‹ Traite de la propriete par m. Ch. ComteChapitre 21 sur 192 · DE L’UTILITÉ PRIMITIVE · texte numérisé non relu

DE L’UTILITÉ PRIMITIVE

de terre. Dans les pays dont la civilisation est ancienne, les terres qui sont dans le patrimoine des familles sont au rang des propriétés privées depuis des temps fort reculés. On n'a donc que rarement l'occasion d’observer comment les hommes parviennent à créer, par le travail et par des valeurs cumulées, des propriétés de ce genre , sans rien ravir à personne. Pour en observer la formation il faudrait assister aux premiers développements de la société, au moment où les hommes passent de la vie nomade à la vie agricole. Il faudrait observer de plus l'influence de l’accroissement des propriétés sur la population, et l'influence de l’accroissement de la population sur la valeur des propriétés.

Mais , s'il nous est impossible d'observer parmi nous et parmi les nations qui sont depuis longtemps policées , comment se forment les propriétés individuelles qui consistent en fonds de terre, rien ne nous est plus facile que d'en observer la création , soit chez les peuples qui sortent de la barbarie, soit dans les contrées sauvages où des hommes civilisés vont former des établissements. Nous verrons d’ailleurs, par les monuments de notre histoire, et par ce qui se passe journellement sous nos yeux , que toutes les propriétés , quelle qu'en soit la nature , se forment de la même manière.

Dans les contrées les plus florissantes et les (dus peuplées . il n’est pas une maison , pas un monument, dont tous les matériaux n’aient été tirés des entrailles de la terre ou du milieu des forêts ; il n’est pas un champ qui n’ait été inculte, à une époque plus ou moins reculée , et qui n’ait commencé à être mis en culture une première fois ; il n’est pas une clôture qui n'ait été formée par la main d'un homme; il n’est pas un arbre propre à donner des fruits, qui soit venu sans le secours de l’industrie; cnRn, il n'est pas un moyen de communication facile, pas un canal,

(I) Cæs., de Bel. Gall., lib. Vit. cap. tx.

(S) Ibid., lib, IV, cap. v.

{3) Ibid. . lib. V, cap. I ; lib. VI, cap. v.

pas une route , pas un sentier qui n’ait élé tracé par des hommes.

Avant que les choses auxquelles l'industrie humaine a fait subir les modifleations qui les rendent propres à satisfaire nos besoins, eussent éprouvé aucun changement par les mains des hommes , où se trouvaient donc ces populations nombreuses qui n'existent que par elles? Elles n'étaient nulle part; les terres qu'elles occu|>enl n’étaient que de vastes déserts, parcourus par quelques tribus errantes. Dans tous les pays , la population a donc suivi les mêmes développements que 1rs propriétés ; et si les choses retournaient dans l'état où elles étaient avant que la main des hommes les eût façonnées, la population disparaîtrait avec elles.

Dans les derniers temps de la république romaine , une grande partie de l'Europe était encoreiuculle et sauvage. Paris n'etait qu'une misérable bourgade renfermée dans une Ile de la Seine, et protégée par des marais impraticables |l). Les Iles que forme le Rhin à son embouchure , n'étaient occupées que par de vrais sauvages , qui vivaient de poissons et d'oeufs d'oiseaux (2). Une partie considérable des Gaules était couverte d'immenses forêts , et ne pouvait, par conséquent, être utile uux hommes que par le gibier qu'elle leur fournissait (5). La Germanie était aussi couverte de forêts immenses ; les peuplades qui l’occupaient ignoraient, pour la plupart, l’aride cultiver la terre, et étaient séparées les unes des autres par de vastes déserts (4). Enfin , les indigènes des iles britanniques étaient encore plus étrangers à la culture que les Germains; ils n'étaient vêtus que de peaux de bêles, et se tatouaient comme les samages des archipels du grand Océan (S). Dans quelques parties de ces iles l'usage du pain était inconnu vers le milieu du xut° siècle (6).

Si les Romains, au temps où ils portaient la guerre dans ces contrées 4 demi saurages,

(4) Cæ«.. de Bel. Gall., lib. VI, cap. iv.

(5) Ibid. , lib. V , cap. iv.

(S) Humes Hielory of England, eh. xu (IÏ65).

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