I>ES LIMITES HATUHELLBS DU TERRITOIRE
Les mers^ qui sont pour le commeFce des moyeas si puissans de communication y s'opposent cependant à ce que les peuples entre lesquels elles se trouvent^ se réunissent pour ne former qu'une nation : la masse de la population est retenue sur chaque rive par les dangers et surtout par les firais des voyages. Les communications maritimes^ outre qu'elles sont dispendieuses ^ et qu'elles ne sont pas sans danger ^ exigent trop de temps pour qu'elles puissent être fréquentes et habituelles pour un grand nombre de personnes. Une mer^ quand elle a une grande étendue^ est , relativement aux peupies qui en habitent les rivages, une séparation presque aussi efficace que le serait un vaste désert. Les progrès des arts et l'accroissement de la population tendent sans cesse à faire disparaître les causes qui divisent le genre humain en une multitude de fractions étrangères les unes aux autres et souvent ennemies. Â mesure que les arts se développent , les marais se dessèchent, les forêts sont percées d'une multitude de routes, ou se transforment en campagnes fertiles , les fleuves se couvrent de ponts et de bateaux , les montagnes sont
dépend de Fétendae des plateaux oa de rëléyation des montagnes. En s'avançant vers le sommet de chaque triangle, la population décroit en raison composée da rétrécissement des terres susceptibles de culture , de la dimininution de fertilité du sol y et de la difficulté des communications.
VBOVEt ▲ GHAQVB NATIOK. qS
MUennées de routes spacieuses et commodes. Lors- ^e la civilisation change ainsi l'aspect d'une vaste contrée^ les diverses fractions de la population prennent d'autres noms; mais tout conserve cependant l'em{»*einte de la division primitive. Ce qui formait une peuplade indépendante ne fDrme plus qu'une ville ou un village ; une association de petits peuples ne forme plus qu'une province ou un. état. La configuration du sol restant la méme^ les limites qui divisaient deux peuplades, ne séparent plus que deux villes ou deux communes^
Les pays qui ont su le mieux défendre leur iur dépendance et leur liberté^ sont^ en général, ceux où la population est divisée de la manière la plus
conforme à la nature des choses. C'est en obser-
vaut les limites qu'ont acceptées ou que se sont données les nations indépendantes, qu'on aperçoit nettement le territoire qui forme la propriété de chaque peuple. Il suffira d'un petit nombre d'exemples pour bien faire comprendre comment ce territoire se trouve déterminé par la configuration du sol et par la nature même de l'homme.
Presque tous les peuples du continent européeii ont été soumis à des princes qui les considéraient comme des propriétés de famille ; ils ont été donnés par testament ou par contrat de mariage, vendus ou échangés comme des troupeaux. Les rois^ quand ils n'ont pu les acquérir par des alliances.
96 DBS LUnnS FATUBSUJB MJ TEmmiTOIEB
86 les sont disputa €ûmme une proie que la Providence ayait réseryée an plus adroit ou an plu fort^ et dans les divers partages qu'ils en ont isiu ils n'ont guère pris conseil que de leur ambitioi et de leur cupidité. On risquerait donc beaucoup de s'^ar^^ si , pour trouver les limites naturellef du territoire de chaque nation , et celles qui di-^ visent un peuple en diverses firactions , on consulter les traités diplomatiques et les par lesquels les princes ont réglé l'administratioa de leurs états. U peut arriver^ sans doute y que oei traités ou ces décrets reconnaissent les vérltaUec limites du territoire d'un peuple ou d'une jNrovince; mais, quand cela se rencontre, ce n'est, en général , qu'un effet du hasard , ou parce qu'on est entraîné par la force invincible des choses (i), n est, au milieu des grands états du continent européen, une petite contrée qui, depuis [diusienn siècles, a cessé d'être considérée comme le domûic
( i) L'ignorance a qadqaelbis prodnit des dÊriâons pins vicieuses que celles qui cml été la suite de Tambîtion et de k lis»lence. U suffit, par exemple, de jeter un coop tfœil svr «m carte des États-Unis d'Aniéri<{ae , pour être firappé de lU»traire qui règne dans la dimiim de ces États. Le territoire àtÊ Étatsp-Unis da Mexique est, an contraire, divisé de la mamètc la plus conforme a la nature des choses. Le temps fera senlb les ànmtages de cette dernière division et les inconvéntas iâ la première.
