DIT TERRITOIRE PROPRE A CHAQUE NATION
s'v conformer s il a la force de s'y soustraire. Sous ce rapport , une nation est dans la même position qu'une famille esclave : elle a des devoirs à remplir envers elle-même, envers chacun des membres dont elle se compose, avant d'en avoir à remplir envers ceux qui l'ont subjuguée.
Il est bon sans doute d'étudier l’état des nations auxquelles la violence a fait éprouver des divisions ou des unions contre nature , comme il est bon d'observer les causes et les effets de l’esclavage. Les connaissances qu'on acquiert par une telle étude , peuvent nous donner les moyens de tracer d une manière plus précise les limites que la nature elle-même assigne à chaque natiun. Mais il ne faut jamais perdre de vue que les traités qui déterminent le territoire de chaque peuple, et qui divisent le genre humain en grandes fractions, nont de valeur qu'autaut qu’ils sont conformes à la naturelles choses, et que tous les droits sont également respectés. Il en est des conventions diplomatiques , il ne faut jamais l'oublier , comme de toutes les conventions humaines : elles ne sont respectables que lorsqu'elles sont ( expression de la justice et de la vérité
I) n'est pas impossible qu’une union ou une séparation de peuples , qui n'a été d'abord opérée qne par la violeucc, finisse par se maintenir par le consentement libre de toutes les parties. Une longue soumission au même pouvoir, le mélange des familles et des intérêts , une communauté desentiroens, d'idées, de langage, de lois, et l'habitude de commercer ensemble , peuvent confondre en quelque sorte , en une seule nation des populations qui jadis formaient autant de peuples séparés. C'est ainsi que cette multitude de peuplades
• Il ne faut pat conclura de 11 qu’il eu hon d'attaquer par la force tous lei traités qu'on ne trouva pat juitet ; l’emploi de la force réussit rarement , quand on y a recourt étant que d'en avoir pesé le» incon-
indépendantes qui, du temps de César, couvraient les Gaules , et qui furent successivement subjuguées par lesRomainset par les Francs , ont fini par former uno grande nation qu'on appelle France. Mais, quoique soumises aux mêmes lois et au même gouvernement , quoique désignées par une seule dénomination , et unies par certains intérêts généraux , plusieurs ont conservé des intérêts particuliers , un idiome distinct. Les différences que la nature des choses avait produites ont résisté jusqu'à ce jour aux causes nombreuses et puissantes qui tendaient à les faire disparaître.
Sans nous arrêter aux divisions ou aux réunions artificielles produites par l'ambition ou les calculs des gouvernemens , nous devons observer comment le genre humain se divise naturellement en plusieurs fractions ; comment chacune de ces fractions , quel que soit le nom sous lequel on la désigne, a un territoire qui lui est propre , et quelles sont les limites naturelles de ce territoire. Nous verrons ensuite comment ees diverses fractions s unissent ou se confédèrcnt entre elles soit pour leur défense commune, soit pour la gestion de leurs intérêts généraux. Nous observerons enfin les effets qui résultent des réunions ou des séparations contre nature , opérées par la violence.
Ou verra plus loin que rien n'est plus facile que d'observer comment Se forment la plupart des propriétés privées ; mais il n’est pas également aisé d’observer comment les nations ont acquis le territoire propre à chacune d'elles : les faits à cet égard ont précédé les monumens historiques. L’histoire nous a bien conservé le souvenir de plusieurs usurpations mémo-
vroieos et les avantages, et surtout avant que d'avoir épuisé les moyeu» que fournissent U raison e( la justice.