‹ Traité de la propriétéChapitre 10 sur 61 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

De roccspatUn des

Le &it de s'emparer d'une chose qui n'a de maîtres y avec l'intention de se rappropner , û été considéré de tout temps par les jorisconsohief , comme mi des principaux moyens d'acquérir la propriété (1). Cependant , lorsqu'on oKvr^e annr ment se forme le patrimoine de chaque famille , on est rarement firappé des acquisitions qni se font par le simple fait de l'occupation. Ch^ unp H'-ition qui prospère , beaucoup de personnes :icqnicrpnc des propriétés par le travail et TÀTonomip: mais

(i) Quad enùn Muilius est, Id rations nahêr^tfi ,^^'rptt99f-

/tn btilî or pacis , lîh. i. 'an, i ' i -t * — ' .>:#ri»ï**^^ ■-' /ir? aatarvB et grmitun , !ib. :▼ n,^ \

30 DS L'OGGDf ATIOK DBS G9Q8KS.

on n'en voit ancune qui s'enrichisse en s'emparant de biens qui sont toujours restés sans maîtres. Si l'occupation seule n'enrichit personne y cela ne tient pas à ce que depuis long-temps tontes les terres sont appropriées; car il existe encore des contrées immenses qui sont incultes y où les terres sont presque sans valeur ^ et oii cependant peu de gens sont tentés d'aller chercher fortune. Les hommes qui se sont laissé séduire par l'espérance de s'enrichir ou seulement d'acquérir quelque ai^ sance^ en s'appropriant des terres qu'on leur donnait pour rien dans des pays inhabités y ont presque toujours expié par d'amers repentirs leor aveugle confiance.

Si l'on ne remarque jamais que le seul fait de s'emparer d^une chose qui n'a point de maîtres^ avec l'intention de se la rendre propre, exerce sur les fortunes privées une influence considérable , on a quelque peine à comprendre , d'un autre coté , pourquoi , même aux yeux des peuples les moins éclairés , un tel acte suffit pour attribuer à une personne la disposition absolue de certaines choses, d'un espace de terre, par exemple. Comment tous les hommes peuvent-ils se croire à jamais privés de la faculté de jouir et de disposer d'un terrain , par le seul fait qu'un homme ou une famille en ont déjà pris possession ? N'aurait- il pas été plus raisonnable d'admettre avec Rousseau, que les fruits de la

»B L'OCGITfATIOH DBS CSOSBt. 8l

(erre appartiennent à tons ; mais qne le sol n'ap^

fMirdent à personne?

On conçoit qu'une nation* admette en principe

qne le premier homme qui s'empare^ sur le terrt«> tmre national , d'une chose qui n'a point de mal* tres^ acquière par cela même le droit d'en jooir et d'en disposer^ à l'exception de tous les autres hommes dont elle se compose. Une nation y quand elle a proclame les principes qu'elle juge utiles k ses \n* téréis • peut contraindre h les observer ceux de ses membres qui s'en écartent. La partie la moins édairëe ou la moins morale de la population peut être dirigée par la partie la plus morale et la plus instruite.

Mais les décrets d'un peuple ne sont obligatoi* res que pour ses membres , et pour les personnes qui sesoumettent à ses lois^ en s'établissant sur son territoire. Il n'existe au-dessus des nations aucun gouvernement commun pour proclamer les régies de la justice, et leur en commander l'observation. Toutes cependant admettent, non-seulement dans leur régime intérieur^ mais dans leurs rapports mutuels, que le fait de l'occupation d'une chose qui n'appartient à personne, suffit pour rendre cette chose propre à celui qui s'en empare. Les conséquences qui dérivent de ce fait tiennent donc de la nature des choses, des sentimens et des besoins généraux des hommes^ et non

Si 9S l'occutatios wëm CBOns.

dei dëclaratioiis <m de layolonté de tel on telgoa-* ▼emement. On pent d'antant moûts les attribuar ans déclarations d'un gouvernement ou d'un peuple quelconque^ qu'elles sont certainement anté^ rieures à la formation de tout gouvernement régulier*