VaOPHB ▲ CHAQUE FATIOV. 97
d'une fiemiille^ et qui, à travers toutes lesrévolutions, a tronyé le moyen de conserver son indépendance et sa liberté. Divisée en vingt-deux petits états , qui s'appellent des cantons ^ cette contrée est le pays de l'Europe où le territoire de chaque fraction de la population est limité de la manière la plus naturelle. Ce n'est pas un gouvernement qui« la règle et le compas à la main , a divisé le sol en parties à peu près égales y pour les distribuer à des gouverneurs investis d'une part égale de pouvoir. Les peuples se sont soumis à la division que la nature du sol et la forme des montagnes leur avaient tracée. Il est^ sans doute^ même dans ce pays, quelques anomalies qui sont àes résultats de la guerre et de la conquête ; mais elles y sont moins nonibreuses que dans les autres parties du continent européen.
Si l'on jette les yeux sur une carte de la Suisse , et si l'on observe les contours des grandes montagnes , on verra que ce pays est formé de la partie supérieure de trois grands bassins; de la partie la plus élevée du bassin du Rhin y de celle du Rhône et de cdUe du Tessin (4). La partie qui appartient au bassin du Rhin , et qui forme la portion la plus considérable du territoire helvétique, renferme
(i) La Suisse comprend aussi une partie du bassin de Tlnn; mais ceUe partie est si petite qu'on peut la négliger ici. I. 7
9^ DES LIMITES HATUAELLES DU TEULITOI&E
plusieurs bassins secondaires. Lorsque ces bassins de second ordre ont une certaine étendue^ ils forment des états distincts y et chacun de ces états a généralement pour limites les bords du bassin dans lequel il est renfermé. Les montagnes qui forment ces bords^ se rapprochent souvent au point par lequel les eaux s^échappent : c'est à la partie la plus étroite de Fétranglement y que se trouve la limite de ce côté.
Les limites naturelles du canton des Grisons ^ par exemple , sont si bien marquées qu'on les aperçoit au premier coup d'œil y et qu'on distingue également au premier aspect les petites portions de territoire que les habitans ont conquises sor l'Italie et dans la partie supérieure de la vallée de Flnn. La population renfermée dans le bassin dont ce canton est formée est elle-même divisée en diverses fractions^ non parlescourans d'eau qui traversent le sol y mais par les petites montagnes infiérieares qui séparent les petites vallées au fond desquelles coulent les eaux qui descendent des montagnes ks plus élevées.
INous observons les mêmes phénomènes dans les cantons placés au centre de la Soisse^ tels que Glaris^ Uri^ Schwitz^ Unter-Walden. Ghaciui d'eux se trouve limité par une chaîne de montagnes plus ou moins élevées; et il est ensuite divisé eu un certain nombre de vallées ^ chacone des-
PAOPRE A CHAQUE HATION. 99
quelles renferme une petite population distincte.
Le canton du Valais présente un exemple encore plus remarquable que celui des Grisons^ de b manière dont les peuples sont divisés par la nature même des choses. Il est formé d'un grand bassin qu'environnent de tous côtés de très-hautes montagnes , et qui ne laisse échapper les eaux qui l'arrosent^ que par une étroite issue. En considérant ce bassin j on peut croire qu'il a formé jadis un grand lac ^ et que les eaux ont fait irruption dans le Léman ^ en brisant l'obstacle que leur opposait la jonction des montagnes. Les deux grandes chaînes qui forment les limites du canton^ projettent dans rintérieur du bassin une multitude débranches qui se dirigent^ en s'abaissant^ vers le centre. Ces branches des deux grandes chaînes limitent le territoire des diverses fractions de la population répandues dans les vallées latérales.
Nous verrons aiUeurs que^ lorsque plusieurs vallées ou bassins inférieurs versent leurs eaux dans la même rivière ou dans le même fleuve y le tronc principal qui les porte à la mer, est naturellement la propriété commune de toutes les peuplades auxquelles ces vallées ou cesbassins appartiennent ; nous verrons aussi que ces peuplades^ quand elles ne forment pas une nation soumise au même gouvernement^ sont naturellement portées à se confédérer entre elles.
