‹ Traité de la proprietéChapitre 25 sur 54 · DU TERRITOIRE I'ROPRE A CHAQUE NATION · texte numérisé non relu

DU TERRITOIRE I'ROPRE A CHAQUE NATION

râbles ; elle noos montre souvent des armées conquérantes dépouillant des peuples vaincus d'une partie de leurs possessions ; mais jamais elle ne nous fait voir des peuples inofTensifs s'emparant d’un territoire inoccupé. Quoique le genre humain ne soit pas , dit-on , fort ancien , on a toujours vu des hommes partout où des hommes ont pu vivre ; et partout où l'on a trouvé des hommes , on a pu voir qu’ils considéraient comme leur propriété la terre qui leur fournissait des moyens d'existence.

Nous ne connaissons aucune partie de l'Europe qui ait été complètement inoccupée à une époque quelconque. Lorsque les Romains s'y répandirent de tous côtés, ils curent sans cesse des combats à livrer:

nulle part ils ne trouvèrent uu coin de terre qui n’eut un propriétaire. Ils ne purent former des élablissemens hors de leur pays, sans dépouiller quelque peuple d’une partie du territoire dont nul autre que lui ne croyait avoir la propriété. Leurs historiens n'en citent du moins aucun exemple.

En Asie , on trouve des hommes dans tous les lieux où il est possible de prendre du poisson ou du gibier , de faire paître des troupeaux ou de cultiver la terre.

Depuis le Kamtsehatka jusqu'aux Iles de la Sonde , et depuis les rives de la Léna jusqu’aux mers de la Chine, on ne connaît aucune terre, qui dans une saison ou dans l’autre ne soit parcourue par des hommes qui y cherchent des moyens d'existence.

Chaque nation ou chaque peuplade a son territoire particulier , qu elle ne peut dépasser sans s'exposer à la guerre; chacune est en possession du sol qui la nourrit , depuis un temps dont personne ne saurait assigner le commencement.

L’Afrique présente le même phénomène ; il n'est aucun lieu connu, susceptible d’offrir à des hommes des moyens d'existence , quelque chétif qu’ils soient d’ailleurs , qui ne soit considéré comme

la propriété d’une peuplade qui l'habite ou le parcnurldepuis un temps dont l'origine est inconnue.

L'Amérique , quoique couverte d’immenses forêts au moment où elle fut découverte, était occupée par une multitude de peuplades. Chacune d'elles avait son territoire particulier, et ce territoire était limité presque avec la même précision que celui des états les plus civilisés. Les vastes plaines de la partie méridionale furent habitées par des peuples pasteurs, comme le centre de l’Asie , aussitôt qu’on eut introduit dans ce pays les animaux qui font une partie de leurs richesses.

Enfin , les îles innombrables du grand Océan , qu’on désigne aujourd’hui sous le nom d’Océanique ou Polinésie, et que l'on considère comme une cinquième partie de notre globe , étaient habitées au moment où elles ont été découvertes ; une seule a paru déserte aux voyageurs qui l’ont observée ; mais elle était inabordable et privée d’eau douce.

L’occupation de toutes les parties de notre globe est donc un fait que les historiens et les voyageurs ont constaté , mais que personne n'a jamais expliqué d'une manière satisfaisante. L’on a bien fait des conjectures sur l’émigration et sur la filiation de quelques peuples ; mais ces conjectures, toujours fort vagues, n’expliquent rien relativement à l'occupation primitive et successive des diverses parties de la terre.

Les hommes qu'on a rencontrés dans les contrées les plus barbares ne vivaient pas dans l'isolement comme des bêtes de proie; partout on a observé l'union permanente des sexes pour l'éducation des enfans. Ce phénomène , produit par des causes inhérentes à notre nature, ainsi que je le ferai voir ailleurs , n'a souffert d exception nulle part. On verra même plus loin que l’association permanente de 1 homme et de la femme , pour la conservation de leur espèce, est encore plus nécessaire,

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