CHAPITRE III
fie ri'ioniélle *.
L'homélie est une explication simple et pieuse, une sorte de paraphrase de l'Évangile ou de l'Épitre, d'où l'on tire des réflexions morales pour l'édification des auditeurs. Cette méthode d'inslru're, qui est la plus simple, est aussi la plus ancienne dans l'Eglise. Dans IcS premiers siècles, le lecteur lisait d'abord pendant un certahi temps les divines Ecritures; l'évêque ensuite prenait la parole, commentait la lecture qu'on venait de faire, puis en déduisait des instructions pratiques, accompagnées de détails de mœurs pleins d'intérêt et de sorties éloquentes contre les vices du temps. Tantôt un seul verset lui suffisait, tantôt il en prenait davantage, plus ou moins selon que les vérités qui y sont contenues lui semblaient demander plus ou moins de développement; et, pour mettre de la suite dans ces instructions, il reprenait toujours la fois suivante là où il en était rc-îté, et ne quitlait point un livre de l'Écriture sainte qu'il ne l'eût entièrement expliqué.
Telle était la méthode des anciens, et ils la préféraient à tout autre genre. Eu efi'et, elle demande moins de travail; et la composition de sermons, tels qu'ils sont en usage aujourd'hui, eût été incompatible
* \oyez le P Albert, III* partie, c. vm, ix et x. — Méthode de Besançon, t II, p. 8"). — Grenade, liv. IV, c. vi. — Pastoral de Llinogcs, t. Il, H' partie, t't. II, c. VII. — Devoirs d'un pasteur, p. 201), — L'ubbJ Auyor, pri'fiico sur saint Jean Cliry.sostome, p. 08 et suiv
avec le laborieux ministère des évoques de ces temps anciens : d'ail- 'eurs l'homélie, se prêtant facilement à la variété des réflexions, permet d'embrasser, dans une seule instruction, les différents besoins des auditeurs, bien mieux que le sermon essentiellement restreint dans une ou deux vérités, souvent sans intérêt, sans application pour plusieurs; puis ces enseignements, immédiatement appuyés sur la parole de Dieu qu'on suit pas à pas, ont une tout autre autorité que les raisonnements du prédicateur, qui dominent dans les autres genres d'instruction, sans compter que l'homélie souffre des détails pratiques que ne comporte guère le genre élevé du sermon, et que, comme elle se compose souvent de vérités indépendantes les unes des autres, les distractions inévitables à la faiblesse humaine qui surviennent pendant l'instruction, n'empêchent pas de profiter des morceaux isolés qu'on entend; tandis que, dans le sermon, une distraction fait souvent perdre le fil, l'intérêt et le fruit de tout le discours. Aussi voyons-nous que les auditeurs goûtent plus en général une boinie homélie qu'un sermon ; ils suivent avec intérêt celui qui leur explique bien l'Évangile, qui leur en fait remarquer les endroits saillants, qui en tire des réflexions et des applications utiles; et ils aiment à apprendre ainsi à la fois leur religion, leurs devoirs et les plus beaux endroits de l'Écriture sainte : ils sont même très-faciles à contenter dans ce genre. Dés qu'on leur explique passablement l'Évangile, ils sont satisfiiits. On peut donc très -utilement adopter le mode de l'homélie lorsqu'onvoit la paroisse bien instruite par le cours suivi dont nous avons démontré l'importance au chapitre précédent.
Quoiqu'il faille moins de préparation pour l'homélie que pour le discours relevé, cependant il en faut toujours, sous peine de ne faire que des homélies froides et insipides, languissantes et infructueuses; et voici quelle doit être cette préparation : il faut commencei- par étudier avec soin le texte qu'on doit expliquer, le bien méditer, s'en pénétrer et choisir avec discernement les endroits sur lesquels il faudra insister; car on ne doit pas s'arrêter à toutes les circonstances, ni prétendre épuiser son sujet; 1 homélie deviendrait d'une longueur ennu^-t?USo. Dans cette étude, il faut observer quatre choses : le sens littéral, le sens moral et spirituel, les applications pratiques et les exhortations analogues. \° Pour l'explication du sens littéral, il faut indiquer le temps, l'occasion et les autres circonstances dt s faits ou des maximes contenues dans le texte, explicpier les paroles qui ne sont pas claires par elles-mêmes, et, s'il y a lien, les usa{7's de l'an-