100 DES UMITBS lfA1VmBLI.BS DU TSEMITOIES
Lorsque les hommes qoi habitent mie contrée déterminée , jouissent tous de leur indépendance et de leur liberté^ ils se divisent donc en diverses firactions y comme les terres qui leur fournissent des moyens d'existence. H résulte de là que la force de chaque état^ ou le nombre des familles qui le composent^ est généralement limité^ soit par Tétendue et la fertilité du territoire sur lequel il est placée soit par l'industrie qu'il est possible d'y développer, n en résulte de plus que la petitesse ou la grandeur des nations est déterminée par la nature des choses^ et qu'on ne peut les agrandir ou les diminuer sans exercer^ sur un nombre d'hommes plus ou moins considérable^ une véritable tyrannie. Il en résulte enfin que les efforts que font les gouvememens d'Europe pour maintenir ce qu'ils appellent l'équilibre des nations^ en firactionnant arbitrairement les territoires y sont une véritable lutte contre la nature humaine. Ces divisions arbitraires^ loin d'être des garanties de paix, ne sont , au contraire , que des causes de trouble et de guerre.
La Suisse, qui nous a déjà fourni des exem{^ des limites données par la nature au territoire de chaque nation, nous fournit aussi des exemples remarquables de la difference qui existe entre la force naturelle des divers états. U est tels canUHis qui ne comptent que treize ou quatorze mille habîtans ; il en est d'autres qui n'en ont que vingt-cinq
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OU trente mille ; il en est dont la population s'élève à cinquante ou soixante mille; dans quelques-uns^ elle s'élève jusqu'à cent cinquante ou deux cent mille. Un politique géomètre qui diviserait ce pays avec la règle et le compas^ pour en faire des firactions à peu près égales^ soit en étendue > soit en population, n'en accroîtrait certainement ni le bien-être ni la puissance. Il produirait^ au con* traire 9 beaucoup de maux particuliers , et des déchiremens qui seraient vivement sentis.
Si nous faisons sur la France les mêmes observations que nous avons faites sur la Suisse, nous remarquerons les mêmes phénomènes ; nous trou«* verons les limites qui séparent les diverses fractions du territoire susceptibles d'être cultivées, moins fortement prononcées : le territoire y sera divisé en fractions plus considérables ; mais nous arriverons, en définitive, aux mêmes résultats.
Le territoire qui forme aujourd'hui la France ne renferme en entier que trois grands bassins : celui de la Seine^ celui de la Loire et celui de la Gironde. U comprend de plus une partie du bassin du Rhin , une partie de celui de la Meuse , et la portion la plus considérable de celui du Rhône. Il comprend enfin quatorze petits bassins entiers qui versent directement leurs eaux dans l'Océan ou dans la Méditerranée, et une petite partie du bassin de l'Escaut.
T03 DES LIMITES flATVaBLLBJf DD TEUIITOIKH
' Les versans des montagnes qui envoient une partie de leurs eaux dans le Khône , et qui limitent les territoires de divers états, présentent un phé^ nomène particulier : ils forment trois bassins trèfrr distincts^ et qui ne communiquent entre eux que par des passages très- resserrés. Le premier de ces bassins, qui commence à la source mémeduRIiàne^ et qui se termine à Saint-Maurice, entre deux immenses rochers (la dent de Mordes et la dent du Midi), forme le canton du Valais. Le second, qui commence au point oii le premier finit , s'ouvre rapidement, et embrasse le canton ^e Vaud , le canton de Genève, le pays de Gex et la Savoie j il finit au point où le fleuve disparait dans les rochers , près du fort de l'Ecluse. Le troîa^ne commence au point où la Saône prend sa Moree dans les monts Fauciles , et se termine à la Médîteiranée. Quoique celui-ci reçoive toutes les eaux des deux premiers, il peut être considéré- comme un bassin complet, puisque la perte du.flea¥e ïdtercepte réellement toute communication' avtc In deux autres.
