‹ Traité de la proprietéChapitre 40 sur 54 · IG.H · texte numérisé non relu

IG.H

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On voit , par ce tableau , que le nombre de personnes auxquelles une lieue carrée de terrain fournit des moyens d'existence, s'élève graduellement de 6 à 580. En Amérique , connue dans tous les pays , le bienêtre des habitans est généralement en raison des progrès de la civdisalion. Je supposerai cependant, pour siuiplifier le calcul, que dans les contrées du Mexique où la terre ne fournit des moyens d'existence qu'à six' ou sept personnes par lienc carrée , on est aussi bien pourvu de tout que dans celles où 1 industrie a déjà fait des progrès. Dans cette supposition, et en admettant toujoursque l'importance d'une propriété se mesure par les ressources quelle présente aux hommes, et non par

* Le gouvernement d'Arcliangel, avec une superficie priété plut considérable que deux cents hectares dans de 3o,uoo lieues carrées, n'a qu'uoe population de cette partie de l'empire russe.

i;o,ooo habitant, c'est-à-dire six individus par lieue * Estât /politique sur ta Nouvelle Espagne , |. », carrée, l'n hectare de terre, eu France, est une pro- liv. 3, cbap. 8.

DE L’UTILITÉ PRIMITIVE

l'étendue ou par la quantité de matière dont elle est composée , nous trouverons que la valeur des terres s'accroît, d.’une intendance à une autre , dans la progression suivante : 6,7, 10,12,38,60,06, 81, 109, 120 , 233 , 301,386. L’étendue de terre qui ne vaudrait que six francs dans l'ancienne intendance de la Sonora , en vaudrait deux cent cinquante-cinq dans celle de Mexico , et cinq cent quatrevingt-six dans celle de Guanaxuato. Elle en vaudrait près de douze cents en Fiance , et plus de quatorze cents en Angleterre.

11 suit de là qu'un hectare de terre , dans im pays tel que la France, est une propriété aussi considérable que deux cents hectares dans un pays tel que certains états du Mexique

Mais ne perdons pas de vue que , dans les vastes provinces où une lieue carrée de terrain ne fournit des moyens d’existence qu'à une famille, c'est-à-dire à six ou sept personnes , le sol n’est pas complètement abandonné à sa fertilité naturelle; il a déjà reçu des habitans une certaine valeur. Quelques parties sont cnltivées, d'autres servent à faire paître des troupeaux, et la population, toute faible qu'elle est, a déjà subi un accroissement proportionné aux progrès de la culture.

Quelle serait donc l'étendue de terre qu’il faudrait à chaque individu , dans un pays où l'industrie humaine se bornerait à recueillir ce que présente la nature inculte et sauvage? Quelle serait, dans un tel pays, la valcurde la terre , comparativement à ce qu elle vaut chez une nation civilisée?

On pourrait déterminer de deux manières l’étendue de terre qui est nécessaire pour fournir des moyens d'existence à une personne dans l'état sauvage : l'un

serait de calculer le nombre d’hommes dont une horde de sauvages se compose, et l’étendue du territoire qui lui est propre ; l'autre serait d'examiner ce que la terre produit quand elle est abandonnée à sa fertilité naturelle, et de comparer les besoins d'un certain nombre dindvidus aux ressources que la terre inculte leur présente.

Le premier moyen peut être difficilement employé, parce que les voyageurs n’ont jamais pu déterminer, d’une manière bien exacte , soit le nombre de personnes dont se composaient les hordes sauvages qu ils ont visitées , soit l'étendue du territoire qu'elles occupaient. Un voyageur philosophe a tenté cependant de faire ce calcul ; Volney a pensé que, dans le nord de l’amérique, il fallait pour faire exister un homme dans l’état sauvage ‘ un peu plus d'une lieue carrée de terrain *. Celle évaluation , loin d'étre exagérée , me parait, au contraire, au-dessous de la vérité; d'abord parce que les sauvages dont parle ce voyageur, n'étaient pas complètement dénués d'industrie; et en second lieu, parce qu'ils trouvaient des moy ens d’existence dans les lacs et dans les fleuves. Si, dans certaines parties fort étendues du Mexique, une lieue carrée de terrain ne fait vivre que six personnes qui ne sont pas tout-à-fait étrangères à la culture, il est difficile de croire que , dans un pays entièrement inculte, le même espace suffise à l'existence d’une seule. Dans les parties les plus reculées du nord de l'Europe , en Laponie, il faut une lieue carrée de terre pour faire vivre un homme , et cependant l'on y jouit de quelques-uns des avantages de la civilisation. Comment n’en faudrait-il pas un espace plus étendu dans les contrées complètement barbares?

■ Il eu Lien entendu que ce* calculs ne peuvent sol tout ce que l'industrie humaine en a fait sortir, avoir de Iciactitude qu'en comparant entre elles de * Tableau du climat et du sol des États-Unis, grandes masses, et en comprenant dans ta valeur du t. X, p. 471-476.

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