ANALYSES
4C8 Tr.AlTÉ DE LA rRÊDICATION.
A la l" colonne, il f;nil avoir soin rie bien orthographier les noina des enfants; à la 2% maniuor le jour, le mois et Tannée ; à la 5% consfaler si l'enfant a été baptisé, et marquer dans les catéchismes de persévérance s'il s'est approché de la sainte Table depui:^.sa première communion, et s'il a été confirmé.
A la 4% 5'", 6^ et 7% rien à observer. A la 8®, on doit marquer les bons points', afin de ne pas les donner toujours aux mêmes, les billets ou dialogues récités, les charges exercées, les récompenses obtenues ou les peines encourues.
A la 9° et la 10*, ajouter la note qu'on a méritée.
Tels sont les moyens divers par lesquels un zélé industrieux a réussi à mettre dans les catéchismes le bon ordre et une exacte discipline, l'intérêt et l'émulation. Nous convenons qu'il est des paroisses où quelques-uns de ces moyens seraient peu praticables; où, par exemple, on obtiendrait difficilement des analyses, des billets et des dialogues, des récitations d'évangile, des directeurs de chant et des secrétaires; mais, à ces exceptions près, qu'on peut laisser aux catéchismes des villes et des campagnes plus instruites, est-il une seule paroisse où Ton ne puisse employer tous les autres moyens, faire les placements comme nous l'avons dit, établir le règlement que nous avons tracé, créer des titres honorifiques d'intendant et d'intendante, d'assistants, d'aspirants et de premiers de banc, partager le catéchisme en trois ou quatre divisions, et faire envisager comme un grand honneur d'être dans les premières ; introduire des rivalités ou provocations, assigner dans certaines processions, comme celles de la Fête-Dieu, une place distinguée aux enfants les plus sages, enfin leur donner des bons points, de bonnes notes, des images chaque mois et quelques petits livres à la fin de l'année? Ce n'est pas que nous roulions qu'on établisse tout cela à la fois et dès le premier jou' . Vd précipitation gâte les meilleures choses, et le bien solide ne se fait pas si vite. Nous voulons au contraire que le catéchiste, après avoir posé en principe qu'il lui faut à tout prix faire régner parmi les enfants l'ordre et la discipline, l'intérêt et l'émulation, essaye d'abord un moyen d'atteindre ce but, puis un autre quand il verra les esprits disposés à en profiter, et qu'ainsi peu à peu il amène le bien à sa perfection. En suivant celte marche et ne précipitant rien, il ira très-loin, et peut-être, à force d'industrie et de zèle, obtiendriil-il, même au fond des campagnes, ce qui ne semblait, au premier
''• Voycï dernier alinéa de la page 4J2.
DU (LMECHISME. 46^
aijord, que du ressort des villes. Si donc on veut se décider à faire des essais, nous espérons tout; l'expérience du passé nous garantit Vavenir. Ce que nous redoutons, c'est la routine qui ne veut point sortir de son ornière, qui, toujours stationnaire, ne veut croire à la possibilité d'aucun progrès ni d'aucune amélioration, qui, faisant depuis longtemps un catéchisme sec et ennuyeux pour l'enfance, ne veut pas essayer une autre voie, par la raison seule que telle est sa manière; ce que nous redoutons, c'est le découragement qui, après avoir lu l'exposé que nous venons de faire des moyens de rendre le catéchisme intéressant, fermerait ici le Hvre en se disant : Tout cela n'est pas praticable dans ma paroisse, par conséquent ce livre.n'est pas fait pour moi et je n'ai aucun profit à en tirer. Déplorable sophisme, assez semblable à celui d'un homme qui se voyant devant une table chargée de mets, se dirait : Je ne puis manger tous ces mets, par conséquent je n'en puis goûter aucun. Vous ne p^avez, catéchistes de la jeunesse, mettre en usage quelques-uns des moyens indiqués; eh bien! laissez-les de côté, on ne vous en fait pas un crime; mais au moins essayez ceux qui sont possibles : ceux-là ne perdent rien de leur mérite pour se trouver dans la compagnie des moyens qui ne sont praticables que dans les paroisses plus cultivées ou moins arriérées. Si vous les négligez, vous demeurerez responsables devant Dieu du peu d'intérêt que les enfants apporteront au catéchisme et du peu de progrès qu'ils y feront^ Vous en porterez la pehie dès cette vie même, par la privation d'une des plus douces jouissances du ministère pastoral, celle qu'offre à un bon prêtre un catéchisme bien dirigé.