Les choses qui assurent aux hommes des moyens d'existence, et que nous désignons sous le nom de propriétés, tirent de l'industrie humaine^ seoon-? dëe par les forces de la nature^ presque tontes les qualités qui les rendent précieuses à nos yeux. On trouvera la démonstration de ce &it dans les chapitres suivans; elle est d'ailleurs peu néces-i saire pour les hommes qui ont observé comment se forment les richesses. Mais^ si l'industrie humaine donne aux choses dont nous avons besoin^ et que nous mettons au rang des propriétés , les qualité qui les rendent précieuses à nos yeux^ elle ne crée pas les élémens divers dont elles sont composées. Or^ comment les nations ou les particuliers acquièrent-ils ces élémens , dont leurs propriétés sont formées? En s'en emparant les premiers, et avec l'intention de se les approprier, c'est-à-dire, par l'occupation.

L'importance d'une propriété ne s'évalue, ni par l'étendue, ni par le poids, ni par le volume; elle s'estime par les avantages qu'elle procure, par kl services qu'on en attend. Les terres qui for^r

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L'occupation d'une chose qui n'a ]

54 1» L'OCCIIVfTIOll AU CKOSBA*

tre$ peut être considérée dans les rapfKNcIs de juation.à nation ; dans les rapports d'un particiir lier avec la nation dont il £ût partie^ et dans Im rapports d'une personne avec une autre.

Une nation ne saurait ayoir de meilleurs titres à la place qu'elle occupe sur la surface du globe , que de s'en être emparée la première y de l'avoir mise en culture ^ d'avoir créé les richesses qui y sont répandues , et de s'y être développée. H serait difficile de trouver des titres plus anciens, (dos respectables et plus universellement respectés; le peuple qui les contesterait , ne saurait en trouvar d'autres que la force. Aussi ^ n'arrive-tr-ii jamais qu'une nation conteste à une autre la propriété du territoire qu'elle a toujours possédé , qu'elle a mis en état de culture , et sur lequel elle s'est développée.

On a vu, sans doute, des peuples plus ou mcmis barbares en dépouiller d'autres d'une partie de leur territoire ; mais jamais ces spoliations n'ont eu lieu, parce que le principe de l'occupation n'était pas reconnu : elles ont été esLécutées, tantôt comme une réparation des dommages causés par la guerre, tantôt pour mettre en culture des terres dont les possesseurs ne savaient pas tirer parti , tantôt pour se procurer des moyens d'existence et échapper ainsi à la destruction.

Les événemens de oe genre sont devenus d'ail-

km de plus en plus rares^ à mesure qde Ift wrre â

^ mieux cultivée^ et que les peuples se sont dvi-^

1Mb : fl est douteux qu'ils se renouvellent à Tave-

oiTé Des peuples peuvent encore être asservis par

fai années d'un gouvernement étranger ; mais on

ne verra plus des populations expulsées de leur

territoire^ et condanmées 2i périr ou h chercher au

loin des terres pour s'établir. Il ne ftiut pas ou-

bUfir d'ailleurs que la violation d'une loi de notre

nature^ ne prouve rien contre l'existence de cette

même loi.

Les jurisconsultes qui ont voulu expliquer comment le simple hit de s'emparer le premier d'une ehose qui n'a point de mettre^ suffit pour en attribuer à celui qui s'en saisit^ la jouissance et la disposition exclusives, au préjudice de tous les autres hommes ^ ont été fort embarrassés. Ils ont prétdndu qu'avant la division de la terre en propriétés nationales ou privées^ chacun avait h tout un droit égal à celui des autres hommes. Us ont ensuite supposé une convention entre tous les peuples et tous les individus dont le ^nre humain se compose, par laquelle chacun avait renoncé à son droit universel surto^it , pour acc[uérir tin droit exclusif sur certaines choses. Dans ce système, chaque nation et chaque personne aurait dit à toutes les autres : je renonce aux droits que j'ai sur

la terre entière , à condition que chacun de vous

56 DS L'OGGUtATIOir DS8 GHÛ8B8.

renonce^ de son côté y aux choses dont je me serai emparée la première 0).

