‹ Traite de la predication a l'usage des seminairesChapitre 7 sur 89 · EXCEL^E^•CE DE LA PKKDICATION, DÉMONIRLE PAR LA MAJESTÉ DE LA PAROLE · texte numérisé non relu

EXCEL^E^•CE DE LA PKKDICATION, DÉMONIRLE PAR LA MAJESTÉ DE LA PAROLE

* DU PUÉDICATEUR.

* La parole du prédicateur diffère essentiellement de la parole de

* l'homme ou du discours profane. El!e est la parole même de Dieu

* telle (|u'elle est énoncée dans l'Ecriture, ou expliquée par lÉghse

* avec l'infaillibililé de Dieu même ; d'où il suit qu'elle n'a point

* pour olijet, conune presque tous les discours humains, des ques-

* lions sujettes à controverse. Elle est vérité et sainteté: counne

* vérité, elle commande avec un empire souverain à toutes les in-

* telligences; comme sainteté, elle a droit de se faire obéir par

* toutes les volontés, de frapper de sa réprobation tout ce qui n'est

* pas avoué par la vertu, et d'abattre toute créature qui s'élève contre

* la loi de Dieu. Capable de remplir cette sublime mission, elle tire

* du ciel même une force invincible, c'est-à-dire la grâce de Jésus-.

* Chiist, pour manier et toucher les cœurs, jointe à l'aulorilé de

* Dieu pour corriger, pour reprendre el dire toutes les vérités qui

* nulle part ailleurs ne pourraient trouver un organe. Quelque sa-

* vants ou quelque puissants que soient ses auditeurs, la parole du

* prédicateur, comme parole de Dieu, est au-dessus d'eux; elle

* domine leur science et leur puissance de toute la science et de

* Galal.. IV, li. — M ïli.;ss;il., ii, 13.

E\CELLE^•CE DE LA PliEDICATION. 13

* toute la puissance de Dieu. Les rois eux-inêines s'humilient comme

* le peuple devant sa majesté, et viennent l'eiitondre pour êîre

* instruits et recevoir des leçons. C'est elle qui jugera le monde au

* dernier jour, dit Notre-Seigneur : Sermo quem locutus sum, illeju-

* dicahit eum in novissimo die ^ et elle est le texte de la loi sur laquelle

* sera dressée pour chacun, dans l'extrême rigueur du droit, la sen-

* tence d'une éternité heureuse ou malheureuse. C'est elle enfin que

* saint Augustin proclame non moins digne de respect que le corps

* n;êrne de Jésus-Christ : iVon minus est verhum Dei qnàm corpus

* Ckristi^. Aussi est-ce justement que la tribune du haut de laquelle

* on l'annonce s'appelle la chaire sacrée, et que toutes les grandeurs

* de la terre s'effacent, que les rangs, les titres et les fortunes se

* confondent à ses pieds, pour ne laisser sentir que la prééminence

* du prédicateur parlant au nom de celui devant qui tous les hommes

* sont égaux, au nom du ciel d'où descend tout empire,

* Tout ce qui environne le prédicateur ajoute encore une nouvelle

* majesté à sa parole. Il est élevé dans la chaire comme entre le ciel

* et la terre pour intimer à celle-ci les oracles de celui-là. Sa voix

* retentit dans le silence d'un recueillement universel, dans l'é-

* tendue d'une enceinte sacrée : et le Dieu dont il est l'envoyé, dont

* il venge les droits, est là présent sur l'autel, sanctionnant par son

* autorité les discours de son ministre, pénétrant de son regard les

* replis les plus cachés des cœurs, leur disant à tous qu'il n'entend

* pas que sa parole tombe en vain au milieu d'eux, et que, s'ils n'en

* recueillent les moindres parcelles avec un religieux respect pour

* les faire servir à la réforme de leur vie, ils lui en rendront un

* jour un compte sévère. Or se peut-il une parole plus majestueuse

* que celle qui est entourée de tant de circonstances vénérables?

* Kt combien toute l'éloquence profane pâlit, rapprochée de celle- -là ! Si la tribune et le barreau sont le théâtre de l'éloquence, on

* peut dire que la chaire en est le trône; l'éloquence sacrée, c'est

* l'éloquence par excellence.

* De ce second principe, comme du premier, découlent de nom-

* breuses conséquences que nous déduirons dans le cours de ce '* Traité. .

* Joaiiii., xii, -4?. — ' i-erm. ccc, in spj;icnd.

* EXCELLENCE DE LA P1.ËDICATI0N, DÉNONTRÉE PAR LES SUJKTS * Qll) L£ PRÉDICATEUR EST CHARGÉ DE TRAITER.

