pas savoir la religion que d'en connaître seulemejit des lambeaux décousus et t^ans ordre : il faut en posséder l'ensemble, discerner k'S rapports qu'ont entre elles ses différentes parties, et connaître la liaison qui en fait un tout parfaitement coordonné : autrement on n'entendra pas le corps de la doctrine chrétienne et la suite des desseins de Dieu sur nous. Or, jamais on n'arrivera à ce but par des prédications sur des sujets détachés et sans suite. Que dirait-on d'un professeur qui, voulant enseigner à ses élèves la théologie dogmali- (jue et morale, leur ferait des tiisseï talions savantes auji>urd'hui sur l'incarnation, demain sur la restitution, une autre fois sur l'orgueil, puis sur la grâce, un autre jour sur la Trinité, puis sur les contrats wU les sacrements? Évidemment ce maître étrange n'apprendrait jamais la théologie à ses élèves, parce que la religion, comme toutes les sciences, ne peut bien s'enseigner qu'en initiant de l'ordre dans les leçons qu'on en donne, qu'en disposant chaque question à sa {ilaco et s'allachanl à suivre le fil et la génération îles idées.
COURS SUIVI D I^•STRUCTIÛ^■S. 387
Il en est de même du pasteur qui, au lieu de suivre un cours d'instructions, (raite chaque dimanche des questions isolées : on Vei\tendrait pendant vingt ans qu'on ne saurait pas la religion comm.' on la doit savoir. Car, indépendamment du défaut de suite dans son enseignement, il est impossible que, prenant les sujets sans ordre et comme ils se présentent, il n'oublie pas de traiter, quelquefois pendant de longues années, plusieurs vérités importantes, les unes de nécessité de précepte, les autres de nécessité de moyen. L'expérience ne le prouve que trop : combien de paroisses où l'on a laissé écouler dix et vingt ans sans exphquer une seule fois aux peuples les mystères de la Trinité et de llncarnalion, les sacrements d'extrême-onction et de mariage, les actes de foi, d'espérance et de charité, l'oraison dominicale et autres sujets non moins essentiels, dont le pasteur doit l'explication fréquente à son peuple, sous peine de péché m.orlel ! On se borne à prendre un texte de l'Évangile du jour et à dire à ce propos tout ce qui vient dans l'esprit, excepté les explications de la doctrine chrétienne, dans lesquelles on trouve qu'on n'a pas le temps de descendre ou qu'on juge peu compatibles avec le langage élevé de l'éloquence. De là vient que tant de fidèles, même les plus assidus aux instructions de chaque dimanche, ignorent encore les premiers éléments du christianisme, et l'essentiel de la religion. S'ils ne savent pas d'ailleurs le catéchisme, impossible que les instructions, telles qu'elles se font habiiuellemenf, le leur apprennent. De là vient que tant de sermons et de prônes sont sans fruit, parce qu'ils présupposent dans les auditeurs des connaissances qui leur manquent, faute du cours suivi dont nous parlons. De là enfin le dégoût de la parole sainle, parce que l'absence de ces connaissances leur rend inintelligible, et par conséquent ennuyeuse, une grande partie des instructions.
5° Le cours suivi n'est pas seulement le plus nécessaire ; il est encore le plus intéressant de tous les genres de prédication. Dans un temps où l'instruction religieuse est si rare, soit parmi le peuple, soit parmi les hommes du monde de la classe élevée, parmi même les fidèles assidus à l'église, ce genre d'instruction est de nature à charmer infailliblement les auditeurs : comme il aura dans leur esprit le mérite de la nouveauté, il excitera vivement leur curiosité et provoquera toute leur attention. Puis l'ensemble de la religion leur apparaissant pour la première fois, et le récit des faits si beaux «ur lesquL'ls notre croyance est fondée ou dont elle se compose, se déroulant devant eux dans un ordre parfait, formeront des tableaux
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d'un tout nuire intérêt que des prônes détachés, où le plus souvent il n'y a de saillant que les reproches désagréables qu'on adresse à l'auditoire. Enfin, toutes les instructions se faisant suite, l'une fera désirer l'autre, et on viendra avec plaisir entendre la continuation de ce qui aura si vivement intéressé.
DE I.A MANIÈRE DE FA[r.E UN COUUS SUIVI D'INSTRUCTIONS SUR LA DOCTHINE CHUÉTlENiNE.
Ce cours suivi existe déjà presque tout fait dans le Catéchisme du concile de Trenle, et en abrégé dans la Doctrine chrétienne de Lhomond, dont chaque leçon fournit une matière si intéressante d'instruction. Pour développer ces deux auteurs, on a les Instructions familières de GuiUtt, Lambert, Bonnardel, les Catéchismes de M. de Lantngos et de Couturier, de Montpellier et de Bourges. Avec de pareilles ressources, rien de plus facile que la composition de ce cours ; il ne faut qu'un peu d'étude, un esprit droit et du zélé.
L'ordre et la clarté sont les deux caractères dominants de ce genre d'instruction : il faut de l'ordre pour disposer chaque question à sa place, enchaîner les matières les unes avec les autres, procéder touj ours méthodiquement et dans le fond et dans la forme, et montrer aux fidèles la suite merveilleuse de nos mystères, l'ensemble de toutes les vérités dont la religion se compose. Il faut de la clarté pour se mettre à la portée de son auditoire et se faire parfaitement comprendre à tous. Si l'on est bien compris, si l'on éclaircit tout ce qu'on dit par une grande netteté d'expressions, une parfaite lucidité ile pensées, et, au besoin, par des comparaisons et des exemples, on est sûr d'intéresser au plus haut point et d'être très-utile
Le seul exorde que demande ce genre de prédication est de rappeler ce qu'on a dit dans les instructions précédentes, pour en montrerlaconnexionavec ce qu'on va dire, et faire ainsi saisir l'ensemble. Dans le cours de l'instruction, il faut entremêler, toutes les fois qu'on en trouve l'occasion, des réflexions propres à nourrir la piété, à ranimer la foi, à réformer les mœuis, mais brièvement et sans trop les étendre pour ne pas rompre le fil du discours; et à la fin on termine par une péroraison animée et pathéli(iue, contenant d;s résolutions d'une vie nouvt lie analogues au sujet traité.
Il est louable d'interrompre ce coui s dans les grandes solennités pour faiie xm sermon sur la fête ou le mystère, ainsi que dans les
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tcjTips d'avent et de carême, pour traiter avec force les principales \èiités de la religion, et frapper les grands coups qui touchent et convertissent. Des grâces particulières sont attachées à ces jours de salut. Ce doit être pour les peuples comme un temps de mission ou de retraite; et un curé zélé .sait en profiter pour remuer sa paroisse. L'interruption aura même ce grand avantage qu'on ne se blasera pas avec le cours, et que la reprise fera chaque fois un plaisir nouveau.