De la manière de faire l'inslruction.
Nous parlerons : 1° des qualités de l'instruction; 1" des diverses manières delà proposer aux enfants.
Des qualités de rinstruction.
L'instruction du catéchisme doit être courte, claire, solide, entremêlée de comparaisons, de paraboles, d'exemples et d'histoires.
* Voyez la Méthode générale du catéchisme, par M. Diipanloup, t. II, p. 59 et 00.
f " QUALITÉ DE l'instruction. — JLfl biièveté.
Il faut dire peu de choses à la fois aux enfants, si l'on veut qu'ils le retiennent. Il en est de leur esprit, dit Quinlilien^ comme d'un vase dont l'ouverture est étroite, où rien n'entre si on y verse la liqueur avec précipitation et en grande abondance, mais qu'on remplit peu à peu si l'on y verse celte même liqueur doucement et goutte à goutte. Plus on est long, moins ils retiennent, et plus on est court, plus ils profitent. C'est ici surtout que s'applique le mot déjà cité de saint François de Sales, qu'on éteint les lampes quand on y met trop d'huile, qu'on suffoque les plantes en les arrosant trop, et que, quand la vigne produit beaucoup de bois, c'est alors qu'elle porte moins de fruits^. «Il faut écrire dans la tête des enfants, dit Fénelon^, « non beaucoup de choses, car un réservoir si petit et si précieux « n'en peut contenir qu'un petit nombre, mais des choses exquises : (i on ne doit, à cet âge, verser dans les esprits que ce qu'on souhaite (C qui y demeure toute la vie. » Mais pour atteindre cette brièveté si désirable, pour élaguer tout ce qui n'est pas nécessaire, il faut, avant de parler, avoir bien médité sa matière, bien pesé ce qu'il faut dire et ce qu'il faut taire ; autrement, si l'on parle sans préparation, on s'étendra au delà des bornes, on omettra des points essentiels et l'on en traitera de superflus; on sera vague et diffus; on parlera beaucoup et on dira très-peu de choses.
2" QUALITÉ DE l'iksiructiom. — La clai'tê.
Le catéchiste ne doit rien négliger pour arriver à la plus grande clarté possible : les enfants ne savent point s'apphquer, et ils ne comprennent qu'autant que les choses apparaissent d'elles-mêmes à leur intelligence sans réflexion et sans effort, comme le soleil apparaît en plein midi aux regards qui ne le recherchent pas. Il faut donc que le catéchiste se proportionne à leur faiblesse, qu'il descende jusqu'à eux, puisqu'ils sont incapables de s'élever jusqu'à lui, qu'il articule bien toutes ses syllabes sans en précipiter aucune, qu'il parle peu et fasse beaucoup parler, qu'il répète ce qu'il a déjà dit et le répète dans les mêmes termes, aulu.it qu'il le faut pour que tous saisissent, qu'il s'assure par des interrogations s'il a été comprl*, qu'il supporte avec une grande patience, qu'il aide avec une
* Lib. I, c. m, do publicis Scholis. — * Le Guide de ceux qui annoncoul lu parole do Dieu, p. 81. — ^ De l'iiducalion des liUes.
miséricordieuse compassion ceux qui ont l'intelligence lente et tardive : Nimis tardus miser icorditer succiirrendus est, dit saint Augustin*. Il faut surtout, de sa part, clarté dans la pensée, clarlédans l'expression, clarté dans la méthode.