Cette supposition d'un droit universel de chaque peuple et de chaque personne^ sur loutes choses y est une véritable chimère ; les hommes qui l'auraient adoptée^ et qui auraient voulu la respecter^ se seraient condam'ués à périr. lis se seraient mis^ en effet, dans la nécessité de réunir le genre humain en congrès y pour obtenir de lui l'autorisation de s'emparer du fruit ou de l'animal nécessaire à leur subsistance. Par quel raisonnement serait - on parvenu à démontrer à un habitant du Pérou qu'il ne pouvait cueillir le fruit qui croissait sous sa main, sans porter atteinte aux droits des habitans de la Sibérie? Comment auraiton feiit comprendre à un habitant du Kamtschatka qu'il ne pouvait se vêtir de la peau d'un animal , sans blesser les droits des Arabes ? Comment s'y serait-on pris pour faire voir aux Gaulois qu'ils ne pouvaient , ep conscience , mettre en culture les plaines de FAuvergne , sans en avoir obtenu la permission des habitans du Thibet ?

(i) Unde etiam jas naturae intplligitur adprobarc omnes con^entiones f qtue circa res ab hominibos sunt introduct», modo contradictionemnon inyoWant, aut societate proturbent* Ergo proprietas rerum immédiate ex convenUone hominum, tacUa aut expressa profluxit. Poffendorf , De jure naturœ et

^vnlAcflt I lib. nr y cap. rr 9 S 4*

BK l'OCGU»ATIOH BBS CHOSB8« 5j

La convention par kqadle chaque peuple ou diaquepersonne aurait renoncé àson droitsur toutes choses^ pour obtenir la jouissance et la disposition exclusives de certains objets particuliers , n'est pas moins chimérique que ce prétendu droit universel. Gettesupposition mensongère^à l'aide de laqueUedes juristes ont tenté d'expliquer un phénomène dont ils ne pouvaient rendre raison , est beaucoup plus inexplicable , plus dificile à concevoir que les fiaits même qu'il s'agissait de &ire comprendre.Une convention entre tous les individus dont le genre humainse compose^ est^ en e£fet^ une chose impossible, inintelligible. Après en avoir supposé l'existence, il fisiudrait , d'ailleurs , supposer qu'elle se renou* Telle toutes les fois qu'une personnne vient au monde^ ou arrive à l'âge de raison. Enfin^ il serait absurde de croire que , si des nations sont placées sous les plus durs climats, et si des millions d'hommes naissent, vivent et meurent dans la misère , c'est par suite d'une convention qu'ils ont volontairement laite ou accepiée, et par laquelle ils ont renoncé, pour rien, au droit qu'ils avaient sur toutes choses.

On n'a supposé une convention entre tous les hommes pour déterminer les conséquences du fait de l'occupation, que parce qu'on a pensé qu'il existait des motife puissans pour faire une telle convention, et pour faire respecter ces conséquent

38 BB l'ogcubatii» mm gmmbb.

ces. (kr, à. Fou ayait cherehé et déooa?ert ets mo^ tift^ on n'aurait pas eu besoin de recourir à wm fiuœe supposition. Il aurait suffi de les eqioaw^ pour faire connaître les causes qui détenninett les hommes à considérer l'occupation comme Bm des premiers moyens d'acquérir la propriété. Oq aurait vu que ces motifii itgissent avec plus oi| moins de force sur tous les hommes qui possèdent ou qui ont Fespérance d'acquérir quelques pre?> priétës y tandis qu'une supposition de conventioa n'agit sur personne. CShaque peuple comprend ^ spns effort^ que son eiistence repose sur la coan servation du territoire sur lequel il s'est déva» loppé; mais quels soât les hommes qui s'avisent de prendre au sérieux une prétendue conventioii par laquelle la terre aurait été divisée y non-a^ikhi ment entre les nations^ m^is encore entre les indi? vidas dont chacune d'elles se compose ?

» J'ai fait voir ailleurs qu'il n'y a point de progièi possible pour le genre humain y tant que la t&n% reste abandonnée à sa fertilité naturelle^ et qM les hommes n'ont pas d'autres moyens d'eiistenfia que les produits bruts de la nature. Dana ^nf, toUft position y la population réluite à quelques fe^es peuplades qui errent sur des territoires d'une yaslf étendue^ demeure stationnaire; elle rit daw W état toujours voisin de la &mine^ et a tous les vi(M qui sont bsuite ordinaire d'une ^«c^vii msày**!