* Le privilège du prédicateur, dit saint Augustin, est de n'avoir

* jamais à parler que de grandes choses : Dictor est renim magna'

* rum^. Presque tous les sujets que peut traiter l'orateur profane

* sont d'un intérêt passager, ne regardent que les circonstances du

* moment ; et les circonstances une fois passées, le sujet perd son

* intérêt. Que nous importent aujourd'hui, par exemple, Philippe et *les Athéniens, Milon et Ligarius, Catilina et Verres? Mais les

* sujets de l'éloquence chrétienne ont un intérêt de tous les temps,

* parce que le salut auquel ils se rapportent est l'affaire de tous les

* siècles, affaire à chaque moment aussi saisissante d'intérêt, aussi

* grave, aussi pressante, aussi personnelle à une époque qu'à une

* autre.

* Presque tous les sujets de l'éloquence profane ne regardent

* que certains individus et ne s'adressent qu'à un petit nombre

* d'hommes ; mais ce que dit l'orateur sacré regarde tous les

* hommes, parce que tous ont le même intérêt à se sauver. Pas

* un seul homme, dans toute la suite des siècles, qui, en lisant

* un discours sacré, ne doive se dire : Ceci me regarde, ceci s'a-

* dresse à moi.

* Les plus grands sujets que puisse traiter l'orateur profane sont

* l'homme et ses besoins, le temps et ses vicissitudes, c'est-à-dire

* des intérêts bornés ; mais que la parole du prédicateur s'élève *bien plus haut! l'éternité et ses suites, Jésus-Christ et ses lois,

* Dieu et ses perfections, ses oracles et ses mystères, voilà ses sujets!

* sujets immenses où l'on peut déployer tour à tour le pathétique et *le terrible, le touchant et le sévère, tout ce qui favorise l'élan du

* génie, intéresse le sentiment, étonne l'imagination : Omnia magna '' qux dicimus*. La Providence qui gouverne tout, l'immensité divine

* qui rempht tout, Tlncarnation, la Rédemption, l'Eucharistie, tous *ces miracles d'amour dont se compose l'histoire du christia'Msme,

* les grandeurs du chrétien qui a Dieu pour père, Jésus-Christ pour

* frère, les anges pour serviteurs et pour gardiens, les démons pour

* esclaves, et qui est appelé à être dans une autre vie roi du plus

* beau royaume qui se puisse imaginer, enfin les quatre fins de

* De Dûct. christ., lib, lY, iixviii. — 'S. Aug., de Docl. cUrisl., lib. IV, xxir.

I homme qui placent l'orateur toujours en face de l'éternité et en

* embrassent les grands intérêts, se peut-il une plus belle carrière

* pour l'éloquence? Omtiia magna quse, dicimiis. Si du dogme nous

* passons à la morale, que peut-on concevoir de plus intéressant que

* d'avoir à dire aux hommes d'aimer de tout leur cœur celui qui les

* a aimés jusqu'à mourir pour eux, de s'aimer les uns les autres

* comme une famille de frères, de vivre dans un corps de boue de la

* vie même des anges, quand surtout on a pour traiter ces vérités

* tout l'Evangile, ce code sublime de morale qui offre au prédicateur *un champ imm.ense et fécond, une si merveilleuse richesse, gran- *deur et variété de vues? Omnia magna qiisR dicîmus. Telle est

* l'excellence de ces sujets, que rien n'y est médiocre ; tout y est

* grand et majestueux jusqu'aux choses les plus simples et les plus

* vulgaires : quoi de plus commun et de moins important qu'un

* verre d'eau froide? Res minima atque vilissima, dit saint Augustin.

* Cependant, continue ce saint docteur, la religion apprend au pré-

* dicateur à s'élever de cette chose si petite aux vues les plus hautes,

* et à faire jaillir de ce verre d'eau froide comme une flamme de

* charité qui allume dans le cœur des auditeurs les plus indifférents

* un saint désir de se livrer aux œuvres de miséricorde par l'espoir

* de la récompense céleste : Tanquàm de illâ aquâ frigidâ quxdam

* flamma surrexit, qux etiam frigida homimim pectora ad misericor'

* dix opéra facienda spe cœlestis mercedis accenderet '.

*De ces considérations le prédicateur doit conclure combien sa ' position est supérieure à celle de l'orateur profane. Au barreau ou

* à la tribune, celui-ci est réduit le plus souvent à traiter des sujets *d'un intérêt si médiocre, si peu durable et si peu général, que c'est

* vraiment pitié de voir des hommes de génie exercer leur talent sur *si peu de chose, tandis que le prédicateur est toujours grand et in-

* téressant par l'excellence des choses dont il parle, lors même qu'il

* les dit dans le langage le plus simple.

* EXCELLENCE DB LA PRÉDICATION, DÉMONTRÉE PAR LA FIN MEME * DE LA PRÉDICATION.