1° Clarté dans la pensée. Rien n'est si commun que les gens à idées obscures, embrouillées et sans précision; et de là le défaut de clarté dans tout ce qu'ils disent. Ceux-là seuls sont clairs qui se rendent bien compte à eux-mêmes de ce qu'ils veulent dire, qui s'en forment une idée nette, précise, exacte, et qui ensuite, se mettant à la place de l'auditeur, se représentant sa manière de concevoir en raison de son âge, de son éducation, de son instruction, s'attachent à présenter chaque pensée dételle manière, qu'elle soit saisie comme forcément par son esprit.
2" A la clarté dans la pensée doit se joindre la clarté dans l'expression ; car en vain la pensée serait claire, si la parole qui l'exprime n'était pas proportionnée à la portée des enfants. C'est pourquoi il faut, 1" éviter les expressions figurées, comme h Iwnière de la foi, l'édifice de la perfection, l'ivresse des fassions, etc. ; les expressions propres au langage de l'école, covcime pincipe, eîsence, etc. ; enfin toute expression qui ne réveille pas un sens net et précis dans l'esprit de l'enfance, comme intentions, distractiotis, pensées, désirs, donner son cœur à Dieu, faire tout pour Dieu, etc. On doit n'employer ces mots qu'après les avoir expUqués et s'être assuré que les enfants les comprennent ; et en attendant on doit user des circonlocutions qui en expliquent clairement le sens. On ne doit pas craindre d'employer les expressions populaires, celles même que la pureté de la langue désavoue, quand elles sont plus propres à donner aux enfants l'intelligence des choses. Mais il faut s'abstenir des périphrases comme de dire le prince des apôtres, pour désigner saint Pierre; V apôtre des nations, pour signifier saint Paul ; des pronoms il, elle ; on est mieux compris en redisant le nom de la chose; plus encore, des phrases longues ou composées dont on ne peut avoir le sens complet qu'en soutenant son attention pour en lier ensemble toutes les parties ; l'esprit des enfants n'est point capable de cette application : il leur faut des phrases coupées, dont le sens se saisisse en un instant et sans effort. 2° 11 faut toujours faire répéter la demande dans la réponse, parce que l'esprit des enfants ne saurait suppléer les mots sous-entendus. Ainsi, à la demande : Combien y a-t-il dejjersonne^
* De Calcchis Rudibus, c x
472 TRAITÉ DE LA mÉDICATION.
M Dieu ? il no faut pas faire répondre : 7/ y en a trois, mais bien : Il y a trois personnes en Dieu. A la demande : Pourquoi Dieu nous a-t-il créés ? il ne faut pas faire répondre : Pour le connaître, V aimer et le servir, mais bien : Dieu nous a créés pour le connaître, l'aimer et le servir. Z° Enfin, il faut étudier le langage des enfants, la manière dont ils rendent leurs idées, le sens qu'ils attachent à certains mois, et partir de ce sens une fois connu pour expliquer les termes qu'ils ne comprennent pas, en évitant toutefois les expressions qui auraient quelque chose de choquant et d'ignoble, de bas et de ravalé ; car on doit toujours conserver à la religion sa majesté, à la parole de Dieu sa dignité. Il serait même mieux de faire partir son explication, autant que possible, d'un fait sensible et public, parce qu'alors on est entièrement sûr que le point d'où l'on part est compris. Ainsi, je veux expliquer aux enfants ce que c'est que le salut ; je prends pour point de départ les morts qu'ils voient souvent poi ter au cimetière et je demande : Ces morts sont-ils dans le tombeau? Oui. — Aucun d'eux n'est donc en Paradis? Pardonnez-moi^ les bons sont en paradis. — Comment sont-ils dans le tombeau et dans le paradis en même temps? Leur âme est en paradis et leur corps en terre. — Leur âme n'est donc pas morte? Non, cMe vivra toujours dans le ciel. — Us sont donc sauvés ? Oui. — Qu'est-ce que se sauver? C'est que lame va en paradis quand on est mort. — Et la mort, qu'est-ce? C'est que l'âme quitte le corps et le corps s'en va en poussière. On sent combien cette marche est plus propre que des définitions à faire comprendre les choses aux enfants.