DB l'OGGUFATIOK OSS GHCMIS. 5g

d'une profonde ignorance (^). fai démontré , d'nn antre c6té^ qu'an peuple ^ même quand il est peu nombreux^ qui admet en pratique la communauté des travaux et des biens y se condamne par cela même à la plupart des vices et des privations qui réBoltoit de Fesclavage (S). Cette communauté^ si fimeste aux populations peu nombreuses qui l'ont adoptée sans pouvoir la réaliser complètement^ serait inexécutable pour une nation de grandeur moyenne , et l'imagination ne saurait la concevoir entre plusieurs nations.

Mais s'il est vrai^ d'un côté^ que les hommes ne peuvent y ni se multiplier^ ni se perfectionner , tant qu^ laissent la terre dans un état inculte et sauvage; s'il est démontré, d'un autre côté, qu'ils ne peavent &ire aucun progrès dans l'état de communauté de travaux et de biens, il s'ensuit que l'appropriation , par des nations, des femilles et des individus, des choses diverses sur lesquelles peut s'exercer l'industrie humaine, est une nécessité de notre nature; il s^ensuit que l'occupation et les fnts qui en dérivent , sont au nombre des lois auxquelles tous les hommes sont soumis.

Dnefiiut, pour donner à chaque chose les qualités qin peavent nous la rendre utile, que les efforts d'un

(i) Traiié de législation^ liy, 3^ t a.

(a) Ttaiié de législation , Ht. 5 , ch. 23 , p. 5o2.

4o BK L'OGCCFATiœi Ua CKOOS.

nombre d'hommes déterminé. Une nation ne san" rait travailler tout entière à la coltare d'on champ^ ou se mettre à la poursoite d'ane pièce de gibier. D*un antre côté^ une chose qui a reçu de Tindustrie humaine les qualités que nous désirons y tron- Ter^ ne peut satisEûre qu'un nombre donné de besoins; on pourrait en diviser la valeur en fractions tellement petites, qu'elle ne serait réellement profitable à personne. Il est une multitude d'objets qui n'ont une véritable valeur qu'autant qu'ils peuvent être ap[diquésàsatis&irc les besoins d'une personne ou d'une fajoiille : les diviser , œ serait les déprécier ou les détruire. Il faut donc que chacun de ces objets reste la propriété exclusive d'une personne.

Mais quand une chose n'a jamais eu demaitre, et qu'elle peut cependant satisEadre les besmns d'une personne, à qui doit-on en garantir la jouiasance et la disposition exclusive ? Au premier qui s'en empare, avec intention de se l'approprier; car il est probable qu'elle lui convient mieux qu'à tonte antre personne, puisqu'avant tout antre ^ ili^CB est emparé. Le fait de l'occupation exige toujours qu'on se livre à certains travaux, et ces travaux, quelque l^ers qu'ils soient, n'auraient pas liea^ s'ils devaient être improfitables. Celui qui prend possession d'une chose qui n'a point de maîtres , ne dépouille aucun homme de ses moyens d'ex ia-

os l'oCGUPATIOII dis GH08I8. 4i

toioe^ ne porte atteinte aux espérances de peraonne. Si Ton privait un homme de la chose dont 3 s'est emparé^ dans l'intention de se l'approprier^ on tromperait son attente, en même temps qu^on diminuerait ses moyens d'exister. En considérant l'occupation des choses non encore appropriées^ comme un des premiers moyens d'acquérir la propriété^ lea cations ont donc obéi à une loi de leur nature. Elles ont pris le seul parti qui pouvait don* ner à chaque chose la plus grande utilité qu'elle pouvait avoir , en faisant le moins de mal pos- «ble.

Toute chose qui peut satis£stire un besoin y ou procurer une jouissance, et qui peut être exdusivement possédée, est susceptible d'être acquise par occupation; peu importe qu'elle soit animée ou inanimée, qu'elle soit mobilière ou immobilière.

On a, depuis long-temps, élevé la question de savoir si une nation qui découvre une mer, ne peut pas s'en emparer, et en acquérir la propriété, comme d'une île déserte, ou de toute autre terre non encore i^propriée. Dans le seizième siècle, les Portugais, qui avaient feit la découverte d'un passage aux Indes par le cap de Bonne-Espérance , prétendaient avoir acquis la propriété de ce passage, et avoir, en conséquence, le privilège de commerce avec les Indiens par cette voie. Les Hol-

43 Dl l'occufatiob wê» cboos.

landais refosèrent de reconnaître la légitmité de cette prétention^ et reclamèrent la liberté des mers^ sinon pour toutes les nations, au moins poor eux-mêmes. Grotius intervint dans cette querelle^ et, dans un traité qu'il dédia à tous les princes et ù tous les peuples libres de la terre chrétienne , il démontra que le principe de l'occupation n'était pas applicable aux mers (i).