* L'éloquence, dit Euripide, est la souveraine des âmes* : elle élève

1 De Doct. christ., lib. IV, xxxvii.

* Ui(Gu Sk -rr,v TÙfavvov âv9/:w7:oi5 liôvriv. Hécub,, V, 775, — Pacuvius a dit un

46 rHAlTÈ DE L\ PUÈDICATION

* celui qui la possède au-dessus des autres hommes, et lui donne une •puissance personnelle, qui-, comme Pascal l'a remarqué', n'a point

* d'égale sur la terre, la puissance de conduire à son gré les volontés,

* de maîtriser ses semblables par la conviction et la persuasion,

* d'exciter dans les cœurs tous les nobles sentiments, de faire réussir

* les plus grandes affaii-es et les plus difficiles entreprises : aussi *Cicéron déclare-t-il * qu'il ne connaît rien de plus grand et de plus

* magnifique, rien de plus excellent et de plus royal. Mais, si telle est *rexc(^llence de la parole humaine considérée dans sa fin, combien

* plus grande n'est pas, sous le même rapport, l'excellence de la "* parole divine !

* Tous les discours des orateurs profanes, toutes les négociations

* dont peuvent être chargés les ambassadeurs des rois de la terre,

* ne tendent pour l'ordinaire qu'à obtenir la jouissance ou empêcher *la perte de quelques-uns des biens périssables de ce bas monde. *Mais la prédication a une fin incomparablement plus haute et plus

* sublime : c'est de réconcilier la terre avec le ciel, et de coopérer *avec Jésus-Christ au grand ouvrage de la rédemption du monde;

* c'est de procurer, pour cette vie et pour l'autre, la gloire de Dieu

* et le bonheur de l'homme. Tons les jours Pieu est méconmi et of-

* fensé par ses créatures ; le prédicateur est envoyé pour proclamer

* devant les peuples ses droits à leur amour et le faire aimer de tous

* les cœurs. Tous les jours il est des hommes qui, appelés à être rois *dans lélernité, se rendent indignes de cette sublime destinée; le

* prédicateur est délégué pour leur faire recouvrer les trônes qu'ils

* ont perdus. Quelle fin plus magnifique ! et peut-il être une mission

* plus digne d'un grand cœur, d'un cœur qui aime Dieu et les

* hommes? Jamais la parole humaine fut-elle animée par de tels

* motifs? Jamais l'éloquence fut-elle em[>loyée au service d'intérêts si

* augustes, si sacrés? Ce n'est pas ici une tête à sauver, une ville, une

* patrie à défendre; ce sont des milliers d'âmes qui se perdent, à

* arracher à l'enfer, à conquérir pour le ciel ! Et qui ne comprend

* combien ces considérations sont plus nobles, plus élevées, et sur-

* tout plus inspiratrices que l'amour de la patrie et de la justice dont

* s'inspire l'orateur de la tribune ou du barreau?

mot sonibliilito : 0 (Icranima utque omnium regina rcium oratio! Yva'^mont de rilcriiiione, cité i>ar Cicùron, de Orat,, iib. II, 187; cl par Noiiiiis-Maicdlus, au mol fhxanima.

' Lctii'c à Clirisliiie de Suède, ou dédicace du ïrailô de la rkoulolte.

* De Orat , Iib. I, 50ct seq.

*Pour arriver à leur but, les orateurs profanes ne se proposent

* d'exciter dans leurs auditeurs que des mouvements naturels, comme *le désir ou l'aversion, la crainte ou la joie; mais pour atteindre son *but qui sort du cercle des choses naturelles, le prédicateur se pro- *pose de produire dans les cœurs des mouvements surnaturels, qui

* disposent l'âme à la justification, ou la justifient à l'instant même,

* ou lui méritent, si déjà elle est dans un état de justice, un nouveau

* degré de grâce pour la vie présente et une nouvelle mesure de

* gloire pour la vie future. Il faudrait avoir les yeux du cœur édai7'és *par une foi vive pour comprendre tout ce qu'il y a d'excellent dans

* cette fin de la prédication.

* Ce n'est pas tout : comme une fin si sublime est supérieure à

* toutes les forces de l'éloquence humaine, le prédicateur s'associe à

* l'esprit de Dieu pour produire dans les âmes ces impressions cé-

* lestes, méritoires de la gloire éternelle ; il l'aide dans cette œuvre

* toute divine : Dei enim sumus adjutores^, donnant pour cela à son

* discours une forme persuasive et touchante, propre à s'allier avec

* l'action aussi douce que forte de la grâce, qui tourne les cœurs

* comme il lui plaît sans les violenter : de là l'onction, cette sublime

* création propre au genre apostolique, et qui ne convient à aucun

* autre genre. Or, quoi de plus magnifique, de plus divin que de co-

* opérer à l'esprit de Dieu convertissant les pécheurs, formant les

* saints et enfantant les élus, que de joindre l'onction de ses discours *à celle de la grâce pour sauver les hommes, et de partager ainsi *avec Dieu même l'œuvre de la conversion et l'empire des cœurs?