3° Q(iand la clarté règne dans la pensée et l'expression, il ne reste plus qu'à l'introduire dans la méthode. Une instruction qui n'est pas méthodique ne laisse que confusion dans l'esprit, quelques beautés qu'elle renferme d'ailleurs, et l'analyse en est presque impossible ; tandis qu'une instruction méthodique se comprend sans peine, se retient facilement et fait toujours plaisir. Le moyen datteindre ce mérite est de commencer toujours par récapituler en peu de mots l'instruction précédente, pour la lier aux questions qu'on va traiter; puis on énonce son sujet, on le divise en termes clairs, précis et aisés à retenir; on fait répéter sa division à un ou deux enfants pour s'assurer qu'elle a été saisie, et, entiant ensuite dans le corps de l'instruction, on procède const;innnent à magis noto ad minus notum, partant toujours de choses parfaitement connues dos enfants, et do là leur faisant tirer à eux-mêmes les conséquences qui doivent les mener à ce qu'ils ne connaissent pas. C'e;^t là une règle fondée sur
DU CATE'IIISMK 473
le bon sens et par conséquent admise de tout le monde ; mais tous ne l'appliquent pas de la même manière : les uns commencent par définir et expliquent ensuite les termes de la définition à l'aide de la règle indiquée; les autres, prenant cette règle dans toute sa rigueur, commencent par expliquer tout ce qui doit entrer dans la définition et ne présentent jelle-ci qu'à la fin, comme conséquence et résumé de tout ce qui a été dit. Ainsi, je veux enseigner à un enfant la réponse à cette question : Qu'est-ce que Dieu ? Suivant la première méthode, je donnerai aussitôt la définition de Dieu : Dieu est un esprit immense, très-parfait, créateur et maître de toutes choses, et j'en expliquerai ensuite tous les mots. Suivant la seconde méthode, je commencerai par demander à l'enfant : « Louis, cette maison « s'est-elle bâlie toute seule et les pierres se sont-elles taillées, por- « tées, placées là où vous les voyez? — Non; moiisieur , répondra-i-i\ « surpris de la question, ce sont les maçons qui l'ont bâtie. — Et « votre habit, s'est-il fait tout seul? — Non, monsieur, c'est le tail- « leur qui Va fait. — Mais le ciel, la terre, le monde entier, est-ce a quelque chose de mieux fait et de plus difficile à faire que cette « maison, que votre habit? — Oh ! oui, monsieur. — Mais si celte « maison, si votre habit n'ont pu se faire tout seuls, le ciel, la terre, « le monde eulier, qui sont quelque chose de mieux fait et de plus « difficile à faire, comme vous l'avez très-bien dit, ne se sont donc « pas faits seuls ? il y a donc quelqu'un qui les a faits. — Oui, cest « Dieu qui a fait tout ce qui existe. — Mais avec quoi l'a-t-il fait ?» — Si l'enfant embarrassé ne peut répondre, on lui dira qu'il l'a fait avec rien, puisque auparavant rien n'existait que Dieu, et que pour cela on l'appelle Créateur. « Les hommes, mes enfants, ne font rien avec « rien. Il faut de l'étoffe à un tailleur pour faire un habit, et il en est « de même de tous les autres ouvrages des hommes. C'est pour cela « qu'ils ne sont pas créateurs : ils ne font qu'arranger ce qui existe. « Dieu seul donne l'existence à ce qui n'est pas. Il n'y a donc qae « lui qui soit créateur. Ainsi, retenez-le bien, mes enfants, créer, « c'est faire quelque chose avec rien. » On leur fait encore répéter ceci, et de là on conclut que Dieu est créateur de tout ce qui existe. — « Mais si Dieu a tout fait par lui-même, tout lui appartient donc, « il est donc le maître de tout ce qui existe ? — Oui, monsieur. — (. Mais ce Dieu, crcalcur et maître du ciel et de la terre, a-t-il un corps « comme nous, une bouche, des yeux, des mains? mange- t-il, boit-il « comme nous? Non, mes enfants, c'est pour cela qu'on dit qu'il est « un esprit. Un esprit, c'est ce qui n'a point de corps. Par exemple,
