CONTRE LA
sitôt autourdu gouvernement toutes les classes de la société qui se croient menacées dans leurs moyens d'existence ; et quand ces forces sont unies, il n'est rien qui puisse les surmonter. Si île pareils moyens avaient un moment de succès, les hommes qui les auraient mis en usage ne jouiraient pas longtemps de leur triomphe ; ne pouvant réaliser les espérances qu’ils auraient fait nailre, ils seraient battus arec les armes qu'ils auraient employées, et dont ils auraient d'avance proclamé la légitimité.
Il est des personnes qui, sans attaquer les propriétés, voudraient au moins assurer à la partie la plus pauvre de la population , une plus grande part dans les produits annuels qui composent les revenus d'un peuple. Le sort de presque toutes les classes de la société s'est amélioré par le seul effet des progrès de la civilisation; et il y aurait de la témérité à prédire ce qui arrivera dans des temps plus ou moins éloignés. Je doute cependant qu’il soit possible de produire, par des moyens artificiels, c'esl-à dire par des mesures législatives, une amélioration prompte et sensible dans Jtesort des hommes qui vivent des produits de leur travail de chaque jour.
Il n'est au pouvoir d’aucun gouvernement d’élever d'une manière permanente le taux des salaires. Un agriculteur, un fabricant, peuvent, pendant quelques jours, payer le travail au delà de ce qu’il leur produit. Le premier peut, dans un moment donné, dépenser la valeur de dix mesures de froment pour faire prodnire la valeur de huit ; mais il serait bientôt ruiné, si une telle opération se renouvelait souvent. Le second peut aussi, dans certaines circonstances, faire le sacrifice de cinq francs, pour obtenir une marchandise qu'il ne saurait vendre plus de quatre. Il n’csl pas de puissance qui put lui imposer un tel sacrifice d'une manière permanente à moins de rendre sa fortune inépuisable , et de lui ouvrir une source de revenus. L'autorité publique ne saurait donc intervenir dans la fixation des salaires, sans porter atteinte à la
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propriété du maître ou à la liberté de l'ouvrier. Or, tant que le taux des salaires sera soumis aux lois de la concurrence, il subira l'influence île toutes 1rs variations du commerce et de la population.
S’il était possible que tout à coup le prix, en numéraire, de la main-d'œuvre fut double dans tous les pays, que la journée qui vaut trois francs en valût six, le sort des classes laborieuses ne serait pas plus heureux. Les revenus d’une nation, c’rst à-dire la quantité d'aliments et de vêtements qui sont créés toutes les années, ne sont pas illimités. Tout ce qui se produit se consomme; mais il n'y a pas moyen de consommer au delà de ce qui se produit ; on ne peut augmenter la part de l'un, que sous la condition de diminuer d'autant la part d’un autre. Il n’existe pas, en effet, de puissance qui ait le moyen de faire consommer un grain de blé au delà de celui qui a été produit. Si donc il arrivait que tout à coup le prix de toutes les journées fût doublé, quelles en seraient les conséquences? On verrait arriver sur le marché la même quantité de denrées , le même nombre d'acheteurs ayant les mêmes besoins, et les mêmes moyens de les sa isfaire. Il n'y aurait rien de changé dans la position de personne : la concurrence des acheteurs élèverait le prix de toutes choses au niveau du prix de la main-d'œuvre. Il serait même fâcheux qu'elle n’eût pas ce résultat; car, si elle ne l’avait pas, les premiers qui seraient pourvus affameraient les derniers qui se présenteraient.
Il est vrai que cet accroissement du prix nominal de la main d'œuvre pourrait avoir pour effet d'opérer quelques retranchements sur les consommations des classes qui vivent des revenus de leurs terres, île leurs maisons , de leurs capitaux. Mais il ne faut pas s'exagérer les avantages qui résulteraient de là pour 1rs classes les plus laborieuses et les moins aisées. Quand les classes les plus riches de la société sont obligées de réduire leurs dépenses, ce n’est pas sur les choses île première nécessité qu'elles font porter la réduc-