‹ Traité de la propriétéChapitre 36 sur 61 · SUR LES FLEUVES ET LES RIVIÈRES · texte numérisé non relu

SUR LES FLEUVES ET LES RIVIÈRES

vers genres d'utilité : elles ne servent pas seulement à leur fournir l'eau qui leur est nécessaire pour leur breuvage y pour la préparation de leurs alimens^ et pour leur propreté^ ou à nourrir le poisson qui £ait une partie de leur subsistance ; dans beaucoup de lieux , elles portent la fertilité sur un sol qui serait stérile ou du moins peu productif^ s'il n^était arrosé que par les eaux du ciel ; comme forces motrices , elles transportent dans un lieu les denrées ou les marchandises qui y manquent , et qui abondent dans un autre ; elles donnent le mouvement à des machines puissantes, et contribuent ainsi au développement et à la perfection des arts ; la force de la vapeur qui produit aujourd'hui tant de merveilles , ne saurait remplacer toujours la puissance d'un cours d'eau, et elle est plus dispendieuse.

Quand on considère un fleuve dans toutes les parties qui concourent à le former y on peut^ ainsi que je l'ai fait voir^ le comparer à un arbre immense dont le tronc repose sur la mer , et dont les branches et les rameaux s'étendent sur la surface d'un grand bassin. Les diverses parties dont il se compose peuvent être divisées et traitées séparément dans un écrit ; des administrateurs ou des écrivains peuvent s'occuper alternativement de la tige , des branches principales ou secondaires^ et des plus petits rameaux 'y mais de quelque manière qu'ils le divi-

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sent, il n'est pas en leur puissance de faire que, dans la nature , il ne fi)rme pas un vaste ensembk dont toutes les parties sont liées entre elles. Le tronc ne saurait^ en effet, exister indépendamment des branches , les branches indépendamment des rameaux, les rameaux indépendamment des infiltrations qui leur donnent naissance. La conservation des parties principales est donc subordonnée à la conservation des plus petites.

Il ne paraît pas que les Romains aient jamais songé à tenir les plateaux et les versans les plus élevés, dans l'état le plus favorable à la conservation et à la bonne distribution des eaux ^ mais du moins ils avaient assez de bon sens et de logique pour voir que les cours d'eau qui se trouvaient dans chaque bassin , ne formaient qu'un tout, et qu'il n'y avait pas moyen de conserver les rivières navigables, s'ils ne veillaient pas à la conservation de celles qui ne l'étaient pas.

Les Romains reconnaissaient en principe qoe toutes les rivières, navigables ou non navigables^ ainsi que les lits qu'elles parcouraient, étaient publics ; ils admettaient aussi que l'usage des rives était public^ quoique la propriété en appartint aux propriétaires riverains (i). Ayant divisé les

(x) Insdt. lib. II, tit. i, $ a. Dig. lib. XLIII, tit. la , leg. h § 3.

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