‹ Traite de la propriete par m. Ch. ComteChapitre 189 sur 192 · DES IDÉES RÉTROGRADES CONTRE LA PROPRIÉTÉ · texte numérisé non relu

DES IDÉES RÉTROGRADES CONTRE LA PROPRIÉTÉ

lion. La concurrence resterai! donc la même relativement à ces choses, et, par conséquent, il n'y en aurait pas une plus grande abondance pour les classrs.les plus nombreuses.

Quand on compare le nombre des familles qui possèdent une fortune considérable, au nombre de celles qui vivent du produit de leurs travaux , et qui ne possèdent que les moyens rigoureusement nécessaires pour exister, on s'aperçoit que le premier est infiniment petit , comparativement au second ; la spoliation des riches au profil des pauvres , si jamais elle pouvait s’effectuer, pourrait bien avoir pour résultat de condamner les premiers à la destruction : mais elle n’apporterait à la condition des seeonds qu’une amélioration faible et momentanée , et serait suivie, même pour ceux-ci, des conséquences les plus désastreuses.

Qu'on ne se méprenne pas sur le but de ces observations ; elles n'ont pas pour objet de démontrer qu’il n'y a rien à faire dans l’intérêt des classes qui n'exislrnt qu’au moyen de leur travail , et qu'un gouvernement n'a point à s’occuper d’elles; elles tendent seulement i faire voir qu'on n'a rien de bon à espérer d'un déplacement forcé des richesses; qu'il n’est pas possible d'accroilre les revenus des personnes qui vivent des produits de leur travail , en diminuant les revenus des personnes qui vivent des produits de leurs terres ou de leurs capitaux, sans porter atteinte à la propriété; que les atteintes de ce genre sont encore plus funestes pour les classes ouvrières que pour les autres ; que les capitaux ne sont pas moins nécessaires à la production que le travail ; qu'il n'est pas de leur nature d'être immobiles ; qu'ils fuient toujours les pays dans lesquels ils sont menacés et que, quand ils disparaissent, la population dont ils alimentaient l’industrie ne tarde pas en à être moissonnée par la misère et la famine.

Si ces observation^ sont incontestables , et l’expérience de tous les siècles et de tous les pays en a rendu la démonstration évidente, il s'ensuit que les classes de la population qui vivent des produits de leur travail de chaque jour, n'onl jamais eu d'ennemis plus dangereux que les hommes dont les systèmes menacent tous les genres de propriétés , et particulièrement celles qui servent d'aliment i l'industrie et au commerce. Ces systèmes, si le bon sens public n’en avait pas fait une prompte justice , aurairnt suffi pour amener les désordres les plus graves, et pour plonger dans une détresse sans exemple toutes les familles dans l'intérêt desquelles ont prétendait les avoir imaginées.

Mais si l'autorité publique n'a point à se mêler de la manière dont les produits annuels d’une nation se répartissent entre les hommes qui concourent à les former, à moins que ce ne soit pour protéger chacun dans la jouissance et la disposition de ses biens, il lie s'ensuit pas qu'elle soit impuissante pour adoucir le sort des classes les plus nombreuses et les moins aisées ; elle peut leur assurer une plus grande part dans lesjiroduits de l’industrie, soit par la diminution, soit par un meilleur emploi ou par une répartition plus équitable des charges publiques; elle peut délivrer l'industrie et le commerce des entraves ou des impôts mal assis qui en arrêtent l'essor; elle peut faciliter l'enseignement , et concourir ainsi au bienêtre des classes les plus pauvres , par le développement de leur intelligence et le perfectionnement de leurs mœurs.

L’emploi de ces moyens ne dépouillera personne des fruits de ses travaux ou de ses économies; et, loin de faire déserter les capitaux, sans lesquels aucune industrie ni aucun commerce ne sauraient exister, il appellera les capitaux qui ne trouveront point ailleurs les mêmes garanties.

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