Les mers^ considérées sous le rapport de la navigation , ne sont qu'un moyen de communication entre divers points du globe , et ce moyen est le seul dont le commerce puisse faire usage. Un passage d'un point à un autre n'est, pour ainsi dire^ qu'une vaste 1*0 u te qui n'exige aucune sorte d^entretien y et que toutes les nations peuvent parcourir en même temps ^ sans se gêner mutuellemeiit. Comme il n'est au pouvoir de personne ni de la rendre meilleure , ni de la dégrader^ une natioDy quelque fréquent que soit l'usage qu'elle en £tit| ne nuit en rien aux jouissances des antres. Oà' iM rencontre donc ici aucune des circonstances ^' font considérer l'occupation comme un nkmlt' d'acquérir la propriété. • ' *' TT '

S'il s'était rencontré une terre qui^ sans culture^ fourni des subsistances à

(z) De mari libéra*

l«rat launii à l'infini et sans travail ^ à tons ceux fai anrateat voulq en prendre^ jamais les hommea n'auraient consenti à la soumettre au principe de foccapation. Ce principe n'a pas eu d'autre objet, ea effet , que de donner à toutes les choses auxquelles oa l'applique^ la plus grande utilité qu'elles peuvent avoir. En faire l'application aux mers qui servent aux nations de moyens de communication et de commerce ^ ce ne serait pas leur donner une utilité plus grande; ce serait^ au contraire^ en restreindre l'utilité dans un cercle infiniment p^ tit. L'occupation^ qui est un des élémens essentiels de toute propriété^ et qui sert ainsi de base à l'existence de toutes les nations^ aurait été fooeste à l'espèce humaine^ si elle avait été un <)itistacle nnx communications des peuples entre

Les mers^ considérées comme moyens de transport^ ne sont donc pas plus susceptibles d'être acquises par occupation , que les vents ou que la lumière du soleil ; mais il ne &ut pas conclure de là que les peuples ne peuvent s'en approprier aucune partie^ pour pourvoira leiir sûreté ou à leur existence. On verra, au contraire^ lorsque nous nous occuperons du territoire propre à chaque nation , que tous les peuples maritimes considèrent comme une propriété nationale une certaine étendue des qui jes' environnent; qu'ils s'en attribuent

44 DB l'oGGUPATIOH DBS CHOSES.

ezdusiveinent la pèche ^ et qu'ils déterminent les conditions sous lesquelles il est permis aux antres d'y naviguer.

Dans tous les pays^ le principe de l'occupation a été admis en pratique long-temps avant que d'à* voir été consacré par aucune disposition législative. La raison en est sensible : les peuples ne commen* cent à écrire leurs lois que lorsqu'ils ont £ait quelques progrès dans la civilisation , et étaUi des gouvernemens pli\s ou moins i^uliers. Avant que d'arriver là , il £aut qu'ils aient des terres cultivées, des habitations, des vétemens, en un mot^ des propriétés au moyen desquelles ils puissent exister.

L'occupation la plus importante, celle qui a servi de base à la formation de toutes les propriétés privées, est celle du territoire sur lequel chaque nation s'est développée. Celle-là n'a jamais été ni pu être consacrée par des dispositions de lois écrites , puisqu'il n'existe pas de gouvernement qui serve de lien à tous les peuples , qui détermine leurs rapports mutuels , et s'interpose dans leurs querelles. Elle se règle donc, non parles déclarations spéciales de chaque peuple, mais par les principes qui fixent les rapports des nations les unes à l'égard des autres, et qu'on désigne sous le nom de droit international. Quant aux choses dont s'emparent des particuliers pour en foire des propriétés

DS l'OOGUYATION BS8 GH08I8. 4^

privées^ il feiut distinguer celles qui ne se trouvent sur le territoire d'aucun peuple y de celles qui se trouvenlTmir le territoire qu'une nation s'est déjà approprié. L'occupation des premiers est réglée par les principes du droit international ; l'occupation des secondes ^ par les lois particulières à chaque peuple.