a ceux qui meurent laissent ici-bns leur corps qu'on met en terre; « mais leur esprit, leur ânic, va recevoir dans l'autre vie la récom- « pense de leurs vertus ou la peine de leurs péchés ; ils sont alors, « comme Dieu, de purs esprits. Voyons, Pierre, qu'est-ce qu'un '( esprit? — C'est ce qui n'a point de corps. — Dieu est-il un esprit? « — Oui, monsieur, parce qu'il n'a point de corps. — Mais cet esprit, ;( où est-il? est-il au ciel? est-il par toute la terre? — Oui, il est par- « tout. — Être partout, comment cela s'appelle-t-il? » L'enfant hésite, il ne sait pas. « Être partout, mes enfants, retenez-le bien, c'est ce « qu'on appelle être immense. Ainsi, être immense, ou être partout « c'est la même chose. Voyons, Philippe, avcz-vous bien compris? « Qu'est-ce qu'être immense? — C'est être partout. — Êtes-vous a immense, vous ? — Non, parce que je ne suis pas partout, je ne a suis qu'en un endroit à la fois. — Mais ce Dieu qui est partout. « sait-il tout? y a-l-il des choses qu'il ne connaisse pas? — Non, « Dieu connaît tout. — Est-il (out-puissant? y a-t-il des choses qu'il « ne puisse pas faire? — Non, Dieu peut tout. — Dieu est-il juste? a est-il bon, est-il saint? y a-t-il quelques défauts en lui? — Non, il a n'y a aucun défaut en Dieu. — Non, mes enfants, il n'y a aucun « défaut en Dieu ; il sait tout jusqu'à nos plus secrètes pensées ; il est « tout-puissant, il est juste, il est bon, il est saint, c'est-à-dire pour « tout renfermer en un seul mot, remarquez-le bien. Dieu est très- « parfait. Maintenant, Louis, pourriez-vous me dire ce que c'est que « Dieu ; faites bien attention. Dieu est-il un esprit? — Oui, Dieu est « un esprit. — Dieu est-il immense? — Oui, Dieu est immense. — « Est-il très-parfait? — Oui, Dieu est très-parfait. — Est-il créateur « et maître de toutes choses ? — Oui, Dieu est créateur et maître de « toutes choses. — Qu'est-ce donc que Dieu?» L'enfant répond sans hésiter : Dieu est un esprit immense, très-parfait, créateur et maître de toutes choses, et il sera glorieux d'avoir su réunir tous ces mots pour en composer la défmition de Dieu ; en la composant, il l'aura comprise, son esprit sera éclairé et souvent son ca^ur touché. Cette méthode semble donc bien préférable à la prennére, et le catéchiste fora sagement de l'employer le plus souvent qu'il pourra.
3° QUALITÉ DE l'instruction. — La solidité.
Ce serait une grande erreur de croire que tout est bon pour les infanis, et qu'il importe peu que ce qu'on leur dit soit rigoureuse-
ment vrai, exact et solide : le catéchisme est la parole de Dieu; c'est assez pour que le prêtre ne doive rien s'y permettre qui ne soit vrai . et qui même ne puisse se soutenir devant les hommes les plus savants et les plus sensés. Il se fait en public et à la face des autels; en fautil davantage pour prouver qu'on n'y doit rien dire qui ne soit digne de la majesté de la religion? Mais indépendamment de ces raisons, si les enseignements du catéchisme ne sont pas exacts et solides, les enfants devenus hommes les mépriseront, parce qu'ils en verront la fausseté ; et ils comprendront peut-être dans ce mépris la religion tout entière ; du moins leur foi ne tiendra pas contre les doutes que le développement de leur raison, les suggestions du démon et les discours du monde pourront plus tard faire naître dans leur esprit. Aujourd'hui ils croient sur la parole du catéchiste ; mais il viendra un temps où cette parole perdra pour eux son autorité ; où, par conséquent, leur foi chancellera, si l'on ne leur a fait apprécier de bonne heure les fondements inébranlables sur lesquels elle repose, si, par des instructions solides, on ne leur a appris à croire, non plus sur la parole d'un homme, mais sur des preuves irréfragables, à la parole même de Dieu, et de l'Église son infailUble interprète.
