GARANTIE DES BIENS ACQUIS PAR USURPATION
pire romain, sesubstiluèrent particulièrement aux familles des conquérants qui les avaient précédés. Dans la Grande-Bretagne, par exemple, les Romains , qui avaient dépossédé les Celtes, furent ensuite dépossédés par les Saxons, lesquels le furent, quelques siècles plus lard, par les Normands. Dans tous les temps, les richesses ont subi les mêmes révolutions que le pouvoir : les hommes qui dépouillaient certaines classes de la société de leur puissance, les dépouillaient en même temps de leurs propriétés.
Les spoliations commises par des confiscations, à la suite des dissensions politiques ou religieuses, ont produit un déplacement de richesses moins considérable que ceux dont étaient jadis suivies les invasions à main armée, mais elles ont été cependant la source d'un nombre considérable de fortunes particulières. Les peuples chrétiens , avant de se dix iser en sectes, et de sedépuuiller les unes les autres de leurs richesses, avalent proscrit les juifs par milliers, afin de s'emparer de leurs biens. Plus tard, ce furent les biens des chrétiens dissidents qui formèrent la fortune des familles qui jouissaient d'un grand crédit. Dans d’autres occasions, les querelles entre des hommes qui se disputaient la possession du pouvoir, ont fait passer les richesses des vaincus entre les mains des vainqueurs.
Les monopoles ou les privilèges ont été , chez toutes les nations industrieuses, la source d'un grand nombre de fortunes privées. Ces moyens de s'enrichir aux dépens du public, ont été même plus souvent employés chez les peuples qui, par leurs dispositions naturelles ou par leur situation , étaient appelés à faire un grand commerce, que chez les autres.
L’Angleterre et la France ont été plus opprimées par des monopoles de tous les genres que les autres nations européennes.
Quant aux fortuues acquises par des abus particuliers de pouvoir ou par les vices des lois, elles sont moins nombreuses que celles auxquelles des invasions armées ont autrefois donné naissance ; mais il en existe toujours
un assez grand nombre chez toutes les nations qui, pendant longtemps, ont été soumises à de mauvais gouvernements; et comme tous les peuples connus ont passé par un tel état, il n'en est aucun oit l'on ne trouve des fortunes dont la source ne soit vicieuse.
Lorsqu'une nation envahit un territoire occupé par une autre , et qu'elle s’empare de ses moyens d'existence, la population placée sur le même sol reste pendant longtemps ilivisée en deux castes : celle des vainqueurs et celle des vaincus. Si la première demeure séparée de la seconde, non-seulement par une différence d'origine , mais par des différences de religion et de lois, et par les mesures qu'elle prend pour empêcher que les descendants des vaincus ne deviennent propriétaires . la guerre continue entre les deux races. Les descendants des vainqueurs trouvent la garantie vie leurs possessions dans leur organisation politique et militaire, et dans la division , la faiblesse et la misère des vaincus. Les grandes questions de propriété qui s'élèvent dans un tel état, ne sont ordinairement résolues que par la force , et il n'y a que des révolutions qui puissent établir le règne de la justice et de la liberté.
Si les deux populations se mêlent , si les aliénations de propriétés immobilières sont autorisées, si la classe des vaincus obtient quelques garanties pour les produits de son industrie, te travail finit par donner aux hommes laborieux la prépondérance sur eçjix qui vivent dans l'oisiveté. L’aversion du travail et le goût de la dissipation , qui se rencontrent toujours dans les castes habituées à vivre sur les produits des travaux d’autrui, ne lardent pas à ruiner les familles qui s'y livrent, et qui ne peuventpasréparerlesbrèches faites à leur fortune par le monopole du pouvoir. Il arrive alors que les valeurs anciennement usurpees sont graduellement consommées par ceux qui les avaient acquises , et qu'elles sout remplacées par les nouvelles valeurs auxquelles l’industrie donne naissance.
Autant les hommes sont portés , par leur