‹ Traité de la proprietéChapitre 48 sur 54 · DE LA CONVERSION DU TERRITOIRE NATIONAL · texte numérisé non relu

DE LA CONVERSION DU TERRITOIRE NATIONAL

tandis que dans d'autres ils ne valent que deux ou trois cents francs ; et qu'à quelque distance de la ville, la même étendue de terrain , prise dans les cliamps , ne vaudrait pas plus de sept ou huit francs.

D’où vient cette différence de valeur entre des terrains égaux en étendue ? d'une seule circonstance, de ce que les terrains qui environnent le premier sont devenus des propriétés considérables par les constructions dont ils ont été couverts. Chaque maison qui a été bâtie sur un terrain, a augmenté de quelque chose la valeur du terrain voisin; et c'est ainsi que de proche en proche, un fonds qui n’avait qu’une petite valeur, quand il était environné de champs ou de prairies, est devenu une propriété considérable , du moment qu'il s’est trouvé au milieu d'une ville populeuse.

Mais puisqu’un fonds de terre peut acquérir une grande valeur, par suite de la valeur donnée aux terres voisines, les hommes qui, par leur industrie , créent celle-ci, ne seraient -ils pas fondés à revendiquer l'accroissement que subit celle-là?

Il y a toujours action et réaction dans cct accroissement de valeurs ou de propriétés ; si mon voisin augmente la valeur du sol qui m’appartient, quand il construit une maison sur le sien , j’augmente à mon tour la valeur de sa maison en en construisant une sur le mien. Il serait d’ailleurs impossible , ou du moins excessivement difficile de constater l'accroissement qu’un homme fait éprouver aux terres qui environnent la sienne , quand il y ajoute quelque valeur.

Chez toutes les nations, méine chez les plus civilisées, il existe toujours une certaine étendue de terres qui restent la propriété indivise des habilans d’une commune , d’une province ou de l’état. Ces propriétés sont généralement administrées par des délégués qui en perçoivent les revenus pour la masse des propriétaires, et qui les emploient dans son intérêt. Si,

sans éprouver aucune modification , ces propriétés augmentent de valeur, par suite de l'accroissement que l’industrie fait éprouver aux propriétés individuelles , il est évident que l'augmentation de la première tourne au profit de tous ceux qui en sont les auteurs. Aux États-Unis , quand la culture approche d’un territoire occupé par des sauvages , le gouvernement achète une partie de ce territoire et le revend ensuite à des particuliers. La valeur que ces terres ont, ou qu’elles acquièrent avant que d'élre cultivées , résulte évidemment des progrès faits par les citoyens des États- Unis. Aussi , c'est au profit de ceux qui ont contribué à leur donner cette valeur que le prix de la revente est employé.

Dans une contrée entièrement sauvage, le nombre des animaux que la terre peut supporter, est réglé par la quantité de subsistances qu’elle leur offre pendant la saison la plus rigoureuse de l’année, et le nombre des hommes , par la quantité d’animaux que la terre leur fournit annuellement. Du moment que ce terme est alleiul, la population cesse de s'accroître, puisque scs moyens d’existence ne peuvent pas augmenter ; mais aussitôt que les subsistances se multiplient par la culture, la population augmente dans la même proportion. Si la terre qui fournissait des alimens à une famille de chasseurs , par exemple , est graduellement mise en culture, la population qui n’était que de cinq ou six individus , pourra se multiplier jusqu'au nombre de cinq ou sixmillc. Or, lorsqu'une population s'est ainsi développée par la culture d'une certaine étendue de terre , elle considère ces terres , comme ses propriétés, delà même manière qu’une nation considère comme son territoire national le bassin dans lequel elle s’est formée. Elle périrait en fort peu de temps , si elle était repoussée sur des terres incultes, ou si ces champs étaient ravagés à mesure quelle cherche à les rendre fertiles.

Dans l'cnfance de la civilisation , nul

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