* EXCELLENCE DE LA Pr.ÉDlCATIÛN, DÉMONTRÉE PAR SES EFFETS.

*Les sacrements produisent sans doute des effets merveilleux qui *ont été souvent célébrés par l'éloquence des Pères et des Docteurs

* de l'Église. Toutefois, il y a cette différence entre le prêtre qui les

* administre, et le prédicateur, que l'action du premier se restreint

* à un seul homme, tandis que l'action du second s'étend à tout un

* peuple ; l'un est le pêcheur à la ligne qui ne prend qu'un poisson

* à la fois, l'autre le pêcheur au fild qui en prend une multitude d'un ' seul coup : et ce qui rend cette action du prédicateur sur les peuples

* I Cor., ni.

IR TRAITE DE LA TREDirATION.

* plus merveilleuse, c'est qu'elle est le développement de la plus

* grande puissance morale qu'il puisse être donné à l'homme d'exer-

* cer sur ses semblables; elle obtient du cœur humain les sacrifices

* les plus pénibles qui puissent se faire en ce monde, le sacrifice de *ses passions, de son orgueil, de ses attaches les plus enracinées; *elle brise sous sa puissance les superbes et les rend humbles; elle

* amollit les cœurs les plus durs et les rend tendres envers Dieu et

* envers leurs frères; elle purifie les âmes les plus gâtées et les ra- *mène à la blancheur de Tinnocence : Vox Domini confringentis ce-

* dros... conciUientis deserlum... Vox Domini in virtute, vox Domini

* in magniflcentiâ*^... Viviis est enim sermo Dei et efjicax et pénétra-

* bilior omni gladio ancipiti et pertingens usque ad divisionem

* animx ac spiridls *. Par le ministère des apôtres, la parole de Dieu

* a converti le monde et rendu communes sur la terre les plus su- *blimes vertus'. Sa puissance n'a pas cessé avec le siècle aposto- *lique: saint Denis en France, saint Boniface en Allemagne, saint

* Augustin en Angleterre, saint François Xavier dans les Indes, saint

* Charles Borromée en Italie, saint François de Sales dans le Cha-

* biais, saint François Régis dans les Cévennes et une foule d'autres

* saints prédicateurs sur tous les points du globe, ont prouvé au

* monde sa vertu impérissable. Tous les jours encore, par le minis-

* tère des hommes apostoliques, elle continue les mêmes merveilles *dans rOcéanie, l'Amérique et autres terres lointaines. Même au

* milieu de nous, de fervents missionnaires vont la porter dans les

* paroisses qu'on croyait les plus impies, et elle les rend chrétiennes; *elle y fait fleurir les plus pures vertus. Sans doute, hors le temps

* des missions et des retraites, elle ne produit pas toujours des effets

* aussi merveilleux. Mais toutefois, lorsqu'elle est annoncée assidû- *mont dans une paroisse par de bons prônes et des instructions

* solides, elle y opère un bien qui, pour être moins sensible, n'en *est pas moins réel; elle y entretient l'esprit de religion et de piété;

* elle y conserve la foi, Tespérance des biens futurs, la charité envers *Dieu et le prochain, et toutes les vcTtus qui font le bonheur de

* l'homme en ce monde et en l'autre.

* Et, chose (ligne de remarque, cette puissance de la parole, cet

* effet merveilleux d'un discours sortant de la bouche d'un homme,

* Psnim. XXVIII. — * Hcb., iv. — * Voy. lu» Iiom. de S. Clirys. sur la l'* 6p aux (air. — Hoinriie du mCme aux Juifs cl aux Gentils, pour leiu" prouver la dilinilé de Jc'sus-Christ.

* est le privilège exclusif de la prédication. Bien de grands génies ont

* entrepris d'enseigner la sagesse aux hommes : les Platon, les So-

* crate, les Cicéron, les Épictète et les Sénèque en ont donné d'admi- ■* râbles leçons; mais ils n'ont pas gagné à la vertu une seule ville,

* une seule bourgade. La prédication évangélique seule a le sublime

* pouvoir de remuer les populations, de les arracher au vice et de

* les former à la vertu ; l'univers converti par elle en rend témoi-

* gnage.

* Or, combien est excellent un ministère qui peut produire de tels

* effets, et qui les produit quand le ministre soutient la vertu de sa

* parole par la sainteté de sa vie !

* EXCELLENCE DE LA PRÉDICATION, DÉMOISTRÉE PAR l'cTILITÉ QUE LA SOCIÉTÉ

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