‹ Traite de la propriete par m. Ch. ComteChapitre 161 sur 192 · DES OPINIONS DES JURISCONSULTES · texte numérisé non relu

DES OPINIONS DES JURISCONSULTES

vrés â l'étude des lois romaines ou des lois sorties du régime féodal , au lieu d'étudier la nature des choses , 11 'avaient pu se faire des idées exactes de la propriété; l’histoire des Romains et des peuples soumis au régime féodal , se compose , eu effet , d'une longue suite d’attentats contre les propriétés , attentats qui étaient toujours sanctionnés par la puissance publique.

Dans leurs relations avec les étrangers, les Romains ne reconnaissaient presque pas de propriétés ; chez eux, toute guerre avait pour objet de s’emparer des biens de leurs ennemis , et de réduire leurs personnes en servitude. Ils mettaient dans le pillage et la distribution du butin, l’ordre que met dans la gestion de ses affaires une bonne maison de commerce ; jamais, avant eux , aucun peuple n’avait aussi savamment organisé le brigandage.

Dans leurs relations intérieures, les propriétés n’étaient pas beaucoup plus respectées. Une partie de la population , la classe des maîtres, rirait des extorsions qu’elle exerçait sur une autre partie , sur la classe des esclaves. Sous un tel régime, il n’était pas possible d’admettre en principe que toute valeur appartient à celui qui la crée. 11 est incontestable, pour nous, que toute propriété vient originairement du travail ; mais comment aurait-on pu reconnaître cette vérité, dans un temps où les travailleurs étaient considérés comme la propriété d’un peuple d’oisifs?’

Dans les relations que les hommes non esclaves avaient entre eux, ils n'avaient pas, les uns â l’égard des autres, ce genre de probité qu’oti observe quelquefois parmi des hommes qui se sont organisés pour le brigandage. L'aristocratie s'emparait des terres conquises , et les faisait cultiver à son profit par ses esclaves ; elle faisait également exploiter, dans son intérêt, les arts et le commerce , de sorte qu’elle ne laissait à la masse de la population libre aucun moyen d’existence.

Dans leurs relations individuelles, ils ad-

mettaient qu’un citoyen pouvait devenir la propriété d'un autre; un homme avait la faculté d’aliéner sa femme , scs enfants et ses petits-enfants, et de se vendre lui-même; le débiteur qui ne pouvait pas payer ses dettes, devenait la propriété de son créancier.

Quand les factions commencèrent A déchirer la république, les Romains portèrent dans les guerres civiles, l’esprit de rapacité qui les animait dans leurs guerres avec d’autres nations : les vaincus furent dépouillés au profit des vainqueurs.

Sous le règne des empereurs , les propriétés ne furent pas plus respectées que du temps de la république; les extorsions de la population oisive sur les classes laborieuses continuèrent; les maîtres, qui dépouillaient leurs esclaves, furent à leur tour dépouillés par les empereurs ; les nations devinrent en quelque sorte la propriété d’un homme.

Les peuples barbares qui renversèrent l’empire romain s'emparèrent des hommes et des choses ; comme ils ne se livraient à aucun genre d'industrie, il est évident qu'ils ne pouvaient vivre que d’extorsions.

Le système féodal ne fut qu’un nouveau mode d'oppression et de pillage. Le despotisme royal qui le suivit, ne fut pas beaucoup plus favorable à la recherche et à la reconnaissance des principes de la propriété.

Il était nécessaire de rappeler ces faits, pour faire comprendre comment des écrivains qui ne manquaient ni de connaissances ni de talents, devaient s’égarer en allant chercher chez les peuples de l’antiquité ou chez les nations du moyen âge , les fondements de la propriété; ce n’est pas chez des possesseurs d'esclaves , habitués à vivre de pillage, qu’ils pouvaient trouver la vérité.

Grotius nous a donné l’histoire de la propriété en une demi-page , et il est remonté jusqu’à la création. Il nous apprend qu’après la création du monde, Dieu conféra au genre humain un droit général sur toutes choses.

Ce droit fut une seconde fois donné à tous les hommes après le déluge. « Cela, dit-il, faisait

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