U ne parait pas que les Romains aient cru néceivaire de consacrer le principe de l'occupation par des dispositions législatives^ avant les compilations feites par quelques-uns de leurs empereurs. Les jurisconsultes avaient reconnu l'existence de ce principe^ et en avaient fait l'application à quelques cas particuliers y et leurs décisions furent recueillies dans la compilation £aite par les ordres de Jastinien. Ces décisions sont, au reste, des applications si simples et si naturelles du principe, qu'elles n'en sont que la consécration. Les unes s'appliquent à la capture de certains animaux sauvï^ges , les autres^ à l'occupation de certains fonds de terre. Les jurisconsultes romains admettent que tout animal sauvage devient la propriété de celui qui s'en empare le premier, quel que soit d'ailleurs le fonds sur lequel il est pris. Ils admettent également que toute perle, toute pierre précieuse , ou tout autre objet^ trouvé sur le rivage de la mer , est la propriété du premier occupant. Enfin , ils déclarent que toute île qui se forme au milieu de la mer de-

46 DB l'oGGUPATIOK DBS QBOiBg.

vient la propriété du premier qui e'en m^t «A po^ session : nullius enim esse creditur (^ )t

Le Code civil ^ en déclarant que tou8 les bieos vacans et sans maître y et ceux des personnes qui décèdent sans héritiers^ ou dont les successions sont abandonnées y appartiennent au domaine public (2), semble avoir exclu la possibilité de toute occupation nouvelle par des particuliers , au moins sur le territoire national. Cependant on acquiert toujours par ce moyen les animaux sauvages qu'on prend à la chasse, et les poissons qu'on prend dans la mer ou dans les fleuves ; nous suivons^ à cet égard, les mêmes pratiques que les Romains. On peut même mettre raisonnablement en doute si un agent du domaine public serait admis à revendiquer, comme appartenant à l'Etat y une perle où unepierre précieuse qu'un particulier aurait trouvée sur le rivage de la mer ^ et dont il se serait emparé. Si le principe de l'occupation n'était pas admis dans un pareil cas ou dans des cas analogues^ il arriverait peut-être que quelques personnes seraient privées de quelques petits avantages \ mais FEtat n'en serait pas plus riche.

Les Anglais et les Ânglo-Âméricains ont admis

(t) daii Instit^y ccfmmtnt, y\\b. %y § 66-71. — JasCinianl hi9tU»yVii. ftytit. i^S xi-24.— ^/?^.9 lib.4i,lit. 1. {%) Àvt 539.

BS l/OQC«f ATMm MM CBOIB* 4^

le principe proclamé par k» jurifcoûiahci ro* womns, quoiqu'ils n'en aient pas £Bdt l'application

•Bz mêmes cas (1 ).

B ne fiuU pas confondre , an resle^ oiie chose dont le propriétaire n'est pas connu ^ arec une choeeqni n'appartient à personne. U n'est pas rare qu'un homme perde un objet mobilier d'une valeur plus ou moins considérable y ou qu'un animal domestique s'égare^ de manière que le propriétaire ne sache plus où le trouver. L'occupation de tels objets ne confère pas à l'occupant le droit d'en jouir ou d'en disposer : elle lui impose l'obligation d'en chercher le propriétaire et de les lui rendre^ ou de les déposer entre les mains de l'autorité publique.

Il &LUt se garder aussi de confondre l'occupation avec la possession. L'occupation dont il est question dans ce chapitre^ n'a lieu que pour les choses qui n'appartiennent à personne : la possession peut avoir lieu, non-seulement pour les choses qui n'ont point de maîtres, mais aussi pour celles qui sont déjà appropriées. Par l'occupation , on n'acquiert que les choses qui ne sont la propriété de personne ; mais aussi on l'acquiert par le seul accom-

(x) Blackstone, Comment. , hook il ^ ch, i6, and a6. — - Thom. Edl. Tomlins ^ y^ Occupant. — James Kent, part, t^ ect. xxxiv and zxxv; vol. u, p. a56.

