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DES FONDS DE TERRE

parcourus par quelques tribus errantes.

Dans tous les pays , la population a donc suivi les mêmes développemens que les propriétés; et si les choses retournaient dans l'état où elles étaient avant que la main des hommes les eût façonnées, la population disparaîtrait avec elles.

Dans lesderniers temps de la république romaine, une grande partie de l'Europe était encore inculte et sauvage. Paris n'était qu'une misérable bourgade renfermée dans une île de la Seine , et protégée par des marais impraticables Les îles que forme le Rhin a son embouchure, n'étaient occupées que par de vrais sauvages, qui vivaient de poissons et d'œufs d'oiseaux *.

Une partie considérable des Gaules était couverte d’immenses forêts , et ne pouvait , par conséquent, être utile aux hommes que par le gibier qu'elle leur fournissait 3 . La Germanie était aussi couverte de forêts immenses; les peuplades qui l’occupaient ignoraient, pour la plupart, l’art de cultiver la terre, et étaient séparées les unes des autres par de vastes déserts 4. Enfin, les indigènes des îles britanniques étaient encore plus étrangers à la culture que les Germains ; ils n’étaient vêtus que de peaux de bêtes , et se tatouaient comme les sauvages des archipels du grand Océan s . Dans quelques parties de ces îles, l'usage du pain était inconnu vers le milieu du treizième siècle 6 .

Si les Romains, au temps où ils portaient la guerre dans ces contrées à demi sauvages, avaient pu , comme nous, consulter des historiens antérieurs à eux de plusieurs siècles, ils nous auraient probablement appris que ces peuples avaient passé par un état analogue à celui où se trouvaient les indigènes du nord de l’Amérique à l cpoque de la découverte de ce continent.

• C*> , de Bell. Gall., lib. 7 , cep. 9 .

* Ibid., lib. 4 » cap. 5.

3 Ibid. t lib. 5, cap. I ; lib. 6 , cap. 5.

Il est possible, en effet , <|nan<l on observe la marche graduelle de la civilisation , de ne pas rester convaincu que , dans tons les pays , les hommes sont partis à peu prés du même degré de barbarie pour arriver au point où nous les voyons.

Admettant que les nations européennes sont sorties graduellement de l'état de barbarie , il faudrait se livrer à deux opérations pour connaître exactement quelles sont les propriétés auxquelles l industrie humaine a donné naissance, 11 faudrait déterminer, d'un côté, la valeur qu’avaient, dans les temps les plus reculés, les propriétés d'un territoire déterminé , du bassin delà Seine, par exemple; et voir, d'un autre côté , quelle est aujourd'hui la valeur des propriétés renfermées dans le même espace. En comparant les premières aux secondes, on trouverait, dans la différence , les richesses ou les propriétés formées par la main des hommes

On pourrait , sans remonter à un temps très reculé , se demander, par exemple, ce que valaient , au temps de César , les marais qui environnaient la petite bourgade qui portait le nom de Lutèce, et comparer celte valeur à celle de toutes les propriétés mobilières ou immobilières qui occupent aujourd'hui la place de ces mêmes marais. Il n'y aurait pas d'exagération à dire qu'un hôtel, d'une grandeur moyenne , situé dans un des bons quartiers de Paris , est une propriété plus con ■ sidérable , c'est-à-dire qu’il a plus de valeur à nos yeux, que n'en avaient aux yeux des contemporains de César , les terres sur lesquelles repose la capitale de la France.

On peut faire, sur la plupart des villes et des villages , les mêmes observations que nous faisons sur les terres qui environ* naient File de Lutèce.

4 Ibid., lib. 6 . cap. 4*

5 Ibid., Itb. 5, cap. 4*

* Hunif'i History of En gland, cbap, XII ( I *65),

46 DE L’UTILITE PRIMITIVE

Les terres cultivées ou susceptibles de culture ont prouvé un accroissement de valeur analogue à celui qu'ont subi les lieux sur lesquels des villes ou des villages ont été bâtis. Au temps où Paris n était qu'une petite bourgade , et où les autres villes du bassin de la Seine n'existaient pas, ou n'étaient que des hameaux, les terres ne produisaient que le» subsistances nécessaires pour faire exister cette chétive population. Les hommes auxquels elles donnaient les moyens de vivre, étaient mal vêtus, plus mal nourris, et surtout plus mal logés que ne le sont les hommes de notre temps; car moins l'industrie a fait de progrès, plus les hommes sont misérables. Les propriétés qui consistent en fonds de terre , se sont donc accrues de tout ce quelles produisent de notre temps, au-delà de ce qu’elle* produisaient, quand elles fournissaient à quelques petites peuplades de faibles moyens d’existence.

Nous avons vn précédemment, en effet, que les propriété* , quelle qu’en soit la nature, s'évaluent, non par le volume ou par l'étendue, mais par les avantages que les hommes savent en retirer. Un hectare de terre de telle qualité, ou situé dans un tel lieu , est souvent une propriété plus considérable que dix hectares situés dans un autre lieu, ou d une qualité différente.

Il y aurait donc un moyen tout simple de déterminer , du moins approximativement , l'accroissement qu'ont éprouvé les propriété* territoriales d’une nation dans un temps donné : ce serait de comparer le nombre d'hommes auxquels elles fournis- .sent des moyens d’existence à une certaine époque , au nombre de ceux qu elles font subsister dans une autre, en tenant compte de la différence de bien-être qui existe entre

I Moule, quiru avait Irai hi.n aptrço Ici venir, que {'expose ici : « Quand les nations ne cultivent pas les terre*, dtl-il, voici Hans quelle proportion le nombre des hommes s*y trouve. Comme le produit d'un

terroir inculte est au produit d'un terrain cultivé de

les deux. Si le bassindela Seine, par exemple, ne fournissait des moyens d'existence qu à cinq cent mille personnes , au temps où ce pays fut envahi par les Romains ; s'il en fournissait aujourd'hui à six millions, et si les hommes de notre temps étaient , en général , deux fois mieux pourvus que ne l'étaient les premiers , il serait évident que les propriétés territoriale» seraieut aujourd'hui vingt-quatre fuis plus considérables en valeur qu elles ne l'étaient alors Lt différence de valeur entre les deux époques, serait le résultat de l'industrie humaine, secondée par les agens de la nature.

On entrevoit déjà, par cet exposé, comment le travail de 1 homme donne , même anx fonda de terre , une partie considérable de la valeur qu’ils ont à nos yeni; mais on verra mieux encore comment les propriétés territoriales sont créées par l'industrie humaine , si l’on observe les secours que la terre fournit à l'homme dans l'état le plus barbare, et les travaux auxquels il a fallu se livrer pour en mettre une partie en état de cultnre. Ou se convaincra , par ces observations , que les individus qui les premiers se sont approprié des terres , en se livrant à la culture , non seulement n'ont rien enlevé à leurs semblables, mais leur ont rendu d immenses services *.

Avant de rechercher quels sont les services qu'on peut tirer de la terre dans les contrées où l'industrie n'a fait aucun progrès, et où les hommes vivent de ce que leur présente la nature inculte et sauvage; avant d’examiner d'où lui vient l'utilité qu elle a dans les pays où la civilisation a fait de grands progrès , il est lion de comparer quelle est l’étendue qu il en faut, en divers pays, pour faire vivre un nombre

même le nombre de* sauvages « dan* le pays « ,u nombre de* laboureurs dans un autre ; et quand le peuple qui cultive les terrrs cultive aussi les arts, cela suit de» proportions qui demanderaient bien de» détails. • Esprit des lots, l*v. XVltl» chap. x.

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