DE CE QUI CONSTITUE LA LIBERTE. H
la liberté existe, chacun te transporte dans les lieux où ses intérêts l'appellent, sans avoir besoin d'en demander la permission ; nul n’est arrêté , si ce n’est sur l'accusation d'un crime, ou pour l’acquittement d’une obligation légalement contractée (1).
Les possesseurs d’esclaves empêchent, autant qu’ils le peuvent, qu’il ne se forme aucune sorte d’association entre les hommes asservis; ils supposent, non sans raison, que s'ils pouvaient s'entendre entre eux, tous leurs efforts tendraient vers la destruction de l’esclavage : des hommes libres s’associent toutes les fois que leur intérêt l'exige, sans en demander la permission à personne : ils délibèrent sur leurs intérêts communs aussi souvent qu’ils le jugent convenable, cl, tant qu’ils ne portent pas atteinte aux bonnes moeurs ou aux droits d'autrui, nul ne les trouble dans leurs réunions.
Des maîtres ne permettent pas à leurs esclaves de développer à leur gré l’intelligence de leurs enfants, ou de former leurs mœurs; ce sont eux- mêmes, au contraire, qui déterminent ce que doivent savoir ou ignorer, aimer ou haïr les enfants des hommes possédés : des hommes libres considèrent comme un de leurs droits les plus précieux, comme un des devoirs les plus sacrés, celui de former les mœurs et de diriger l'éducation de leurs enfants.
Les maîtres ne laissent à leurs esclaves aucune influence sur le choix des agents à l’autorité desquels ils les soumettent ; l’exploitation étant toute dans leur intérêt, ils ne la confient qu’à des gens bien déterminés à faire de cet intérêt la règle de leur conduite : des hommes libres ne s’en remettent jamais qu'à eux-mêmes du choix des agents auxquels ils confient une partie de leurs intérêts ; s’ils ne les nomment pas directement, ils en donnent
(1) Les esclaves des colonies n’ont pas besoin d'un laisses passer ou passeport, tant qu'ils ne veulent que se transporter d’une partie de la plantation à laquelle ils sont attachés, dans une autre partie. Les sujets des despotes orientaux peuvent
du moins le choix à des hommes qu'ils ont investis de leur confiance.
Dans le système de l'esclavage, un maître ne rend aux hommes qu'il possède aucun compte de la manière dont il exerce ou fait exercer son pouvoir sur eux ; ses agents sont responsables envers lui de la manière dont ils remplissent leur mandat; mais ils ne sont soumis à aucune responsabilité relativement à la population asservie : sous le régime de la liberté, tout homme qui exerce un pouvoir quelconque sur ses semblables, est responsable envers eux de l’usage qu’il en fait; il ne peut porter aucune atteinte à leurs intérêts ou à leurs droits , sans être tenu de réparer le dommage qu'il leur a causé.
Dans le système de l'esclavage le pouvoir ou l'autorité que le maître exerce sur scs esclaves est une propriété qui se transmet de père en fils comme un meuble ou une terre : sous le régime de la liberté, l'autorité qu’un homme exerce sur ses semblables ne peut être ni vendue, ni léguée, ni transmise, comme propriété, à titre de succession : elle n’est dans ses mains qu’à titre de dépôt.
Sous le régime de l'esclavage, le mérite et le démérite des actions des hommes asservis, se mesurent, ou par les avantages que le maître et les membres de sa famille retirent de ces actions , ou par le préjudice qu’elles leur causent: sous le régime de la liberté, les actions des hommes sont jugées suivant leur nature ; elles sont approuvées ou coudamnées selon le principe qui les produit, et les conséquences bonnes ou mauvaises qui en résultent pour l'humanité.
On pourrait pousser plus loin ce parallèle; mais on trouverait toujours que la liberté consiste dans la destruction des principes et des moyens qui constituent la servitude : on verrait qu’elle s'établit et se conserve par des
aussi parcourir 1rs États de leurs maîtres, sans être munis d’un laissez passer. Les rois du continent européen ne laissent pas à leurs sujets une liberté aussi étendue.