Les diverses chaînes de montagnes qui cUnaMOt la France en plusieurs bassins, et gui parta ainsi la population en A^ctions plus ou i grandes , sont loin d'avoir la même élévatîoi celles de la Suisse et de la Savoie. La chai Pyrénées qui forme , du côté du sud, le»
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de la Gironde^ celui de l'Âdour et celui de la Tet^ et la partie de la chaîne des Alpes qui forme à l'est le bassin du Rhône , sont les seules qui s'élèvent à une grande hauteur. Les autres ne sont pas assez élevées pour être complètement stériles : à l'exception d^un certain nombre de points , elles sont propres à servir de pâturages ou sont couvertes de bois. Quoiqu'elles soient assez considérables pour tenir h une certaine distance les unes des autres les masses de population répandues dans les bassins., elles ne sont pas suffisantes pour mettre obstacle aux communications.
Si l'on compare, par exemple, les montagnes qui forment le bassin supérieur du Rhône à celles qui forment le bassin de la Seine, on trouvera qu'il existe entre les unes et les autres une différence immense. Les premières sont tellement élevées, que^ du côté du nord, elles ne peuvent être franchies que sur un seul point et avec difficulté. Du côté du sud et du sud-est, il n'a existé, jusqu'au commencement de ce siècle, qu'un petit nombre de sentiers praticables seulement pour des muletsi ou des gens à pied. Il a £allu le génie audacieux de Napoléon , secondé par une grande puissance , par d'immenses richesses et par les arts, pour ouvrir à travers ces montagnes une route dont l'existence seule excite l'admiration. Les montagnes qui forment le bassin de la Seine non-seulement peu-
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vent être aisément franchies sur un grand nombre de points , mais elles 8ont coupées par des routes jEaciles , et même par des canaux.
Les différences qui existent dans lès. habitans des deux pays correspondent à celles des lieux. La population qui occupe la longue vallée que le Rhône parcourt, depuis le point où il prend naissance jusqu'à Saint -Maurice, est séparée par de hautes montagnes , excepté sur un seul point , de toutes les populations qui Tenvironnent. Elle ne parle ni n'entend leur langage ; elle parle firançaisi tandis que les peuples dont elle est environnée presque de tous côtés, parlent italien ou allemand. Elle touche cependant par un point à un peuple qui parle la même langue qu'elle ; et ce point est l'étroite et seule ouverture par laquelle on a po, de tout temps, pénétrer dans le bassin qu'elle occupe. La population que renferme le bassin de la Seine a toujours pu , au contraire , commomqoer plus ou moins facilement avec les diverses popur lations qui occupent les versans extérieurs des montagnes par lesquelles ce grand bassin est fonné. Aussi, no trouvons-nous pas entre elle et ]es peupla répandus dans les bassins dont elle est enviitHmé^ des difiiérences aussi prononcées que odiet q« existent entre les habitans du Valais et les pei^ka au milieu desquels ils sont placés.
Los limites natureUesqui diviacntc&dGfaHiino-
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ûons le sol d'où les hommes tirent leurs moyens d'existence , peuvait être rangées en plusieurs classes. Quelques-unes sont fortement prononcées ^ et ne permettent aux peuples qu'elles séparent ^ que des communications difficiles, dispendieuses^ et par conséquent peu nombreuses ; de ce nombre sont les mers et les hautes diaînes de montagnes , telles que les Pyrénées et les Alpes. Les limites de cette espèce^ quels que soient d'ailleurs les progrès de la civilisation , diviseront toujours le genre humain en grandes masses ; elles les partageront en nations.
Les limites, naturelles qui viennent ensuite^ sont les montagnes qui forment les bassins des fleuves , mais qui n'ont pas assez d'élévation pour empêcher qu'il n'y ait des cominmnications nombreuses entre les populations qu'elles séparent.. Nous pouvons mettre dans cette classe les montagnes de l'intérieur de la France^ qui foirent les bassins de la Seine et de la Loire , et une partie des bassins de la Gironde^ du Rhône et du Rhin. Nous devons mettre sur la même ligne la chaîne de montagnes qui court d'un bout de l'Italie jusqu'à l'autre^ de même que celles de l'intérieur de l'Angleterre. Les limites de cette classe peuvent partager une grande nation en divers états confédérés , comme ceux de la Suisse ou de l'Amérique septentrionale^ ou bien en grandes provinces ayant chacune ses asseni-
lo6 DES LIXITBS KATDHSLLSS DU TB&BITOIRE
blées particulières. Si la France y par exemple , avait une organisation politique analogue à celle des EtatÂ-Unis ou de la Suisse , elle compterait cinq grands états et quatorze pu quinze petits. Il y aurait entre la population de chacun de ces divers états à peu près les mêmes différences que nous avons observées entre la population des divers cantons de la Suisse (i).