48 DB t'OGGUPATIOir BS8 GHOSBS.f

plissement du fait :^r la possession ^ on peut acquérir même lès choses qui sont la propriété d'au* trui; mais aussi elle n'est efficace qu'autant qu'elle a une certaine durée de temps , et qu'elle est accompagnée de certaines circonstances. Ce sera lorsque je m'occuperai de la transmission des propriétés^ que je pourrai traiter de la possession.

BB l'a^KOPKIATIOU DBS CaiOSBS. 49

CHxVPITRE V.

De l'approptiation des choses en général.

Il n'est point d'être organisé qui ait une existence indépendante de toutes choses^ ou qui puisse vivre et se reproduire dans l'isolement. Une plante ne vit et ne se multiplie qu'au moyen de la terre sur laquelle elle végète^ deTeau qui la rafraîchit^ delà lumière qui la colore^ de l'air qui l'environne ^ de la chaleur qui la pénètre , et de la plante de même espèce qui la féconde. On ne saurait l'isoler complètement d'une de ces choses , sans la feire périr , ou du moins sans' l'empêcher de se reproduire.

Tout animal dépend également^ pour sa conservation^ son accroissement et sa reproduction^ des choses au milieu desquelles la nature l'a placé. De même que la plante ^ il a besoin de l'air dans lequel il est plongé y de l'eau qu'il boit ^ ou qui se mêle à ses alimens ^ de la lumière qui l'éclairé ^ de la chaleur qui lui donne la vie^ et d'un animal de même espèce auquel il s'unit. Il ne tire pas immédiatement sa subsistance de la terre^ comme

50 BB l'aPP&OjPILIATIOIC DS8 GH08SS.

les végétaux ; mais il Fen tire d'une manière médiate y en se nourrissant des objets qu elle lui prépare. Sous quelques rapports , il parait dans une plus grande dépendance des choses , puisqu'il ne peut , sans périr , en être séparé aussi long-temp» ; mais^ d'un autre côté, il est doué de la faculté d'aller à la recherche de celles qui lui sont nécessaires.

Les hommes, considérés sous des rapports pU'^ rement physiques, sont soumis aux mêmes lois; comme tous les autres animaux', ils .ont besoin; pour se conserver et se reproduire, d'air, de lumière, de chaleur, d'alimens, et de l'union des sexes j ils ont besoin, de plus, de vêtemens et d'abri. Si les végétaux tirent inmiédiatement leur subsistance de la terre , et si la plupart des animaux l'en tirent d'une manière médiate en se nourrissant de végétaux , l'homme tire la sienne de la même source , en se nourrissant des uns et des autres. Les animaux ayant besoin, pour se conserver, de substances plus élaborées et plus variées que celles que demandent les plantes , ont la faculté de se déplacer pour aller les cliercher. De même les hommes, ayant des besoins plus nombreux et plus variés qu'aucun autre genre d'animaux , ont la faculté de diriger les productions végétales et animales de manière qu'elles soient propres à les satisfaire.

M L'APr»OP&UT|OJf BI8 CBOtBS. 5l

L'action d'un être organisé qui unit à sa propre substance les choses au moyen desquelles il croit^ se fortifie et se reproduit , est ce que nous nonunons appropriation. Par cette action, en effet, il se les approprie , il les transforme en une partie de lui-inéme ; de telle sorte qu'on ne pourrait les séparer de lui sans le détruire. Il serait également impossible de diminuer d'une manière copsidéraUe la quantité de choses qu'un hornme consomme habituellement dans un temps donné, sans l'affaiblir ou le détruire , ou sans lui causer des souffrances plus ou moins vives. Arrêter ou sus* pendre la multiplication des choses au moyen desquelles les nations existent, c'est arrêter ou suspendre la multiplication même des hommes ; de même, multiplier ces choses, c'est donner aux hommes les moyens de s'accroître dans les mêmes proportions.

Un homme qui serait privé d'air atmosphérique pendant quelques minutes, cesserait d'exister, et une privation partielle lui causerait de vives souffrances ; une privation partielle ou complète d'alimens produirait sur lui àts effets analogues, quoique moins prompts ; il en serait de même, du moins dans certains climats, de la privation de toute espèce de vêtemens ou d'abri 5 enfin, l'isolement dans lequel un individu serait placé relativement à des individus de son espèce, s'il ne

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