DES FONDEMENTS
Les peuples étant placés, relativement aux outrages littéraires, ilans une position pareille à celle où ils sc trouvent relativement à toute autre espèce de produits, il ne s'agit plus que de savoir si les compositions de l’esprit sont ou ne sont pas Favorables aux progrès et au perfectionnement des hommes.
Si cette question pouvait paraître douteuse aux yeux de quelques personnes, il suffirait, pour faire disparaître les doutes , île comparer les peuples qui garantissent , au moins pour un temps, les propriétés littéraires, à ceux elles lesquels elles sont étouffées avant d’avoir vu le jour : l’Angleterre à la Turquie, les États-Unis et la France à l'Espagne cl au Portugal.
Il y a deux moyens tout différents déporter atteinte aux compositions littéraires : l'un est de les mutiler ou de les étouffer avant la publication; l’autre, de ne pas les garantir aux auteurs quand elles ont paru. Ces deux systèmes ne sont pas défendus dans les mêmes vues, ni |iar les mêmes classes de personnes. I.es hommes qui défendent le premier ne sc proposent, disent-ils , que de prévenir la propagation de certaines erreurs; ils n’ont pas d’autre objet que d'assurer le triomphe de la vérité , c'est-à-dire le règne de leurs opinions et de leurs intérêts. Ceux qui défendent le second, n'ont pas d’autre désir que de propager les lumières ; ils disent qu'un ouvrage que chacun a la faculté d'imprimer et île répandre, sc donne toujours à bas prix, et qu’il est mis ainsi à la portée de tous les lecteurs.
Ce n’est pas ici le lieu d’examiner l’atteinte qu'on porte aux productions littéraires par la mutilation ou par la prohibition de les publier; cette question sc lie à d’autres qui sont beaucoup plus élevées. Il me suffit de faire observer, dans ce moment , que ce moyen prévient la conception des ouvrages littéraires, bien plus qu’il ne les étouffe. I.es hommes qui, dans la plupart des Étals du continent européen , sont chargés de juger les ouvrages littéraires avant la publication , ont probable-