En observant la manière dont la population de quelques cantons suisses est subdivisée , nous avons remarqué qu'en général la chaîne de montagnes^ qui sert de limites à plusieurs cantons^ projette y dans Tintérieur de chaque bassin , plusieurs branches qui se dirigent plus ou moins vers le centre^ en s'abaissant graduellement. Ces branches, qui séparent les vallées entre lesquelles les bassins se partagent , forment une troisième espèce de limites. Les populations qu'elles séparent, sont généralement fort homogènes , soit parce qn'dies ont une origine commune, soit parce qu'elles communiquent aisément entre eUes.
La longueur et l'écartement de ces branches dépendent moins de l'élévation de la chaîne d'oh elles partent , que de l'étendue du bassin dans lequel elles se projettent. Les branches qui diviaent
( i) Je D'entends porter id ancnn jugement sur ForganisatioB poUtiqoe de ces peuples; c'est an sujet que je tniteni plu tard, si j'en ai le temps.
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en plusieurs vallées le canton des Grisons ou celui du Valais ^ par exemple ^ partent des montagnes les plus élevées de l'Europe ; cependant elles sont très^ courtes y et s'abaissent par conséquent d'une ma* oière très -rapide. Celles qui se projettent dans l'intérieur du bassin de la Seine^ appartiennent au contraire à une chaîne peu élevée; mais elles sont fort étendues ^ et présentent des écartemens considérables. Souvent les longues branches qui se détachent d'une grande chaîne^ et qui se dirigent dans l'intérieur d'un bassin^ se divisent y et multiplient le nombre des limites ; mais il est inutile de suivre plus loin ces divisions.
Nqus avons vu que ce qui sépare surtout les na* tions les unes des autres^ ce sont principalement les mers y ou les montagnes assez élevées pour rendre les communications longues y difficiles et dispendieuses, n suit de là que la ligne qui sépare deux nations y se trouve naturellement dans la partie la plus élevée de la chaîne placée entre elles ^ au point où les eaux se partagent. Chacune d'elles a la propriété du versant qui se trouve de son côtéj et aucune ne peut s'eftiparer du versant qui lui est opposé, sans usurpation et sans tyrannie. Ainsi, par exemple , le versant des Alpes sur lequel coulent les eaux du Var, de la Rotta et de Flmpéro , forme évidemment une partie de la France. Le traité qui
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l'en a détaché pour en former le comté de Nice et le joindre au Piémont, n'a pas eu d'autre objet que de ménager à quelques puissances une entrée sur le territoire finançais. Par la même raison y la partie du versant septentrional des Pyrénées, qui porte ses eaux dans la Bidassoa, ne forme pas une partie naturelle de l'Espagne. Les rivières, surtout quand elles sont d'une navigation facile, sont des moyens de conununication^ des causes d'association. On jEaitun contre-sens quand on les considère comme des barrièrea qu'il n'est pas permis de franchir.
On peut observer, dans la plupart des états de l'Europe^ un grand nombre de divisions contraires à la nature des choses ; mais il n'en est aucune qui soit plus fr^appante, et qui ait eu, pour les populations qui l'ont soufferte, de plus fonestes effet» que celle qui partage la Péninsule ibérique en deux états indépendans l'un de Tautre. Ce pays est admirablement disposé pour former plusieurs états provinciaux , unis par un lien commun ; les populations renfermées dans les bassins des rivières sont séparées les unes des autres par de hautes montagnes. Mais^ tant que les habitans de cette contrée verront une cause de séparation dans ce que la nature a îsit pour les unir, et des causes d'union dans ce qui les sépare réellement, il est impossible