Il est donc essentiel de ne donner au catéchisme qu'un enseignement solide, conforme aux règles de cette rigoureuse logique qui n'admet que des défmitions exactes, des divisions justes, des raisonnements invincibles. Tout bon catéchiste doit donc être bon logicien; car celui qui ne l'est pas est défectueux dans ses définitions comme dans ses divisions, et plus encore dans ses raisonnements; il ne sait pas lier les conséquences avec les principes, et donne pour preuve, tantôt la chose même à prouver, énoncée en d'autres termes, tantôt des raisons qui n'ont aucune solidité : ce seront des sens mystiques de lÉcrilure qu'il présentera comme des preuves incontestables ; des passages des Pères dont il n'aura examiné ni les antécédents ni les conséquents, et qu'il alléguera au hasard.
Pour établir solidement la doctrine dans l'esprit des enfants, il faut être très-sobre des passages de l'Ecriture et des Pères, n'en citer que certains textes frappants et d'une grande importance, comme celui-ci : Tu es Pierre, et stir cette pierre, etc.. Ou comme ces sentences courtes et fortes de saint Augustin : Dieu qui vous a fait sans vous, ne vous sauvera pas sans vous; Dieu promet le pardon, mais non pas le lejiclemain, au pécheur qui veut se repentir. Les preuves de raison sont les principales que doive employer le catéchiste ; encore doit-il éviter les longs raisonnements ; les enfants en soiit inca-
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pables ; il ne leur faut que des raisons saillantes, qui en'.èvent la conviction par le simple exposé, ihs raisons tirées surtout de comparaisons, d'exemples et de faits sensibles : de là, la nécessité de la quatrième qualité de l'instruction.
4« QUALITÉ DE l'instrdction. — Elle dott être entremêlée de cojnparaisons^ de paraboles, d'exemples et d'histoires.
i' DES COMPARAISONS.
Les comparaisons tirées du petit cercle d'idées qu'ont déjà les enfants, ou des objets sensibles qui les ont frappés, sont un des moyens les plus assurés de se faire écouter et comprendre. L'objet pris pour point de comparaison excite leur intérêt, parle à leur imagination, arrête la mobilité de leur esprit, et l'usage qu'on veut en faire pique la curiosité si naturelle à leur âge ; de sorte que, quand on vient à application, l'émotion qui éclate sur tous les visages fait connaître leur surprise et leur joie. Aussi voyons-nous que Jésus- Christ, évangélisant les pauvres dont l'esprit inculte a souvent beaucoup de rapport avec celui des enfants, ne disait presque rien sans l'expliquer par quelque comparaison familière tirée des cboses les plus communes, tantôt d'un père de famille, d'un fils, d'un serviteur; tantôt d'un repas, d'un peu de farine, d'un flambeau, d'un champ, d'un arbre, d'une fleur, d'un passereau. L'historien de saint François de Sales rapporte. également que lorsque ce saint prélat exposait aux enfants les éléments de la foi, les riches comparaisons lui naissaient à tout propos dans la bouche, et ainsi ont fait les bons catéchistes de tous les temps.
Toulefois il faut prendre garde de trop les multiplier ou de les présenter comme objet principal, ce qui ne ferait que distraire l'esprit de la vérité qu'on veut expliquer. Il faut de plus n'employer que des comparaisons tirées d'objets bien connus des enfants, et qui aient un rapport manifeste avec la chose à éclaircir ; et en les présentant, le catéchiste doit observer deux règles, la première de les proposer brièvement, sans toutefois celte concision qui les rendrait obscures; la seconde, de varier ses tours de phrase, employant tantôt U'spar ticules, comme, de même que; tantôt ces façons déparier : Fi(jure> voiiSj représentez-vous, c'est ce que nous voyons dans, etc.;... d'autres fois celte interrogation : Qui ne sait pas, qui ne voit pas? etc..