ET DES CAUSES DE CETTE GARANTIE
tendance naturelle, à s’élever dans l'ordre social , autant ils éprouvent de répugnance è descendre ou à voir descendre leur postérité. Les mariages produisent généralement moins d'enfants dans les hauts rangs de la société, que dans les rangs inférieurs. On craint peu , dans ceux-ci, de voir déchoir sa race, tandis que dans ceux-là, cette crainte est un frein puissant. Il résulte de cette tendance que les familles qui , par préjugé de caste, méprisent le travail, et sont portées vers la dissipation , ne peuvent longtemps se perpétuer, si elles sont obligées ^respecter 1rs propriétés d'autrui. S'il était possible de suivre, pendant plusieurs siècles, -la filiation des familles qui existent sur notre territoire , il est douteux qu’on y trouvât beaucoup de descendants , je ne dis pas des grandes familles romaines qui s'y étaient établies, mais des compagnons de Clovis. En supposant qu'on en trouvât quelques-unes, il est plus douteux encore qu'on pût trouver parmi les biens qu'elles possèdent une part de ceux qui furent acquis à l’époque de la conquête.
On peut faire des observations semblables sur les biens acquis par suite des confiscations qui fureut la suite des proscriptions religieuses du moyen âge et du xvt° siècle ; les familles qui furent alors dépouillées , et celles qui s'emparèrent de leurs dépouilles, sont pour la plupart éteintes. Si quelquesunes des dernières existent encore , elles ont probablement cessé «le posséder des biens qui furent autrefois injustement acquis. Il ne serait guère possible «Tailleurs de suivre à travers les révolutions religieuses ou politiques dont un vaste pays a été le théâtre, à plusieurs siècles «le distance, toutes les mutations qui se sont opérées dans les propriétés, et de distinguer celles «pii furent légitimes , de celles qui ne furent que des usurpations.
Lorsque les familles qui possédaient jadis une partie «lu territoire à titre de propriétaires, se sont éteintes, et que les mêmes terres ont donné naissance à de nouvelles
familles, celles-ci les consitlérentcomme leurs propriétés. I.es hommes , en effet , ne croient pas avoir seulement la propriété des divers objets qu’ils ont formés par leur industrie ; ils se considèrent aussi comme propriétaires des choses atixipielles ils doivent eux mêmes l'existence et sans lesquelles ils ne sauraient se conserver. Le seul fait de posséder une chose est, chez tous les peuples, un titre pour en jouir et en «lisposer, «piand personne ne peut produire un litre préférable. Une longue et paisible jouissance à titre de propriétaire, suffit également, chez toutes les nations, pour transférer la propriété d'une chose , quand celui qui aurait pu la revendiquer , n'en a été empêché par aucun obstacle qu’il ne pût surmonter.
Ces espèces «le rapports qui existent entre les hommes et les choses au moyen desquelles ils se conservent et sc perpétuent, se dissolvent et périssent par la cessation de la jouissance ou par l'abandon, comme ils se forment par la possession. Il semble même que lorsqu’on a déterminé la durée du temps pendant lequel il fauilrait posséder une chose pour l’acquérir irrévocablement,' on ait voulu prendre pour mesure le terme moyen de la vie humaine. La famille qui, pendant trente années, a joui d’une chose à titre de propriétaire, a dû régler ses habitudes , ses besoins . ses alliances suivant l’état présumé «le sa fortune. L’en dépouiller après une possession si longue, ce serait la condamner à la ruine ou même à la destruction. Celle, au contraire, qui, pendant la même durée de temps , n'a retiré d’une chose aucune espèce «l'avantage, et qui n’a même pas manifesté la volonté d’en jouir, n'est condamnée à s'imposer aucune privation nouvelle , en restant dans l'État où elle a si longtemps vécu.
Quant aux biens acquis aux dépens du public, à l'aide de monopoles ou par suite des vices des lois , il serait difficile de les priver de garantie, sans porter une atteinte funeste à la sécurité «le tous les propriétaires. Lorsqu’un homme a exercé, pendant un certain