IT PRÉFACE
dont je m'étais occupé >; la plupart des faits que j'avais exposés étaient d'ailleurs si éloignés de l'état actuel des nations les plus civilisées^ qu'il était in^ possible de conaidérer mon ouvrage autrement que comme les prolégomènes d'une science qui restait à faire ; de là résultèrent quelques critiques^ dont je reconnais toute la justesse^ et dont j'avais d'autant moins à me plaindre qu'elles furent généralement accompagnées de beaucoup de bienveillance.
. J'aurais pu porter remède à un inconvénient qu'il ne m'avait pas été possible d'éviter^ en me hâtant de publier les premiers volumes «qui devraient faire suite au Traité de Législation 'y mais les événemens politiques ne m'en laissèrent pas le temps^ et m'obligèrent à m'occuper de sujets plus urgens.
Quelques-uns des ministres de Louis XYIII et de Charles X avaient tellement abusé du pouvoir que la charte donnait au roi de nommer les juges; ils avaient montré^ dans quelques-uns de leurs choix^ tant de partialité en faveur des hommes les plus disposés à être les instrumens de leurs passion^ politiques ^ qu'ils avaient fait sentir à beaucoup de personnes la nécessité d'une organi-
PAiPAG». ▼
sation judiciaire moins propre que celle de Fempire à «ecender les vues ou à. servir les passions des agens du pouvoir exécutif.
En A9i 7 y j'avais puUié une traduction d'un ou<vrage anglais sur-institution du jury^ et je l'avais &it précéderd'un examen critique de notre syistème judiciaire^ En ^1825^ le gouvernement anglais ayant réuni en un seul corps les nombreux statuts qui existaient sur le jury y et ayant Mt subir à cette institution les réformes que les hommes les plus recommsmdables par leurs lumiàres et par leur amour pour la justice avaient sollicitées^ je crus qu'il ne serait pas inutile au progrès de nos institutions de traduire^ dans notre langue, l'acte du parlement anglais. Je publiai donc une seconde édition de la traduction que j'avais fiut paraître en 4 81 7 ^ et je remplaçai les statuts qui venaient d'être abrogés^ par la loi générale qui en avait re« produit et modifié les dispositions. En même temps je soumis à un nouvel examen nos institutions judiciaires^ et en les comparant à celle qui existent chez tous les peuples libres > je fis voir combien sont £Biibles les garanties qu'elles offrent contre les intérêts et les passions politiques du pouvoir exécutif et de ses agens. Cet ouvrage parut ea i 8S8«
VI PEÉFAGB.
La lïéactioii de Pannée saivante^ qui amena JadÎMolution de la garde nationale pariMenne^. et qui se termina par, les .célèbres ordonnances du â5 juillet 9 suspendît. .fuacore le cours régulier de mes travaux^ je fis voir^ en publiant, en 4829, VHisîiHre de la g€Uide\ nationale de Paris, et en rappelant la participation que la population parisienne avait prise aux principaux événemens de la l*ëvolutioii française depuis \ 789, que les attaques contre l'institution de la garde nationale avaient toujours été inunédiatement suivies du renversement de la liberté , et que eette institution avait constamment reparu après la chute du despotianie.
Après la révolution de i 830 , ayant été appelé à diverses fonctions publiques , et m'étant imaginé qu'il ne me serait pas impossible d'être de quelque utilité pour le public dans la pratique des afihires , .|'ai encore suspendu l'exécution du projet que . j'avais formé de compléter , par des traités séparés^ l'ouvrage dont j'avais publié quatre volumes en 4826 et 4827. L'expérience a bientôt dissipé l'illiision que je m'étaU faite ; elle m^a coAvaincu qu'il est des époques fâcheuses oii tout homme qui prétend faire usaae
FEiTACB. Yll
(le 8a raison et conserver la liberté de sa conscieope, doit savoir se résigner à ne pas prendre part à des affaires de gouvernement. Je suis alors revenu à l'exécution de mon ancien projet; les deux volumes que je publie aujourd'hui sont le résultat de cette résolution.
Les hommes qui n'ont pas bit une étude spéciale des divers états par lesquels les nations dvilUées ont passé pour arriver au point auquel elles sont parvenues , ne sauraient se faire une idée exacte de l'empire qu'exercent sur chaque peuple les passions, les institutions^ les préjugés des temps passés. Toute nation qui a &iit quelques pro* grès^ est placée sous une double influence ; elle est dominée par les idées ou les préjugés d'un état qui n'existe plus, et elle est entraîna ^ d'un autre côté, par les sentimens ou par les besoins de sa position nouvelle. Cette lutte, entre des préjugés et des passions contraires, est. une des principales causes des désordres dont nous sommes témoins.
Ayant acquis la conviction qu'on ne saurait suivre une marche régulière et sure dans le perfectionnement de nos institutions sociales, tant qu'on se laissera subjuguer par les prqugés, lespassions^ les institutions des temps qui ne sont plus, j'ai
TIII PUFACS.
tenie de décrire, dans mon premier traité^ lesprin-^ cipaux états par lesquels tous les peuples semblent avoir passé, et d'en exposer les causes et les effets divers; j'ai tenté surtout de £Bdre voir que les idées et les mceurs qui sont des résultats nécessaires d'une position donnée, doivent disparaître quand cette ]x>sition a complètement changé.
n n^est rien qui intà^esse les faonmies d'une manière plus profonde et plus constante^ et qui agisse plus fortement sur eux , que les divers modes suivant lesquels ils pourvoient à leur existence ; c'est de là que viennent leurs dissentions , leurs guerres, leurs alliances , leurs traités , leurs lois civiles et pt'nalcs ^ leurs institutions politiques bonnes et mauvaises ^ c'est de là que naissent la plupart des actions humaines, celles que nous jugeons les phs «TiinincUes et que nous aspirons sans oesseàrépriluor, comme celles qui nous semblent les plos hoiioiiihlo«, ot que nous encourageons de nos applu-^
()r, flos hommes peuvent pouiroîr à leur nîsloiiiv |uir une multitude de moyeas difcn; et k ihvnriiiiô do9 moyens en prodoit tooJQnn une das U'M iiiirur* . flans les idées , dans les inalitntMi , «luiifi Ttion iiiMii^tuont des
de la populatioD , dans les relations de famille , enfin, dans Texistence entière d'une naùoa.
Les prindpales positions dans Jesquelles des boromes peuvent se troaver relativement à leurs moyens d'existence, sont au nombre de six.
Il peut arriver que, dans une peuplade , chaque individu n'ait, pour défendre sa subsistance contre les attaques des autres individus , que ses forces particulières et celles des membres de sa famille. Cet état est celui des hordes les plus barbares, celui qu'an grand nombre d'écrivains ont nommé Vétat de nature par excellence. Dans une position pareille, nul ne cherche à obtenir de aes travaux qne ce qu'il peat immédiatement consommer.
La population , au lieu d'être ainsi dépourvue
de toute organisation et de toute police, peut être
divisée en deux grandes classes. Il pent arriver
qu'une partie, privéede toute organisation, etécate
- tons les travaux qu'exige Texisteiice de la natiim
tont entière, et que l'autre pnrtie, fortement i . ganisée, se fasse livrer par la preiuiêre, L nom de tributs ou d'impôts, toutes lesdiota Hoi t «De a besoin pour vivre dans l'ateance et dam l'c I liveté. Onand une partie de la population c t exploitée en masse par uœ autm |iartie ({ni4