EN PROPRIÉTÉS PRIVÉES
n ‘ayant sur les autres de grands avantages de fortune, les hommes sont obligés de mettre en commun leur intelligence, leur force, leur adresse, pour cultiver la terre, et ils en partagent ensuite les produits.
Dans les pays où le travail et l'économie ont déjà cumulé des richesses plus ou moins considérables entre les mains d’un certain nombre de personnes, les choses semblent se passer différemment ; cependant, quand on les observe de près, les différences sont plus dans les apparences que dans la réalité. Toutes les fois qu'il y a liberté , il y a échange de travaux cl de services , quel que soit d'ailleurs l'état de la civilisation ; un exemple suffira pour le faire voir, en même temps qu’il démontrera comment des propriétés foncières sc forment au sein même des nations les plus civilisées.
La France , considérée comme nation , a un territoire qui lui est propre. Il existe, au milieu de ce territoire , des espaces de terre fort étendus , qui n'ont pas été convertis en propriétés individuelles. Ces terres, qui consistent généralement en forêts, appartiennent à la masse de la population , et le gouvernement, qui eu perçoit les revenus, les emploie ou doit les employer dans l’intérêt commun. Qu'elles soient mises en vente , et qu'un homme industrieux en achète une partie, un vaste marais, par exemple, il n’y aura point ici d'usurpation, puisque le public auquel la terre appartenait incontestablement, eu reçoit la valeur exacte par les mains de son gouvernement, et qu'il est aussi riche après la vente qu'il l’était auparavant.
Des ouvriers sont employés à dessécher ce marais , à en arracher les arbres et les broussailles , en un mot à nettoyer le sol ; ils en accroissent la valeur, ils en font une propriété plus considérable. La valeur qu'ils y ajoutent leur est payée par les alimens qui leur sont donnés et par le prix de leurs journées : elle devient la propriété du capitaliste.
D'autres ouvriers sont employés à construire des hàtimcus ; les uns tirent la pierre de la carrière, les autres la transportent , d’autres la taillent , d’autres la mettent en place. Chacun d’eux ajoute à la matière qui lui passe entre les mains une certaine valeur , et celte valeur , produit de son travail, est sa propriété. Il la vend, à mesure qu’il la forme , au propriétaire du fonds, qui lui eu paie le prix en alimens ou en salaires.
Des opérations semblables se répètent pour la charpente, pour les ferrures, enfin pour tous les objets nécessaires à une maison : chaque classe d’ouvriers prend certaines matières dans un état où elles ont peu ou point de valeur, et leur donne une certaine utilité dont il reçoit le prix.
La pierre avant d’être tirée de la carrière, le fer avant d'être extrait de la mine , le bois avant d’être enlevé de la forêt, étaient , en effet, des propriétés infiniment petites. Si l’industrie en fait une belle maison et des bàtimens propres à l'exploitation d'une ferme, elles deviennent une propriété considérable , mais la valeur en est distribuée à chacun de ceux qui concourent à la créer.
Après avoir fait nettoyer le sol et construire des bàtimens, le propriétaire du fonds achète des instrumens d’agriculture , des semences , des fourrages ; des animaux pour l’exploitation. Ce sont des propriétés nouvelles qu’il acquiert; mais il ne les obtient qu’en donnant en échange des valeurs égales, c’est-à-dire en livrant des propriétés équivalentes. Il n’y a point d’usurpation de sa part : personne n'a rien perdu.
Si, quand l'opération est terminée, le capitalistes dépensé une sommededeux cent mille francs , et s'il a obtenu une propriété qui lui donne huit mille francs de rente , il est exactement dans la même position que s’il avait acheté une terre qui lui anrait donné quatre pour cent de son capital ; mais le résultat n'est pas le même